• La fin de l’aventure de Syriza, l’ordre règne à Athènes

     La fin de l’aventure de Syriza, l’ordre règne à Athènes

    Je ne vais pas faire le malin du genre « je vous l’avais bien dit ». Mais dès le début de l’arrivée au pouvoir de Syriza et de Tsipras je pensais qu’en n’ayant jamais voulu mettre sur la table la sortie de l’euro, il s’était lié les mains : les « créanciers » qui ont la patience de l’araignée n’avaient plus qu’à attendre que la Grèce tombe comme un fruit mûr. J’aurais préféré me tromper. Parce que maintenant les Grecs vont morfler. Il fallait voir ce matin la mine réjouie de cette crapule de Dijsselbloem. Les bourses ont salué à leur manière le retour à l’ordre en repartant bêtement vers le haut. 

    Retournement de veste 

    L’incroyable retournement de veste de Tsipras n’a pas fini de résonner en Europe. En effet, après que le peuple grec l‘ait suivi en votant non aux réformes imposées par la canaille de Bruxelles et ses alliés de la finance, il a passé un accord incongru avec le PASOK et ND pour faire accepter finalement les réformes contre lesquelles il avait demandé de voter. Il va demander que le parlement grec approuve ces réformes. Gageons qu’il n’aura aucune difficulté à les faire avalisées par le PASOK et ND, mais ce sera plus dur au sein de son parti. A voir comment les bourses ont réagi lundi, on se doute que c’est un grand soulagement pour la finance de ne plus avoir de contestation au cœur de l’Europe. 

    La fin de l’aventure de Syriza, l’ordre règne à Athènes

    Sa reddition sans condition amène à deux réflexions :

    - la première est que les Grecs se demandent pourquoi ils ont voté pour Syriza si au bout du compte ils doivent subir l’austérité à la Samaras, encore durcie d’un cran. Tout ça pour ça ? Six mois ont été perdus, et les créanciers n’ont plus peur de durcir leurs extravagantes conditions ;

    - la seconde est que l’aventure de Syriza est terminée. En effet, les Grecs sont tellement déçus et désorientés par les revirements incongrus de Tsipras qu’ils vont avoir du mal à lui faire confiance à nouveau. En agissant comme il a agi, après avoir fait beaucoup de bruit, il avalise l’idée qu’en Europe, en dehors de la soumission à l’ordre allemand, il n’y a pas de choix. Mais alors à quoi bon voter ? 

    Ce qu’a obtenu Tsipras 

    Lorsqu’il va devoir présenter sa reddition devant le parlement grec, Tsipras mettra en avant certainement la restructuration de la dette. C’est cela qui va faire avaler la pilule aux députés pense-t-il. Avec en arrière-plan l’idée que Samaras ne l’aurait jamais obtenue. Ce sera sans doute vrai parce que l’essentiel pour les créanciers n’est pas là. Pour eux l’important est qu’il n’émergence aucun autre modèle alternatif au leur. Et donc qu’ils aient octroyé une remise de dette contre un durcissement de l’austérité en Grèce est un bénéfice sur le long terme pour eux. Cela ne sera sans doute pas suffisant pour sauver Syriza de la débandade et de son fractionnement prévisible, donnant finalement raison à Juncker et consort qui ne veulent pas qu’émerge un gouvernement dissident en Europe. Varoufakis vient de mettre un peu les pieds dans le plat en assurant que Tsipras n’avait pas voulu envisager sérieusement le Grexit, et surtout n’avait pas voulu laisser croire à l’Eurogroupe qu’il y était prêt. Cela va transpirer en Grèce et mettre un peu plus Tsipras sur la défensive, le faisant apparaître comme un amateur face à Schaüble et les Kolaborateurs. Et c’est sans doute pour cela que ceux-ci ont été aussi durs, manifestant au fil du temps des exigences auxquels eux-mêmes ne croyaient plus. Il est tout de même cocasse que ce soit un politicien totalement dévalué, François Hollande, qui ait joué le rôle du « gentil » pour lui faire signer tout ce que Schaüble et son valet de chambre Dijsselbloem finalement voulait. 

    Derrière la crise grecque la signature de TAFTA 

    La fin de l’aventure de Syriza, l’ordre règne à Athènes

    Avec la mise sous tutelle de Tsipras et les conditions aggravées de l’austérité sans ce pays, les ennuis des peuples européens ne sont pas finis pour autant. TAFTA est notre prochaine ligne d’horizon. Il semble d’ailleurs impossible que des mouvements comme Podemos tirent les leçons de cet échec aux conséquences dramatiques. L’ordre monétaire est au moins rétabli pour un temps en Europe. Un Grexit aurait sûrement rendu bien plus difficile l’adoption de ce maudit traité que mes oligarques vont d’empresser de finaliser dans l’année. On voit de plus en plus clairement que le choix n’est plus que binaire : soit on sort de l’Union européenne, soit on accepte la dictature monétaire et TAFTA.  Il n’est plus possible de croire que l’Union européenne puisse changer et devenir un espace démocratique. Plus que jamais la sortie de l’Union européenne, et son démantèlement deviennent les horizons d’une nouvelle bataille.

    La fin de l’aventure de Syriza, l’ordre règne à Athènes 

    Les affaires des multinationales avancent bien, très bien même. Le 8 juillet, ils ont acté la capitulation de Tsipras face à l’arrogance de l’Eurogroupe et de ses maîtres allemands. Mais quelques jours auparavant, c’est passé un peu inaperçu, le parlement européen avec la complicité des social-traîtres ont adopté l’idée d’un tribunal arbitral privé dans la mise en place de TAFTA qui se dissimule aussi sous le nom de TTIP.

    La conséquence est qu’il n’y a plus d’obstacle à ce que ce Traité transatlantique se mette en place. Je ne vais pas reprendre ici les critiques adressées à ce traité, pour cela on peut aller sur le site https://www.collectifstoptafta.org/

    Dans les deux cas la victoire du camp libéral provient d’une alliance entre la droite conservatrice et les débris de la social-démocratie qui prétendait, il y a encore peu, représenter la gauche raisonnable. La leçon que nous devons retenir est la suivante : il n’y a pas d’issu dans un combat qui se situerait dans le cadre des institutions européennes. La solution à la profonde crise dans laquelle l’Europe s’enfonce viendra d’une sortie de l’euro et de l’Union européenne. En effet, en sortant de l’Europe, TAFTA pourra être jeté aux poubelles de l’histoire, mais également un gouvernement national – par opposition à gouvernement européen – pourra gérer sa monnaie et sa dette comme il l’entend et donc poursuivre une politique économique en fonction des intérêts économiques de son pays. Car ce qu’il y a de plus contestable dans la gouvernance européiste, c’est bien que celle-ci ne sert que deux objectifs : les intérêts des multinationales et provisoirement ceux de l’Allemagne.

    Les Grecs  contre Tsipras ? 

    La fin de l’aventure de Syriza, l’ordre règne à Athènes

    Le dernier billet de Panagiotis Grigoriou est assez éloquent de la difficulté qui attend Tsipras mercredi devant le parlement. Les Grecs de l’intérieur sont furieux. Ils comparent la stratégie de Tsipras à une manœuvre guerrière sans préparation. Après être apparu comme le Che Guevara il pourrait maintenant prendre la figure de Pétain à Montoire. Après les manifestations incessantes contre la Troïka et contre Samaras, ils vont sans doute manifester contre Tsipras dès mercredi. Ceux qui gardent l’espoir commencent à songer sérieusement à préparer un vrai Grexit cette fois, sans barguigner. Et il est bien possible que cela finisse par apparaître d’ici quelques mois comme la seule issue pour eux…  comme pour nous. Car si cette crise saignante a eu quelque chose de positif, c’est de montrer qu’on ne pouvait « manger avec le Diable sans s’être auparavant muni d’une longue cuillère ». Autrement dit que la souveraineté du peuple ne se négocie pas, elle s’impose. En tous les cas, si on voulait une démonstration du caractère fascisant de la construction européenne, il est clair qu’on l’a eue sous nos yeux en ce sinistre mois de juillet. 

    Liens 

    http://www.greekcrisis.fr/2015/07/Fr0447.html#deb

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-defaite-de-la-grece-la-defaite-de-l-europe-491792.html

    http://russeurope.hypotheses.org/4102

     

    http://www.lemonde.fr/crise-de-l-euro/article/2015/07/13/l-ex-ministre-des-finances-grec-varoufakis-dit-avoir-defendu-une-ligne-trop-dure-pour-tsipras_4681882_1656955.html

    « L’ingérable crise grecque et le déclin inéxorable de l’AllemagneL’EUROPE ALLEMANDE par Fabrice Aubert »
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  • Commentaires

    1
    g.ponthieu
    Mercredi 15 Juillet 2015 à 10:45

    Certes, la tournure des derniers événements ne vous donnent pas tort quant à la manoeuvre européiste, libérale et financière ; de là à parler de "caractère fascisant", c'est tomber dans le caricatural, opposer un simplisme à la complexité, empêcher toute action conséquente. Il est alors tentant, et facile, de relever à cet égard la convergence des "extrêmes".

    2
    Mercredi 15 Juillet 2015 à 11:15

    Ces mots je ne suis pas le premier à les employer. Varoufakis, pourtant bien plus modéré que moi, parle de coup d'Etat et d'entreprise néo-nazie à propos de ce qui s'est passé lors de la reddition de Tsipras. Les Grecs comparent tous les jours Merkel à Hitler. En tous les cas même "Le monde" pourtant journal libéral et européiste a souligné le caractère anti-démocratique du fonctionnement des institutions européennes. La façon dont la BCE a fermé le robinet des liquidités pour couler la Grèce est comme on le dit dans ce pays un acte de déclaration de guerre.

    3
    Jeudi 23 Juillet 2015 à 21:08

    Je ne comprends pas cet acharnement à démolit Tsirpas. Il n'a jamais promis qu'il allait démolir l'U.E. Son objectif était de passer l"étape d'une échéance de la dette en obligeant les créditeurs à la payer en réemprunter de nouveau. Moyennant une reddition provisoire avec une promesse de prolonger la rigueur. Ce n'est pas parce que ça a été accepté et voté que les résultats prévus auront lieu. Il dit lui-même que ça ne marchera pas. Donc c'est reculer pour mieux sauter. Quand on le constatera d'ici quelques mois, le même scénario se représentera, avec cette fois la preuve pour les Grecs qu'il faudra sortir de l'euro, seule solution. Mais cette fois en ayant pris les précautions nécessaires pour éviter toute catastrophe. Je crois que Tsipras a pris la bonne tactique, celle de gagner du temps.

    4
    Vendredi 24 Juillet 2015 à 07:20

    il n'y a aucun acharnement contre Tsipras. mais le fait est qu'il n'a jamais étudié sérieusement un plan B, c'est-à-dire la sortie de l'euro. La seule chose qui fait peur à Schaüble et à l'Eurogroupe. La critique la plus féroce est venue de Varoufakis. L'aile gauche de Syriza doutait de puis le début de la stratégie de Tsipras. Tout ça pour ça. Faire pire que Samaras et finir par s'allier avec lui et le PASOK, c'est pas terrible. On ne peut pas présenter la situation comme une situation de guerre et ne pas mobiliser le peuple contre ses ennemis, surtout après le succès du référendum. CE n'est pas Tsipras qui gagne du temps mais les européistes. Lui il en perdu beaucoup et il va livrer la Grèce au pillage sans retenu via les privatisations menées sous la houlette de Schaüble. C'est Pétain à Montoire !

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