• La politique en vrac

     

    Les journalistes lâchent-ils Macron ?

    La politique en vrac 

    C’est peut-être ça la grande nouvelle : les journalistes français paraissent bien moins obséquieux envers Macron qu’ils ne l’étaient il y a encore quelques mois. Pour le premier bilan d’un an de macronisme, s’ils continuent à le célébrer à la une des magazines, ils sont de plus en plus nombreux à souligner les limites de ce personnage sautillant dont le profil psychologique commence à poser problème. La tribune, journal économique, c’est-à-dire patronal, développe dans le détail un sondage qui nous dit qu’en un an, la base électorale de Macron s’est rétrécie, elle n’est plus que de 36% : c’est, au-delà de la classe des riches et des hyper-riches, cette population de cadres et d’employés qui lit Challenges et qui croit à la mystique de l’entreprise comme horizon indépassable de la civilisation humaine. Le nouvel économiste, autre journal « économique » donc à la gloire du patronat, commence à trouver que Macron n’est pas très efficace, il pointe cette agitation frénétique qui le mène de Washington à Berlin et qui finit, à cause de cette maniaquerie à faire la leçon à tout le monde, par en faire le dirigeant le plus isolé de la planète. Les Allemands ne veulent pas de ses réformes de l’Europe, même le très complaisant SPD, et Trump n’a cédé sur aucun des points de divergences, que ce soit sur l’Iran, le climat ou encore le Moyen-Orient. Au-delà des paillettes de la mise en scène, il apparait que Macron échoue à se faire entendre au niveau international. Mais il y a pire encore. Voilà maintenant Le monde, journal macronien de la première heure qui commence à trouver que le président confond autorité et autoritarisme[1], qu’il mime trop la position d’un monarque[2]. Ce journal multiplie maintenant les articles critiques sur le financement de sa campagne présidentielle[3], et insiste sur les cadeaux en continue qu’il fait à la classe des hyper-riches : par exemple le projet de supprimer l’exit-tax qui, s’il était poussé jusqu’au bout, aboutirait à un nouveau cadeau fiscal d’au moins 800 millions d’euros aux très riches[4]. Bref on commence à voir le soutien de la sphère médiatique s’effriter. Et voilà maintenant que Le Point, journal macronien lui aussi (quoiqu’il ait un temps prétendu à soutenir Fillon), nous dit dans son édition du 3 mai qu’en réalité ce n’est pas Macron qui fait le « job », mais le discret Edouard Philippe ! On ne sait pas si cela va plaire à l’Elysée. Certes le dernier numéro de Paris Match montre Macron en tenue d’apparat à la une, mais sur cette photo il n’a pas vraiment l’air d’un président, endimanché, il semble se rendre à une fête dont il serait seulement le spectateur. La une du dernier France Dimanche datée du 4 mai nous explique que « les » Macron ont été trahis. Par qui, on n’en sait rien, à moins d’aller chez le coiffeur pour lire cette curieuse revue, mais ce qu’il ressort c’est cette image d’un homme faible, trahi, pour tout dire cocu. Certes les soutiens des grands médias restent encore importants et dominants, mais on sent nettement un changement. Macron est passé pour l’anniversaire de son arrivée au pouvoir, du statut de chouchou, brillant et fin manœuvrier, à celui d’un homme seul et capricieux, plus soucieux de la promotion de sa petite personne que ce celle des intérêts de la France. Cerise sur le gâteau, le livre de François Hollande se vend comme des petits pains[5], alors que Macron prédisait qu’il ferait un bide noir. Or ce livre présente le même Macron comme une sorte de traître de comédie flattant le président de la République pour mieux le poignarder dans le dos. Mais plus sérieusement on remarquera qu’Hollande qui qualifie Macron de président des « très riches » risque cette saillie au moment même où celui-ci se propose de faire un nouveau cadeau fiscal – suppression de l’exit-tax – à ces très riches. La question est la suivante si les journalistes commencent à critiquer Macron déjà haï par les deux tiers de la population que va-t-il rester de lui ? 

    Des sondages inquiétants pour le futur de Macron 

    En même temps deux sondages doivent inquiéter sa démesure et son arrogance, tout d’abord celui qui le désigne comme un homme de la droite extrême. Un moment Macron a tenté de faire croire qu’il était une sorte de technicien habile qui ne s’embarrassait pas de donner dans l’idéologie. Mais ce moment est terminé. Dans ce sondage publié dans Le monde du 6 juillet, on voit nettement une glissade marquée vers la droite dure et affairiste[6]. Preuve qu’il n’est guère sûr de lui, il ne l’a jamais avoué comme pouvait le faire par exemple Sarkozy qui reste son véritable modèle ou son inconscient ! L’embellie de cet été n’aura été qu’un feu de paille. Macron ne peut gouverner que pour la droite affairiste et  européiste, il n’est même pas capable comme l’étaient Sarkozy ou Hollande de se rendre compte qu’il va trop loin et que sa méthode de gouvernement procède plus du caprice que de la nécessité. 

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    Mais il y a un deuxième sondage encore plus inquiétant : les deux tiers des français ne veulent pas le revoir après 2022 ! Le jugeant cassant, autoritaire et méprisant, ils veulent tourner la page le plus rapidement possible de cette sinistre parenthèse. Il est là encore jugé comme le représentant des riches principalement par près des trois quarts des Français, donc un président qui n’a aucunement le profil d’un rassembleur[7]. Avec la dissipation du mythe ni droite, ni gauche, c’est tout le château de cartes construit par ses équipes de communication qui s’effondre. Au rejet global de sa politique, c’est également sa personnalité qui est haïe, littéralement. Il n’est pas certain d’ailleurs que les exhibitions de son épouse n’y soient pas aussi pour quelque chose, car en effet dans les chaumières on commence vraiment à trouver curieux cette relation étrange et infertile 

    Jean-Marc Janaillac se ridiculise et démissionne

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    Les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules et pas forcément du côté qu’on le croit. Pour Macron la démission de Jean-Marc Janaillac est une nouvelle difficulté qui s’ouvre sur le front social déjà bien chargé en ce mois de mai. La grève d’Air France dure maintenant depuis des semaines, mais le patron de cette entreprise pensait s’en tirer en organisant un référendum. En clair il demandait le soutien du personnel à sa volonté de ne pas satisfaire les revendications salariales des syndicats. Sans doute s’était-il fié aux sondages pour aller dans ce sens. On le sait pourtant depuis au moins 2005, et plus encore depuis le Brexit, les référendums sont dangereux pour l’oligarchie. La preuve dans le cas d’Air France, non seulement le personnel a voté massivement – à plus de 80% – mais il a voté à plus de 55% contre la direction ! Ce vote a de nombreuses conséquences. D’abord Janaillac démissionne comme il l’avait dit, ce qui veut dire qu’il va falloir lui trouver un remplaçant pour prendre le relais et conclure une négociation bien mal engagée avec les syndicats. Ensuite cette affaire démontre que l’obstination dans les luttes aboutit toujours à des résultats positifs pour les salariés. D’une manière indirecte la démission de Janaillac renforce le mouvement de grève à la SNCF et montre que les grévistes d’Air France s’ils sont sur le papier minoritaires – 25% environ – ils sont soutenus par l’ensemble du personnel et donc que les syndicats sont bien moins isolés qu’on le pense. Mais peut-être plus que tout cet épisode de la lutte des classes montre à quel point la classe dirigeante a une méconnaissance profonde des salariés qu’elle prétend diriger. Le patronat ne semble même plus connaitre ses entreprises, enfermé dans sa médiocre cupidité, coupé des réalités. Macron et le MEDEF sont de ceux qui pensent que les salariés, parce qu’ils sont de moins en moins encartés dans un syndicat, sont moins combattifs et donc qu’ils toléreront de nouvelles agressions, de nouveaux reculs. Mais l’exaspération croissante des salariés est potentiellement porteuse de nouvelles formes de luttes, peut-être moins spectaculaires, qui minent l’exercice normal du pouvoir dans la gestion de l’Etat comme dans celle des entreprises. En attendant, les syndicats d’Air France maintiennent leur mot d’ordre de grève. Cette grève a déjà coûté 300 millions d’euros à la compagnie d’aviation, et ce n’est pas fini[8]. On peut considérer qu’avec le coût des grèves de la SNCF et des fonctionnaires la France a déjà perdu plus d’un milliard d’euros à cause de la brutalité manifeste de Macron et de son incapacité de gérer les conflits sociaux. Ce n’est pas encore un Mai 68, mais plutôt une sorte de mai rampant qui va sans doute se prolonger d’autant plus qu’il n’y a à l’heure actuelle en France aucune force syndicale ni partisane capable de canaliser la colère populaire. 

    En Angleterre Theresa Mays consolide ses positions  

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    Alors que Le monde ne cesse de nous dire depuis deux ans que les britanniques rejettent Theresa May à cause des difficultés qu’elle rencontrerait dans la mise en œuvre du Brexit, qu’elle serait lâchée même par son propre parti, on se rend compte qu'il n'en est rien, comme le montre le résultat des élections municipales[9]. C’est au contraire le Labour qui n’arrive pas à progresser, sans doute à cause de son ancrage trop européiste, suivant en cela la destinée d’un parti social-démocrate ordinaire. On commence d’ailleurs à avancer que Corbyn est aussi en train de payer ses positions antisémites à peine voilées[10], dans un contexte local où la progression des exigences des islamistes radicaux commence à inquiéter vraiment. Certes on avancera qu’il ne s’agissait que des élections locales et qui ne concerne que l’Angleterre, mais beaucoup en avait fait un teste de défiance vis-à-vis de May. Par exemple le site Boursorama qui prétend vous donner des conseils avisés pour placer votre épargne et commenter l’actualité économique avec la majesté d’une expertise, avançait le 4 mai que ces élections allaient recomposer le paysage politique ! On ne peut pas se tromper plus[11].

    Mais il y a un autre enjeu que de se moquer des journalistes qui à longueur d’année anticipent d’un avenir qui les met en porte-à-faux avec le réel. En effet, cette consolidation de Theresa May va mettre Bruxelles un peu plus dans l’embarras la Commission européenne pour la mise en œuvre d’un Brexit dur destiné à faire exemple aux pays tentés par l’aventure. Et globalement le camp hostile à une Europe fédérale va se trouver renforcé.



    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/03/emmanuel-macron-entre-autorite-presidentielle-et-autoristarisme_5293938_3232.html

    [2] http://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/05/05/emmanuel-macron-sur-la-voie-royale_5294636_5008430.html

    [3] http://www.lemonde.fr/societe/article/2018/05/03/comptes-de-campagne-de-macron-87-600-euros-de-dons-ont-ete-juges-non-conformes_5293954_3224.html

    [4] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/02/qu-est-ce-que-l-exit-tax-que-macron-souhaite-supprimer_5293497_4355770.html

    [5] Stock, 2018

    [6] http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/05/05/enquete-cevipof-sur-macron-le-chef-de-l-etat-percu-de-plus-en-plus-a-droite_5294725_823448.html

    [7] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/05/04/01002-20180504ARTFIG00253-sondage-six-francais-sur-dix-ne-veulent-pas-qu-emmanuel-macron-se-represente-en-2022.php

    [8] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/05/air-france-klm-un-conflit-social-deja-couteux_5294829_3234.html

    [9] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/04/les-tories-de-theresa-may-confortes-par-le-resultat-des-elections-locales_5294305_3214.html

    [10] https://www.ouest-france.fr/europe/royaume-uni/elections-locales-en-angleterre-les-conservateurs-font-mieux-que-prevu-5739968

    [11] https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/nouveau-paysage-politique-attendu-en-angleterre-apres-les-elections-locales-507a11d52e2dbfe8f6c4dc937ddd10c0

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