• La politique économique ultra-droitière de Monsieur Macron

     La politique économique ultra-droitière de Monsieur Macron

    Je n’ai pas voté pour le candidat Macron au dernières élections présidentielles, refusant de choisir entre l’extrême droite et la droite extrême. Il faut cesser de ne pas qualifier ce gouvernement. Les journalistes ont tendance à ne pas nommer sa couleur politique, ou alors ils avancent timidement le vocable imparfait de « centre droit ». La politique économique de Macron est clairement extrémiste, de droite bien sûr, antisociale et surtout et principalement affairiste. On l’a déjà souligné plusieurs fois, outre que le président élu est un banquier, la plupart de ses ministres sont des lobbyistes, que ce soit Philippe, qui porte la parole du nucléaire, ou Buzyn qui est la représentante des laboratoire pharmaceutiques, ou même encore Hulot dont la riche fondation est sponsorisée par des multinationales qu’il devrait combattre s’il était un défenseur de l’environnement. Deux points doivent retenir l’attention : d’abord bien sûr la réforme du droit du travail, et ensuite les privatisations à venir. Dans les deux cas il s’agit de transferts de valeur de la collectivité vers le grand patronat. Ce sont les deux vieilles recettes de la droite libérale qui considère que l’Etat doit être le plus petit possible et donc que l’initiative privée est toujours meilleure que l’initiative étatique. Le contrepoint de cette idée erronée est que les dépenses de l’Etat doivent reculer pour relancer la croissance. Nous avons vu précédemment que cela était faux, et qu’en général lorsque la dépense étatique recule, c’est la croissance qui recule encore et l’emploi qui en pâtit[1]. 

    Les ordonnances au service du patronat et non de l’emploi  

    La politique économique ultra-droitière de Monsieur Macron

    François Hollande qui a beaucoup fait pour le patronat, notamment en laissant les mains libres à Macron pour diriger la politique économique de la France a mis en garde le nouveau président sur les risques d’un embrasement de la rue au moment du passage en force des ordonnances sur le droit du travail[2]. Il juge ces lois inutiles et mortifères, et comme il est tout de même un peu plus intelligent que son successeur, il mesure assez bien l’impopularité de la démarche. Mais Macron n’en a cure, il veut aller très vite, profiter de son début de mandat pour réaliser les réformes de structures souhaitées par la Commission européenne, pensant qu’ensuite il aura un peu de temps pour se faire aimer des Français et réélire[3]. Il se croit plus malin que Sarkozy et Hollande qui, ayant un peu plus d’expérience politique, hésitaient un peu à aller trop loin dans le sens des revendications du patronat. Macron oublie que la rue s’était très largement mobilisée contre la loi El Khomri dont il était le véritable inspirateur. Pour bien comprendre pourquoi ces ordonnances doivent être combattues avec la plus grande vigueur, on rappellera qu’il s’agit depuis 1983 de la18ème réforme d’inspiration libérale qui est censée relancer l’emploi, soit en moyenne une réforme tous les 20 mois ! La seule période où nous n’avons pas eu de réforme du marché du travail, c’est entre 1997 et 2002, et dans cette législature, le chômage avait beaucoup baissé. C’est aussi une période où on avait fait jouer à la hausse les minima sociaux et relancé la demande. 

    La politique économique ultra-droitière de Monsieur Macron 

    Macron n’est pas seulement un président mal élu au service de la grande bourgeoisie, outre qu’il ne brille pas par son intelligence, c’est aussi un menteur. Dans une interviewe hallucinée, il a avancé que la France était le seul pays qui n’avait pas fait de réforme du marché du travail et que c’était le seul grand pays qui avait un chômage aussi élevé[4]. Il prétend tourner la page de trois décennies d’inefficacité. Ce cuistre prétentieux oublie au passage de dire qu’il a été ministre de l’économie sous Hollande et qu’il a inspiré la politique économique maudite pendant quatre ans qui a empêché celui-ci de se représenter. Mais il y a pire. Les réformes de destruction du droit du travail qu’il met en scène sont les mêmes que celles qui ont été mises en œuvre par l’Espagne, l’Italie et bien sûr la Grèce. On voit bien que ce ne sont pas ce type de réformes qui permettent de créer de l’emploi. Si on regarde plus attentivement le graphique ci-dessous, on se rend compte aussi que la zone euro a clairement un problème de chômage par rapport au reste de l’Union européenne. Mais de cela on ne veut pas en parler.  

    La politique économique ultra-droitière de Monsieur Macron 

    Les réformes Macron sont avant tout destinées à deux choses :

    - Accroître les profits au moment où pourtant ils sont au plus haut[5] – Pierre Gattaz vient de se payer un château de 11 millions d’euros dans le Lubéron, château payé pour partie avec l’argent du CICE. Depuis que ce système existe en effet, Pierre Gattaz a touché au moins 2,5 millions d’euros de l’Etat[6]. Les hommes cupides n’en ont jamais assez ;

    - A détruire le peu de démocratie qu’il y avait dans l’entreprise. Et cela va se faire avec la complicité des syndicats jaunes, la FDT et FO. Pour ce dernier syndicat, on voit que le recrutement de Stéphane Lardy par Pénicaud a payé. Alors que FO manifestait une grande combativité contre la loi El Khomri, Mailly est très conciliant avec les ordonnances de Macron, alors que celles-ci durcissent la loi El Khomri. Les raisons de ce revirement qui brisent l’unité syndicale ont un nom : Mailly s’est vendu. On verra si la base de FO verse autant dans la complaisance. On sait que de nombreuses fédérations ont déjà appelé à manifester le 12 septembre, dont la puissante fédération des transports[7]. 

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    Les privatisations à venir

    C’est une des marottes de la droite, privatiser tout ce qu’elle peut. Les motifs invoqués seraient que les entreprises privatisées sont plus efficaces que les entreprises publiques. En vérité les entreprises privées et publiques ne peuvent être comparées de ce point de vue puisqu’elles n’ont pas les mêmes critères de l’efficacité. Pour les premières seuls comptent les dividendes distribués aux actionnaires, même si cela se fait au détriment de la rémunération des salariés, alors que pour les secondes l’objectif est plus largement macroéconomique et vise un effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Cette maniaquerie est planétaire. Depuis le big bang de la déréglementation financière et de la contre-révolution conservatrice de Reagan-Thatcher, tous les pays du monde se sont alignés sur ce dogme, la France avec retard pour cause d’élection de Mitterrand en 1981. Elle ne rejoindra ce mouvement qu’à partir de 1986, gauche-droite confondues. Et depuis cela ne s’est jamais arrêté, malgré les résistances populaires. 

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    L’APE vient d’annoncer la braderie de 4,15 % du capital d’Engie que l’Etat détenait encore, pour un montant de 1,5 milliards d’euros[8]. C’est une stratégie à long terme pour ne pas effrayer les Français. Mais il est évident que ce mouvement est initié d’abord par ceux qui veulent s’emparer de l’entreprise, même si l’Etat met en avant son désir de financer l’innovation. « Financer l’innovation » c’est une sorte de mot valise destiné à faire semblant qu’on fait quelque chose d’important, sans préciser quoi exactement. C’est le genre de chanson qu’on connait.

    Bruno Le Maire puis Edouard Philippe l’ont confirmé, l’Eta t va s’engager à vendre pour 10 milliards d’euros de participations avec soi-disant la volonté de financer l’innovation, cette innovation qui serait[9]. Dans le collimateur il y a quelques belles entreprises comme Aéroports de Paris pour 7 milliards d’euros, ou la Française des jeux pour 2 milliards. Toutes les privatisations sont par nature mauvaises et c’est facile à comprendre. En effet, lorsque l’Etat vend une entreprise, il encaisse un volume financier qui lui permettra d’abonder son budget. C’est cet argument qui a été avancé par Chirac pour privatiser : en disant que cela permettrait de rembourser une partie de la dette. Mais ce n’est qu’une question de temps pour que l’Etat soit perdant. Il va de soi que si les privatisations n’étaient pas des bonnes affaires – et en général ce sont des très bonnes affaires pour les copains des hommes politiques en place – les affairistes n’investiraient pas dans une entreprise qui n’a pas été créée ni par leur talent, ni avec leur argent. Prenons l’exemple de la Française des Jeux. Sa valeur est estimée à 2 milliards d’euros par l’APE. Elle rapporte bon an mal an 130 millions d’euros, soit un rendement de 6,5% par an. Ce qui est énorme quand on sait que le taux d’intérêt à 15 ans est de 1,45%. Un capital de 2 milliards d’euros est en effet remboursé au bout de 15 ans si le rendement est de 130 millions par an[10]. A partir de la 16ème année, l’Etat est perdant, il perd 130 millions d’euros par an ! A partir de la trentième année, il perd 2 milliards d’euros ! Ces deux milliards d’euros qui manqueront pour le financement de l’Etat. On note que pour l’investisseur la privatisation engendre dans ce cas une rente « pépère » de 6,5 – 1,45 = 5,05 % par rapport au prix du marché. Pas mal quand la croissance est aux alentours de 1,5% ! 

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    Cet exemple est loin d’être le pire des cas. C’est celui des autoroutes qui est le plus scandaleux et qui illustre le mieux la collusion des hommes politiques avec le grand capital qui vise à mettre la main sur tous les monopoles étatiques[11]. Le rendement du capital privé investi dans les autoroutes est de 20% ! Ce qui veut dire qu’au bout de cinq tous les bénéfices de cette activité de péage – qui au passage augmente les coûts de franchissement de l’espace – l’Etat se prive des recettes potentielles pour son budget. Le temps ayant passé, j’ai calculé que la privatisation des autoroutes privait aujourd’hui l’Etat de 8 milliards d’euros de recettes. Soit à peu près le montant de l’APL que le gouvernement de la droite-extrême conduit par le sinistre Edouard Philippe veut effacer ! 

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    Ces deux exemples montrent non seulement que les privatisations sont toujours une mauvaise affaire pour l’Etat, mais encore que cette braderie est une spoliation du bien public, c’est-à-dire de ce qui appartient à la collectivité et dont disposent comme ils le veulent les hommes politiques qui se succèdent aux affaires depuis 1986. Je signale que Macron appartenait à la banque Rothschild qui s’est fait de longue date une spécialité des privatisations. En outre, c’est Macron lui-même en tant que ministre de l’économie qui a appuyé la privatisation des aéroports de Toulouse, Lyon et Nice. C’est ce triste individu qui a vendu à la sauvette des paquets d’actions détenues par l’Etat d’Orange, d’Engie ou d’EDF. On remarque qu’en général les privatisations portent sur des monopoles étatiques, autant dire que ce sont des investissements sans risque ! Pire encore, les privatisations devant être financées, elles privent les autres secteurs de l’économie d’investissements nouveaux. L’argent circule, et on voit qu’il s’agit d’un jeu de bonneteau. Au motif d’une meilleure efficacité du privé, on brade des biens publics, mais on investit de l’argent public dans l’innovation ! C’est bien la preuve que l’Etat empêche le capital de prendre des risques ! C’est donc bien d’une supercherie qu’il s’agit. Mais cette supercherie fait partie de la doctrine de la Commission européenne qui rêve d’éradiquer l’Etat de tout processus économique : ne dernier ne doit plus être qu’une caisse qui paye grassement les « services » des entreprises privées. En vérité Léon Walras grand défenseur de la concurrence expliquait que l’Etat devait nationaliser tous les monopoles naturels, c’est-à-dire les domaines où la concurrence ne pouvait pas jouer[12]. 

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    Terminons en disant ceci : si le rendement des entreprises privatisées augmente après leur privatisation, ce n’est pas parce qu’elles créent plus de valeur, mais essentiellement parce qu’on transfère des ressources des travailleurs vers les actionnaires en modifiant les conditions de travail.  

     

    La politique économique et fiscale de Macron-Philippe va très certainement engendrer une récession économique de première grandeur, et comme d’habitude les tourments que l’on engage au nom de la croissance et de l’emploi produisent toujours l’inverse. 

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/eric-berr-l-integrisme-economique-les-liens-qui-liberent-2017-a131314324

    [2] http://www.huffingtonpost.fr/2017/08/22/francois-hollande-demande-a-emmanuel-macron-deviter-les-sacrifices-qui-ne-sont-pas-utiles_a_23157301/

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/l-opposition-a-monsieur-macron-a131390132

    [4] http://www.lepoint.fr/politique/exclusif-emmanuel-macron-le-grand-entretien-30-08-2017-2153393_20.php

    [5] http://www.latribune.fr/bourse/cac-40-les-profits-des-entreprises-ont-grimpe-quatre-fois-plus-vite-que-leur-chiffre-d-affaires-748702.html

    [6] Rien qu’en 2013, c’est 873 000 € qui étaient revenus dans son escarcelle. https://www.humanite.fr/comment-pierre-gattaz-se-sucre-sur-largent-public-546073

    [7] https://www.marianne.net/economie/ordonnances-travail-fo-transports-rejoint-la-cgt-contre-cette-loi-el-khomri-bis

    [8] http://www.lefigaro.fr/societes/2017/09/05/20005-20170905ARTFIG00348-l-etat-cede-41-d-engie-et-touche-15milliard-d-euros.php

    [9] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/04/l-etat-dans-les-starting-blocks-pour-ceder-certaines-de-ses-participations_5180721_3234.html

    [10] Il s’agit de la valorisation boursière, mais par le jeu des taxes, c’est 3 milliards d’euros que la Française des Jeux rapporte à l’Etat.

    [11] https://www.marianne.net/economie/autoroutes-le-scandale-perpetuite et aussi http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/biens-d-equipement-btp-immobilier/le-scandale-cache-des-autoroutes-le-gouvernement-enterre-un-rapport-explosif-468640.html

    [12] Études d’économie politique appliquée. Théorie de la production de la richesse sociale, Rouge et Pichon, 1898.

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