• La guerre de partout : la situation en Ukraine

    L’été 2014 est meurtrier. Et il ne semble pas que cela s’apaise dans les mois qui viennent. Au contraire tout est en place pour que les conflits se multiplient, ce qui ne veut pas dire qu’on aille vers un embrasement mondial. Et un peu de partout la responsabilité des Américains est écrasante. Ils poursuivent avec une obstination étrange la même politique étrangère qui a échoué depuis au moins 25 ans. Mais le plus étrange est probablement que l’Europe, cette institution qui ressemble à un canard à qui on aurait coupé le cou, se lance à son tour dans ce genre d’aventure. Trop occupée à une excitation de l’opinion publique, à la production d’une émotion facile, la presse a bien du mal à produire des analyses cohérentes. Les deux conflits principaux se situent en Ukraine et au Moyen Orient, avec le déploiement du pouvoir apparemment sans limite de l’Etat Islamique dont les ambitions se révèlent de jour en jour plus importantes.

     

    Qui agit en Ukraine ?

      

    Alors que le Moyen-Orient est à feu et à sang, et que l’Irak et la Syrie sont en train de disparaître, les Américains et les Européens mettent le paquet sur l’Ukraine. Espérant faire céder Poutine – sur quoi, ce n’est pas très clair – l’offensive se déploie en deux temps. Le premier temps est celui de l’armée ukrainienne, curieusement surarmée et encadrée par des mercenaires – pour ne pas dire des agents de la CIA – américains. Le second temps est celui de l’offensive économique. Bien que les nouvelles qui filtrent sont rares et disparates, ce conflit entre une armée ukrainienne croupion et les séparatistes du Donbass a déjà fait bien plus de morts que l’armée israélienne à Gaza.

    Le jeu de l’OTAN qu’il est facile d’identifier comme le bras armé des USA, vient d’être dévoilé. L’idée est de faire porter la responsabilité du conflit sur Poutine, le présentant volontiers comme un tyran assoiffé de pouvoir, voulant reconstituer la Grand Russie et avançant ses pions bien au-delà de l’Ukraine. Voici ci-dessous un extrait d’un article paru sur le site du Nouvel Observateur.

    Le secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen a estimé mercredi que les ambitions de la Russie du président Vladimir Poutine allaient "au-delà de l'Ukraine", citant d'autres régions proches des frontières russes. "On voit aussi la Russie derrière les conflits gelés et de longue durée en Transdniestrie, dans l'est de la Moldavie, et en Abkhazie et en Ossétie du Sud, en Géorgie", a-t-il déclaré.

    Mais bien entendu, ces déclarations ne mettent pas en avant deux faits majeurs : le premier est que le Donbass dans sa très grande majorité est russe ou russophone. Le second est que les Russes sont totalement soudés derrière Poutine. Dès lors quelles sont les ambitions de l’OTAN ?

    La carte ci-dessus fait apparaître curieusement l’Union européenne qui n’a plus aucune autonomie en matière de politique étrangère, comme une simple arme d’expansion de l’OTAN. Le but est d’encercler la Russie et probablement de la mettre à genoux sur le plan économique. Et on peut supposer que le fameux traité transatlantique est aussi l’expression de cette volonté des Américains de souder l’Europe à leurs intérêts, en voulant contrebalancer la montée en puissance des pays émergents, et probablement en voulant éviter que se développe un axe Russie-Chine qui serait mortel pour les USA sur le plan économique et surtout qui serait un frein à la mondialisation financière.

     

    Conséquences

     

    Les premières conséquences de ses affrontements directs et indirects sont économiques. Sanctions et contre sanctions vont plonger l’Europe un peu plus dans la récession. Certes, si la cause est juste et noble la récession n’est pas un argument pour ne pas s’engager en Ukraine. Mais ici la justesse de cette cause semble échapper aux Français.

    En tous les cas, les Russes ne semblent pas disposé à accepter cette punition programmée depuis l’Amérique. Malgré les difficultés auxquelles ils vont devoir faire face, ils ont mis un embargo sur les produits venant d’Europe et d’Amérique. La France sera touchée par ces mesures. Même si en valeur ces pertes d’exportations vers la Russie sont très faibles – un économiste imbécile a dû produire ce chiffre pour dire que l’embargo russe serait sans conséquence pour l’économie – elles vont avoir un double impact :

    - d’abord parce qu’elles portent sur des produits agricoles déjà bradés aux grandes surface, déjà concurrence par les produits espagnols ;

    - ensuite parce que les produits que la France exportait vers la Russie, si ce ne sont pas des produits à forte valeur ajoutée, ce sont des produits à forte intensité de main d’œuvre.

    L’Europe étant déjà plongée jusqu’au cou dans la surproduction agricole, cela annonce des lendemains difficiles pour l’agriculture, et François Hollande a déjà demandé l’autorisation[1] à Bruxelles de débloquer des fonds pour pouvoir aider les agriculteurs dans la panade. Cependant, en matière d’embargo, et de sanctions, on a remarqué que la France allait livrer des bateaux de guerre à la Russie. Hollande qui n’en est plus à une connerie près, a dit que c’est la conséquence d’un contrat et de la parole donnée. Ce qui est absurde parce que si les risques de guerre sont vraiment sérieux, c’est une faute grave que de livrer des armes à notre ennemi. David Cameron qui lui aussi ne brille pas par son intelligence, s’est lancé dans le sport préféré des Anglais, à savoir le French Bashing. Ce qui a été relevé comme hypocrite même par des journalistes anglais qui ont fait remarquer que l’Angleterre continuait à vendre des armes à la Russie elle aussi. Comme on le voit le front anti Poutine en Europe n’est pas très ferme. Les Polonais se demandent bien à qui ils vont pouvoir vendre leurs pommes. Et dans ce contexte difficile, cette guerre civile en Ukraine va peser un peu plus sur les prix, sachant que la déflation – on s’en aperçoit enfin après trente ans de monétarisme – n’est pas bonne pour la reprise économique. Les bourses ont déjà chuté et chuteront vraisemblablement encore dans les semaines qui viennent.

    Ça, ce sont les conséquences immédiates. Mais à plus longs terme, les conséquences économiques vont probablement réorienter l’ensemble de l’économie mondiale, même dans le cas où nous éviterons un conflit militaire long et ruineux. Comme je l’ai dit plus haut, deux conséquences majeures sont à attendre :

    - d’abord une fin de la mondialisation. En effet, en la circonstance, tout le monde prend conscience du fait que c’est une calamité sans nom que de voir sa propre situation économique dépendre du bon vouloir des marchés extérieurs. Les Russes ont déjà commencé à réorienter des pans entiers de leur économie. Outre qu’il est maintenant interdit de consommer des saloperies comme le Coca Cola et les McDo, ils vont remettre en route une agriculture plus conséquente – l’élevage de poulets destiné à se substituer aux poulets au chlore américain et le blé sont visés – et aussi une petite industrie.

    - ensuite, du point de vue de la Russie, ce sont les circuits d’échange qui vont être modifiés. Des contacts avancés avec le Brésil et la Chine ont été noués. Mais, alors que les Américains visaient à étrangler financièrement la Russie – qu’ils prennent encore pour un pays communiste et sous-développé auquel on peut faire la loi – les pays émergents l’Inde, la Chine, le Brésil et la Russie, viennent de créer une banque adéquate qui permettra sans doute à terme de se passer du dollar.

    Comme on le voit la volonté américaine de restreindre l’espace économique et politique de la Russie et de la Chine produit l’exact inverse. Mais cette relative fermeture des frontières va se réaliser aussi dans ce qu’on pourrait appeler l’autre camp. Les Européens et les Américains vont bien être obligés de renationaliser leur économie et de se mettre à produire plus près du marché local. Ce qui sur le long terme pourrait réorienter l’ensemble de l’économie mondiale sur un autre sentier.

    L’autre conséquence c’est qu’une fois de plus, malgré le suivisme affiché vis-à-vis des USA, les Européens ne sont d’accord sur rien, et c’est seulement dans la mise en œuvre de la politique erratique de l’OTAN qu’ils font preuve d’un semblant d’unité.

     

    Le front

    Convoi humanitaire russe vers l’Ukraine

     

    Tout cela ne doit pas faire oublier pour autant que la situation des Ukrainiens est terrible et difficile. Les nouvelles du front ne sont pas bonnes. La situation des russophones est catastrophique. Les bombardements de Louhansk par l’armée ukrainienne ont fait des dizaines de morts. Mais ces morts en apparence n’intéressent pas la presse occidentale ou encore les débris de ce qui reste de l’opinion de gauche trop occupée à Gaza[2]. La Russie a décidé d’envoyer un convoi humanitaire vers l’Ukraine. Cela a obligé l’armée ukrainienne a haussé le ton et à interdire l’entrée de ce convoi en Ukraine, menaçant la Russie de représailles. Mais en même temps les autorités ukrainiennes, haïes dans le Donbass, ont également annoncé l’envoi d’un autre convoi humanitaire dont les vivres et les médicaments seraient distribués par la Croix Rouge. Cette guerre des convois humanitaires a évidemment une dimension de propagande, mais elle peut tout aussi bien dégénérer en un conflit ouvert avec la Russie, avec des conséquences difficiles à calculer. Des troupes russes en quantité importante sont massées à la frontière ukrainienne, mais également de nombreux civils, on parle de 300 000, mais c’est sans doute un peu plus, vont vouloir, si les choses s’apaisent revenir chez eux. Les Ukrainiens fidèles au pouvoir de Kiev leur ont d’ailleurs promis des lendemains difficiles s’ils avaient le courage de revenir. Petrochenko et les Américains espèrent sans doute une épuration ethnique qui débarrasserait l’Ukraine des Russes en les repoussant vers la Russie, et ainsi renforcer l’unité bien chancelante de ce malheureux pays.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/ukraine-la-revolte/20140814.OBS6340/ukraine-bras-de-fer-entre-kiev-et-moscou-autour-du-convoi-humanitaire-russe.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2617

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/08/08/embargo-russe-quel-impact-pour-les-agriculteurs-francais_4468885_3244.html

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/08/14/kiev-envoie-aussi-son-convoi-d-aide-humanitaire-dans-l-est-du-pays_4471249_3214.html



    [1] N’est-ce pas un comble qu’en France on demande ce genre d’autorisation à un monstre froid plus ou moins localisé à Bruxelles !

    [2] Ce qui ne vaut pas dire bien entendu que les morts de Gaza nous laissent indifférents. 

    « Suzanne Bernard, Le temps des cigales, Jean-Jacques Pauvert, 1975Croissance en panne, misère de l’économie de l’offre »
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  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Août 2014 à 07:42
    Ukraine et Europe.
    Si, il pourrait y avoir une autre Europe, la Russie comme l'Ukraine pourraient y avoir leur place, l'Ukraine constituer un modèle de pays à double culture. C'est l'Europe culturelle. Pour cela il faudrait montrer aux américains, que ce n'est pas eux qui commandent. Je vous inv
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