• La pantomime de la négociation entre la Grèce et l’Eurogroupe

    Un peu partout on a accueilli l’arrivée de Syriza au pouvoir comme une bouffée d’oxygène, et de fait si Syriza indiquait qu’il y a d’autres voies que celle tracée par l’Union européenne, il nous semble que cela serait une bonne chose. Mais la réussite de Syriza est très incertaine.

    Humilier la Grèce

     

    Les nouvelles en ce qui concerne la Grèce sont contradictoires et très difficiles à décrypter. Comme nous ne sommes introduits auprès d’aucun cercle où on entend bruisser les rumeurs des coulisses du pouvoir, il nous faut essayer d’y voir plus clair par nous-même, à partir des nouvelles que les journalistes diffusent, sachant que ceux ne comprennent pas toujours très bien de quoi ils parlent et que le plus souvent ils sont déterminés par des intérêts particuliers. Prenons les choses dans l’ordre. En Grèce il commence à y avoir un certain désenchantement qui se fait jour et on reproche assez généralement à Tsipras de s’être couché devant l’horrible Eurogroupe que les journalistes appellent les Européens comme s’ils représentaient autre chose que les intérêts de la bureaucratie et de la finance. Et d’ailleurs l’Eurogroupe claironne un peu partout que c’est bien ce qu’i s’est passé, que Tsipras a avalé toutes les couleuvres. On lui a fait refaire son projet de réformes jusqu’à ce qu’il accepte de privatiser le port du Pirée, de flexibiliser le marché du travail et de renoncer à embaucher des fonctionnaires. Cette humiliation permanente mise en scène par Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe et par Wolfgang Schaüble a un but avant tout politique : montrer qu’il n’est pas possible de désobéir et de prendre des chemins de traverse pour retrouver la croissance. L’idée est de faire un exemple, avant que d’autres pays soient tentés par l’émancipation politique. Pourtant il parait assez clair que si Tsipras et Syriza se pliaient aux oukases européistes, ils signeraient leur mort politique et plus encore ils ouvriraient une voie royale à l’extrême droite grecque. On comprend bien que dans ce jeu il ne peut pas y avoir deux gagnants : il y aura un gagnant et un perdant. Beaucoup ont parié que ce serait la Grèce, Tsipras et Syriza qui perdraient, les gouvernements européens faisant corps pour étouffer dans l’œuf toute idée de réforme qui divergerait du chemin tracé par Schaüble et Merkel. Par parenthèse on notera que le gouvernement soi-disant socialiste de Valls et Hollande n’a pas levé le petit doigt pour aider à ce que les négociations avancent. Le but étant de marginaliser et d’affaiblir le nouveau pouvoir grec. C’est ainsi qu’en dépit de toutes les rodomontades pour laisser croire que l’UE serait une démocratie, la BCE et le FMI tentent de couper les possibilités de refinancement de la Grèce, en espérant que ce chantage misérable aidera à faire plier les Grecs.

     

    Où en est Syriza ?

     

    Samaras, l’ancien premier ministre déchu, avançait que Tsipras et Varoufakis avaient conduit les négociations d’une manière maladroite, il a employé le mot d’amateur. Mais les choses paraissent aujourd’hui plus compliquées. Pour Romaric Godin, journaliste plutôt perspicace qui suit la question grecque pour La Tribune, prétend qu’en réalité Tsipras a mené les négociations de main de maître et se prépare à sortir de l’euro. Ce qui expliquerait son rapprochement avec la Russie. Le projet serait suffisamment avancé pour qu’il en ait fait part à l’Eurogroupe. Il s’apprêterait dans un premier temps à un contrôle des capitaux et à une émission de titres imprimés et cautionnés par l’Etat, premier pas vers le retour à la souveraineté monétaire. Sous cette hypothèse, il aurait simplement gagné du temps dans les négociations pour ménager l’opinion publique grecque qui jusqu’ici semble attachée à l’euro. Cela viendrait conforter l’idée que Varoufakis qui est hostile à une sortie de l’euro serait sur le départ. Nous ne sommes pas assez proche des cercles du pouvoir pour affirmer que cette hypothèse est juste. En tous les cas elle viendrait corroborer l’idée que nous avons toujours défendue selon laquelle la Grèce ne peut pas s’en sortir en restant dans la zone euro. Je fais remarquer par parenthèse que pour sortir de la zone euro, il faut d’abord utiliser l’article 50 et donc sortir de l’Union européenne.

    Conséquences

    A court terme il se pourrait qu’une sortie de la Grèce de l’euro soulage l’Allemagne où l’opinion est de plus en plus hostile à l’euro et à sa logique imbécile. Le parti eurosceptique AFD grimpe de plus en plus dans les sondages et ont des résultats encourageants qui ne peuvent qu’inquiéter Merkel sur sa droite. Mais évidemment à plus long terme il n’est pas sûr que l’Allemagne y gagne quelque chose, bien au contraire. D’abord parce que la sortie de la Grèce de la zone euro lui permettrait de répudier facilement une partie de sa dette, or les banques allemandes sont très impliquées. En outre l’Allemagne et la France sont aussi très lourdement impliquées dans le FESF – Fonds Européen de Solidarité Financière -  et qu’une répudiation de la dette grecque entraînerait sans aucun doute une crise financière dévastatrice qui en terminerait enfin avec l’euro cette monnaie tellement mal conçue qu’elle a plongé le continent européen dans une crise sans fin que plus personne ne maîtrise.

    Les deux autres risques d’une sortie de la Grèce de l’euro sont les suivants :

    - il est probable que l’euro serait de moins en moins crédible et que d’autres pays comme l’Espagne, le Portugal et l’Italie voudront en faire autant. Ces tendances fragiliseront l’unité monétaire de la zone, sans même parler de l’euro comme monnaie internationale. Et si nous devions aller jusqu’à un abandon de la monnaie unique, c’est bien l’Allemagne qui serait le plus pénalisée car c’est presque le seul pays européen qui en tire un bénéfice ;

    - mais il y a un autre risque c’est que la Grèce se rapproche de la Russie et cela serait une dislocation en bonne et due forme du front européen qui a déjà bien des difficultés à maintenir les sanctions pour le plus grand plaisir des Américains.

     

    Conclusion

     

    Syriza est à la croisée des chemins, et il n’est même pas sûr que Tsipras ait déjà décidé de ce qu’il ferait si l’Eurogroupe et les Allemands s’obstinent à lui pourrir la vie et à l’obliger à s’orienter vers un programme économique de droite classique. Nous en saurons un peu plus dans quelques semaines. En tous les cas une sortie de la Grèce de la zone euro porterait un coup fatal à la logique libérale parce que de fait on serait bien obligé de repenser le développement d’un pays en dehors de la logique mondialiste et erronée selon laquelle « les échanges tirent la croissance » et donc que la priorité des priorités est de libéraliser les échanges commerciaux aussi bien que financiers pour accélérer cette maudite croissance dont aiment à se repaître les libéraux mais que curieusement – comme l’Arlésienne – on ne voit jamais.

     

    Liens

     

    http://www.greekcrisis.fr/2015/04/Fr0421.html#deb

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-tsipras-a-renverse-la-situation-466309.html

    http://l-arene-nue.blogspot.fr/2015/04/grece-tsipras-se-tourne-t-il-vers-la.html

    « Université Populaire d'Aubagne - Programme d'avrilMarx & Engels, Les grands hommes de l’exil, Agone, 2015 »
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