• La logique des sondages

    Il est de bon ton de traiter les sondages par le mépris et souvent on entend, à gauche comme à droite, des propos du genre « on ne doit pas gouverner avec la rue ou avec les sondages ». Bien entendu on doit les manipuler et les interpréter avec beaucoup de précautions, mais il faut réfléchir à ce qu’ils signifient. Mais en tous les cas ils en disent long sur la déconfiture des partis et plus particulièrement de la gauche. La droite étant naturellement pour un pouvoir fort et autoritaire séparé du peuple, elle n’a pas d’état d’âme à exercer son pouvoir sans tenir compte de l’avis du peuple. Pour la gauche c’est différent, dès qu’elle s’écarte de ce que pense le peuple, elle est renvoyée à ses études car elle ne peut pas avoir pour vocation de gouverner contre le peuple. et d’ailleurs c’est bien ce qui fait qu’Hollande aujourd’hui est vu comme un homme de droite, un politicard bourgeois qui défend les intérêts de la finance et des multinationales et non comme un homme qui incarnerait le progrès social. 

    La déchéance de la nationalité

     La logique des sondages 

    J’ai déjà dit ici tout l’intérêt[1] que j’accordais aux sondages.  Je vais reprendre cette question à partir de deux sondages assez récents. Le premier porte sur les mesures que le gouvernement à prises consécutivement aux attentats du 13 novembre 2015. Ils montrent que les Français les soutiennent massivement. On peut même parler de consensus alors qu’Hollande est tout de même le président français le plus détesté de la Vème République. Or les partis dits de gauche se sont dressés vent debout contre une seule des mesures prises, la déchéance de  la nationalité. Il y a donc un divorce entre le peuple et les partis de gauche sur cette question. A moins de croire que la gauche – sous-entendue comme visant à l’égalité sociale et l’émancipation du genre humain – ne représente qu’à peine 10% de la population.

    Ce divorce pose plusieurs problèmes. Le premier est de comprendre les rapports que les soi-disant élites entretiennent avec le peuple. Normalement les partis de gauche sont sensés incarner les aspirations du peuple, et non pas considérer que le peuple est imbécile et qu’il faut le guider pas à pas. Je dirais au contraire que ce sont les élites qui se trompent et qu’elles ne comprennent pas pourquoi le peuple plébiscite ces mesures. D’autant que cette approbation est renforcée par la multiplication des attentats islamistes de partout dans le monde. Le site Wikipédia recense une trentaine d’attentats rien que pour l’année 2015 qui a été de ce point de vue l’année la plus meurtrière depuis longtemps[2].

    Pour ma part j’ai déjà dit que le débat autour de la déchéance de la nationalité n’avait pas grand sens : d’une part parce que cette mesure ne concerne que les bi-nationaux impliqués dans le djihadiste, et d’autre part parce qu’elle n’aura aucune efficacité sur ceux qui veulent réaliser des attentats. Elle sert pourtant à alimenter un spectacle lamentable. Les tenants de cette mesure pensent qu’ainsi ils font preuve de fermeté, Hollande s’en sert pour contrarier la droite officielle. Ceux qui la contestent prétendent que c’est une mesure de droite ou d’extrême droite qui rappelle Pétain et ses sinistres lois sur les Juifs. Mais au-delà de ces gesticulations politicardes, il faut bien comprendre que si les Français approuvent cette mesure c’est avant tout parce qu’ils se font une idée de la France : à celle-ci ses ennemis ne peuvent appartenir. On en demandant leur exclusion donc. C’est là la preuve que les Français possèdent, quelles que soient leurs origines, le sentiment d’appartenir à une nation. On comprend donc que si la gauche est en porte-à-faux sur cette question, c’est parce qu’elle ne prend pas au sérieux la question de la souveraineté.  C’est d’ailleurs cette incompréhension qui fait sa timidité vis-à-vis de l’Union européenne et qui explique en grande partie ses revers électoraux. 

    La détestation augmentée de l’Europe 

    Un autre sondage montre que si les Français revotaient aujourd’hui contre le TCE, ils revoteraient non à une majorité augmentée. En effet, en 2005 les Français avaient rejeté – après une longue et intense campagne électorale – ce TCE à près de 55%. Mais aujourd’hui un sondage nous confirme que les Français aggraveraient cette sanction et voteraient sans doute à 62% contre ce TCE. Je passe sur le fait que les élites politiques – PS et UMP – ont fait passer ce maudit traité sous une autre forme en faisant voter par les parlementaires un Traité de Lisbonne qui reprenait globalement les termes du TCE. Cette forfaiture comme on dit n’est pas passée inaperçue et elle est pour beaucoup dans le rejet des politiques de profession et aussi dans la montée du FN.

    Que déduire de ce nouveau sondage ? D’abord évidemment l’Union européenne a aggravé son cas. Deux événements récents ont mis en pleine lumière l’inconséquence de cette construction baroque : la gestion de la crise grecque et l’étranglement de son peuple, et ensuite bien entendu la désastreuse gestion de la crise des migrants qui a mis fin, de fait à Schengen. Plus généralement il y a aussi une résonance avec l’absence de résultats de l’Union européenne sur le plan économique et social.

      La logique des sondages

    Tous les sondages vont dans le même sens depuis 2005 : l’image des institutions européennes qui n’était déjà pas bonne, s’est fortement dégradée. Le pouvoir européen apparaît comme une dictature soft, un fascisme qui ne dit pas son nom. Cependant il reste pas mal de commentateurs de ces sondages pour dire que, malgré tout, les Français seraient encore attachés à l’Europe et à l’euro. Rien n’est moins sûr. En vérité les Français craignent encore que le coût d’une sortie de l’euro et de l’Europe soit très élevé. Et donc s’ils sont pour moins d’Europe ils seraient pour qu’on y reste encore.

    Je pense pour ma part que l’idée qu’il y a une vie avant l’Europe et qu’il y aura une vie après n’est pas encore rentrée complètement dans les esprits. Mais les choses pourraient changer très vite si on revenait – comme au Royaume-Uni – sur un référendum, avec une campagne qui donnera le temps d’expliquer et d’avancer des arguments sérieux au-delà de la propagande officielle. A mon sens les performances dans tous les domaines sur lesquels interviennent les institutions européennes se passent de commentaires : il suffit de les montrer dans toute leur nudité. Mais déjà les sondages ont anticipés sur cette analyse puisque dès 2013 ils montraient qu’on ne voulait surtout pas plus d’Europe et que plutôt on en voulait moins, sous-entendant par là qu’on voulait redonner un peu plus de pouvoir aux Etats nationaux. Ce qui contrarie les pauvres politiciens qui se livrent en une fuite en avant en disant que les problèmes produits par l’Europe seront réglés par plus d’Europe. Il va de soi qu’une telle posture disqualifie un peu plus les politiciens de profession. Du côté gauche, l’idée d’une « autre Europe » une « Europe sociale », celle que devait nous amener les sociaux-démocrates en prenant le pouvoir apparaît au mieux comme une naïveté, au pire comme un mensonge éhonté.

      La logique des sondages

    Liens 

    http://www.francetvinfo.fr/politique/debat-sur-la-decheance-de-nationalite/pres-de-9-francais-sur-10-favorables-a-la-decheance-de-nationalite-selon-un-sondage_1244234.html

    http://www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=3039 

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/les-sondages-la-gauche-et-le-changement-social-a117198140 

    http://in-girum-imus.blogg.org/les-sondages-et-l-europe-a117198212

    [2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27attaques_terroristes_islamistes

    « Aubervilliers, Léon Bonneff, 1949La crise des migrants et ses conséquences »
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