• La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

     La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    La panique s’est emparée de la presse française du mardi 22 mai 2018. Bien que les choses ne soient pas encore tout à fait claires, on se dirige vers un gouvernement Lega-M5S[1]. L’oligarchie européenne et la presse qui la soutient sont furieuses. En effet, et quoi qu’on dise des incohérences relevées ici ou là, la mise en œuvre de ce gouvernement menace directement ce qui reste de la cohésion européenne. Ajoutons que ce futur gouvernement va fonctionner à plein au même moment où la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne sera actée. Ce nouveau gouvernement s’est mis d’accord sur plusieurs points : d’abord le refus de subir le diktat européiste sur l’accueil des réfugiés, sur ce point ils vont rejoindre les pays de l’Est, ensuite sur une possible sortie de l’euro et la fin de l’austérité. Sur le premier point ils auront l’appui du peuple italien, et très largement. Sur le second aussi d’ailleurs, mais c’est un peu plus compliqué et il faut avoir un grand courage pour sauter le pas – en France ni Marine le Pen, ni Mélenchon ne le possèdent – parce qu’on rentre nécessairement dans une période d’incertitude où il faut avec patience ne compter que sur ses propres forces. Le futur gouvernement peut compter sur le président Sergio Matarrella, un farouche européiste héritier de la défunte Démocratie chrétienne, pour lui mettre le maximum de bâtons dans les roues. La France macronienne s’est faite menaçante par la voix de Bruno Le Maire qui a lancé une sorte d’interdiction au futur gouvernement d’appliquer les mesures pour lesquelles les Italiens ont voté[2]. Ces tensions annoncées avec le gouvernement français n’augurent rien de bon car elles anticipent la démarche de l’Union européenne qui fera tout pour faire revenir l’Italie à la normale. En effet soit l’Union européenne se réforme, soit l’Italie renie ses engagements auprès de ses électeurs pour rester dans l’Europe. Le premier terme est impossible, le second très discutable.  

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    En attendant, c’est Guiseppe Conte qui va sans doute être chargé de la formation du gouvernement dans lequel Salvini serait ministre de l’intérieur et Di Maio ministre de l’économie. Guiseppe Conte semble être une charnière assez bien choisie entre les deux hommes, et puis il est très présentable, alors qu’il doit présenter un programme très sulfureux : d’une part parce que l’Italie veut tourner la page de l’austérité européiste, et d’autre part parce que ce nouvel attelage s’est donné pour mission de stopper les migrations massives et d’en limiter les ravages. En fait personne ne sait jusqu’où le nouveau gouvernement italien sera capable d’aller dans la révolte contre Bruxelles. On sait qu’il peut compter sur un appui du peuple pour mettre en place son programme, mais c’était déjà le cas de Tsipras en Grèce, et on sait comment cela s’est fini, par une reddition totale et une humiliation définitive. 

    Conséquences incertaines 

    La première conséquence est que pour la première fois peut-être l’Italie va obtenir un gouvernement stable… à condition qu’il mette en route de manière intelligente un programme qui satisfasse la fibre souverainiste des Italiens. En effet ceux-ci, en très peu de temps finalement sont passés d’un sentiment proeuropéen très fort, à un euroscepticisme virulent. C’est un des pays les plus anti-européen de l’Union, derrière la Grèce bien entendu. Sondage après sondage la défiance des Italiens face à l’Union européenne ne fait que s’aggraver. Les causes de ce désamour sont bien connues :

    - d’abord l’appartenance à l’euro dont la crise de 2008 a montré quels ravages cela pouvait engendrer. La croissance est stagnante, le chômage reste élevé et les politiques d’austérité mises en œuvre pour résorber la dette sont décriées ;

    - ensuite l’immigration massive des africains vers l’Europe qui passe maintenant prioritairement par l’Italie et engendre des désordres nombreux sur tout le territoire.

    Ces deux points expliquent pourquoi la gauche qui est restée braquée sur ses dogmes internationalistes, n’existe quasiment plus en Italie sauf sous une forme résiduelle. Les partis « populistes », la Lega et le M5S, sont les seuls à avoir tenté de répondre à cette double interrogation et à remettre en cause la mondialisation. C’est une nouvelle leçon pour la gauche, en abandonnant l’idée de souveraineté, la gauche, qu’elle soit française, italienne ou allemande s’est perdue et se trouve en opposition avec le peuple au nom de qui elle prétend parler. Cela fait des années maintenant que le discours sur l’autre Europe, sur la modification des traités tourne à vide et s’y engluer confine à l’impuissance. Les Italiens semblent progresser parce que justement ils sont en passe d’abandonner ces vieilles lunes. Il ne sert à rien de dénoncer les tendances fascistes de la Lega quand on n’est pas capable de proposer des réponses sérieuses aux problèmes qui se posent aux Italiens. 

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie 

    La diatribe de Bruno Le Maire qu’on a signalée ci-dessus indique clairement que les européistes, Macron en tête, ont dans l’idée de faire jouer au nouveau gouvernement le rôle que Tsípras a joué en devenant le fossoyeur des possibilités de changement en Grèce. Le but serait de discréditer le nouveau gouvernement en le faisant renoncer à ses ambitions sur la dette, sur l’euro ou sur l’austérité par exemple. On suppose que cette ligne dure sera appuyée par le président Sergio Mattarella qui a tout du traître de comédie. L’idée sera d’enfoncer un coin entre la Lega et M5S qui parait moins ferme sur les principes anti-européens[3]. M5S est le maillon faible de l’attelage, essentiellement parce qu’il n’est pas tout à fait souverainiste. Il semble déjà que les autorités européennes vont faire remonter les taux sur la dette de façon à asphyxier l’Italie en la privant de liquidités. Dès lors l’Italie se retrouvera face à un choix : soit répudier la dette et sortir de l’euro, soit rentrer dans le rang à la manière de Tsipras avec les punitions qui iront avec pour avoir fait trembler les bureaucrates de Bruxelles. L’issue de ce combat est incertaine : si l’Union européenne gagne, elle prolongera encore son agonie d’une dizaine d’années, si l’Italie gagne, cela accélérera sa fin et on se retrouvera dans une phase de démondialisation accélérée.  

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie 

    La gestion des migrants est également le point qui risque de faire des dégâts, en Italie comme dans le reste de l’Europe. Depuis un an maintenant les flux migratoires vers l’Italie ont très fortement baissé. Ce qui prouve bien qu’on peut tout à fait les maitriser[4]. Mais le nouveau gouvernement se propose d’aller un peu plus loin et de renvoyer 500 à 600 000 de ceux-ci d’où ils viennent. Ça ne plait pas à L’Obs qui voit dans cette volonté l’Italie rejoindre les pays de Visegrad[5], et donc une nouvelle division qui va s’installer dans l’Union européenne.

    Le choix est une fois de plus assez simple : comme en Grèce en 2015, soit les dirigeants élus suivent le mandat qui leur a été donné par le peuple, soit ils se plient aux exigences de l’oligarchie européiste.

    En vérité toutes ces spéculations risquent de ne pas avoir beaucoup de sens si une nouvelle crise financière se déclenche dans les mois qui viennent[6], ou encore si la guerre commerciale que les Américains ont déclenchée avec l’Europe prend de l’ampleur en rognant les excédents commerciaux de l’Allemagne par exemple[7].

    La formation d’un nouveau gouvernement en Italie

    Il est assez réjouissant cependant de voir des représentants du bloc bourgeois comme Raffaele Simone s’enrager de la coalition entre M5S et la Lega. Il juge cette coalition contre nature, le MS5 étant plutôt populiste de gauche, et la Lega plutôt populiste de droite, mais il en rajoute bêtement en tentant d’expliquer que son programme de gouvernement est anticonstitutionnel[8]. Il ferait mieux de se demander pourquoi le peuple a voté massivement pour ces partis. Mais il est vrai que Simone est cet « intellectuel » qui s’est taillé un petit succès dans le temps en annonçant à grands coups de trompette que l’Europe virait à droite, alors que c’était plutôt les représentants de la gauche qui viraient à droite et non le peuple. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la France Insoumise se rapprochait du Front national à travers un programme de gouvernement. On s’ait qu’en France de nombreux commentateurs – dont Jacques Sapir – appellent à une coalition souverainiste pour renverser Macron et sa politique européiste[9]. Mais après tout, on peut considérer que les Italiens montrent le chemin : sans une remise en question de l’Union européenne, il n’y a plus de politique alternative possible. Autrement dit avant de se disputer, il faut rétablir un cadre institutionnel dans lequel la dispute politique ait un sens. Dans le dépit de Simone, inaudible de l’autre côté des Alpes, mais qui fait les délices du journal Le monde, il y a la conscience que le mouvement politique est en train d’échapper non seulement à sa compréhension, mais aussi aux partis bourgeois qui jouent depuis trente ans en France comme en Italie, comme en Allemagne, le jeu de la fausse alternance. Ce moment appartient maintenant au passé.  



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/16/italie-la-presse-publie-une-version-provisoire-du-contrat-entre-la-ligue-et-le-m5s_5299511_3214.html

    [2] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-stabilite-de-la-zone-euro-menacee-si-l-italie-ne-tient-pas-ses-engagements-sur-la-dette-779014.html

    [3] https://www.euractiv.fr/section/elections/news/en-italie-les-populistes-sentendent-sur-un-programme-de-gouvernement/

    [4] http://www.lepoint.fr/monde/comment-l-italie-a-tari-le-flux-des-migrants-13-09-2017-2156548_24.php

    [5] https://www.nouvelobs.com/monde/20180517.OBS6816/italie-le-tres-inquietant-programme-de-gouvernement-de-salvini-et-di-maio.html

    [6] https://www.euractiv.fr/section/elections/news/en-italie-les-populistes-sentendent-sur-un-programme-de-gouvernement/

    [7] http://www.rtl.fr/actu/international/acier-la-guerre-commerciale-entre-les-etats-unis-et-l-europe-aura-t-elle-lieu-7793224906

    [8] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/21/italie-un-contrat-de-coalition-a-l-encontre-de-la-constitution-italienne_5302323_3232.html

    [9] http://www.lepoint.fr/politique/sapir-le-souverainisme-est-une-force-dominante-18-05-2017-2128275_20.php

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