• La percée inattendue de François Fillon

     La percée inattendue de François Fillon

    La plupart des sondeurs – et moi non plus d’ailleurs – ne croyait pas à la percée tardive de Fillon qui est longtemps resté en arrière-plan derrière le débat Sarkozy-Juppé. Ayant le charisme d’une huitre malade, il était assez difficile de le prévoir à ce niveau. C’est seulement le 15 novembre qu’un sondage a révélé que non seulement le candidat à la triste figure pouvait être qualifié pour le second tour, mais aussi l’emporter sur Alain Juppé et ainsi probablement devenir président, puisqu’il ne paraît guère possible que la gauche ait suffisamment de temps pour se renouveler d’ici mai[1].

    L’écart qu’il y a aujourd’hui entre Juppé et Fillon semble impossible à rattraper d’ici au 27 novembre. Encore qu’il y a une vraie incertitude sur la participation au second tour. Le même sondage qui donnait François Fillon devant tout le monde accrédite l’idée qu’il gagnera largement la primaire le 27 novembre. La dynamique est du côté de Fillon, d’autant que Sarkozy, le grand battu de cette primaire, a annoncé qu’il soutiendrait son ancien « collaborateur ». Les jeux sont donc apparemment faits. Il reste cependant à comprendre comment le système électoral français en arrive une fois de plus à sélectionner un homme politique parmi les plus médiocres. 

    L’islam et l’immigration

     La percée inattendue de François Fillon 

    Une partie de l’explication vient du fait qu’on ne vote guère pour un projet, mais plutôt pour éliminer ceux qu’on déteste le plus. Sarkozy en a fait la lourde expérience. Mais Juppé également. Le plus lisse et discret Fillon en a profité. C’est entendu, les Français ne voulaient plus revoir Sarkozy et ses multiples casseroles, ils l’ont donc mis finalement à la retraite. Mais ils détestent aussi Juppé, aussi bien parce qu’il est âgé que parce qu’il passe pour un modéré envers l’islam. Il est vrai que Juppé fait partie de ceux qui présentent l’immigration comme une chance, et l’islam comme une religion de paix à laquelle il faut s’adapter. En voulant présenter une image consensuelle, Juppé est apparu comme le chantre de la mondialisation.

    Fillon possédaient trois formes d’appuis importants :

    - d’abord un réseau de parlementaires très dense qui l’appuyait et qui ne voulaient pas du retour de Sarkozy ;

    - ensuite les réseaux catholiques intégristes, manifestation pour tous, ceux qui défendent à la fois la famille traditionnelle et les racines chrétiennes de la France ;

    - enfin des relais de l’extrême-droite qui veulent éliminer Juppé du jeu politique, aussi bien pour des raisons idéologiques que pour des raisons tactiques.

    Ces deux derniers types d’appuis expliquent pour une large part la très forte participation – aux alentours de 4 millions, alors qu’on s’attendait à une participation comprise entre 2,5 millions et 3 millions - au scrutin de dimanche. Il ne semble pas possible aujourd’hui en France d’être élu président de la République sans avoir une position nette sur la question de l’immigration et sur la place de l’islam.

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    François Fillon candidat du « système » 

    Bien qu’il soit à la mode de se déclarer candidat anti-système, François Fillon apparait comme le plus pur produit du système politique français. D’abord on note que celui-ci a commencé sa carrière politique sous la houlette de Philippe Séguin en se réclamant d’un gaullisme social qu’il a oublié en cours de route pour devenir au fil du temps un tenant de la droite conservatrice et libérale – c’est-à-dire l’inverse d’un gaulliste. C’est lui qui a fait les annonces les plus outrancières en matière de dérégulation du marché du travail et de la baisse du nombre des fonctionnaires, prétendant en diminuer le nombre de 500 000 unités. Se présentant comme le père fouettard du marché du travail, on remarquera qu’il n’a jamais travaillé lui-même. Et donc c’est encore un cuistre d’un nouveau genre qui n’a connu que les emplois protégés dans les dorures de la République qui vient une fois de plus donner des leçons. Il a commencé à travailler comme assistant parlementaire, puis a gravi les échelons de la politique, sans trop de conviction, mais avec un opportunisme aussi maussade que déterminé.

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    Sans doute il faudra rappeler aussi que François Fillon a été associé de très près à la politique calamiteuse de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012. Mais c’est ce dernier qui attire la lumière et donc qui en est le bouc émissaire. Le passage de Fillon à Matignon, c’est 1 million de chômeurs supplémentaires, une croissance zéro et la stagnation des salaires.

    Sur le plan économique il a les mêmes idées moisies que Macron : déréglementer à tout va en s’inspirant du modèle thatchérien que les britanniques sont en train tout doucement de mettre au rencard, bref c’est le tenant d’une voie ancienne qui a fait la preuve de son inefficacité. Il veut allonger la date de départ en retraite, déréglementer la durée du travail, supprimer les impôts sur l’ISF, baisser les impôts sur les hauts revenus et mettre en place une TVA « sociale » qui a pour but d’accroître la pression fiscale sur les plus pauvres. Dans la course au plus réactionnaire, Fillon a pris des longueurs d’avance sur tous les autres et de loin !

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    Evidemment un tel programme aussi rétrograde est la contrepartie de la mondialisation, en effet la politique de l’offre n’a de sens que si les frontières sont ouvertes aux quatre vents. Si on veut défendre la nation, il est d’abord important de lutter contre les inégalités et non pas de les creuser. On ne voit pas comment il serait possible de résoudre une crise de la demande en relançant l’offre. Il est assez facile de voir que ce programme qui a fait de partout la preuve de son inefficacité – y compris quand Fillon était premier ministre – n’a aucun rapport ni de près ni de loin avec le général De Gaulle. Il est vrai qu’à quelques nuances près tous les prétendants à la primaire de la droite ont le même. Le CAC40 aura du mal à se choisir un candidat, tant il aura de demandes.  

    Les mêmes contradictions vont apparaître sur le plan international. Fillon prétend comme Trump se rapprocher de la Russie, aussi bien sur la question ukrainienne, que dans la lutte contre Daesch. Pourquoi pas. Pourtant l’Union européenne prétend à mettre en place une stratégie anti-russe qui s’appliquerait de manière homogène et quasi obligatoire à tous les pays membres. A l’heure où se met en place une « Europe de la défense », l’appartenance à l’Europe oblige forcément ses membres à un minimum de solidarité.

    A propos de la zone euro, il en vient à des idées assez proches du sinistre Macron : mettre en place un gouvernement de la zone. Or il est évident que l’abandon de la monnaie nationale est le premier pas dans l’abandon de la nation. Le même flou artistique est de mise du côté de Fillon sur la question des migrations et de  l’islam. Il propose d’inscrire par exemple dans la Constitution le nombre de migrants en fonction des capacités d’accueil[2]. Bien qu’on puisse défendre l’idée que le nombre de migrants accueillis doive dépendre des possibilités du pays, il va de soi qu’une inscription dans la Constitution est impossible car elle est bien trop vague. De même sur l’islam, il parle très fort contre le terrorisme islamiste, mais il refuse de le relier à la religion elle-même. Dans un ouvrage qu’il a commis sur la question[3], il se contente d’une analyse des plus sommaires. Au passage il aura égrené les mêmes platitudes sans plus de précision. D’un côté c’est bien joué parce que les gens en ont marre de l’islam revendicatif et agressif, mais de l’autre il retombe sur l’idée basique de réformer le renseignement et d’accroître les moyens policiers. Ce qui est non seulement en contradiction avec le fait qu’il veuille supprimer les fonctionnaires par milliers, mais aussi avec le fait qu’entre 2007 et 2012 il a contribué par son action à la baisse des effectifs policiers dans le pays et à la désorganisation des services de renseignements. Cette désorganisation voulu par Sarkozy et assumée par Fillon a été pointée à l’étranger comme une des raisons des attentats de 2015 et 2016[4].

     La percée inattendue de François Fillon

     

    Conclusion 

    On ne pleurera pas sur l’élimination de Sarkozy du jeu politique, sauf qu’au train où vont les choses, Fillon risque de nous faire regretter rapidement Hollande aussi bien que Sarkozy. Bon à rien, mauvais à tout, n’ayant obtenu en tant que premier ministre aucun succès, ni en ce qui concerne la dette, ni en ce qui concerne le chômage, il se propose d’appliquer des recettes surannées qui mèneront le pays probablement vers encore plus de chômage et de difficultés. C’est sans doute le pire des candidats que la droite pouvait présenter aux élections présidentielles. Qu’un tel personnage puisse émerger en tête du jeu électoral en dit long sur la décomposition du système politique en France et dans le monde.

     

     


    [1] http://www.atlantico.fr/decryptage/sondage-exclusif-francois-fillon-rattrape-nicolas-sarkozy-pour-1er-tour-primaire-et-battrait-largement-alain-juppe-au-second-2880518.html

    [2] http://www.lepoint.fr/politique/immigration-les-mesures-chocs-de-francois-fillon-14-11-2014-1881096_20.php

    [3] Vaincre le totalitarisme islamiste, Albin Michel, 2016.

    [4] http://www.courrierinternational.com/article/terrorisme-comment-la-reforme-de-sarkozy-affaibli-les-renseignements-francais

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