• La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat

     La bataille du code du travail, le dernier tournant droitier du quinquennat

    Les « socialistes », façon Hollande, aiment bien se faire prendre en photo avec Pierre Gattaz l’héritier de son père, Yvon, qui fut aussi le patron de l’ancêtre du MEDEF, c’est-à-dire du CNPF. Ils sont bien moins à l’aise avec les ouvriers. Hollande qui n’a jamais rien compris à la politique et qui n’est arrivé là que par hasard, parce que massivement Sarkozy était rejeté pour son arrogance et son incompétence, n’a toujours pas compris le message de François Mitterrand qui assurait que si tu voulais gagner les élections, il fallait d’abord rassembler son propre camp.

    Je m’interroge sur le sens de cette réforme du droit du travail entamée comme la grande œuvre du misérable quinquennat hollandais qui reste pour l’instant le gouvernement le plus à droite depuis le maréchal Pétain. En effet, cette question va mettre un point final au débat pour savoir si la politique de Hollande-Valls-Macron est de gauche ou de droite. Hollande aura ainsi réussi à pulvériser son propre camp, et même son propre parti. D’ores et déjà la ministresse El Khomri a prévenu qu’elle passerait en force à l’assemblée au besoin en utilisant le 49-3.  Ce qui en la matière ne va guère renforcer l’unité du camp de la gauche. Je note également qu’El Khomri veut réformer un code du travail que par ailleurs elle ne connait pas du tout, le jugeant trop compliqué, mais avouant ne l’avoir jamais lu[1] ! Elle l’exemple même de la dégénérescence de la classe politique dans son ensemble, parlant volontiers et à tout propos de ce qu’elle ne connait pas. 

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    Que contient le projet El Khomri ? 

    Essentiellement une décentralisation des décisions en ce qui concerne la durée du travail, et une diminution radicale des travailleurs face au licenciement. Ce report de la définition de la durée du travail au niveau des entreprises met évidemment les salariés des petites entreprises ou les salariés mal représentés par des syndicats, dans une position de faiblesse. Le projet El Khomri prévoit que la semaine de travail pourra être adaptée aux besoins de l’entreprise et aller jusqu’à 60 heures par semaine ! Du jamais vu, alors que la gauche a toujours milité depuis 1848 au moins pour que le temps de travail hebdomadaire diminue, arguant que cette baisse était possible à cause des progrès continus de la productivité du travail, mais le second argument est qu’il n’y a pas de relation entre la durée du travail et le PIB, ni non plus entre la durée du travail et l’emploi. On voit qu’ici les pseudo-socialistes (les socialistes en peau de lapin comme disait Jacques Duclos) entrent dans la rhétorique sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus ». Jusqu’à Hollande la gauche considérait que la durée du travail devait être déterminée par la loi, offrant les mêmes conditions de travail à tous les salariés, à la fois parce que cela protégeait le salarié, mais aussi parce que cela était un facteur de progrès économique en forçant les entreprises à s’adapter à cette loi. C’est d’ailleurs toujours le point de vue du BIT.

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    Baisse de la durée du travail en longue période en France 

    Or avec la réforme proposée, non seulement les « socialistes » pulvérisent l’homogénéité des conditions d’emploi, mais en outre fragilisent les salariés face au patronat à une époque justement où ils se trouvent dans une position très défavorable à cause d’un chômage très élevé. On voit mal en effet les salariés des petites entreprises s’opposer aux décisions patronales en matière de durée travaillée. Si on se souvient de ce que le sinistre Macron a dit à Davos, il y a quelques semaines, on se rend compte que « les socialistes » qui gouvernent aujourd’hui sont bien plus à droite que Sarkozy. En effet ce dernier proposait de défiscaliser les heures supplémentaires, mais de les payer au tarif majoré. Or Macron propose de ne plus payer les heures supplémentaires à un tarif majoré, alors même que le gouvernement Hollande a fait sauter la défiscalisation des heures supplémentaires, alourdissant les impôts sur les plus pauvres. Dans le nouveau projet présenté par El Khomri, les heures supplémentaires peuvent être négociées à un tarif inférieur à l’augmentation traditionnelle de 25%, et descendre jusqu’à 10%. 

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    La rhétorique gouvernementale suppose que la durée du travail a un effet sur la croissance et donc sur l’emploi. Cette idée est issue de la théorie de l’offre, selon laquelle en produisant plus et en abaissant les coûts on crée une demande supplémentaire et donc que cela finit par rejaillir sur l’emploi. Or si on regarde le graphique ci-dessus se rapportant à la durée du travail, puis le graphique ci-dessous pointant les différences en matière de chômage, on voit tout de suite qu’il n’y a strictement aucun lien entre durée du travail et chômage, ou encore que ce lien serait plutôt positif : en Espagne ou en Grèce les taux de chômage sont très élevés alors que les durées travaillées sont très hautes également. Mais sans doute la très faible El Khomri n’a-t-elle pas pris le temps de se renseigner.  Peut-être ne sait-elle pas que de telles données existent ? C’est possible tant le niveau intellectuel des politiques de profession a baissé en une seule génération.

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    Le second aspect spectaculaire du projet droitier hollandais est de faciliter les licenciements, non seulement  les motifs de licenciement sont bien plus flous qu’auparavant, on invoque par exemple les licenciements pour des raisons de « mutation technologique », mais en outre les indemnités seront bien plus faibles qu’auparavant. Les indemnités seront plafonnées en fonction de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. 

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    Quel est le but ? 

    On se perd en conjectures sur le but d’une telle manœuvre ultra-droitière. A moins de considérer qu’Hollande-Macron-Valls cette triplette infernale est atteint de folie furieuse – ce qui n’est pas impossible après tout – il semble qu’il y ait au moins deux raisons à ces ajustements misérables. Le premier est que Hollande dans sa campagne pour sa réélection en 2017 veut couper l’herbe sous les pieds de la droite, en les privant d’un programme alternatif au sien. De ce côté-là c’est réussi puisque la droite n’avait jamais osé aller aussi loin dans la « réforme ». Ce faisant, les candidats de la droite officielle, Juppé et Sarkozy vont être obligés de faire de la surenchère. Déjà Sarkozy a annoncé un  choc fiscal de 100 milliards d’euros pour contrer sur la droite le CICE de Hollande et Valls qui ne fait que 40 milliards d’euros.

    La seconde raison est sans doute liée à la position de ces oligarques qui pensent que les pauvres travailleurs sont taillables et corvéables à merci et qu’ils s’adapteront toujours aux exigences du patronat. C’est dans la continuité de Hollande les désignant comme des « sans dents ». Et peut-être qu’il croit aussi au discours patronal de la théorie de l’offre, après tout, il a fait HEC, n’est-ce pas.

    Mais il y a probablement une autre raison : rendre la France compatible avec le fameux TAFTA ou TTIP, et donc compatible avec les orientations politiques de l’Union européenne. La prochaine étape sera franchie sans doute par le futur gouvernement en 2017 avec certainement la disparition du CDI.

    Comme pour le CICE, il est assez évident que cela ne créera pas d’emplois, et que cela comme seul effet d’améliorer les profits des entreprises. Est-ce un but politique pour un gouvernement de gauche ? On ne répétera jamais assez que le théorème de Schmidt est faux : « les profits d’aujourd’hui ne font pas les investissements de demain, et encore moins les emplois d’après-demain ». Cette politique a fait les preuves de son inefficacité depuis au moins quarante années. 

    Réactions 

    Ce nouveau projet de loi qui est promis au 49-3, a fait réagir déjà le P « S » pourtant jusqu’ici vraiment complaisant. En effet dans un tel projet il n’y a aucun aspect qui peut de près ou de loin ressembler à ce que la gauche même affadie a coutume de développer. Sans doute les députés se font maintenant du souci pour leur réélection en 2017. Si la réaction des gens comme Gérard Filoche était attendue, d’autres sont plus marquantes de la décomposition des soutiens des élus aux turpitudes hollandaises. On a même vu l’apparatchik Cambadélis critiquer ouvertement ce projet.

    Les Français, même s’ils sont sensibles à l’idée patronale de réformer le code du travail, jugent massivement que ce projet non seulement ne contiendra aucune avancée pour lutter contre le chômage – mais c’est déjà ce qu’ils pensaient du CICE quand Hollande et Macron nous promettaient une création d’un million d’emplois comme contre-partie de  la manne versée aux entreprises – mais qu’en outre il diminue considérablement les droits des travailleurs.

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    Le second aspect est que le P « S » va avoir du mal à défendre l’idée d’une primaire à gauche, s’étant ouvertement rangé maintenant dans le camp de la droite la plus réactionnaire. La conséquence pourrait être qu’en 2017 le candidat du parti socialiste soit complètement laminé au premier tour des présidentielle et que finalement Mélenchon arrive devant lui. Il est très probable que des gens comme Marie-Noëlle Lienemann ou Benoît Hamon, se range rapidement du côté de Mélenchon. La pasokisation du PS sera alors complète et ce parti se retrouverait par la grâce d’Hollande complètement réduit à la portion congrue. Tout le travail de Mitterrand aurait alors été enterré définitivement.

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    Il est en outre probable que les syndicats vont devoir se réveiller un peu, et suivre leurs troupes. Mis à part le syndicat patronal – la CFDT – les syndicats des travailleurs ont tous commencé par dire qu’ils refusaient que les accords d’entreprise se substituent à la loi générale, ou du moins soient en deçà. C’est en effet la question centrale. Si pendant des décennies la gauche a mis en avant la primauté de la loi par rapport aux accords d’entreprises, c’est non seulement pour unifier les statuts dans un souci d’égalité des droits, mais aussi pour éviter les abus des patrons dans les entreprises où la main d’œuvre est mal défendue par les syndicats. Il se pourrait alors que cette ignominie présentée par El Khomri ramène un regain de syndicalisme, et que des grèves importantes viennent accompagner ce sinistre projet. C’est ce que je souhaite, mais c’est ce qui risque d’arriver d’autant plus sûrement que la situation économique devrait se dégrader rapidement cette année et en 2017 dans toute l’Europe.

    On voit que toutes les conditions sont réunies pour que la vie politique se renouvelle en profondeur en France dans un laps de temps finalement assez bref. 

     

    Liens 

    http://www.fondation-itg.org/2015/11/19/code-du-travail-les-francais-sceptiques-a-la-reforme/

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/02/18/droit-du-travail-ce-que-contient-l-avant-projet-de-loi-de-myriam-el-khomri_4867746_4355770.html

    http://www.franceinter.fr/depeche-macron-travailler-plus-pour-gagner-autant

     

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