• La BCE peut-elle sauver l’Europe ?

     

    Depuis quelques jours ont fait des gorges chaudes sur l’évolution de la politique monétaire de la BCE. Le président Hollande a salué une évolution positive selon lui. De quoi s’agit-il ? Depuis quelques mois des chefs d’entreprise, des banquiers, des politiques se sont émus de la déflation. Selon eux cette déflation serait la conséquence d’une politique monétaire trop rigide qui viserait à protéger la valeur de l’euro. Nous sommes en effet dans un cercle vicieux où l’austérité alimente la baisse des prix, et la baisse des prix la récession et le chômage. Et bien sûr, même si de nombreux économistes ne savent pas très bien de quoi ils parlent, il revient un vague souvenir que la déflation a été un élément clé de la Grande dépression des années trente.

    Le 5 juin la BCE sous l’impulsion de Mario Draghi a modifié les conditions de l’offre de monnaie dans la zone euro. Essentiellement il s’agit de faire baisser les taux d’intérêt, et donc de faciliter le refinancement des banques de second rang. Le principal taux directeur va être de 0,15%, et les dépôts seront rémunérés négativement à hauteur de -0,10%.

    Quelles sont les conséquences qu’on peut attendre de ces mesures ? Sont-elles susceptibles de relancer la croissance et l’emploi ?

    La première réflexion qui vient à l’esprit est que la BCE cherche en premier lieu à compenser la politique de « quantitative easing » que les Etats-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne ont mis en place depuis plusieurs mois. Sans une telle démarche la valeur de l’euro aurait tendance à se raffermir et donc de brider un peu plus les exportations des pays européens sur le marché mondial.

      

    La seconde conséquence est évidemment que la zone euro va avoir à sa disposition une plus grande quantité de monnaie. Quel usage en sera-t-il fait ? Il est bien trop tôt pour le dire. Draghi défend sa politique d’expansion monétaire avec l’idée que cela permettra de relancer le crédit aux ménages et aux entreprises. Rien n’est moins sûr. Ces nouvelles liquidités en circulation pourront tout aussi bien revenir dans le circuit pour consolider le bilan des banques européennes qui est très dégradé. Mais plus encore, la relance de l’économie par la baisse des taux d’intérêt et par l’injection de nouvelles liquidités ne marche que si nous nous trouvons dans une crise de l’offre. Ce n’est pas le cas. C’est un peu la même erreur que les Etats-Unis avaient faite en 1930 quand pour relancer l’économie américaine, ils avaient fait baisser les taux d’intérêt. Mais les entreprises n’avaient aucune raison d’investir parce que la demande n’était pas là. elle n’est toujours pas là d’ailleurs. Les « socialistes », ces couillons de la deuxième gauche, vous diront que la demande est dynamique dans le reste du monde. Il faut le dire très vite, car si la demande est plus soutenue en dehors de la zone euro, les prévisions de croissance pour les mois à venir ne sont pas bonnes : il y a un ralentissement de la demande mondiale dans les pays émergents.

    On est surpris par la quantité de mauvais raisonnements qui se trouvent derrière tout ça. L’idée imbécile de la BCE est que l’inflation aide à faire repartir la croissance et la consommation. C’est évidemment la relation inverse qu’il faudrait considérer : il y a inflation quand la consommation et la croissance repartent.

    Ces excès de liquidité peuvent-ils engendrer de l’inflation ? La réponse semble négative car si cet excès de liquidité ne correspond pas à une hausse des salaires, il ne peut générer de l’inflation. Dans les phases d’expansion, la création de liquidité vient compenser les insuffisances des facteurs de production.

    La morale de cette histoire, est que la mondialisation, et plus encore l’organisation du marché européen, en faisant sauter les barrières aux échanges, engendre des excès d’offre de biens. Et donc, comme dans les années trente le salut passe nécessairement par une fermeture des économies les unes après les autres, disons pour être plus politiquement correct par un recentrage de la production sur les marchés nationaux ou locaux. On peut le dire encore autrement, l’excès d’offre de biens ne peut se résorber que si le partage de la valeur évolue en faveur des salariés et au détriment des détenteurs de capitaux.

     

    Pendant ce temps…

     Pendant ce temps la France subit. Dernièrement on a appris que la France devrait verser une amende comprise entre 500 millions et 1,5 milliards d’euros à Bruxelles. Il s’agirait de solder les comptes de la gabegie des années Sarkozy en matière de distribution de subventions à l’agriculture. En effet ces subventions n’auraient pas tenu compte de la taille des entreprises concernées. Cette amende alourdira un peu  plus le coût direct du maintien de la France dans la zone euro qui se chiffre déjà à peu près 5 milliards d’euros tous les ans, et le coût indirect en terme de croissance et d’emploi – le surplus de chômage pouvant être estimé à 1,5 millions au minimum. Quel que soit le regard qu’on porte sur la médiocrité de la gestion sarkozienne de la France, cette amende qui se profile est une nouvelle raison de vouloir sortir de ce système.

    Pendant ce temps, la BNP risque de se faire condamner à une dizaine de milliards de dollars d’amende. Et pourquoi ? Non pas parce que la BNP a triché, menti ou volé, mais parce qu’elle aurait violé l’embargo américain et effectué des transactions en dollars avec des sociétés iraniennes ou cubaines. Autrement dit si les Etats-Unis rentrent demain en conflit avec la Russie, ils pourront décréter un embargo et réclamer des amendes record aux banques qui ne respecteront pas cet embargo. Le pire est sans doute que les actions de la BNP ne se sont même pas effectuées sur le territoire américain. C’est seulement la compensation qui s’est réalisée dans ce pays. Ce qui est scandaleux est évidemment que ce racket vise à montrer qui est le patron et éventuellement à piller un peu plus le reste du monde. La menace est que si la BNP se soustrait à cette amende, il lui sera interdit de travailler sur le sol américain.

    La réponse de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, n’est pas à la hauteur. Parce qu’en fait il reconnait implicitement le droit aux Etats-Unis  de sanctionner et de rançonner une banque étrangère, et il ajoute simplement que cette amende si elle n’était pas révisée à la baisse serait lourde de conséquences en ce qui concerne la poursuite des négociations transatlantique. Autrement dit si on a une petite ristourne, on se couchera pour le reste. Il aurait mieux fait de dire qu’en représailles la France allait condamner Goldman et Sachs ou Monsanto à des amendes record pour avoir non seulement fabrique de la crise économique, mais en outre contribué à détruire notre environnement.

    Comme on le voit la coopération économique internationale apparaît de plus en plus comme un vaste champ de bataille. Et on se demande encore pourquoi certains rêvent d’un gouvernement mondial. Comment ne pas voir qu’il est urgent de retrouver notre indépendance politique et économique en boycottant ces « machins ».

     

    Enfin, la Lituanie va être la 19ème nation à utiliser l’euro. Ça ne changera pas grand-chose parce que ce pays ne compte qu’un peu plus de 2 millions d’habitants, mais ça permet aux eurocrates d’affirmer comme ça que l’euro « fait encore envie ». Cependant plusieurs commentateurs ont déjà prévenu : si la Lituanie remplit bien les critères pour adhérer à la monnaie unique, son adoption pourrait bien en faire diverger le taux d’inflation, et à terme amener ce pays dans le cercle infernal de la dette et de la déflation salariale.

     

    Le PS toujours plus à droite

     

    Chaque semaine qui passe, il y a un personnage plus ou moins important du PS qui y va de sa petite chansonnette néolibérale. Récemment c’était l’ancien Pascal Lamy qui la ramenait sur le SMIC, trouvant que décidemment c’était un peu honteux de payer les travailleurs si cher. Il proposait donc de le faire baisser, avec l’idée débile des gens de droite qu’il vaut mieux un emploi mal et peu payé que pas d’emploi du tout. Cette semaine c’est le sinistre imbécile Rebsamen, soi-disant socialiste, soi-disant de gauche qui se proposait de détruire un peu plus le droit du travail en abaissant les seuils sociaux. L’idiot proposait même d’expérimenter ce que Sarkozy n’avait pas osé faire. L’idée est de diminuer la représentation syndicale dans les petites et moyennes entreprises, sous-entendant par-là que cela empêcherait de créer des emplois. Toujours cette sacro-sainte théorie de l’offre : c’est toujours le coût exorbitant du travail qui empêche la croissance et l’emploi. Il semble que les caciques du PS soient abonnés à Valeurs actuelles ou au Figaro. Bien sûr le provocateur Rebsamen s’est fait recadré par Cambadélis le patron du PS, ajoutant la cacophonie à l’imbécilité.

    Cela prouve en tout cas que si la tactique du PS n’est pas très au point, en tous les cas sa stratégie est claire : doubler l’UMP sur sa droite, en espérant que Sarkozy ne pourra pas se présenter en 2017 pour cause de condamnation. Ensuite, ils songent à refaire le chantage : Valls ou Marine Le Pen et le retour de la bête. Enfermés dans leurs salons dorés, occupés à se faire cirer les godasses par quelque domestique, ils doivent croire que tout le monde pense comme eux et que finalement on se pliera tous à l’orthodoxie économique du XIXème siècle, entre Marx et Bastiat, le PS a choisi.

     

    Le Medef en première ligne

     

    Cette incontestable incurie semble aviver les appétits du MEDEF. C’est ainsi que le cupide Geoffroy Roux de Bézieux est sorti du bois pour gémir encore un peu plus sur le sort du patronat disant que les entreprises subissaient un tel matraquage fiscal que cela les dissuadaient de rester dans le pacte de responsabilité. Le caractère odieux de ce discours a même été relevé par la CFDT, c’est dire !

     

    Liens

     

    http://www.marianne.net/La-BCE-bricole-ce-sont-les-salaires-qu-il-faut-augmenter-_a239288.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/06/05/les-mesures-choc-de-la-bce-pour-redynamiser-l-economie_4433011_3234.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/social/20140606.OBS9700/seuils-dans-les-entreprises-rebsamen-seul-face-au-ps.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20140604.OBS9343/le-medef-menace-de-sortir-du-pacte-de-responsabilite.html

     

    Voir aussi Les échos du 5 juin 2014

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