• La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Avec la multiplication des sources d’information, les fake news se sont démultipliées, si bien qu’on ne distingue plus trop les fausses nouvelles déversées par les organes officiels de propagande comme Le monde ou Le Figaro, des imbécillités balancées jour après jour sur la toile par les sites complotistes. Et puis il y a des posts qui tombent sans source aucune sur Facebook ou twitter et la rapidité avec laquelle circule l’information engendre une surconsommation des images, or les images se prêtent très facilement, bien plus facilement que les statistiques par exemple, à la manipulation de l’information. Tout le monde peut du reste se faire prendre, parce qu’il s’agit d’une gymnastique constante à laquelle nous devons nous livrer pour ne pas à notre tour faire circuler la désinformation. Le plus souvent il s’agit d’utiliser des enfants, des femmes, âgées si possible, pour démontrer l’innocence face à la barbarie. Donnons quelques exemples.

     

    Dans Guy Debord, son art, son temps, en 1994, l’auteur avait montré comment à partir d’une fillette qui était en train de se noyer, aspirée qu’elle était par une coulée de boue, l’image était devenue l’ultime expression de la vérité, aussi horrible soit elle. Et donc quelle que soit l’horreur qui en ressortait, il fallait passer outre, le débat ne portait plus sur la mort assurée de cette malheureuse petite fille, mais sur l’éthique des journalistes qui se posaient la question de filmer cette horreur puis de la projeter dans le monde entier. Depuis on a été encore plus loin dans ce sens.

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    Extrait de Guy Debord, son art, son temps, 1994 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    On voit ci-dessus un post qui circule depuis quelques jours sur la toile et qui tend à demander une intervention musclée de Donald Trump. La situation au Venezuela est très confuse, ce n’est pas mon sujet de l’analyser aujourd’hui, mais nous constatons qu’il y a une propagande effrénée pour tenter de démontrer que Maduro est un sanglant dictateur[1]. Le message ci-dessus représente une petite fille de 7 ans, ce qui veut dire que l’enfance innocente est en danger et donc que Maduro est bien un dictateur. Ce message n’a pas de source, il tombe comme ça sur l’écran de votre ordinateur. Il suscite d’abord l’émotion pour justifier une politique. C’est sans doute le signe avant-coureur presque certain d’une intervention américaine musclée dans ce pays.

    Mais si on cherche un peu sur Internet, on retrouve une autre Bana, dans un message plus ancien elle met en scène sa propre misère dans la guerre. Celui-là : 

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    Comme on le voit les services de propagande ne font pas preuve d’une grande imagination : c’est presque du copier-coller. C’est encore Bana qu’elle soit syrienne ou venezuelienne ! Elle a toujours 7 ans, mais avant d’être sous la dictature de Maduro, elle souffrait en Syrie et elle appelait le monde entier à son secours ! Ce dernier message a été répété plusieurs fois sur un fond de photos de guerre. Leur grand nombre qui était manifestement des mises en scène, a amené à se poser la question de son existence, en tous les cas ses tweets posaient la question de savoir comment une petite fille de sept ans pouvait écrire dans un anglais de si bonne qualité[2]. Mais il parait qu’elle existait vraiment et qu’elle a fini par être évacuée d’Alep puis récompensée pour son rôle dans la guerre. Bana s’est ainsi retrouvée apparemment en Turquie, et là elle a servi à la propagande d’Erdogan. On avait déjà vu cela avec les boat-people à la fin des années soixante-dix. 

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    A partir de l’idée selon laquelle la guerre est une mauvaise chose, surtout pour les enfants, le but est de susciter l’émotion et la culpabilité. C’est notamment le cas avec les migrants. Il est clair que si on ne les aide pas, on est un vrai salaud. Là encore on va servir de photos d’enfants, morts de préférence, pour nous faire admettre que nous petits français au portefeuille un peu plat, on se doit de les accepter, car comme le fait savoir le président Macron l’immigration est une chance pour l’Europe, et donc ne pas vouloir les accueillir est non seulement un antieuropéisme primaire, mais également la preuve d’un manque de compassion. Evidemment si je mets des photos pour illustrer mon article sur la violence des migrants, ou des photos de bagarres entre migrants, comme celle que je colle ci-dessous, je vais susciter la peur chez les Français et donc un rejet, alors qu’on sait que le sentiment anti-migrant est très élevé. Alors je vais choisir de privilégier les photos d’enfants, par exemple celle d’un enfant mort noyé sur une plage. Cette photo a été abondamment commentée, elle a fait le tour du monde. Il s’agit du petite Aylan Kurdi qui n’avait que trois ans au moment des faits.  

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    Comment lire cette photo du jeune Aylan ? Elle sert d’abord à prouver l’égoïsme de l’Occident. C’est bien parce que l’Europe n’a pas mis de moyens matériels pour les réfugiés afin qu’ils traversent facilement la Méditerranée que le petit Aylan est mort. Cette photo a été publiée dans Le monde. Cependant rapidement le doute a été entretenu. D’abord parce que manifestement la photo a été recadrée comme le montre la suivante. Pourquoi ? et bien parce que si on la regarde dans son entier, on voit un autre militaire en train de prendre des photos, et un peu plus loin encore, deux autres pêcheurs qui paraissent indifférent à cet incident.  

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    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    En conservant l’original sans le tronquer, l’Occident n’apparait plus le seul égoïste en question ! on voit en effet dans le fond de l’image des pêcheurs qui continuent paisiblement leur activité, et puis surtout on voit un second militaire occupé principalement à prendre des photos, lui-même étant photographié par une troisième personne ! Il est donc au moins évident que deux personnes ont saisi l’occasion de la mort d’Aylan pour faire des jolies images qui allaient susciter l’émotion dans le monde entier. 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion 

    Les réactions à ces manipulations de l’image ne se sont pas faites attendre. Evidemment les sites d’extrême-droite ont crié au complot[3]. On a discuté à cette époque du rôle des passeurs, mais assez peu finalement, ou du pourquoi cet enfant n’avait pas de gilet de sauvetage. Le monde qui avait été beaucoup critiqué pour sa complicité dans cette propagande, a tenté de « décoder », mais sans convaincre[4]. On note évidemment que l’apitoiement sur un petit enfant mort a coupé tout de suite la réflexion sur les raisons des migrations et l’analyse sur les causes des guerres qui fabriquent des milliers de réfugiés. C’est sans doute le but de ce genre d’opération, mettre les européens devant le fait accompli : si des petits enfants se noient, alors on ne peut pas faire autrement que d’accueillir les migrants. Une étude des messages instantanés balancés sur les réseaux sociaux montre l’impact de cette propagande par l’image[5]. Cependant cette lecture compassionnelle des réfugiés syriens a été rapidement compensée par les exactions des migrants en Allemagne la fameuse nuit de Cologne qui a vu des centaines de femmes agressées d’une manière systématique et organisée par des migrants[6]. C’est là la preuve que la simple émotion ne suffit pas à enraciner une idée politique. Les sondages montrent que les Français restent opposés largement à l’accueil des migrants[7]. En Italie les migrants sont de moins en moins bien accueillis[8]. Mais c’est la même chose en Allemagne[9], ou encore en Belgique[10]. Ci-dessous, on voit que l’impact de l’image, même s’il est fort sur l’opinion n’est pas durable 

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

     

    Source, Sud-Ouest, 3 mars 2016  

    La manipulation des images et la dictature de l’émotion

    La propagande par l’enfant a été très souvent utilisée contre Israël par les Palestiniens[11]. En 2000 un enfant, Mohamed Al Doura serait mort dans les bras de son père Jamal Al Doura. Une polémique avait éclaté pour dénoncer une mise en scène[12]. Charles Enderlin et France 2 avaient été accusés de manipulation par l’agence de presse MENA. En effet aucune preuve de la mort par balle avait été avancée par Enderlin, mais on s’était aperçu que les blessures du père étaient plus anciennes et ne pouvaient avoir été faites ce jour-là.    

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    On a également beaucoup vu cette petite adolescente prendre souvent la pose face aux soldats israéliens. C’est sensé démontrer qu’Israël est un Etat fasciste qui s’en prend aux enfant palestiniens sans défense. Ces images ont, elles aussi, fait le tour du monde. Cette adolescente, Ahed Tamimi, sera reçue en grande pompe en Turquie, en Allemagne et même en France. Mais même L’obs qui est pourtant un journal très politiquement correct s’est aperçu de la supercherie et s’est rendu compte qu’il s’agissait chaque fois d’une mise en scène bien rodée edt qu’Ahed Tamami était une excellente actrice[13]. La preuve de ce qu’on avance ici se trouve dans un petit film diffusé sur Youtube à l’adresse suivante :

     

    https://www.youtube.com/watch?v=5sxqsmv0T1A

     

    Que voit-on dans ce film ? La même Tahed Tamami attendre que tout soit mis en place pour jouer sa comédie de la révolte contre Israël devant des caméras. C’est sans doute pour cela qu’on voit les soldats de Tsahal si souriants et si décontractés parce qu’ils ne la prennent pas au sérieux. Donc la jeune adolescente attend que les adultes soient prêts à filmer la scène avant d’aller faire sa provocation habituelle. On verra même un peu plus loin, les parents amener les enfants, les pousser contre les soldats sans doute en espérant un petit dérapage pour la photo. Notez que comme Ahed Tamami est blonde et qu’elle a les yeux clairs, ses photos sont destinées à la propagande extérieure et non pas aux Palestiniens eux-même.  

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    Evidemment si j’utilise des photos d’enfants palestiniens formés dès leur plus jeune âge à la haine d’Israël et à la guerre, je n’obtiendrais pas le même résultat. Des films et des photos existent pourtant qui démontrent un endoctrinement dès le plus jeune âge. Mais ces photos circulent bien moins parce que les journalistes occidentaux sont largement pro-palestiniens, et donc montrer ces images reviendrait à dire que les Palestiniens n’œuvrent pas vraiment pour la paix. Il est toujours meilleur de montrer un enfant désarmé et innocent face à la barbarie des armes. Les Palestiniens et leurs soutiens en Occident sont devenus des maîtres en matière de manipulation d’images. Evidemment une telle manipulation demande des complicités, celles-ci se trouvent d’abord dans une condamnation à priori d’Israël quoi que ce pays fasse.

     

    La conclusion de tout ceci est que les enfants servent dans tous les cas à alimenter des images de propagande. C’est une autre forme du proverbe, selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants. Leur diffusion vise deux buts : d’abord évidemment légitimer un combat politique, ensuite couper court et systématiquement à la réflexion. Dans le cas présent on se sert des images et des films pour prouver les violences de Maduro au Venezuela. Et bien sûr il est à peu près certain que Maduro n’est pas un saint. Mais au-delà il s’agit de préparer les esprits à une intervention plus active de la part des Etats-Unis dans leur chasse gardée, et donc de trouver une certaine légitimité à partir d’images violentes, en évitant d’analyser les raisons d’une intervention directe ou indirecte des Etats-Unis pour mettre ce pays au pas.  

    En fait la manipulation des images et la manipulation par les images possèdent des limites, et son usage est assez éphémère dans le temps. C’est comme un fusil à un coup. Après la mort d’Aylan Kurdi, d’autres enfants de réfugiés ont connu le même sort tragique, mais leurs images n’ont pas eu le même écho. Non pas parce que les populations sont devenues plus indifférentes, mais sans doute plutôt parce qu’elles se lassent d’être prises en otage en les privant d’une réflexion élémentaire.

     

     


    [1] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170731.OBS2803/venezuela-la-composante-la-plus-radicale-de-l-opposition-l-a-emporte.html

    [2] http://www.lalibre.be/actu/international/la-petite-bana-7-ans-temoin-d-alep-est-existe-t-elle-vraiment-58526b08cd701e2eb28816d9

    [3] http://www.dreuz.info/2015/09/07/enfant-aylan-kurdi-mort-sur-la-plage-ce-que-la-photo-recadree-vous-a-cache/

    [5] https://www.buzzfeed.com/craigsilverman/photos-aylan-reformule-debat-refugies?utm_term=.qfz6Wr5A5#.mx9Q9yNkN

    [6] http://www.lefigaro.fr/international/2016/07/12/01003-20160712ARTFIG00162-allemagne-1200-femmes-agressees-pendant-la-nuit-du-nouvel-an.php

    [7] http://www.ouest-france.fr/monde/migrants/sondage-dimanche-ouest-france-les-francais-opposes-laccueil-des-migrants-4075823

    [8] http://www.termometropolitico.it/1262426_sondaggi-swg-immigrazione.html

    [9] https://francais.rt.com/international/30437-majorite-allemands-considerent-refugies-principal-probleme-sondage

    [10] http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252F1288503%252Farticle%252Factualite%252Fbelgique%252F2016-08-11%252Fsondage-60-des-belges-pensent-qu-il-y-trop-migrants

    [11] http://www.tribunejuive.info/israel/la-haine-disrael-a-letat-pur

    [12] http://www.debriefing.org/15081.html

    [13] http://tempsreel.nouvelobs.com/l-obs-du-soir/20150923.OBS6394/l-ado-palestinienne-qui-defie-l-armee-israelienne.html

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