• La décomposition accélérée du Parti « socialiste »

     

    Avec le temps qui passe il va être de plus en plus difficile d’être à la fois de gauche et membre du Parti socialiste. Après les propos de Rebsamen sur le contrôle des chômeurs, ceux de Sapin sur « la bonne finance qui est son amie » et ceux de Hollande sur la compétitivité, voici que Valls remet ça en allant faire les yeux doux devant un parterre de canailles de la finance en Angleterre. Il avait symboliquement inauguré son deuxième gouvernement en allant passer la brosse à reluire au MEDEF – évidemment on le voit mal aller discuter le bout de gras avec les salariés, les syndicats, tous ces « pue-la-sueur » qui ne font rien pour redresser l’économie de la France. Même si cette visite a été un peu éclipsée par le tapage des turpitudes sarkoziennes, elle n’en est pas moins significative du manque de retenu de l’oligarchie française.

    Réduire les droits des chômeurs

     

    En visite à Londres, Manuel Valls qui a sans doute une mentalité de cireur de pompes en a rajouté dans le reniement social-traître. Il confirme, après Rebsamen et François Hollande que les « socialistes » du PS se situent maintenant clairement à la droite de Sarkozy, avec du reste les mêmes très mauvais résultats sur le plan économique, social et politique. Après avoir pris pour modèle Tony Blair, voilà que Manuel Valls veut s’inspirer de la droite conservatrice d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Je ne veux pas faire de délation, mais il semble qu’étant fils de banquier franquiste, il y ait comme de l’atavisme chez lui à faire l’apologie du capitalisme sauvage façon XIXème siècle. Rappelons que ce produit dérisoire de la Deuxième gauche fut introduit en politique par le louvoyant Michel Rocard. On comprend mieux pourquoi il a choisi de faire équipe avec un jeune banquier, assez peu instruit, comme Emmanuel Macron qu’il a nommé au poste de Ministre de l’économie.

     

    Voilà ce qu’il a dit, après avoir recommencé à faire la danse du ventre devant un parterre de représentants de la haute finance, en affirmant que : « My government is pro-business », variante moderne de « My tailor is rich ».

    « En Grande-Bretagne et en Allemagne, le temps partiel a permis de préserver l’emploi et de repartir de manière plus forte quand la croissance est revenue. Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé. C’est dans le dialogue avec ceux qui recherchent un emploi que l’on peut améliorer la situation. Cela s’appelle réformer le marché du travail. »

    Si Manuel Valls avait fait des études un tant soit peu sérieuses, il se serait rendu compte que depuis trente ans en France comme partout dans le monde on a réduit les allocations chômage et durci les conditions d’éligibilité, sans que cela ne change la réalité du chômage de masse. Il aurait aussi compris que le démantèlement de la réglementation du marché du travail en Grèce, au Portugal ou en Espagne n’a pas permis de faire baisser le chômage. En outre, il aurait fait le lien entre la dynamique de l'économie britannique et le fait qu'elle n'a pas à supporter le poids de l'euro.

    Comme on le voit dans le schéma ci-dessous, on constate empiriquement une relation négative entre croissance et chômage. Mais évidemment on peut interpréter dans les deux sens cette relation :

    - soit c’est parce que la croissance est faible que le chômage est élevé, et dans ce cas ce ne sont pas les chômeurs qui sont responsables de leur situation ;

    - soit c’est parce que le chômage est élevé que la croissance est faible, et dans ce cas, c’est bien parce que les chômeurs refusent de travailler qu’ils tirent l’économie du pays vers le bas. Ces chômeurs volontaires d’un nouveau genre qui vivent grassement des allocations chômage.

      

    Relation entre taux de croissance et chômage

    C’est donc du nouveau en ce qui concerne la théorie de la croissance, celle-ci serait déterminée par le chômage ! Il fut un temps où on pensait que la croissance était le résultat du niveau de la demande, ou du niveau de l’investissement, mais maintenant Valls suppose que c’est le taux de chômage – devenu entre-temps une variable libre – qui  engendre le taux de croissance. Même au XIXème siècle on n’aurait pas osé un tel syllogisme !

     

    Le monde tel qu’il est

     

    « Pour garder son rang dans le monde, a déclaré Manuel Valls après un entretien avec son homologue, David Cameron, la France doit aussi garder son statut de puissance économique. Le sens de ma politique de soutien aux entreprises, de baisse du coût du travail, des choix que nous devons faire en matière de marché du travail, c’est de garder notre leadership pour en sorte que nous ne décrochions pas du mouvement du monde. »

    C’est encore une nouvelle théorie de l’histoire que développe Manuel Valls qui décidemment réforme à tout va notre manière de penser. Il suppose ainsi que le monde est posé là, qu’il faut s’adapter à cette réalité, comme quand on se trouve au pied d’une montagne, pour l’escalader, il faut bien faire des efforts. En gros cela veut dire que la mondialisation – terme aussi vague que discutable – est une réalité comme la pluie et le vent, qu’elle n’est pas le résultat des agissements délibérés de certains hommes, de certains partis, d’une certaine classe. La différence entre la droite et la gauche était jusqu’à présent que la droite nous demande de nous adapter au monde tel qu’il est, avec sa hiérarchie et ses patrons, et que la gauche suppose qu’il est possible au contraire d’adapter le monde à nos besoins si ce n’est à nos désirs.

     

    La mondialisation a été mise en place par des hommes et des institutions. Parmi ces institutions, il y a des lobbys qui agissent par exemple auprès de l’Union européenne pour lui faire adopter des lois et des règles qui faciliteront les flux économiques et financiers, mais il y a aussi des hommes politiques qui, sans demander leur avis aux peuples, déréglementent la finance. C’est le sens de la contre-révolution libérale du début des années quatre-vingts qui a fait passer le contrôle de la création monétaire de la sphère publique vers la sphère privée.

    On pourrait s’attendre de la part de quelqu’un qui se réclame des valeurs de la gauche, d’une part qu’il constate la faillite du capitalisme actuel,  et d’autre part qu’il considère que le monde doit être changé. Or l’idée sous-jacente de la rhétorique réactionnaire de la droite, façon Sarkozy ou façon Valls, c’est que le monde est toujours le mieux de ce qu’il peut être, qu’on ne peut pas le changer, qu’il ne peut pas être meilleur. Dans ce sens, les discours droitiers de Manuel Valls révèlent peut-être mieux que toute longue analyse pourquoi les « socialistes » sont européistes.

    Si la mondialisation est bien une réalité, elle n’a tout de même rien de naturel, elle ne saurait en rien être posée là de toute éternité. On peut imaginer également que si ce sont des forces politiques qui l’ont mise en place, d’autres forces politiques pourront aussi la défaire.

     

    Les petits plaisirs de la réaction

     

    A part quelques sarkozystes attardés, il n’y avait plus que les Anglais pour croire que si la France va mal c’est parce que les « socialistes » appliqueraient des idées économiques de gauche. Les conservateurs anglais ne s’y retrouvent plus tout à fait.

    « M. Valls donne l’impression de n’avoir aucune idée de gauche, mais il a une volonté d’agir qui manquait jusqu’à présent, commente Maurice Fraser, directeur de l’Institut européen de la London School of Economics. Il est trop tôt pour juger de son sérieux, mais il donne l’impression de ne pas vouloir se cacher dans le monde fictif de la rhétorique socialiste. »

    Pendant que Valls faisait le clown à la City, Emmanuel Macron[1] était portraituré de manière enthousiaste par le New York Times. On voit que le long virage à droite des hiérarques du PS n’est pas un accident, mais bel et bien une stratégie et une tactique. La stratégie de gauche à la sauce hollandaise est que l’électorat étant devenu réactionnaire, il faut s’adapter à cette transformation. Lui donner raison, ne pas le contrarier, le caresser dans le sens du poil. Ils en voudront pour preuve les sondages périodiques qui seraient plutôt favorables à un renforcement des contrôles sur les chômeurs et des bêtises de ce genre. Cela serait le résultat du vieillissement de la population – les vieux sont plus conservateurs que les jeunes – ou encore le résultat du développement de la propriété du logement, etc. Mais cette lecture des sondages est incomplète et mauvaise. Car en effet, ceux-ci donnent encore d’autres indications, à commencer par le fait que la grande majorité des Français sont pour un resserrement des inégalités de revenus, et de plus en plus favorables à une sortie de l’euro et de l’Europe et à un resserrement des contrôles sur les banquiers et la finance. Egalement les Français ne sont pas très favorables aux mesures modifiant les contours de la famille, mariage gay, GPA, etc. Or c’est dans ce domaine de la libéralisation des mœurs que Valls et les « socialistes » tentent de nous faire croire qu’ils sont encore de gauche.

    C’est une erreur qui va se payer très cher aux prochaines élections. En effet, ce qui est important pour les Français dans leur ensemble, ce n’est pas le mariage gay, ou la GPA, ou d’autres bêtises sans importance, mais plutôt les résultats en matière économique : l’emploi et le pouvoir d’achat. Or en menant une politique de droite, dans le cadre de la zone euro, l’économie française ne peut pas se redresser.

     

    Conclusion

     

    Il est probable que l’équipe au pouvoir aujourd’hui a tué la gauche électorale pour très longtemps, et en premier lieu le PS. Car cette droitisation outrancière que même Tony Blair n’aurait pas osée réaliser, ne produira aucun résultat électoral. « Bien joué vieille taupe » aurait dit Karl Marx : Hollande et la deuxième gauche ont bien travaillé pour consolider l’oligarchie financière. Mais, malgré l’état de décomposition avancé de l’UMP, et le rejet massif des Français à l’endroit du Front National, le PS est voué à l’explosion. La principale raison est économique. Les vieilles recettes libérales empruntées à Jean-Baptiste Say et à Frédéric Bastiat n’ont jamais eu de résultat positif, bien au contraire. Et tant qu’à voter à droite, autant le faire pour la droite décomplexée.

    Le glissement conceptuel du PS vers la droite la plus passéiste s’est fait en deux temps, d’abord le rejet de l’analyse marxiste en termes de luttes de classes autour des années 80, puis celui de l’analyse keynésienne, au motif que la relance dans un monde ouvert – éventré conviendrait mieux – par la finance et le commerce ne peut réussir. N’ayant ni aucune culture économique, ni politique, ni même historique, les « socialistes » de gouvernement sont voués à adopter les idées qu’ils faisaient mine de combattre hier. Mais si cette sournoiserie prive l’UMP d’un programme économique alternatif à celui de Valls et de Hollande, cela ne fait pas pour autant remonter la cote du PS qui est voué au mieux à l’éclatement, au pire à la disparition à très court terme. La punition a déjà commencé avec les élections de 2014, les municipales et les européennes, puis les sénatoriales ont sanctionné massivement les élus de « gauche » qui n’ont eu ni le courage, ni l’intelligence, de s’opposer à la volonté de Hollande.

    On pourrait penser qu’une voie possible serait de récupérer les débris des partis anciens, le PCF, ce qu’il reste de gauche au PS, le PG, etc. et de reconstruire une machine à gagner. Mais c’est une illusion, outre qu’on n’a jamais fait du neuf avec du vieux, les querelles insolentes des hommes d’appareil rendent un tel projet caduque. A mon avis il est préférable de jouer et d’appuyer une dissolution des institutions actuelles, que ce soient les partis, l’Union européenne ou la Vème République.

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/06/le-plaidoyer-de-manuel-valls-a-la-city_4501265_3234.html

    http://www.liberation.fr/societe/2014/10/06/valls-a-londres-pour-redorer-le-blason-de-la-france_1115757

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/10/07/emmanuel-macron-visage-du-nouveau-socialisme-francais-selon-le-new-york-times/



    [1] Le macron ‹ ◌̄ › est un diacritique de plusieurs alphabets : latingrec et cyrillique. Il prend la forme d’une barre horizontale que l’on place le plus souvent au-dessus d’une voyelle. Son principal rôle est d’indiquer que le signe qui le porte reçoit une quantité vocalique longue ; il s’oppose en cela à la brève ‹ ◌̆ ›.

    Il est aussi utilisé pour modifier la valeur de certaines consonnes comme l̄, m̄, n̄, r̄, v̄, ȳ dans l’écriture de quelques langues, ou d’autres consonnes comme  dans certaines translitérations. Le macron se retrouve aussi au-dessous de certaines lettres modifiant ainsi leur son, où on l’appelle macron souscrit ou ligne souscrite.

     

    « Les candidats à la candidature – Présidentielles 2017Emmanuel Macron est fatigant »
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  • Commentaires

    1
    Chimel
    Mercredi 8 Octobre 2014 à 07:26
    Rejet massif du F.N. ? !
    « le rejet massif des Français à l’endroit du Front National » ? ! N’est-ce pas pourtant cette bande qui arrive en tête dans ce qui reste des manifestations du « suffrage universel » ?
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