• La crise des migrants et ses conséquences

     

    La gauche a toujours eu du mal à penser les migrations, identifiant ce phénomène à la misère, elle ne comprend pas les causes et les conséquences de ces mouvements désordonnés. Elle est donc très mal à l’aise pour parler simplement de ces phénomènes qui concernent pourtant directement le peuple. Il est vrai que ce n’est pas un sujet facile à traiter une fois qu’on admis une évidence : si les migrants étaient heureux chez eux, ils ne migreraient pas. La droite libérale à moins de complexes, étant pour l’ouverture des frontières tout azimut, elle considère que c’est une chance pour nous que d’accueillir des centaines de milliers d’immigrants en Europe. Je me souviens d’une tribune d’Alain Juppé dans Le monde, il y a une quinzaine d’années, il présentait ces migrations comme une possibilité de financer facilement nos retraites : c’est une approche comptable et répugnante de la question. Mais dans les deux cas on n’aborde pas la question centrale de l’insertion de ces migrants et de son effet sur la société d’accueil.

      La crise des migrants et ses conséquences

    Migrants et faits divers 

    L’accueil des migrants est une question politique à la fois à l’Europe en tant qu’institution, et à la gauche en général. Plusieurs affaires dites de « droit commun » ont relancé le débat. La plus spectaculaire est celle des agressions sexuelles commises la nuit de la Saint-Sylvestre par les migrants sur des femmes en Allemagne, 90 femmes ont déposé des plaintes à Cologne, mais il y a eu aussi des incidents à Hambourg et dans d’autres lieux. Pour ce qui concerne Cologne, Le Monde, parle – et ça c’est une première – « d’individus d’origine arabe et nord-africaine ». Il est impensable que si de tels faits se passent en France, le journal de référence du politiquement correct emploie la même terminologie. Il y a eu les sempiternels « padamalgames » qui mettaient en doute la certitude que ce soient bien des migrants qui se soient livrée à ces exactions. Mais rapidement le doute n’a plus été permis. Non seulement il s’agit selon Le Monde de migrants fraîchement arrivés en Allemagne, mais il semble bien qu’il s’agisse d’actions concertées, c’est-à-dire de bandes agissant selon un plan concerté.

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    Manifestation contre Merkel et le maire de Cologne 

    Ces faits qui en Allemagne ont été très vivement commentés, viennent après des faits similaires mais de moindre ampleur qui se sont produits en Suède et au Danemark. Dans ces deux derniers pays ce sont ces faits divers qui ont conduit finalement les gouvernements à rétablir les contrôles aux frontières dès septembre 2015.

    On comprend tout de suite l’effet désastreux que ce type de réalité exposée au grand jour va avoir sur l’opinion publique. Ainsi en Allemagne l’angélisme des premiers jours, mis en scène par Angela Merkel qui voulait faire un peu oublier la dureté de l’Allemagne envers les Grecs, a fait place peu à peu à la colère. Et il est facile de comprendre que cette colère nourrira les développements d’une pensée xénophobe et raciste. Nier cela est faire preuve de cécité. Un peu partout en Europe, en France, en Slovaquie, l’extrême droite a mis en place des manifestations qui parfois, comme en Allemagne, ont tourné à l’affrontement avec la police.  Ces manifestations sont le plus généralement passées sous silence dans les médias.

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    Manifestation contre les migrants à Calais en octobre 2015 

    Comme par ailleurs de nombreuses incivilités de la part des migrants ont été rapportées ou ont fini par filtrer, on comprend que l’opinion publique européenne soit de plus en plus hostile aux migrants. Il faut être aussi inconséquente que Cécile Duflot pour croire que cela à quelque chose à voir avec le racisme. Il est probable que le mouvement anti-immigrants va s’amplifier dans les semaines qui viennent, et cela pour au moins deux raisons :

    1. la première est que les Etats européens ont dépensé et dépensent de l’argent pour accueillir et loger des immigrants, leur donner à manger, un peu d‘argent de poche, à une époque où au contraire on serre la vis aux retraités, aux chômeurs et autres « assistés ». en France et en Allemagne le coût par migrant est estimé entre 1000 et 1300 € par mois. La campagne des sites et groupuscules d’extrême droite se fait sur ce thème : avant de distribuer de l’argent aux migrants, ne doit-on pas penser d’abord aux Français pauvres ?

    2. la seconde, mais sans doute la plus importante, c’est que l’accueil de ces migrants s’est fait dans l’improvisation la plus totale, perturbant la vie quotidienne de centaines de milliers de personnes qui voient leur cadre de vie bouleversé comme à Calais par exemple où le ressentiment des habitants face aux migrants et au gouvernement atteint un taux élevé. Mais pourquoi diable l’Union européenne qui aime bien à se présenter comme un modèle de frontières ouvertes n’avait-elle pas anticipé les conséquences de cette ouverture ? 

    La fabrique du racisme 

    La fabrication du racisme et d’un vote ancré à l’extrême-droite se voit tout de suite sous nos yeux : les Français ou les Allemands ne sont racistes et ne se dirigent vers l’extrême-droite que s’ils se sentent menacés. Il y a des territoires où l’arrivée des migrants est vécue comme une invasion, un bouleversement non voulu des cadres sociaux. On a beau raconter à la télévision que le nombre des migrants est faible par rapport à la possibilité de leur absorption, la France n’accueillerait que 24 000 migrants en deux ans, la visibilité de ceux-ci, leur concentration dans certaines communes comme à Calais justement, fait que les populations locales se sentent menacées. Et comme en outre les migrants sont souvent des hommes jeunes qui n’ont rien à perdre, ils n’arrivent pas la tête basse, ils multiplient les exactions et les actes de vandalisme, se comportant avec arrogance et exigeant des pays d’accueil ce qu’ils auraient été bien incapables d’exiger du gouvernement de leur pays natal. Le fait qu’ils n’affichent pas de reconnaissance pour leur pays d’accueil est d’ailleurs une autre réalité qui avive les tensions.

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    Camp de réfugiés à Calais 

    Cela ne veut pas dire que dans leur ensemble les migrants ne soient pas des pauvres gens qui fuient la misère et la mort. Mais nier les perturbations que leur arrivée génère c’est nier la réalité. Défendre les migrants sans plan d’ensemble pour construire une société plus calme et plus harmonieuse, c’est rejeter les plus pauvres qui essaient de travailler et de survivre dans un univers hostile. De voir des artistes et des « personnalités » énoncer qu’il nous faut accueillir toujours plus de migrants chez nous, qu’il nous faut faire preuve de générosité alors qu’eux-mêmes ne partagent guère, est tout simplement surréaliste et conduit nécessairement à une cassure dans l’opinion qui amalgame les migrants à la classe possédante. Mais il va de soi que l'arrivée de centaines de milliers de migrants en Europe modifie les rapports sociaux dans leur ensemble, et cela d’autant plus que les migrants sont d’abord une population mâle et jeune. L’opinion à ce sujet est divisée, et cette division ne recouvre pas une opposition droite-gauche. Il y a ceux qui considèrent que nous devons adapter nos mœurs et notre civilisation à l’arrivée des migrants, et ceux qui au contraire considèrent que les migrants doivent ne pas les modifier. Cette difficile équation peut directement mener  à une guerre civile. En effet, contrairement aux prévisions de Michel Houellebecq, il n’est pas certain que les Européens s’adaptent à une modification de leurs mœurs et de leurs lois qui feraient la part belle à l’Islam en tant que cette religion a la prétention de réguler la vie civile. Il y a des signes qui indiquent que de partout en Europe des gens ordinaires sont maintenant prêts à en découdre. 

    Sorties politiques 

    La première constatation est bien entendu que ces affaires sont pain-béni pour l’extrême-droite. La plupart des politiciens libéraux qui vivent au jour le jour et qui n’ont jamais été capables de formuler de vraies propositions en matière d’immigration vont être obligés de s’aligner sur les propositions de l’extrême-droite. C’est plus qu’une question de survie, il faut aussi masquer le vide de la pensée politique. On ne peut plus se contenter du discours du type : il est inutile et impossible de fermer les frontières, et les migrants sont une chance pour l’Europe. La grande masse de la population va réclamer en France comme en Allemagne ou ailleurs le rétablissement d’un contrôle sévère aux frontières. Pour beaucoup la fin de Schengen est programmée. Ce retour des contrôles aux frontières est évidemment en contradiction avec le libéralisme économique européen. Plus encore il est en contradiction avec la logique de l’Union européenne qui est d’affaiblir les Etats nationaux en remplaçant leur logique par les lois du marché. Or il va de soi que face à la déferlante des migrants les lois du marché sont inopérantes, et, que ce soit pour accueillir les migrants dans un but humanitaire, ou pour s’opposer à leur venue pour des raisons d’équilibre, seuls les Etats nationaux ont la capacité d’agir.

    On voit que déjà les Etats européens réagissent indépendamment les uns des autres. La Commission européenne n’a pas vraiment définit de position sur la question, sauf en donnant un peu d’argent au gouvernement turc qui rançonne l’Europe pour retenir les migrants venus de Syrie – mais pour combien de temps ? Le gouvernement hongrois a donné depuis septembre dernier l’autorisation à l’armée de tirer sur les migrants ! Les frontières se fermant les unes après les autres, il se fabrique sous nos yeux une population flottante qui navigue dans toute l’Europe à la recherche d’un lieu où se fixer, l’enfer de Calais doit ouvrir les yeux sur cette question. On se dirige d’une manière ou d’une autre vers une sauvagerie de plus en plus grande qui pourrait bien mener à une sorte de guerre civile.

     La crise des migrants et ses conséquences 

    Camp de réfugiés syriens en Turquie 

    Raisonner sur la frontière 

    Si on lit correctement la crise des migrants, qu’on se débarrasse de l’émotionnel, force est de se rendre compte qu’elle la conséquence de l’effondrement d’un modèle, celui de la mondialisation. La logique libérale suppose que le meilleur des mondes se réalise et se construit en éliminant les entraves à la circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. Les secousses que subissent sans relâche les économies du monde entier depuis quelques années montrent que cette voie est mauvaise et qu’on doit rebrousser chemin. Un tel système qui est fondé sur la compétition comme seule logique, ne peut perdurer que s’il est capable d’engendrer une croissance économique forte. Mais ce n’est pas le cas, c’est même l’inverse. Or, il va de soi que l’accueil des migrants, leur assimilation si on veut a au moins deux dimensions, l’une économique, peut-on leur donner du travail ?, l’autre sociale, peuvent-ils s’assimiler aux mœurs et aux usages en cours dans la société d’accueil ? Les deux sont liés. En effet les difficultés économiques tendent non seulement à engendrer des replis communautaristes, mais aussi à douter du bien-fondé de la logique d’un système, à la remettre en cause au nom d’une religion.

    Mais en réalité derrière cela il y a la question de la frontière qui est posée. C’est seulement à l’abri des frontières qu’une forme de communauté peut se développer. Les frontières nationales ne sont pas les seules, mais celles-ci justifient l’existence de l’Etat et le fondent dans sa légitimité. C’est bien pourquoi la crise des migrants risque de se transformer rapidement en requiem pour l’Union européenne, structure para-étatique, sans frontières  définies, sans langue et sans projet autre que de supprimer les frontières et les Etats. Mais évidemment le risque est grand que cela produise des mouvements vers des régimes autoritaires ou fascistes, étant donné que la gauche a démissionné en ne s’intéressant que peu ou pas du tout à ces questions.

     

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/01/05/forte-emotion-en-allemagne-apres-l-agression-d-au-moins-90-femmes-dans-la-nuit-du-1er-janvier_4842165_3214.html 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/01/07/la-police-de-cologne-reconnait-avoir-ete-depassee-lors-des-agressions-du-nouvel-an_4843553_3214.html

    http://www.liberation.fr/planete/2016/01/06/harcelement-du-nouvel-an-l-emoi-allemand_1424745

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/allemagne-le-debat-sur-les-migrants-relance-par-des-agressions-a-cologne-540599.html

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