• La Grèce, la démocratie et la presse

    Les Chinois verts de Bruxelles 

    Tsipras a refusé les diktats de la troïka rebaptisée « institutions », familièrement appelées « les créanciers ». Dans la foulée il a annoncé un référendum, et il a mis en place un contrôle des capitaux comme s’il s’apprêtait à entériner une sortie de l’euro. L’Eurogroupe a procédé en même temps à la mise à la porte de Varoufakis pour tenir une réunion des ministres à 18 au lieu de 19 et publie dans la foulée un communiqué de l’Eurogroupe sans évidemment l’accord ni la signature de Varoufakis. C’est donc une décision unilatérale d’exclure la Grèce. Cette décision apparaît évidemment comme un coup de force, difficilement compatible maintenant avec cette idée que c’est la Grèce qui a fait capoter els négociations. Sapir la dénonce comme illégale et susceptible de recours devant un tribunal international. 

    La Grèce, la démocratie et la presse

    Il semble qu’en poussant les Grecs au référendum et à l’affrontement, il n’y a pas d’autre mot, les « institutions » visent à générer la panique en Grèce, c’est pour cette raison que la BCE a misé sur une restriction des liquidités. Comme on voit, le chantage arrogant de la canaille bruxelloise se poursuit. Les longues files devant les banques attestent que c’est bien là le but poursuivi. Mais c’est un jeu à pile ou face, le « oui » n’a que de faibles chances de réussir. Les tenants du oui sont aussi dévalorisés que Pétain à la Libération, que ce soit le PASOK ou la ND ou Potami. Il est tout aussi possible que les Grecs se rassemblent autour de Tsipras et réclament une sortie directe de l’Europe qui est la source de presque tous leurs malheurs.

    Cependant l’exclusion de Varoufakis et de la Grèce de l’Eurogroupe entraîne des dégâts importants. La BCE assure un service minimum qui en réalité étrangle un peu plus l’économie grecque. Les bourses sont en chute, et la Grèce est maintenant contrainte de mettre en place des mesures de contrôle de sortie des capitaux. Les banques sont fermées pendant une semaine pour l’instant.

      La Grèce, la démocratie et la presse

    Les journalistes collaborateurs  

    Dans ce contexte de guerre économique dont les intentions ne sont pas claires, il est cocasse de lire les journaux français qui, à l’exception notable de L’Humanité font dans le catastrophisme. Comme s’il n’y avait pas de vie avant et après l’euro. Ils promettent tous l’enfer aux Grecs s’ils ne se plient pas à la logique d’étranglement de la Troïka ressuscitée. Evidemment les Grecs connaissant l’enfer depuis au moins cinq ans, on ne voit pas vraiment ce qui serait pire en en sortant. Pour l’instant ils ont la preuve que l’euro les conduits à l’humiliation et à une austérité sans fin qui les ramène vers le sous-développement. Avec de telles dispositions d’esprit serviles, les journalistes font preuve de leur peu d’honneur. Ce n’est pas nouveau, ils ont toujours été à la botte de ceux qui les payent, cela reste vrai, même s’il y a des exceptions qui permettent de laisser croire qu’ils ne seraient pas tous pourris. Je salue au passage les très bons articles de Romaric Godin dans La tribune, journal « économique » pourtant. Qu’ons oit ou non en accord avec ses analyses, au moins elles sont documentées et réfléchies. On ne peut pas dire la même chose des autres guignols et en particuliers ceux du Monde qui se sont vautré comme jamais dans la honte à propos de la crise grecque.

    La Grèce, la démocratie et la presse

    Cette conjuration des imbéciles serait presque réjouissante si les choses n’étaient pas aussi graves. On dirait que les journalistes ont juste recopié une note du service de presse de l’Eurogroupe et sans recul, ni analyse. Le pire est sans doute qu’ils reprochent à Tsipras de consulter le peuple. Ce torchon qui s’appelle L’opinion et qui si on le lit on pue du bec, prétend que faire appel au peuple par voie de référendum, ce n’est pas de la démocratie, mais seulement du populisme. Réclamer un référendum passe aujourd’hui pour une folie. Par contre quand l’Eurogroupe met Varoufakis à la porte, ça c’est de la démocratie coco ! Le putsch européen contre la Grèce confirme que nous ne sommes plus en démocratie, même si nous avons pour l’instant encore le droit d’opinion.

    Et la canaille journalistique vient ensuite se plaindre que plus personne ne la lit ! Sa prose n’a guère de chance d’intéresser le peuple, seulement quelques petits rentiers attardés qui croient encore que les Grecs sont des voleurs et des tricheurs qui ne veulent pas rendre l’argent que « nous » leur avons gentiment prêté.

    La Grèce, la démocratie et la presse

    Evidemment à l’heure d’Internet on n’est plus obligé d’acheter Le monde pour avoir des informations sérieuses. Il fut un temps où on lisait obligatoirement le quotidien de référence non pas pour ses analyses, toujours un peu faux-cul, mais pour la qualité de ses informations. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, au moins depuis que cette crapule de Colombani a réorienté le journal vers le cirage de pompes des grands de ce monde. Tiens, pourquoi je parle de ce colombin de Colombani ? Et bien figurez-vous qu’il a donné son avis sur Tsipras et sur le fait que celui-ci ait provoqué un référendum. Mais ne croyez pas qu’il ait un avis différent de la vulgate d’extrême centre qui trône à Bruxelles et à Francfort. Le très conformiste Colombani considère que si on en est arrivé là, ce n’est pas à cause de l’intransigeance de la Troïka de malheur, mais à cause du chantage de Tsipras. On voit de quel côté l’imbécile se range. Ne connaissant rien à rien, c’est pour ça qu’il a fait journaliste, il en rajoute une louche en qualifiant Tsipras de fanfaron d’extrême-gauche qui plait pour cette raison à l’extrême-droite et qui protège du même coup d’un seul un système corrompu et clientéliste.

      La Grèce, la démocratie et la presse

    Le dessin ignoble de Plantu dans Le monde daté de mardi 30 juin confirme ce qu’on savait déjà de la bêtise de ce vieux con. Il suggère avec sa blague à trois francs qui sans doute fera rire Valls que les Grecs sont de joyeux crétins qui sans le savoir s’enfonce dans le malheur en y allant gaiement. Le trou du déficit on ne sait pas trop ce qu’il représente, Plantu veut-il dire que les Grecs vont le creuser plus encore ? Veut-il dire qu’ils veulent disparaître à nos yeux ? On se perd en conjoncture. Ce n’est plus  Le monde, mais L’immonde 

     La Grèce, la démocratie et la presse

    Je ne sais pas ce que Tsipras a maîtrisé ou non dans ce Grexit qui semble maintenant s’approcher. C’était une option que j’avais envisagée en disant qu’au fond la meilleure solution pour lui et son pays était de se faire mettre dehors par les Thénardier, propriétaires de ce bateau qu’on appelle l’Union européenne. Et puis au fil des concessions qu’il a faites, je me suis laissé à penser qu’il y aurait un compromis mou comme Bruxelles les aime, d’autant que l’Allemagne a beaucoup à perdre avec un Grexit. Sans doute ai-je sous-estimé la bêtise des « créanciers ». Mais en tous les cas j’espère que le non au chantage de l’Eurogroupe l’emportera et que la Grèce donnera l’exemple d’un renouveau politique qui nous sorte un peu de cette grisaille quotidienne ou tout devient torture sous le contrôle de la bureaucratie bruxelloise corrompue. Imaginons que Tsipras réussisse à redresser l’économie grecque en dehors de l’euro, ce serait sans doute le début de la fin de cette comédie qu’on appelle l’Europe.

    En tous les cas cette pantomime des négociations aura montré que d’une manière ou d’une autre il y avait pour François Hollande la possibilité de négocier, même durement, une autre orientation de l’Europe. Mais s’il ne la pas fait c’est bien la preuve qu’il ne le voulait pas et que cette Europe à la fois ultralibérale et bureaucratique, cette Europe dure avec les faibles et faible avec les forts lui convient parfaitement.

     

    Liens 

    http://russeurope.hypotheses.org/4023

    http://www.slate.fr/story/103643/imposture-tsipras-crise-grece

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-la-bce-et-la-commission-changent-la-nature-du-referendum-488124.html

    « ActualitéRéflexions sur les acquis du CNR »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Mardi 30 Juin 2015 à 07:50

    J'espère que Tsipras a commencé à faire battre monnaie. Il lui suffira alors d'obliger sa banque centrale à l'accepter, à parité égale à usage interne, dans un premier temps avec l'euro pour que tout se passe bien. L'alerte à la catastrophe est une propagande éhontée de ceux qui ont peur pour leur propre fric.

    2
    Mardi 30 Juin 2015 à 10:21

    Oui, mais il n'est pas certain que dans un revirement de dernière minute les "créanciers" ne cèdent pas

    3
    grandmonde
    Mardi 30 Juin 2015 à 10:43

    Si j'étais grec, je ne sais pas si j'aurais été voter lors des dernières élections, je ne crois plus qu'un changement radical de politique puisse passer par les urnes, cependant, je lui donnerai tout mon soutien.
    Je ne suis pas de ceux qui ont dénoncé des compromis voire des compromissions lors des négociations avec les créanciers.
    La marge de manoeuvre est étroite, et je trouve que dans ces conditions, il a bien manoeuvré.
    Il aura eu surtout le mérite de montrer à ceux qui ne s'en étaient pas encore rendu compte la nature du régime de l'ue qui en se cachant derrière le paravent d'une démocratie poplitique, n'est qu'une dictature financière soutenue par les milieux d'affaires, servie par des politiques corrompus,et publicisée par des médias complices, ce qui est logique, ces derniers étant aux mains des décideurs économiques.
    Tssipras a su tenir tête, et seule la mauvaise foi éclatante des journalistes peut le qualifier intransigeant et d'extrémiste car il avait déjà fait de nombreuses concessions.
    Il met maintenant l'ue au pied du mur en consultant son peuple et oppose la dictature économique à la démocratie politique.
    Il suffit de voir les réactions des milieux économiques et politiques pour comprendre leur panique.
    Pour finir, une page de "contre-information", celle du cinéaste philosophe franco grec Yannis Yalountas :
    http://jeluttedoncjesuis.net/

    4
    Mardi 30 Juin 2015 à 11:17

    Je suis assez d'accord avec vous. Notre problème est que pour des raisons peut être tactiques on ne comprend pas ce que veut Tsipras. Vise-t-il à se faire virer de l'euro et de l'UE ? Dans ce cas on pourrait dire qu'il a bien joué, étant entendu qu'en restant dans ce système le peuple grec ne peut pas s'en sortir. Vise-t-il au contraire à obliger les "créanciers" à céder et à renégocier la dette, alors c'est seulement reculer pour mieux sauter. 

    Mais dans tous les cas voir dans Tsipras un tenant de la gauche radicale est manifestement un abus de langage.

     

    Merci pour le lien

    5
    Deryl Charles
    Mardi 30 Juin 2015 à 12:48

    On peut voir dans Tsipras, allié d'un parti très à droite quand même, un national-réformiste assez conséquent. Il est vrai que aujourd'hui la SFIO des années trente, ferait figure d'ultra gauchiste pour nos bureaucrates libéraux. On se demande si leur plus grande crainte ne serait pas de le voir réussir à s'en sortir et démonter par là la vacuité des mensonges et des menaces des bureaucrates sans compter un éventuel effet domino pour ces rapaces qui les priverait de leurs revenus de pilleurs.

    6
    grandmonde
    Mardi 30 Juin 2015 à 15:32

    Je viens de tomber sur cet article d'Acrimed qui a fait une enquête sur le traitement de l'économie de l'ue dans le quotidien vespéral des marchés

    http://www.acrimed.org/article4707.html

    7
    lili13
    Mardi 30 Juin 2015 à 18:58

    En effet, PLANTU a bien changé, s'est bien rangé comme communicant de service  plutôt que  le caricaturiste impertinent d'autrefois. Ce n'est plus celui qui dénonçait les malheurs de l' Afrique avec des accents profondément humains. Il a bien vieilli !


    Je le lui ai dis sur le site de contact du journal " LE MONDE", à la rubrique "rédaction". 


     

    8
    Mardi 30 Juin 2015 à 21:30

    Je crois qu'on ne soupçonne pas  ce qui se joue actuellement dans notre monde libéral. C'est deux conceptions du système économique. Soit c'est ce qu'on appelle quelquefois la réalité, ce que donnent les chiffres pour un pays comme pour une entreprise. Soit c'est une sorte d'illusion qui donne à l'économie son aspect foncièrement humain, c'est-à-dire son activité, basée sur le travail avant tout.  L'argent n'étant là que pour en donner une valeur. Ce que Adam Smith, qui était le premier des grands économistes au 18 e siècle estimait pour sa part la vraie vérité quand il disait que" Un pays ne se gère pas comme un ménage".  Marx l'avait compris aussi. Certes le travail aliène l'homme. Mais la finance encore plus, sauf pour une catégorie de favorisés. Je ne crois pas que le premier système qui voit une partie de l'humanité vivre une déchéance incroyable et des privilégiés s'en moquer, puisse perdurer longtemps. Tsipras met le marché en main : la finance ou l'homme. Le problème pour trancher c'est que ce sont les privilégiés qui ont la parole.

    9
    Mercredi 1er Juillet 2015 à 07:43

    Je crois que ceux qui se prennent pour les maîtres du monde savent parfaitement tout cela. Mais s'ils sortent de leur rhétorique simpliste, non seulement ils perdront de leur pouvoir, mais aussi leur argent ! Le problème de Tsipras est qu'il s'enferre à défendre l'idée d'une autre Europe, c'est idiot parce que personne n'en veut. Et tant qu'il sera sur cette ligne rien n'avancera

    10
    Samedi 12 Novembre 2016 à 10:18

    "Je crois que ceux qui se prennent pour les maîtres du monde savent parfaitement tout cela. " C'est probable en effet. Avec "Trump"On va certainement entrer dans un cycle du capitalisme qui se jouera en extrême orient. L'U.E est moins intéressante. A nous, d'en sortir et de s'allier avec la Russie comme devant.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :