• La leçon de tactique des régionales

     La leçon de tactique des régionales

     

    Avoir deux fers au feu

    Les élections régionales ont montré à quel point l’ensemble de la gauche était défaillante en matière de tactique électorale. Les Républicains ont parfaitement joué sur les deux tableaux : tandis que Wauquiez, Calmels et Pécresse en appelaient aux électeurs du Front National pour battre la gauche sur le mode « défense des valeurs », Estrosi et Bertrand se recommandaient d’un très vague Front républicain pour faire barrage à l’extrême droite.  C’était assez bien joué, quoique les résultats finalement soient peu spectaculaires, la droite ne remportant que 7 régions sur 12. Pécresse ne remporte l’Île-de-France qu’à cause de la bêtise de Bartolone : en effet les médias ont su mettre en épingle sa sortie sur Pécresse « candidate de Versailles, Neuilly et de la race blanche ». Dans le contexte post-attentats c’était donner le bâton pour se faire battre puisque cela sous-entendait que lui n’était pas le candidat de la race blanche, mais plutôt celui d’un cosmopolitisme très contesté par les temps qui courent.

    La leçon de tactique des régionales 

    Les médias et notamment Le JDD ont mis en évidence aussi des images du luxueux logement de Bartolone ce qui fait toujours mauvais effet dans une campagne électorale. Et puis enfin on a ressorti le fait que la femme de Bartolone avait été embauchée par l’Assemblée nationale dont il est le président. La manière dont cette campagne a été orchestrée et le peu de réaction de l’équipe de Bartolone montre que ce dernier est maintenant trop vieux et incapable de mener une campagne agressive et conquérante.

    Le poids de l’Europe

    Il est évident que dans la montée spectaculaire du Front National, il y a une responsabilité de l’Europe. Celle-ci pèse au moins à deux niveaux. Le premier est qu’elle n’a pas de résultats positifs sur tous les dossiers importants, le chômage, les migrants ou l’environnement. Or il est clair qu’il y a en France, mais pas seulement en France, une remontée du souverainisme qui s’incarne aussi dans la progression du Front National. La désastreuse gestion de la dette grecque a mis en scène une forme de dictature financière sous domination allemand qui ne veut pas dire son nom et qui impose qu’il n’y ait plus de choix politique ni économique. Cela vient après bien sûr les dénis de démocratie qui depuis 2005 font que l’Union européenne s’assoit sur le résultat des élections quand ceux-ci ne lui conviennent pas. C’est le second aspect du problème, l’Europe joue en faveur de l’abstentionnisme – voir la faible participation aux élections européennes – et suscite contre elle un vote de révolte qui s’incarne en France du moins dans un vote pour le Front National. Bien entendu la gestion calamiteuse des migrants par l’Europe a aussi été déterminante. On remarquera d’ailleurs que chaque fois qu’il y a une crise grave – et l’arrivée massive des migrants en Europe en est une – l’Europe se voit obligée de sous-traité le problème aux Etats nationaux. Elle n’avait d’ailleurs strictement rien à dire à propos des attentats du 13 novembre.

    Une réforme territoriale pour quoi faire

    La leçon de tactique des régionales 

    Nous restons obsédés par la dimension nationale des dernières élections. Il y a un élément qui n’est pas beaucoup discuté et qui pourtant a certainement joué un rôle important dans la défaite de la gauche : c’est la réforme des régions avancée à grands coups de trompette par Hollande comme une réforme majeure améliorant le fonctionnement de l’administration. Or si on sait que cette réforme, contrairement à ce qui a été avancé, ne produira aucune économie réelle, elle a été contestée par ceux qui ne voulaient pas être rattaché à des régions très vastes et sans grande logique géographique. En invoquant l’exemple allemand pour faire de telles constructions absurdes, cela laissait à entendre une fois de plus que la France n’avait guère ni d’autonomie, ni d’imagination. Ce découpage est particulièrement monstrueux en ce qui concerne la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente, ou Auvergne-Rhône Alpes et Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine. On souhaite bien du plaisir à ceux qui vont devoir les nommer. Mais évidemment ce qui saute aux yeux c’est qu’en construisant ces régions immenses, l’aspect « proximité » de la régionalisation disparait, et l’esprit de clocher reprend ses droits. C’est l’exemple type de réforme qui apparait sans utilité et qui contraint les électeurs à l’approuver par l’intermédiaire de ses représentants.

    Le dilemme du FN

    Le FN avait la partie difficile, parce que non seulement il n’a pas d’allié potentiel, mais parce qu’il a contre lui l’intégralité des médias. Mais il souffre de ses origines. C’est ainsi que sur les réseaux sociaux les internautes craintifs rappelaient qui étaient ceux qui à l’origine avaient créé le FN : de bons vieux fachos, des anciens collabos ou des anciens de l’OAS, bref des revanchards contre la République. Il est vrai qu’en même temps rappeler ces origines lointaines aurait pu permettre de mettre mieux en lumière la distance qu’il y a entre le FN du passé et le FN d’aujourd’hui.

    Mais il y a sans doute pire que cela, c’est que le FN n’est pas tout à fait un parti comme les autres. Il se distingue toujours par ses coups d’éclat sur des sujets sur lesquels il n’a aucune chance de convaincre. C’est ainsi qu’on a vu Marion Le Pen-Maréchal faire les yeux doux aux intégristes catholiques sur la question de l’avortement, arguant que l’avortement ne devait être qu’une exception et pas un choix individuel. Il est à peu près certain que cela lui a fait perdre des milliers de voix en PACA. Comme quoi on ne rigole pas avec la libération des mœurs en France. Car si cette chape de plomb que les islamistes voudraient faire retomber sur les femmes est jugée condamnable, elle l’est tout autant quand elle est le fait des intégristes catholiques. Mais d’un autre côté si le FN ne mettait pas en avant sa spécificité en termes de « valeurs », il deviendrait un simple parti de gauche souverainiste.

    La leçon de tactique des régionales 

    La gauche aux abonnés absents

    Tout le monde a remarquer l’indigence de la campagne de la gauche, je veux dire de la gauche en dehors du PS. En effet cette gauche souffre d’abord d’un clair positionnement. Le Front de gauche composé du PCF et du PG de Mélenchon, est partagé sur à peu près tous les sujets. D’abord et le principal sur l’Europe. Le PCF, bien qu’il paye chèrement son positionnement, en est encore à plaider pour une Europe sociale. Il est maintenant pratiquement le seul à gauche à soutenir Tsipras et à lui trouver des excuses pour sa trahison. Pourtant justement la gestion de la dette grecque cet été aurait dû définitivement ouvrir les yeux sur l’impossibilité de transformer l’Europe en un espace cohérent et démocratique. Le PG est maintenant un peu plus circonspect, mais le voilà qu’il s’allie ici et là avec les EEV qui sont tellement aveuglés par leur européisme béat qui les empêchent même de voir à quel point l’Union européenne et ses différentes boutiques facilitent la dégradation continue de l’environnement en concentrant le capital, en libéralisant les marchés et en facilitant la compétitivité.

    La leçon de tactique des régionales 

    La gauche et l’extrême-gauche paient au premier chef son incompréhension de la souveraineté, s’appuyant sans doute sur un internationalisme mal compris. On le voit quand ces petits partis et ces groupuscules font de la lutte contre l’islamophobie un axe fort de leur politique. Venant après les attentats de novembre, cela paraît complètement incongru. C’est un peu la même erreur finalement que celle du FN qui croit encore pouvoir attirer des électeurs sur un programme réactionnaire et anti-laïque. Car évidemment ce qu’en France on reproche à l’Islam, ce n’est pas d’être une religion, mais plutôt de faire du prosélytisme et de vouloir peser sur les usages et les lois de la France. Voir Clémentine Autain soutenir un meeting avec Tariq Ramadan éloigne son propre parti d’un soutien populaire et au contraire participe de cette division communautariste du peuple français. Le confusionnisme est tellement présent du côté de cette gauche-là, qu’elle est capable de se mélanger avec Les indigènes de la République, mouvement ouvertement antisémite. On comprend que dans ces conditions, le soutien de Clémentine Autain à Claude Bartolone c’était un peu comme le soutien de la corde au pendu. Dans un pays moderne comme la France on ne peut pas transiger avec la question de la laïcité, les mouvements spontanés qu’on a vu apparaître après les meurtres de Charlie et les attentats de novembre 2015, le montrent amplement.

    Conclusion

    Dans cette conjuration des imbéciles, tout le monde est perdant, et si la France apparait dans les années qui viennent de plus en plus difficile à gouverner, il suffirait d’un choc un peu violent, une crise financière, une nouvelle crise des migrants mal maîtrisée, pour que n’importe quel scénario s’impose : d’une disparition de l’Union européenne à une révolution sociale ou à l’avènement d’un parti d’extrême-droite aux affaires. Mais de toute façon la question politique va s’organiser autour de celle de la souveraineté dans le cadre d’une laïcité renforcée.

    Liens

    http://www.lefigaro.fr/elections/regionales-2015/2015/12/13/35002-20151213ARTFIG00221-regionales-selon-bayrou-la-sortie-de-bartolone-sur-la-race-blanche-lui-a-coute-la-victoire.php

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/apres-les-regionales-francaises-quelle-responsabilite-de-l-europe-535885.html

    http://www.frontnational.com/2014/11/communique-de-presse-de-marion-marechal-le-pen-sur-la-resolution-reaffirmant-le-droit-a-livg/ 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/12/14/ankara-et-l-ue-ouvrent-un-nouveau-chapitre-dans-leurs-negociations-d-adhesion_4832022_3214.html

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