• La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

     La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

    Depuis de longues années les populations manifestent de partout dans le monde contre l’utilisation du glyphosate, considéré à juste titre comme un poison pour les hommes comme pour les sols. Les enjeux sont énormes en termes financiers, et donc ils ont entraîné une très grande corruption non seulement des politiciens et des bureaucrates de Bruxelles, mais aussi des chercheurs. Les équipes de recherche qui se sont vendus à Monsanto ont été prises la main dans le sac de la triche pour présenter ces adjuvants de l’agriculture industrielle comme peu toxiques, tentant de demander aux paysans et aux consommateurs de faire la preuve de la dangerosité de ce produit[1]. Ce qui est en cause, encore plus que l’activité criminelle de Monsanto, c’est l’agriculture industrielle, celle qui a été encouragée par l’Union européenne, celle qui est au cœur même de la PAC. Et, comme on va le voir, il est clair que cette affaire mine encore un peu plus la confiance que les européens pouvaient avoir dans les institutions européennes. Peut-on se passer du glyphosate ? Il est évident que l’interdiction du glyphosate modifierait considérablement les coûts et les bénéfices des entreprises concernées. La FNSEA, syndicat de l’agriculture industrielle en France, considère que l’interdiction du glyphosate augmenterait les coûts de 2 milliards d’euros par an en France. Il est bien possible que ce surcoût soit exagéré par la FNSEA qui a toujours tendance, comme le MEDEF à gémir par précaution pour obtenir des subsides de l’Etat[2]. L’autre grand perdant d’une interdiction définitive serait Monsanto, premier producteur de glyphosate – le fameux Roundup – dont les bénéfices sont très dépendants de cette autorisation[3].

    La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate 

    Le glyphosate et le fonctionnement de l’Europe 

    L’Union européenne devait se prononcer sur le renouvellement de l’utilisation de ce produit maudit. La Commission européenne, haut lieu de corruption, proposait une prolongation de 10 ans. Lundi 27 novembre, une majorité qualifiée d’Etats membres a décidé de prolonger cette autorisation de 5 ans, évidemment sans dire ce qui se passera ensuite[4]. De toute évidence c’est l’Allemagne qui en changeant hypocritement de position a permis au glyphosate de continuer son travail de mort. Une fois de plus on voit clairement que c’est bien l’Allemagne qui décide, alors même qu’en ce moment ce pays est dans la tourmente et se dirige vers une crise profonde. On peut se demander comment cette Allemagne, propre sur elle, rapide à faire la leçon écologique à tout le monde a pu changer d’avis sur cette question. Il est facile de le comprendre dès lors qu’on sait que Monsanto est en train de passer sous pavillon allemand, celui de la firme Bayer. Cette dernière firme géante, naguère partie prenante du développement du nazisme dans ses fonctions expérimentale les plus criminelles[5], est aussi bien connu que Monsanto pour arroser élus et décideurs en Europe comme en Allemagne. L’Allemagne décide pour le reste de l’Union européenne, mais au nom du pouvoir des multinationales et si possible de ses propres multinationales.

    Cette prolongation d’autorisation est une preuve supplémentaire que l’Union européenne est d’abord et surtout une boutique destinée à défendre les intérêts des multinationales[6]. On peut d’ailleurs se demander si les bureaucrates européens sont simplement des vendus, ou si au contraire ils sont des simples employés de ces multinationales qui pour un temps plus ou moins long sont détachés auprès de la Commission européenne. Mais tout cela est bien documenté maintenant, et seuls des naïfs pourront se tromper sur les objectifs et le destin final de l’Europe. Une nouvelle fois l’Union européenne agit contre le peuple qui est ouvertement hostile à l’utilisation du glyphosate et hostile à voir débarquer Monsanto dans nos assiettes. Les Français sont très remontés contre cette firme, mais les Allemands aussi. Ils sont 71% à demander l’interdiction du glyphosate[7], et c’est la même chose de partout en Europe, et aux Etats-Unis. 

    Réaction de la France et ses conséquences 

    La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

    La France a réagi à cette nouvelle ignominie des institutions européennes en affirmant vouloir éradiquer le glyphosate dans les trois ans qui viennent. Trois ou cinq ans me direz-vous, quelle importance ? En vérité cela en a une énorme parce que l’Union européenne n’a pas décidé d’interdire le glyphosate au bout de ces cinq ans de prolongation, on ne sait pas du tout ce qu’il arrivera. Sans doute de nouvelles discussions, et sans doute de nouvelles demandes pour une nouvelle prolongation.

    Les conséquences de la position de la France sont multiples. D’abord si Macron persiste dans cette voie, il est clair qu’il va se heurter aux puissants lobbies de l’agriculture industrielle et de la chimie, puisqu’en effet si on interdit d’ici trois ans le glyphosate, cela revient aussi à interdire l’importation de produits de l’agriculture industrielle qui ont utilisés le glyphosate. Donc ça signifie clairement que la France se mettra en dehors des traités aussi bien ceux de l’Union européenne que ceux de l’OMC ou des accords comme le CETA. Ce serait clairement une remise en cause du libéralisme dont Macron est un ardent défenseur. Il s’ensuivrait que les industriels de l’agriculture et de la malbouffe, comme les chimistes se feraient un plaisir d’introduire des recours et des demandes de réparation devant la justice internationales[8], la CJUE ou la CJI, ou l’OMC elle-même. Ce qui veut dire que si la bataille devait s’engager entre les multinationales et la France, celle-ci devrait soit se plier aux décisions de Bruxelles, même si on prolonge l’autorisation du glyphosate pour les 100 ans à venir, soit sortir des traités internationaux. Ce qu’on ne voit pas vraiment faire de la part de Macron.

    Dès lors il apparait que l’attitude du président qui a très peu de convictions écologistes, est destinée d’abord à gagner du temps et donc à éviter une nouvelle dégradation de sa popularité qui reste historiquement très basse. Il espère sans doute que d’ici trois ans les négociations sur le glyphosate déboucheront sur une interdiction totale et qu’on en parlera plus. Il a gagné de la tranquillité pour trois ans du côté de la défense de l’environnement. 

    Plus dure sera la chute 

    En vérité c’est bien plus grave qu’il n’y paraît parce que cette histoire outre qu’elle démontre comment l’Union européenne fonctionne en faveur des intérêts privés, elle démontre qu’elle n’a aucun projet commun, qu’elle est profondément divisée, et qu’à tout moment elle est à la merci d’un retour de souveraineté des Etats membres qui peuvent se trouver discriminés. C’est déjà le cas avec la question de l’immigration qui a vu récemment les pays du groupe Višegrad (Pologne, Slovaquie, Hongrie et République tchèque) se révolter contre les diktats de la Commission européenne. Le glyphosate a introduit une autre fracture, la Belgique, le Luxembourg, la France, la Croatie, l’Italie, Chypre, la Grèce, Malte et l’Autriche, les autres ont voté pour et le Portugal s’est abstenu pour des motifs assez brumeux. Mais cela montre que sur presque toutes les questions l’Union européenne est divisée. Cette opposition entre la France et l’Allemagne éloigne encore un peu plus l’idée de Macron de se rapprocher de ce pays pour réformer l’Europe et ses institutions. C’est clairement un camouflet pour le président français. Notons que le Royaume Uni aurait du logiquement s'abstenir puisque ce pays est en train de sortir et que Theresa May avait dit que son pays ne prendrait plus de décision qui engage l'Europe dans son ensemble.

    Par ailleurs la question se pose de savoir à quoi peut bien servir le parlement européen puisqu’en effet, il n’a aucun pouvoir sur cette histoire[9]. Il peut très bien voter une résolution allant à l’encontre de la décision de la majorité qualifiée des Etats membres, ce sera comme de pisser dans un violon. Une fois de plus les institutions européennes ont fait la preuve aussi bien de leur caractère anti-démocratique que de leur corruption. Une nouvelle preuve vient d’être administrée qu’on n’avancera pas dans la protection de l’environnement sans sortir du libre-échange et des boutiques qui en font la promotion. 

     

    La France, l’Allemagne, l’Europe et le Glyphosate

     

     


    [1] https://www.lesechos.fr/15/03/2017/lesechos.fr/0211882253400_le-glyphosate-est-il-cancerigene---la-communaute-scientifique-toujours-divisee.htm et aussi http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/26/glyphosate-revelations-sur-les-failles-de-l-expertise-europeenne_5220696_3244.html

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/28/la-france-peut-elle-interdire-le-glyphosate-dans-trois-ans_5221736_3244.html

    [3] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/06/28/97002-20170628FILWWW00200-monsanto-benefices-en-hausse-au-3t.php

    [4] https://reporterre.net/Le-glyphosate-reautorise-pour-cinq-ans-apres-un-tour-de-passe-passe-allemand

    2 https://blogs.mediapart.fr/victorayoli/blog/301116/monsanto-bayer-quand-bayer-achetait-des-lots-de-femmes-auschwitz

    [6] http://osonscauser.com/10-faits-montrent-multinationales-achetent-politique-europeenne/

    [7] http://www.huffingtonpost.fr/2017/10/04/exclusif-interdiction-du-glyphosate-71-des-francais-sont-pour-selon-une-enquete-yougov_a_23232424/

    [8] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/28/la-france-peut-elle-interdire-le-glyphosate-dans-trois-ans_5221736_3244.html

    [9] https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate/trois-questions-sur-le-renouvellement-de-l-autorisation-du-glyphosate-en-europe_2488367.html

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 1er Décembre à 18:44
    Victor LIBON

    "L’autre grand perdant d’une interdiction définitive serait Monsanto, premier producteur de glyphosate – le fameux Roundup – dont les bénéfices sont très dépendants de cette autorisation."

    Le Glyphosate est dans le domaine public depuis 2000. Il existe aujourd'hui 91 producteurs de Glyphosate: 5 aux USA, 9 en Inde et 53 en Chine, qui ne paient pas un centime de royalty à Monsanto. Les profits de Monsanto ont chuté de 76% entre 2001 et 2011 dans la production du Glyphosate.

    Ce n'est guère difficile à vérifier. Répéter ce que tout le monde dit n'est pas toujours gage de vérité.

    Google+ - Victor LIBON - jacqueshenry - Le glyphosate cancérigène? Oui … pour l’avenir politique d’Angela Merkel! (30 Novembre 2017)

    2
    Vendredi 1er Décembre à 20:15

    "Monsanto est le numéro 2 mondial des semences agricoles. L'herbicide RoundUp, très controversé, représente environ 30 % de la valeur des ventes, soit presque 5 milliards de dollar. Monsanto vend du RoundUp pour une valeur de plus de 150 dollars chaque seconde !" source www.planetoscope.com. Toutes les sources concordent sur l'importance du glyphosate pour Monsanto, après que d'autres entreprises en produisent, c'est bien possible et même certain. On sait aussi par ailleurs que Monsanto a tout fait pour truquer les résultats des études scientifiques et que cette firme a une cativité de lobbying intense à Bruxelles.

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