• La chute d’Afrin et l’élection de Poutine en Russie

    La chute d’Afrin et l’élection de Poutine en Russie 

    Le monde journal officiel de Macron faisait lundi matin sa une sur l’élection de Poutine à la présidence de la Russie. Le titre était évocateur : Le nouveau sacre de Vladimir Poutine. Tous les articles de ce torchon tendaient à démontrer que Poutine n’était pas un démocrate, qu’il avait truqué les élections et qu’il avait empêché cette canaille de Navalny qui aurait pu peut-être contester le pouvoir de Poutine. Tout cela est évidemment faux. Les Russes pour des raisons diverses et variées sont très largement derrière Poutine, même s’ils contestent sa politique intérieure. Et du reste Isabelle Mandraud, soi-disant spécialiste de la Russie pour Le monde finit d’ailleurs par l’avouer[1]. Dès lors la simple idée que les élections aient été truquées ne tient pas debout. Certes on a vu des cas où il y a eu des tricheries. Mais celles-ci sont complètement marginales. Il est vrai que Poutine avait derrière lui l’appareil d’Etat et la presse. Mais c’était le cas aussi de Macron qui avait avec lui tous les médias et une partie de l’appareil d’Etat puisqu’il s’est servi des fonds de Bercy pour lancer sa campagne présidentielle du temps qu’il était encore ministre de l’économie[2].  

    La chute d’Afrin et l’élection de Poutine en Russie

    Navalny dont on discute ici ou là l’empêchement de se présenter contre Poutine n’avait aucune chance : il est vu en Russie comme l’homme des Américains, et un ami de l’Ukraine de Porochenko, ce qui est rédhibitoire en Russie. Il a en outre été condamné pour des détournements de fonds très importants. Le présenter comme un opposant sérieux n’a guère de sens, et s’il avait pu se présenter contre Poutine, il aurait fait sans doute un score aux alentours de 1 ou 2%. La seule opposition un peu sérieuse à Poutine est le Parti communiste de Pavel Groudinine qui plafonne à 12%. Mais les médias occidentaux ne veulent pas entendre parler des communistes : en effet ils font l’impasse sur le fait qu’entre Poutine et Groudinine il y a une opposition frontale sur presque tous les plans, et notamment sur les questions économiques. Nous sommes en effet revenus aux schémas mentaux de la Guerre froide. Donc Poutine et Groudinine c’est « communistes et compagnie », les deux faces d’une même pièce, qui menacent la paix du monde. En vérité, pour les Russes il n’y a pas de vraie opposition à Poutine, et même quand les Russes le critiquent, ils ne voient pas très bien l’alternative pour eux. 

    La chute d’Afrin et l’élection de Poutine en Russie

    Mais pendant qu’on disserte sur les élections en Russie et sur le « dictateur » Poutine, on en oublie le principal. Comme je l’ai dit en tête de ce billet, la chute d’Afrin est présentée par Le monde comme quelque chose d’anecdotique et de marginal. Or ce n’est pas le cas. L’Armée turque est entrée en Syrie et procède à un nettoyage ethnique dans l’enclave d’Afrin. Cela permet au dictateur Erdogan de renforcer son pouvoir. Pire encore c’est le panislamisme turc qui se trouve validé. Les rares supplétifs syriens qui ont aidé l’armée turque dans cette entreprise de mort sont des islamistes radicaux et à ce titre des ennemis furieux de Bachar El Assad[3]. Une de leur première action « culturelle » en entrant dans Afrin a été de de détruire une statue qui ne leur plaisait pas. C’est donc Erdogan, un vrai dictateur celui-là, que Macron a décidé de soutenir. En effet, tandis que l’armée Turque viole les frontières de la Syrie et se prépare au grand génocide, le président français a fait savoir … qu’il frapperait la Syrie ! Il a fait cette annonce par l’intermédiaire du général Lecointre[4]. C’est un alignement très clair sur les positions non pas des Etats-Unis qui ne savent pas trop en ce moment ce qu’il faut faire dans la région, mais plutôt sur la doctrine de l’OTAN : les Russes sont en Syrie, la Turquie nous protège des Russes, donc nous sommes aux côtés de la Turquie, même si ce pays ne rêve que de reconstruire l’Empire Ottoman et de laisser libre cours à son panislamisme en Europe. Il va de soi qu’en faisant de la Russie une obsession malheureuse, les Occidentaux ont renforcé les capacités de nuisances de l’Islam radical. C’est bien ce qu’on retient de tout ce qui s’est passé en Iran à la fin des années soixante-dix, en Afghanistan au début des années quatre-vingt-dix quand les Américains soutenaient Ben Laden et ses sbires dans ce pays, et puis ensuite en Irak et maintenant en Syrie.  

    La chute d’Afrin et l’élection de Poutine en Russie

    Pendant que Macron et les européens tergiversent, font semblant de ne pas voir ce qui se passe à Afrin, tout à leur obsession anti-russe, un ministre turc a été on ne peut plus clair : il menace l’Europe d’une guerre de religions[5]. Il est curieux que personne n’ait remarqué que la normalisation de la Turquie s’est réalisée en quelques années dans le sens d’une islamisation croissante de ce pays, au détriment des forces démocratiques turques. Mais les Européens ne sont pas prêts à mettre en demeure les exactions du dictature Erdogan qui, de coup d’Etat en répression des intellectuels turcs, fait exactement ce qu’il veut. Macron n’a guère eut de honte à serrer la main du Hitler du Moyen-Orient tout en s’en prenant aux Kurdes pour les qualifier de « potentiels terroristes »[6]. Il était évident que le dictateur Erdogan était venu chercher le 31 janvier 2018 à l’Elysée le feu vert de Macron pour massacrer les Kurdes. On ne sait d’ailleurs pas trop à quoi correspond cette attitude de fait pro-turque de Macron. On sait qu’il est assez peu instruit des considérations géostratégiques au Moyen-Orient. Il est probable qu’il soit influencé aussi bien par la doctrine de l’OTAN que par le tropisme islamiste du quai d’Orsay. Le fait qu’il fasse de la Russie son ennemi personnel et privilégié non seulement est une preuve d’imbécillité, mais également le résultat d’une méconnaissance de l’histoire. En 1774 il est probable que ce soit la défaite de la Turquie en Méditerranée face à la flotte russe de Catherine II qui ait évité à l’Europe un envahissement plus complet de l’Islam[7].

    La solution pour les Kurdes, tout le monde la connait : construire un Etat kurde, indépendant et sécurisé. Mais alors que les Occidentaux pensent à la création d'un Etat palestinien, ils sont encore un peu timides sur cette question.



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/03/19/dans-un-regime-autoritaire-comme-en-russie-chacun-redoute-un-changement-non-prepare_5273175_3214.html

    [2] https://www.20minutes.fr/politique/2001999-20170124-macron-utilise-fonds-bercy-lancer-campagne

    [3] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/19/en-syrie-la-ville-d-afrin-tombe-aux-mains-des-turcs_5272940_3218.html

    [4] https://fr.sputniknews.com/france/201803161035518649-france-syrie-usa-intervention/

    [5] http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/3106520/2017/03/16/Un-ministre-turc-Bientot-des-guerres-de-religion-vont-commencer-en-Europe.dhtml

    [6] http://www.rtl.fr/actu/politique/macron-qualifie-de-potentiels-terroristes-les-kurdes-vises-par-la-turquie-en-syrie-7792074967

    [7]  Ferenc Tóth, Mémoires du baron Tott sur les Turcs et les Tartares, Honoré Champion, 2004.

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