• La gauche grecque sera-t-elle défaite ?

    « Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau » Saint-Just 

     

    Le point sur les négociations

    La gauche grecque sera-t-elle défaite ? 

    Les interminables négociations lassent tout le monde, en Grèce comme ailleurs. On constate en Grèce un désenchantement croissant envers Syriza et Tsipras. Certes cela n’atteint pas encore le rejet dont était victime Samaras et le PASOK, mais c’est en bonne voie. Quelle est la situation aujourd’hui ? Manifestement les négociations entre la Grèce et l’Eurogroupe qui vise principalement à l’étrangler financièrement sont dans une impasse. En fait les deux parties jouent la montre, en espérant que l’un lâchera du lest avant l’autre.

    Le gouvernement grec a fait cependant d’énormes concessions à Bruxelles : d’une part il a engagé un programme de privatisations, et d’autre part il a reconnu la nécessité de cette calamité européiste qu’on nomme « la concurrence libre et non faussée ». En échange il espère bien obtenir le 7,2 milliards, soit la dernière tranche du prêt accordé par la troïka en 2012. Mais l’Eurogroupe n’entend pas s’en tenir là. Il exige que les retraites soient encore malmenées – alors qu’elles ont pourtant déjà baissé de plus de 44% depuis la crise – et que les syndicats, sous le couvert de la nécessaire flexibilité du marché du travail, voient encore plus réduits leur pouvoir. Evidemment si Tsipras cédait sur ces deux exigences, il se rangerait finalement à la gestion de Samaras, perdrait toute crédibilité et finalement disparaitrait sous les crachats. 

    Dans ce jeu plutôt stupide il semble que ce soient l’Eurogroupe et les créanciers qui aient le plus de temps et de patience à sa disposition. On le sait l’argent manque de plus en plus à la Grèce pour faire face à ses obligations immédiates, notamment payer ses fonctionnaires et ses retraités.

     

    Quelles sorties de crise ?

     

    Toutes les crises trouvent d’une manière ou d’une autre leur solution. Celle-ci peut être toutefois à l’avantage du peuple grec, ou à l’avantage des créanciers et de l’Eurogroupe. Il ne peut pas y avoir deux gagnants. Romaric Godin qui est plutôt optimiste quant aux capacités de négociation de Tsipras, considère que les concessions que celui-ci a faites à l’Eurogroupe ne sont que conditionnelles et ne remettent en rien les fondamentaux de l’élection de janvier. Il veut dire par là que Tsipras ne mettra en œuvre ces concessions importantes que si l’Eurogroupe fait à son tour des concessions par exemple en ne plus exigeant la réforme des retraites et du marché du travail. L’Eurogroupe qui s’y connait en matière d’entêtement imbécile, n’y semble toutefois pas prêt, mieux il semble vouloir bénéficier de son avantage initial pour exiger encore un petit peu plus de la part des Grecs. Evidemment il compte sur le fait que Tsipras comme Varoufakis, pour des raisons qui m’échappent, ont toujours maintenu cette idée stupide selon laquelle ils ne voulaient ni sortir de l’euro, ni de l’Europe. En quelque sorte ils se sont privés dès le début d’un argument de poids, la menace d’une sortie de la Grèce. Il ne semble pas qu’ils aient sérieusement étudié la possibilité de sortir unilatéralement du carcan de la monnaie unique. Autrement dit, ils ne sont pas partis de ce qui est nécessaire au maintien d’une réelle souveraineté.

    Quels sont les choix possibles ? Le premier est que le gouvernement Grec cède sur toute la ligne et accorde la victoire politique à la dictature européiste. Bien entendu cette défaite signerait l’arrêt de mort de Syriza et mettrait probablement un terme à la carrière de Tsipras… sauf à se faire exfiltrer vers des organismes internationaux. L’Europe a les moyens de l’acheter.

     La gauche grecque sera-t-elle défaite ? 

    La seconde solution serait de se tourner vers la Russie et d’adhérer à la Nouvelle Banque de Développement des BRICS, ou par exemple en accélérant la mise en œuvre d’un gazoduc qui aboutirait en Italie. En anticipant des recettes futures, la Grèce aurait alors les moyens de faire face à ses échéances. Si cette hypothèse a été évoquée, elle n’est pourtant pas prise au sérieux. Mais de toute façon elle aboutirait à sortir de l’euro. Il y a une dimension importante à cette possibilité, c’est que l’Union européenne doit, en juillet prochain, revoter sur le prolongement des sanctions contre la Russie, or, outre Chypre et la Hongrie, la Grèce pourrait voter contre. La question serait alors celle de la paralysie du peu de politique étrangère de l’UE. Mais on ne sait pas trop si c’est un vrai argument, car à part les Polonais et les Etats de la Baltique, tout le monde a hâte d’en finir avec ces sanctions qui non seulement coûtent cher, mais en outre sont contre-productives, on y reviendra dansun prochain billet.

    Reste la lancinante question de la sortie de la Grèce de l’euro. Le chemin doit passer par l’article 50 qui est une sortie de l’Union européenne. Celle-ci est techniquement compliquée, mais loin d’être impossible si on considère qu’il s’agit là d’une question de survie. Elle nécessité la prise de mesures destinées à empêcher la fuite des capitaux à l’étranger, et un contrôle préalable du gouvernement sur la banque centrale. Ces mesures sont nécessaires parce que le Grexit doit être avalisé par le peuple. C’est l’hypothèse évoquée d’un référendum. Jacques Sapir ne croit pas au référendum. Pour une fois je serais en désaccord avec lui. Il n’y croit pas parce qu’un référendum demanderait une campagne de 6 semaines et que pendant ce temps d’incertitude les capitaux fuiraient la Grèce. C’est bien pour cette raison qu’il est nécessaire au préalable de mettre en place un gel des mouvements de capitaux. Autrement dit, si nous voyons apparaître dans quelques temps une politique de gel des mouvements de capitaux, on pourra être quasi certain qu’on se dirige vers un référendum.

    Il va de soi que si les Grecs se lançaient dans cette aventure, ils se feraient vertement critiquer par leurs voisins européens qui leur diraient en substance que puisqu’ils appartiennent à l’Union européenne, ils ne peuvent pas décider d’en sortir unilatéralement et doivent demander l’autorisation préalable d’organiser un référendum. C’est bien ce qu’a dit ce grand démocrate François Hollande à David Cameron qui prétend mettre en place une procédure référendaire au Royaume Uni sur la sortie de l’Union européenne. Il a juste oublié le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et que quels que soient les traités, si une partie du « peuple » européen veut faire sécession, personne ne pourra l’empêcher. 

     

    Conclusion 

    Les grandes banques continuent de parier sur le fait que l’étranglement financier finira par porter ses fruits ainsi que le pensent les analystes de la banque J.P. Morgan[1] Malcolm Barr et David Mackie. Pour eux un accord sera trouvé à la fin du mois de mai ou au début du mois de juin. Mais ce n’est pas là toute l’opinion de marchés comme on dit. Les Allemands notamment pensent que le Grexit est une possibilité tout à fait probable. Il se pourrait d’ailleurs que ce soit l’abominable Schaüble qui y pousse. Dans ce cas les Grecs ne pourraient plus être considérés comme responsables de leur sortie de l’euro, mais ils seraient alors obligés de répudier leur dette. Il y a cependant un bémol à cette idée, c’est que les Allemands, tout puissants qu’ils soient dans l’Union européenne, ne peuvent pas décider de l’expulsion de la Grèce de leur propre chef, même en comptant sur le très complaisant Hollande, sauf à déclarer une guerre dont ils n’ont pas les moyens !

     

    Liens 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-les-concessions-du-gouvernement-sont-ils-le-signe-d-une-capitulation-a-venir-476504.html 

    http://www.greekcrisis.fr/2015/05/Fr0428.html#deb 

    http://russeurope.hypotheses.org/3818

    http://greece.greekreporter.com/2015/05/15/greek-debt-another-brics-in-the-wall/ 

    http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite1_1_16/05/2015_550084 

    http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-05-16/greece-aid-accord-looks-elusive-as-tsipras-sticks-to-red-lines

     

     


    [1] Cette banque comme Goldmann et Sachs a été impliquée de longue date dans toutes les crises économiques majeures depuis qu’elle existe. Elle était déjà pointée du doigt comme une des responsables de la crise financière de 1929. Ce qui ne l’a pas empêché de prospérer encore et encore. Le chien aboie, la caravane passe.

    « La reconnaissance de Cuba et ses conséquencesLes douloureuses avancées sur le dossier grec »
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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Lundi 18 Mai 2015 à 11:37

    La fuite des capitaux grecs vers l'Etranger est à mon avis un épouvantail, comme  toujours, mis en avant par les libéraux. La fuite a déjà lieu depuis qu'elle est montrée du doigt pour ses difficultés de remboursement.s. C'est un effet secondaire parce la Grèce peut compenser en nationalisant une grande banque. Et trouver de cette façon les liquidités nécessaires en interne.

    2
    Peretz
    Lundi 18 Mai 2015 à 11:38

    La fuite des capitaux grecs vers l'Etranger est à mon avis un épouvantail, comme  toujours, mis en avant par les libéraux. La fuite a déjà lieu depuis qu'elle est montrée du doigt pour ses difficultés de remboursement.s. C'est un effet secondaire parce la Grèce peut compenser en nationalisant une grande banque. Et trouver de cette façon les liquidités nécessaires en interne.

    3
    Lundi 18 Mai 2015 à 12:41

    Oui, c'est exact, mais en même temps si on veut changer de monnaie, il faut empêcher la sortie des capitaux, sinon on se complique le problème. En tous les cas, la fuite des capitaux si ell en'est pas un problème à moyen et long terme, elle l'est à court terme

    4
    grandmonde
    Lundi 18 Mai 2015 à 20:02

    Je ne suis pas économiste, mais je ne sais pas comment à l'heure actuelle, où l'argent qui circule est virtuel, un Etat peut efficacement lutter contre la fuite des capitaux.
    Nous ne sommes plus au début des années 80 où la France avait instauré un contrôle des changes, d'une part la monnaie est commune dans 19 pays, et les transactions financières se sont opacifiées.
    Que peut faire la Grèce seule ?
    Si elle quittait l'Euro, il y aurait une spéculation, y compris de la BCE et des banques centrales des différent pays contre le nouveau drachme pour faire rendre gorge à la Grèce qui se trouverait alors dans une situation encore plus désastreuse.
    Hélas, il me semble que la marge de manoeuvre de Tsipras, qui soit dit en passant n'est pas un révolutionnaire, ni même un demi révolutionnaire, est très étroite.
    Que peut-il faire à part gagner du temps et espérer des victoires électorales de partis le soutenant dans d'autres pays, comme ce pourrait être le cas en Espagne avec Podemos.
    Ou alors, s'affranchir de l'Europe pour tomber dans le giron moscovite ?
    Ce n'est peut être pas non plus le plus souhaitable pour le peuple grec.

    La seule solution ne peut venir que du peuple, et pas uniquement du peuple grec, mais du peuple européen dans son ensemble qui enfin se lève et mette à bas cette dictature de l'ue.

    ça risque de prendre du temps, pour le moment, hormis la Grèce, et peut être l'Espagne, les conservateurs ont le vent en poupe...

    5
    Lundi 18 Mai 2015 à 20:11

    Non, justement, avec l'électronique c'est encore plus facile qu'avant que de contrôler la sortie des capitaux. C'est ce qu'on fait les chypriotes il y a quelques mois et ça s'est bien passé. 

    La Grèce est en effet bien esseulée, et en plus le gouvernement est aussi très divisé. Mais comme il est évident que la Grèce paye un très lourd tribut en étant entrée dans l'Euro, elle en tirerait des bénéfices assez immédiats si elle en sortait. C'est alors que cela pourrait servir d'exemple à tous les peuples qui souffrent. 

    Je ne crois pas que la solution viendra d'une mobilisation de l'ensemble des peuples européens. ils ne sont liés entre eux que par la concurrence et la barrière de la la langue et des cultures fait le reste. 

    Sans doute le plus curieux est que le modèle qui a démontré sa nocivité en 2008 est présenté comme la seule solution raisonnable. Mais vous vous trompez sur un point les gens sont bien moins crédules que ce que les journalistes veulent nous faire croire, mais ils sont juste un peu fatigués. 

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