• La rentrée agitée du gouvernement

     La rentrée agitée du gouvernement

    La rentrée pour Macron et son collaborateur Philippe s’annonce plutôt mal. Non pas parce qu’il risque de se faire renverser à l’Assemblée, il possède une majorité de godillots qui le protège, ou parce que la rue risque de flamber, il ne semble pas que les syndicats et les partis de gauche soient en mesure de mobiliser, mais plutôt parce qu’il est en voie d’hollandisation.

    Le dernier sondage Elabe qui date du 22 août montre que le soutien réel de Macron est maintenant réduit à 14% de la population, 54% de celle-ci juge son action très négativement et les autres, soit un petit tiers, disent qu’il faut voir, attendre encore un peu. Cette approbation de 14% seulement des réformes en rafale correspond assez bien à cette classe qui a fait sécession du reste de la société et qui ne veut pas voir les problèmes à venir, ni remettre en question ses propres privilèges. On voit que si l’image de Macron se dégrade dans tous les segments de la société, même chez les électeurs centristes – sauf chez les lecteurs du Monde – elle reste encore assez bonne chez les électeurs de la droite traditionnelle, celle de LR. Cette évolution de l’opinion remet en quelque sorte les pendules à l’heure : Macron est bien un représentant de la droite. Certes il ne recouvre pas toute la droite, mais il est le porte-parole de la droite affairiste, pro-business et mondialiste. Les journalistes ont suivi bêtement les indications de Macron en évitant autant qu’ils le pouvaient de le qualifier d’homme de droite. Mais le fait que maintenant ce soit cette classe privilégiée qui reste son seul et unique soutien, montre que la réalité a rejoint son concept. Pour ma part, ayant lu son programme avant qu’il ne soit élu, je l’avais qualifié de droite-extrême. Son autoritarisme compulsif et narcissique le dévoile enfin aux yeux de l’opinion. Il y a en effet deux droites en France en gros : une droite nationaliste, anti-européenne et anti-immigration et qui est représentée par le RN (anciennement FN). Et puis il y a la droite cosmopolite qui a abandonné le combat des valeurs morales et culturelles et qui ne pense qu’à accumuler de l’argent. C’est celle-là que représente Macron et ses ministres, Philippe, Le Maire et Darmanin qui viennent d’ailleurs tous les trois de LR.  

    La rentrée agitée du gouvernement

    Mais plus encore que le jugement très négatif que les Français portent sur l’action de l’histrion de l’Elysée, c’est le manque de confiance qu’il y a pour l’avenir. Après la réforme du prélèvement à la source qui n’est pas une réforme de l’équipe Macron-Philippe, mais qui a été organisée sous le quinquennat Hollande, ils se méfient des réformes qui vont être engagée. 

    Lâchages en série 

    La rentrée agitée du gouvernement

    Les lâchages ont commencé au printemps dernier quand trois économistes libéraux, Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin ont publié une tribune dans laquelle ils commençaient à prendre leur distance avec Macron dont ils avaient pourtant rédigé le programme[1]. Dénuées d’ambition autant que d’intelligence, ces trois marionnettes se sont rendues compte qu’elles n’avaient servi que de faire valoir pour moderniser dans les faits le vieux programme du capitalisme sauvage : tout pour le profit, baisse générale des salaires et démantèlement de l’Etat.

    Ce que nous apprend le sondage Elabe précédemment cité, c’est que maintenant ce sont les électeurs du MODEM qui sont en train de lâcher Macron[2]. Certes Bayrou et le MODEM ce n’est pas grand-chose, juste une droite un peu honteuse qui voudrait bien faire un peu de social pour qu’on ne l’embête pas. Mais ce lâchage confirme en réalité que Macron et sa bande ne peuvent même plus se réclamer du centre. D’autant que les informations qui filtrent ici et là montrent que le tassement de la croissance depuis l’arrivée de Macron pâtit de la baisse générale du pouvoir d’achat des Français[3]. Il est donc probable que contrairement à ce que fait semblant de croire le gouvernement le chômage recule d’ici à la fin de l’année. 

    La rentrée agitée du gouvernement

    Et le budget ? 

    La première année du quinquennat Macron a été conforme aux attentes, en effet il était prévisible qu’une telle politique engendre une récession. Or lorsque les résultats ne suivent pas il est très difficile de poursuivre des réformes qui vont toutes dans le même sens : tassement de la part des salaires dans la valeur ajoutée, démantèlement de la protection sociale, privatisation des services publics et baisse de la fiscalité sur les plus riches. Les Français n’en voient pas l’utilité. Mais le pire est à venir. En effet, le gouvernement Philippe va devoir présenter un budget à l’automne. Or le budget antérieur reposait sur des prévisions de croissance erronées, aux alentours de 2%. Dans un sentiment d’euphorie inconsidéré, Macron pensait pouvoir ramener le déficit budgétaire à 2,3% en 2018, soit en dessous des fameux fatidiques 3% réclamés bêtement par la bureaucratie bruxelloise. Mais la croissance risque d’être bien plus faible, au mieux 1,7%, et encore. En 2019 il faudra faire des choix budgétaires : soit abandonner l’objectif d’un déficit à 2,3% du PIB, mais alors Macron mangerait son chapeau, soit donner un nouveau tour de vis dans les dépenses sociales, allocations chômages, aide au logement et hôpital public, soit remettre en question les privilèges fiscaux accordés au patronat et à la classe des « très riches ». Dans tous les cas, il est à peu près certain que le gouvernement n’attendra pas les 2,3%, au mieux il arriverait à 2,6%, et encore le dernier trimestre risque d’être mauvais en ce qui concerne les recettes fiscales.

    Il est probable que Macron qui confond volonté politique et entêtement imbécile donnera un nouveau coup de rabot sur les dépenses sociales. Son caractère, outre qu’il a fait allégeance à l’oligarchie financière, le pousse plutôt vers les mesures anti-sociales. C’est un peu ce que vient d’annoncer l’antipathique premier ministre de Macron : baisse des effectifs dans la fonction publique étatique – on parle de 4500 postes nets pour cette année, dégressivité des allocations chômage (sous le couvert de pousser les chômeurs à retrouver rapidement un emploi), ou encore baisse nouvelle baisse des APL[4]. Est-ce que cela sera suffisant ? Il ne semble pas. Mais par contre cela va renforcer la grogne sociale puisqu’en effet ces coupes budgétaires vont intervenir dans le moment même d’une nouvelle réforme des retraites sous couvert de justice sociale, notamment en s’attaquant aux régimes spéciaux et aux pensions de réversion. Macron et Philippe qui ont tous les deux formés à l’école américaine des Young leaders, ne veulent pas tenir compte du fait que toutes ces réformes ont été mises en œuvre depuis au moins trente ans un peu partout dans le monde, sans donner des résultats probants en matière d’emploi et de croissance. Ils croient à une sorte de stratégie du choc : aller le plus loin possible en matraquant le peuple avant qu’il n’ait le temps de se remettre de sa sidération. S’ils avaient étudié d’un peu plus près l’économie, ces deux antipathiques se seraient rendu compte que cette stratégie du choc n’amène sur le moyen et long terme que des déconvenues, non seulement parce qu’elle désorganise durablement l’économie, mais aussi parce que le peuple se détourne avec un grand mépris de ses représentants. 

    Haro sur les retraités 

    Le gouvernement a décidé de geler les transferts sociaux. Parmi les mesures qui semble-t-il ont été déjà décidées, il y a un nouveau coup de rabot sur les retraites. C’est pourtant les retraités qui ont été les plus enclins à voter pour Macron et pour les LREM. Mais Macron et Philippe pensent bêtement que les retraités sont le groupe le plus passif de la société et donc qu’ils continueront de l’être même si on les tond encore un peu. Cette nouvelle ponction sur les retraites va sans doute se faire sans coupure nette. Le menteur Bruno Le Maire s’est fait épinglé par Le monde, il avançait que les retraites ne baisseraient pas. Mais comme celles-ci n’augmenteront que de 0,3% alors que l’inflation est de 2,3% officiellement, la baisse du pouvoir d’acaht des pensions sera bien de 2%, c’est juste une question de mathématiques[5]. L’an dernier le gouvernement avait réalisé une ponction sur les pensions de 1,7% via une hausse de la CSG, avec à nouveau ces 2%, on est en un an à une baisse des retraites de 3,7% ! C’est du jamais vu depuis des décennies, sans doute depuis la Libération. Et cela sans parler de la réforme des retraites à venir et qui rabaisseront encore à terme un peu plus le pouvoir d’achat des retraités. Cet assaut général contre les retraites a de multiples implications. Le premier est une nouvelle baisse programmée de la consommation, et donc encore un tassement de la croissance. Le second est qu’il va apparaitre que les retraités payent une sorte d’impôt supplémentaire pour financer les cadeaux fiscaux faits aux riches et aux entreprises. Pendant ce temps le couple Macron se fait construire une piscine à Brégançon ou change sa vaisselle pour « un pognon de dingue » !

    La rentrée agitée du gouvernement  

    Si en effet le budget va être difficilement bouclé, c’est bien parce que les recettes fiscales sont insuffisantes consécutivement aux réformes initiées par Macron. Il va être très difficile de justifier cette ignominie par la nécessité d’une solidarité intergénérationnelle comme cela avait été le cas l’an dernier. Essentiellement parce que les retraités ont cotisé pour leur retraite, et donc ce qu’ils récoltent à la fin de la vie du travail, c’est le fruit de ces cotisations. En faisant basculer une grande partie des retraités vers la pauvreté, le gouvernement de droite extrême en fait des révoltés. Mais en outre, les retraités sont des consommateurs d’un nouveau genre qui ont fait émerger un secteur particulièrement dynamique, le secteur de la Silver economy[6]. Par exemple les retraités font fonctionner le secteur du tourisme et des loisirs hors-saison, ce qui permet de rentabiliser des investissements dans ce secteur qui ne pourraient pas l’être autrement. S’il y a bien un groupe qui, pour le meilleur et pour le pire, a poussé à la modernisation de la société, c’est bien celui des retraités. Contrairement à ce que pense le gouvernement – s’il pense – les retraités sont en général moins riches que les actifs et donc si leurs pensions baissent, ils commenceront par dépenser moins, ce qui se traduira encore un peu plus par un tassement de la croissance. Si dans les décennies précédentes les retraités apparaissaient comme un groupe plutôt conservateur, il se pourrait qu’ils deviennent le groupe le plus contestataire dans le futur, après tout ils avaient 20 ans en 1968 ! Ils ont donc une culture politique qui est souvent plus importante que les membres de ce gouvernement de technocrates. Ils ont commencé à descendre dans la rue l’an dernier, et ils pourraient devenir à moyen terme le groupe le plus revendicatif : ils ont en effet une cause à défendre, ils sont férocement attaqués, et ils ont le temps de faire de la politique ! Si on les empêche de consommer, il faudra bien qu’ils s’occupent en faisant de la politique ! 

    L’opposition 

    La rentrée agitée du gouvernement

    C’est entendu, maintenant la cote de popularité de Macron ne remontera plus jamais, c’est trop tard et son niveau est beaucoup trop bas. Sa politique et son arrogance l’ont plombé définitivement. Il ne peut plus bénéficier d’un effet de surprise comme l’an dernier.  Un tout récent sondage le montre, au mois d’aout 2018, il chute encore lourdement. A partir d’un certain étiage, on ne peut plus remonter la pente[7]. C’est un tobogan, Hollande et Sarkozy pourrait l’instruire sur ce point.  Evidemment Macron compte sur la division de l’opposition pour survivre, voire même faire un second mandat. Celle-ci se divise en deux aujourd’hui, Mélenchon et la France Insoumise à gauche, et Marine Le Pen et le Rassemblement national à droite. Ce sont en effet les supporters de ces deux partis qui sont aussi les critiques les plus virulents de Macron selon le sondage Elabe. Mais en même temps cette division parait au Français comme insurmontable[8]. Or potentiellement une alliance Mélenchon-Marine Le Pen serait majoritaire en France. Cette vision parait incongrue parce qu’évidemment chacun de ces deux partis veut ménager ses prébendes et voudrait bien devenir le parti d’opposition dominant. Le Rassemblement National traîne une réputation de parti fasciste, tandis que la France Insoumise est souvent vu par les supporters de Marine Le Pen comme un soutien de l’immigration de masse. Mais au-delà de ces postures, le sondage Elabe justement nous renseigne sur le fait qu’il y a beaucoup de proximités entre les deux électorats, par exemple sur l’affranchissement des dictats de Bruxelles, sur la défense de l’hôpital et du service public. Après tout, il y a quelques mois encore en Italie, une alliance entre M5S et la Lega apparaissait comme quelque chose d’incongru[9]. Déjà Mélenchon s’était fait remarquer en 2016 par ses propos assez peu conformistes sur l’immigration[10]. C’est d’ailleurs parce qu’il avait abandonné la posture habituelle de la gauche sur l’immigration et sur l’Europe qu’il avait pu progresser sérieusement dans les sondages en 2017 avant le premier tour de la présidentielle. De même on souvient qu’entre les deux tours des présidentielles, Marine Le Pen en avait appelé sans trop le dire à l’électorat de Mélenchon pour la supporter. Et Mélenchon avait suscité la polémique à gauche en refusant de donner une consigne de vote en faveur de Macron. Quoi qu’on en pense, et malgré les postures des uns et des autres, il y a plus de convergences entre les électorats de Marine Le Pen et de Mélenchon que de divergences. Que ce soit sur l’immigration, l’Europe ou l’idée de défendre le pouvoir d’achat et le service public. Evidemment une frange importante des supporters de ces deux partis n’est pas capable de dépasser l’opposition : au Rassemblement National on fait encore comme si Mélenchon était immigrationniste, et du côté de la France Insoumise on fait semblant de croire que le parti de Marine Le Pen est un parti fasciste. Mais quand on sait que le RN est le premier parti ouvrier en France et que beaucoup de ses supporters viennent directement du Parti communiste, le rapprochement entre les deux blocs n’est pas aussi incongru que cela.

      La rentrée agitée du gouvernement

    La difficulté c’est que la France n’est pas l’Italie. Les institutions donnent une telle prime au parti majoritaire qu’il est difficile de construire une alliance FI-RN car elle risquerait de faire voler en éclat ces mêmes partis. Il est donc plus facile, du fait des institutions de construire une alliance minoritaire autour de Macron. L’autre problème qu’on va rencontrer rapidement, c’est que les difficultés dans lesquelles se trouve empêtré Macron vont sans doute redonner un peu de tonus au parti de Wauquiez et aux débris du PS. Il est probable que Macron ait un peu crié trop tôt à la disparition des partis du vieux monde, ils risquent de se retourner contre lui. Cette résurgence de ces deux partis est à double tranchant : elle peut d’un côté rejouer le film de la fausse alternance, celle qu’on connait de fait depuis 1983. Mais en même temps elle peut tellement affaiblir Macron dont le parti LREM semble complètement hors-sol et sans ancrage, qu’en 2022 le second tour pourrait se jouer entre la FI et le RN, avec un émiettement complet des partis. Cette évolution pourrait précipiter aussi la fin de cette maniaquerie de ne vouloir gouverner qu’avec des technocrates sortant du même moule de la pensée unique. Pour l’ensemble de ces raisons, l’avenir politique de la France est très incertain. 

    Dernière minute  

    La rentrée agitée du gouvernement 

    Nicolas Hulot vient d’en rajouter dans cette rentrée très compliquée pour Macron et son gouvernement. Certes il ne servait pas à grand-chose, et son départ était programmé. En démissionnant cependant, il met à nu le gouvernement qui se présente clairement comme ennemi de la protection de l’environnement et plus précisément le représentant des lobbies[11]. Cette démission renforce le côté amateur de la présidence de Macron. Le gouvernement s’est encore un peu plus ridiculisé en reprochant par la voix de l’ineffable Griveaux a expliqué que c’était une mauvaise manière qu’Hulot leur faisait. Mais cette démission va montrer encore plus clairement que les promesses de Macron en matière d’écologie étaient juste du vent et que son bilan est négatif.


     



    [1] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/06/09/20002-20180609ARTFIG00109-trois-economistes-fideles-de-macron-pronent-un-reequilibrage-social.php

    [2] http://www.atlantico.fr/decryptage/severe-decrochage-electeurs-modem-egard-emmanuel-macron-qui-pourrait-marquer-fin-porosite-entre-droite-et-lrem-3487483.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/06/19/20002-20180619ARTFIG00280-l-insee-confirme-le-ralentissement-de-la-croissance-pour-l-annee-2018.php

    [4] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/08/26/edouard-philippe-annonce-les-grandes-lignes-de-son-projet-de-loi-de-finance-2019_5346258_823448.html

    [5] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/27/bruno-le-maire-nie-l-evidence-sur-le-pouvoir-d-achat-des-retraites_5346619_4355770.html

    [6] http://www.lefigaro.fr/conso/2014/01/25/05007-20140125ARTFIG00257-les-retraites-des-consommateurs-de-plus-en-plus-courtises.php

    [7] https://www.lejdd.fr/politique/sondage-la-popularite-de-macron-chute-de-5-points-a-34-3740096

    [8] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/4-francais-sur-10-estiment-qu-aucun-parti-n-incarne-l-opposition-a-macron_1965076.html

    [9] Alors que tout le monde donnait un gouvernement M5S Lega comme impossible, j’en avais évoqué rapidement la possibilité, et au moins sur ce point je ne m’étais pas trompé http://in-girum-imus.blogg.org/le-resultat-des-elections-en-italie-l-europe-et-les-migrants-a138322236

    [10] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/09/09/25002-20160909ARTFIG00170-les-positions-de-melenchon-sur-l-immigration-crispent-a-gauche.php

    [11] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/08/28/nicolas-hulot-annonce-qu-il-quitte-le-gouvernement_5346903_823448.html

    « Des catastrophes naturelles ou nonLes effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :