• La politique économique du gouvernement

     

    Contrairement à beaucoup de commentateurs, je trouve que Hollande est un président qui a de la suite dans les idées et qui mène une politique économique avec obstination, même si ce n’est pas celle que les gens qui ont voté pour lui attendaient. Il tient évidemment le cap de la gouvernance néo-libérale et s’inscrit dans la droite ligne de la politique européiste, on ne s’étonnera pas qu’il nomme Macron ministre de l’économie, ni que dans le même temps il soit un farouche partisan du traité transatlantique.

     

    Changement de gouvernement et provocations en série  

     

    Devant les résultats économiques catastrophiques de la politiques gouvernementale, tant sur le plan de la croissance que de l’emploi, Arnaud Montebourg qui fut un temps l’pôtre de la démondialisation, a commencé à prendre de la distance avec la politique menée par le tandem Hollande-Valls en la critiquant ouvertement. Cette sortie a contraint le gouvernement de Valls à démissionner de façon à ressouder les ministres autour d’une vision commune de la politique.

    Le changement de gouvernement opéré cette semaine par Valls ressemble à une double provocation. D’abord en virant les ministres un peu plus à gauche, un peu critique, Valls fait voler en éclat le mythe d’une gauche diverse pour se resserrer autour d’une politique ultra-libérale, Tatchero-reaganienne. Ce changement se traduit par la nomination au poste très symbolique de l’économie d’Emmanuel Macron. Il s’agit non seulement d’un personnage qui n’a jamais obtenu de mandat électoral – Hollande rompant sa promesse de campagne – mais surtout d’un jeune banquier ayant fait fortune chez Rotschild. Ce qui ne manque pas de sel quand on a dénoncé pour se faire élire la finance comme le mal absolu. Enarque magouilleur, Macron eut comme mentor Jacques Attali, participant avec lui à cette imbécillité que fut le rapport de la Commission pour la libération de la croissance sous la présidence de Sarkozy. Macron avait été présenté à Hollande par Jean-Pierre Jouyet, un autre habitué de la compatibilité sarko-hollandaise. On comprend tout de suite en voyant le profil de ce fils de famille que le gouvernement ne vise pas à ressouder le peuple derrière lui. Macron est le théoricien si on peut dire du « socialisme de l’offre ». Croyant aux lois naturelles du marché et à leur effoicacité, mais aussi à la nécessité de l’équilibre des comptes budgétaires, il est pour la poursuite et même l’aggravation de l’austérité. N’ayant probablement guère le temps détudier, il ne s’est pas rendu compte que l’austérité justement freinait la croissance et par suite aggravait les déficits.

    Mais les provocations ne se sont pas arrêtées là. Le lendemain de la nomination de Macron, la première réunion publique à laquelle Valls s’est rendu est l’université d’été du MEDEF pour chanter les louanges des patrons et des actionnaires qui risquent leur argent tous les jours. Son discours a même choqué Le figaro tellement il était néo-libéral. Valls a donc vanté les baisses des dépenses publiques à marche forcé, les cadeaux au patronat comme quelque chose qui marche. Inutile de dire que Valls a été copieusement applaudi par le patronat. Du jamais vu pour un représentant de gauche.

      

    En tous les cas, Valls et Macron marchent la main dans la main et poussent dans le même sens. Tandis que Valls expliquait tranquillement qu’il fallait détricoter le droit du travail, abaisser les seuils sociaux pour faciliter l’embauche, Macron développait la veille, dans une interview au Point, interview aussi bouffonne qu’inepte, l’idée de contourner les 35 heures reprenant cette idée débile à l’UMP selon laquelle ce sont les 35 heures qui auraient plombé la croissance et l’emploi en France. Valls reprenait l’antienne du coût du travail trop élevé en France et de la nécessité de reconquérir des parts de marché. Lesquelles, où, comment ? La seule piste qu’il a évoquée ce serait de faire plus d’efforts pour accueillir des touristes, créer de nouveaux emplois de domestiques. Or bien entendu, un tel pari sur l’ouverture de nouveaux marchés non seulement a peu de chances de réussir, mais en outre obère notre autonomie politique et économique.

     

    L’économie de l’offre ça ne marche pas

     

    Si Macron et Hollande avaient fait des études sérieuses en économie, ils se seraient aperçus que l’on ne soigne pas un déficit de demande en relançant l’offre. Or de fait ce que la crise de 2008 a révélé, c’est d’abord qu’il y avait une offre surabondante par rapport à la demande solvable. Le président Hollande confondant volonté politique et entêtement imbécile, poursuit donc dans la posture néo-libérale. Mélenchon disait fort justement (pour une fois) qu’il était certainement pire que Sarkozy. Pourtant cette politique austéritaire, favorisant la déflation salariale, c’est celle qui est maintenant en place depuis l’élection de Sarkozy. Incapable de relancer la croissance et l’emploi, elle est dans la continuité européiste de la droite libérale. Mais si cette politique ne marche pas depuis au moins 2007, pourquoi la poursuivre ? C’est tout de même cette politique suivie qui a amené Hollande à être le président le plus détesté de la Vème République. Cette absence de résultat d’une politique préconisé par Macron permet pourtant à celui-ci d’être promu ministre de l’économie. Ne doutons pas que cet arrogant jeune homme en tire gloire.

      

    Ce que les gens reprochent au fond à Hollande, c’est son cynisme. N’avait il pas promis le changement ? Or la courbe du chômage n’a pas changé depuis 2007, elle va dans le même sens.

    Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a pas de raison que l’austérité à marche forcée permette à l’économie de redémarrer. D’autant que l’Allemagne, souvent vantée comme un modèle par Valls, est à son tour rentrée en récession. On fera remarquer que partout où l’économie a redémarré, il n’a pas été tenu compte de l’équilibre des comptes publics, ni même de la défense de la monnaie, que ce soit aux Etats-Unis, au Japon ou en Suisse, petit pays qui ne paye pas une adhésion stupide à la monnaie unique. Cependant, à l’encontre de Montebourg, de Mélenchon ou même des Grecs de Syriza, une politique de relance à l’échelle européenne est tout simplement impossible. L’Europe est d’ailleurs faite, puisqu’elle est fondée sur la concurrence libre et non-faussée, pour empêcher toute velléité de keynésianisme. Ce qui veut dire que toute politique de gauche doit d’abord passer par une sortie rapide de l’euro et de l’Europe. C’est seulement en sortant de ce cadre contraignant qu’on pourra retrouver une autonomie en matière de politique économique. Vouloir obliger Angela Merkel à changer de politique est presque risible.

    En tous les cas le PS façon Valls et Hollande a coupé l’herbe sous les pieds de l’UMP. Que leur reste-t-il pour monter un programme de gouvernement alternatif à part de vagues problèmes de société sur la théorie du genre ou sur l’immigration ? Rien, ils se trouvent coincés entre le FN et le PS qui est plus à droite qu’eux sur le plan du libéralisme intégral.

     

    Exclure Hollande du Parti socialiste

     

    A la fin de la semaine aura lieu l’université d’été du Parti socialiste. Je pense pour ma part que cela va être houleux. Quel que soit en effet le degré de décomposition de ce parti, il semble pourtant que la majorité de ses militants et de ses sympathisants soit tout de même de gauche et que le discours tatchérien des duettistes Valls-Macron, ne va pas les rassurer. Les quelques rares militants du PS que je connais  sont en effet prêts à en découdre et à faire en sorte que ce parti redevienne un parti de gauche – fuss-t-il un parti de la gauche molle.

    La démission de Montebourg, Hamon et Filipetti va renforcer évidemment les rangs des frondeurs qui auront beau jeu d’ailleurs de montrer que la politique de droite de Hollande mène directement à la disparition de leur parti et donc de leur emploi. Macron s’en fout, étant donné que non seulement il n’est pas élu du peuple mais qu’en outre il pourra toujours se recycler après la défaite de 2017 dans son milieu naturel, la banque d’affaire. Mais plus généralement que veut dire être de gauche aujourd’hui ? La même chose qu’il y a 100 ou 150 ans : il s’agit de combattre l’extension de la propriété privée des moyens de production et de réduire les inégalités économiques.

    Si donc le PS ne veut pas disparaître et refuse de changer de nom comme le voulait il y a quelques années Manuel Valls, il est obligé de réagir. La seule solution et d’exiger un congrès de ce parti, et en conclusion de celui-ci d’exclure tous les gens de droite qui pullulent à sa direction, Hollande, Macron, Valls, Moscovici. Toute cette « deuxième gauche » pourrie et bourgeoise qui n’est qu’un faux nez pour la pire des droites. Après tout il serait légitime de les exclure pour mauvais service rendu à leur parti et à la gauche.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/28/emmanuel-macron-veut-autoriser-les-entreprises-a-deroger-aux-35-heures_4477840_823448.html

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/08/27/25002-20140827ARTFIG00321-le-discours-de-valls-au-medef-un-coming-out-neoliberal-pour-la-gauche-du-ps.php

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/28/emmanuel-macron-veut-autoriser-les-entreprises-a-deroger-aux-35-heures_4477840_823448.html

    http://www.lepoint.fr/economie/exclusif-emmanuel-macron-sa-premiere-interview-27-08-2014-1857121_28.php

    http://russeurope.hypotheses.org/2694

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