• La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

     C’est sur les questions internationales que Mélenchon, le Parti de Gauche et par suite la France Insoumise sont le moins crédibles. Mis en difficulté sur la question européenne, Mélenchon est également critiqué pour ses positions sur l’Alliance bolivarienne. Voici son parti de nouveau sur la selette avec la publication d’un communiqué insipide, pas du tout à la hauteur de la question.

    La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

    Il y a pourtant une position très simple à prendre sur cette question : celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit garanti par la Charte des Nations Unies, Charte à laquelle adhèrent l’Espagne, la France et tous les pays de l’Union européenne. La question n’est pas du tout de savoir si la Catalogne doit ou non sortir de l’Espagne et de dire ce que nous Français préférons. Mais seulement de réaffirmer ces principes. Or le communiqué du Parti de Gauche produit deux erreurs dans le même mouvement :

    - d’une part il renvoie dos à dos Madrid et Barcelone dans un mouvement que n’aurait pas renié Ponce Pilate. Il appelle bêtement au dialogue entre deux institutions qui n’ont pas du tout le même poids. On ne voit pas en effet comment le dialogue résoudrait cette équation entre le pouvoir central qui décide que le référendum est illégal et le pouvoir régional qui vient d’être dissout unilatéralement, Madrid s’asseyant sur le fait que ce parlement a été élu ;

    - d’autre part il s’aligne sur la position européenne sans le dire, comme si dans un mouvement d’indépendance l’autorité de tutelle pouvait être consentante à se laisser amputer d’une partie de son espace politique. Pour une fois Jean-Claude Juncker s’est montré plus circonspect, d’abord en annonçant qu’il reconnaîtrait le résultat du référendum[1], ensuite en rappelant que cette affaire était une affaire interne à l’Espagne. Et maintenant en se prononçant contre les séparatismes qui effectivement sont des entraves pour la création d’un grand marché mondial intégré[2]  

    La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

    Je ne vais pas rappeler ici la longue liste des demandes de dialogue qui a émaillé la longue histoire des indépendances nationales. C’est bien ce que la communauté internationale demandait à la France pendant la Guerre d’Algérie. C’était aussi la position stupide d’Hubert Védrine durant la longue guerre de Yougoslavie. Les mêmes qui aujourd’hui trainent les pieds pour reconnaitre la démarche du parlement de Catalogne comme valide, ne disent rien quand les Ecossais procèdent de même, ou encore quand les Britanniques votent pour le Brexit sans nous demander nitre avis[3]. Les mêmes ont trouvé cela très bien que les provinces de l’URSS se déterminent de manière autonome pour se séparer de la Russie au moment de la chute du régime dit « communiste ».  

    Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe sur lequel on ne peut pas transiger, on ne voit pas pourquoi les Catalans n’useraient pas de ce droit. Et si le référendum du 1er octobre ne s’est pas déroulé dans des conditions idéales, c’est bien parce que le gouvernement de Madrid a empêché que cela se passe bien tant il craignait les résultats.  

    La Catalogne et le flou artistique de la France Insoumise

    Aujourd’hui on est là : le parlement de Catalogne qui ne plait pas à Madrid a été dissous, et de nouvelles élections sous contrôle de Madrid ont été annoncées pour le mois de décembre. Mais de ce déni de démocratie, le Parti de Gauche ne dit rien du tout. Et pourtant, c’est la même démarche que celle qui a consisté à contourner les résultats du référendum de 2005 en demandant aux députés et aux sénateurs de voter au contraire de ce que le peuple avait décidé en un premier temps.

    L’avenir de la Catalogne est très incertain. La reprise en main du gouvernement de Catalogne par Madrid ne laisse rien augurer de bon. Il est absolument incompréhensible que le Parti de gauche qui voudrait incarner une autre manière de faire de la politique n’arrive pas à imaginer que la Catalogne puisse accéder au rang de nation. Comme si l’avenir était à la formation de grands ensembles mastodontes qu’on a vus pourtant faillir avec la fin de l’URSS, mais aussi avec la décomposition de l’Union européenne. Joseph Stiglitz a fait preuve de plus de bon sens[4], mais également le gouvernement belge qui a montré que la Catalogne indépendante ne serait pas forcément isolée bien longtemps sur la scène internationale[5] contrairement au souhait du journal Le monde[6].

    Le Parti de Gauche devrait sortir de sa paresse intellectuelle en analysant d'abord les mouvements séparatistes comme un autre échec de l'Union européenne.

     

     


    [1] https://www.euractiv.fr/section/politique/news/catalonian-independence-juncker-ventures-into-unchartered-waters/

    [2]

    [3] http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20171028.OBS6648/catalogne-paris-et-ses-voisins-europeens-font-fausse-route.html

    [4] https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/catalonia-a-viable-independent-state/

    [5] https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/only-belgium-breaks-ranks-in-eu-unity-with-madrid/

    [6] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/10/27/catalogne-la-declaration-d-independance-suscite-des-reactions-internationales_5207023_3214.html

    « De la misère du journalisme en 2017, aujourd’hui Éric BrunetEl Campesino, Jusqu’à la mort, Albin Michel, 1978 »
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