• L’opposition à Monsieur Macron

     L’opposition à Monsieur Macron

    Le programme de la Commission européenne 

    Macron est déjà le président le plus impopulaire de la Vème République, et l’antipathie qu’il engendre atteint aussi son premier ministre qui est en même temps le lobbyiste du nucléaire. Sa récente chute dans les sondages le confirme, Macron ne remontera plus[1]. Les Français qu’il méprise ardemment et qui le lui rendent bien, sont clairement opposés à ses réformes qui sont essentiellement une application des GOPE 2017. Les GOPE sont les Grandes Orientations des Politiques Economiques définies par la Commission européenne. Si on applique par pudeur le mot de recommandations, ces GOPE sont extrêmement directives puisqu’elles sont fortement encadrées par les procédures qui peuvent être déclenchées contre la France si celle-ci ne se conforme pas à ces « recommandations ». Mais avec Macron, plus Européen que Français, cela n’arrivera pas. Il n’a pas suffisamment d’imagination pour creuser un autre sillon. Voici ci-dessous le résumé de ces fameuses GOPE.  

    L’opposition à Monsieur Macron

    L’analyse de ces recommandations montre que nous sommes toujours dans la théorie de l’offre, avec en arrière-plan l’idée de compétitivité internationale. Ce positionnement est faux car il est impossible de sortir de l’ornière en relançant l’offre si nous ne partons pas du fait que c’est la demande qui, à l’échelle mondiale est insuffisante.

    On voit que ces 4 points renvoient exactement à la feuille de route du gouvernement Philippe[2]. Le premier point signale que l’austérité doit être renforcée et donc que les dépenses publiques doivent être abaissées. Le deuxième point indique que nous devons abaisser « le coût du travail », car pour ces gens le travail est juste un coût, notamment en abaissant ce qu’ils appellent les charges réglementaires et que nous appelons « les cotisations sociales » ou « le salaire indirect ». Le point 3 souligne que le salaire minimum doit être compatible avec la création d’emplois, et donc, soit-on ne le fait pas évoluer à la hausse, soit on le supprime. Le point 4 signale qu’on doit abaisser les charges sociales et accélérer les transferts vers les entreprises pour financer l’innovation. 

    L’état de l’opposition 

    Il est facile de critique le président de la République pour tout ce qu’il fait et pour tout ce qu’il est. C’est un banquier assez peu intelligent qui n’est là que pour appliquer le programme de l’Union européenne, c’est-à-dire le programme des multinationales et des grandes banques d’affaires. Il est par contre plus compliqué de comprendre pourquoi il est là et pourquoi il sera difficile de le remplacer et de le déboulonner. Il a beau être impopulaire et minoritaire, il l’est moins que ses adversaires, du moins l’était-il moins quand il a été élu. C’est un truisme. Ce qui sauve Macron d’un départ imminent, c’est non seulement le poids des institutions, mais aussi la balkanisation de l’opposition.

    Il existe une opposition officielle si on peut dire, celle qui se représente au parlement à travers les groupes parlementaires, comme une extension des partis politiques. Il y a Les républicains. Ceux-ci sont maintenant le cul entre deux chaises, parce que d’un côté le programme économique de Macron est très semblable au leur, et de l’autre, le combat sur « les valeurs » leur est disputé par le Front National. Le malaise est perceptible puisque d’un côté Laurent Wauquiez s’apprête à prendre la tête de ce parti[3], mais que de l’autre Juppé[4] et Pécresse[5] ont annoncé que pour eux une droitisation de LR était inacceptable. On voit donc que LR qui fut naguère un parti puissant est voué à l’effondrement, d’ailleurs une partie de ses cadres ont déjà rejoint « naturellement » Macron, Philippe et Darmanin par exemple. Les Républicains apparait comme un parti marginal qui servira d’appoint dans un proche avenir à LRM, comme jadis les Radicaux de gauche servaient d’appoint au P « S ».

    Mais le Front national n’est pas non plus tiré d’affaire. Contrairement à ce qu’on dit, Marine Le Pen n’a pas fait un si mauvais score que cela, après tout elle a été qualifiée pour le second tour. Certes elle a fait un débat catastrophique entre les deux tours, mais elle avait contre elle l’ensemble de la presse et des médias. 

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    En gros le FN se trouve embringué dans une lutte entre deux lignes, bien entendu, ces deux lignes sont aussi le reflet d’une lutte féroce pour le contrôle du parti, mais elles débouchent sur deux stratégies différentes. L’une, disons la tendance Philippot est plus sociale et plus hostile à l’Union européenne et à l’euro, cette ligne passe au-dessus de la question des alliances pour gouverner. L’autre est incarnée est incarnée par Nicolas Bay, et, dans la lignée de Bruno Mégret, milite pour être compatible avec la droite de Les Républicains. C’est aussi la position de Robert Ménard. C’est celle qui suppose que la sortie de l’euro n’est pas l’ordre du jour, et que le libéralisme économique doit-être sa doctrine. Il semble bien que la ligne de Bay soit une impasse politique, et en effet c’est bien l’apport de Philippot qui a permis au FN d’engranger les bons résultats que l’on sait et de devenir un parti populaire auprès des ouvriers. L’abandon de cette ligne risque de faire éclater le parti. Le néo-pétainisme n’est pas une valeur d’avenir. Ceci dit n’enterrons pas le FN, il possède deux atouts maîtres : d’abord il est ouvertement anti-migration. C’est une valeur qui est partagée par les deux tiers des Français. Et les jours qui passent ne peuvent lui apporter que de l’eau à son moulin. 

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    Source, LE MONDE | 03.07.2017 Cette réalité d’un rejet des migrations, qu’on retrouve d’ailleurs dans presque tous les pays d’Europe indique que la gauche ne pourra pas retrouver les chemins du pouvoir si elle ne tient pas compte de ce phénomène. Soyons encore plus clair, l’ambiguïté de la position des représentants de la gauche face à la question de la nation et de l’immigration l’empêche d’être populaire. L’immigration représente deux dangers pour les Français, d’une part dans un pays où le chômage est très élevé, il est facile de comprendre que cela pèse ou pèsera sur les salaires et l’emploi, et d’autre part l’immigration renforce manifestement l’Islam. Or cette religion est considérée par les Français comme rétrograde et dangereuse. 

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     Sondage Ipsos, janvier 2013 

    L’avenir de la gauche 

    La gauche est en miettes, et c’est d’ailleurs cela qui est une chance pour la droite affairiste et cosmopolite représentée par Macron et son parti croupion. Ne parlons même plus des « socialistes » qui tirent seulement maintenant les leçons de l’œuvre destructrice de François Hollande, quand l’âne est sorti on ferme la porte. Ils se voudraient aujourd’hui de gauche et apparaître comme une opposition crédible à Macron. C’est peine perdue car les Français se souviennent bien qu’ils ont massivement soutenu la loi El Khomri dont les ordonnances sont maintenant un simple prolongement[6]. Ils semblent même à avoir du mal à trouver un nouveau nom pour regrouper les débris de leur parti.

    Le PCF qui tenait une sorte d’Université d’été à Angers passe plus de temps à critiquer la France Insoumise de Mélenchon qu’à élaborer un programme clair et pertinent. Il n’y aurait aujourd’hui que moins de 60 000 adhérents contre environ 700 000 en 1978 ! Il semble que la chute de ce parti ce soit accentuée aussi bien à cause de son revirement sur l’Europe qu’à cause de la sclérose de ses dirigeants qui ne sont plus généralement issus de la classe ouvrière. Laissons de côté les partis trotskistes qui depuis au moins cinquante ans ne se renouvellent pas sur le plan de la doctrine, et le NPA qui est devenu le relais de l’islamo-gauchiste. 

    L’opposition à Monsieur Macron 

    Il reste donc Mélenchon et la France Insoumise. Les Français les perçoivent comme la seule opposition véritable à Macron[7]. Il occupe donc l’espace délaissé par le PCF et le P « S » qu’Hollande a suicidé. Il parle bien et beaucoup, et avec des députés comme Ruffin et Quatennens il intervient à l’Assemblée nationale d’une manière pertinente. Il a pris également l’initiative de lancer une manifestation le 23 septembre prochain. 

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    Cette manifestation est sensée prolonger la grève nationale du 12 septembre 2017 lancée à l’initiative de la CGT et qui sera sans doute suivie de manifestations dans toutes les grandes villes de France. On voit qu’alors que Macron est clairement affaibli par les sondages qui sanctionnent l’incohérence de ses prises de positions désinvoltes dans tous les domaines, il va y avoir au mois de septembre une sorte de course à l’échalotte pour le leadership de la contestation de gauche. Incontestablement, la CGT et la France Insoumise ont intérêt à s’appuyer l’un sur l’autre pour que la mobilisation soit réussie. Le contexte est très favorable pour qu’une gauche digne de ce nom renaisse de ses cendres. 

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    Néanmoins la France Insoumise possède de très graves lacunes et ses représentants peuvent avoir des difficultés dans les mois qui viennent à acquérir de la crédibilité. Il y a d’abord la position de ce parti sur la politique étrangère. A l’heure actuelle la France Insoumise est quotidiennement agressée par les médias comme Le monde ou Libération qui considèrent que Mélenchon devrait être un peu plus critique envers Maduro et le régime du Venezuela. Il est assez comique de voir Libération journal qui a soutenu le sanglant régime de Pékin à la période maoïste faire semblant de se soucier des libertés individuelles. Ou encore Le monde qui fait semblant de ne pas percevoir le parallèle entre la situation du Venezuela aujourd’hui et celle du Chili lorsque Pinochet a produit son coup d’Etat aidé par les Américains. Egalement le pro-palestinisme de certains, les discours pro-migrants de Clémentine Autain[8] qui par ailleurs est dénoncée très souvent comme proche des courants islamistes et de Tariq Ramadan. Les sorties de Danièle Obono sur la France ont été très remarquées[9].

    C’est de ce côté-là que Mélenchon a du souci à se faire. En effet durant la campagne présidentielle, il était arrivé à contourner un peu cette difficulté et à faire chanter La Marseillaise à ses partisans, se définissant comme un candidat patriote. Ce qui évidemment allait bien avec la critique de la mondialisation et de l’Union européenne. C’est d’ailleurs pour cela qu’une partie de l’électorat populaire était revenu du Front National vers sa candidature. Mais Mélenchon n’a pas franchi le premier tour de la présidentielle. Certes les médias lui étaient très défavorables notamment parce qu’ils savaient que Macron battrait plus facilement Marine Le Pen que Mélenchon et donc ils s’appliquaient à le dépeindre comme un furieux bolchevique. Selon moi ce n’est pas ce qui a empêché le candidat de la France Insoumise à atteindre le second tour. Comme Marine Le Pen, il a payé son manque de précision par rapport à ce qu’il voulait faire de l’Union européenne.

    Comme je l’ai dit au début de cet article, les GOPE interdisent pratiquement une politique de gauche. La gauche ne peut être crédible qu’en proposant une sortie directe de l’Union européenne et de l’euro. Non seulement c’est ce qui permettra à la France de retrouver une politique économique cohérente et tournée vers l’intérêt général, mais en outre c’est ce qui lui permettra d’avoir la main sur sa politique migratoire.

    L’idée de certains à la France Insoumise de se tourner vers les quartiers populaires se révèle ambiguë[10]. En effet, si c’est pour aller vers le peuple, c’est très bien, si c’est pour compter sur les votes issus de l’immigration comme force d’appoint, c’est non seulement une erreur, mais c’est aussi une impasse. D’abord parce que cela encouragera le communautarisme qui est tout de même l’inverse de la République. Mais en outre cela ne permettra pas de gagner quoi que ce soit parce que les musulmans sont en train de créer leur propre représentations politiques. Une telle stratégie ce sera la défaite assurée. 

    Conclusion 

    Comme on le voit, la voie est étroite pour une stratégie politique de changement dans l’optique parlementaire. Mais évidemment il reste deux possibilités majeures :

    - la première est que la mobilisation des 12 et 23 septembre soit massive et débouche sur une instabilité sociale qui fasse reculer le gouvernement. En effet non seulement les salariés vont descendre dans la rue pour défendre le droit du travail, mais il est a parié que les retraités qui vont être taxés pour compenser les cadeaux faits aux entreprises risquent aussi d’en être.

    - la deuxième est que l’instabilité de l’Union européenne risque de s’aggraver.  Il se prépare en effet non seulement une crise bancaire majeure dans les mois à venir, mais l’Italie, après le Royaume Uni, pourrait être le pays suivant à sortir des institutions européennes et a abandonné l’euro[11].

    Ces deux possibilités ouvrent largement des portes pour une réforme de la politique en France et dans le monde. Mais il y en a d’autres, nul ne sait ce qui va advenir de la présidence de Trump, menacé de destitution[12]. En tous les cas aux Etats-Unis aussi le système politique traditionnel est complètement discrédité. La folie de Trump ajoutée à son entourage politique qui est puisé directement chez Goldmann et Sachs, ont fait émerger un courant très à gauche incarné par Bernie Sanders et qui pourrait sonner le glas de la mondialisation.


    [1] http://www.rtl.fr/actu/politique/emmanuel-macron-pourquoi-chute-t-il-dans-les-sondages-7789859991

    [2] L’UPR en avait fait une analyse juste sur son site. Je ne fais pas partie de l’UPR, mais il faut reconnaître que c’est ce parti qui a le mieux analysé et depuis longtemps les dégâts engendrés par l’intégration européenne. https://www.upr.fr/actualite/gope/programme-demmanuel-macron-mis-a-jour-commission-europeenne-vient-de-publier-gope-2017-2018

    [3] http://www.huffingtonpost.fr/2017/08/26/laurent-wauquiez-a-t-il-deja-remporte-la-presidence-des-republicains_a_23186302/

    [4] https://www.valeursactuelles.com/politique/juppe-menace-de-quitter-lr-si-wauquiez-droitise-trop-le-parti-87962

    [5] https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-valerie-pecresse-wauquiez-incarne-la-france-dhier-87952

    [6] https://www.marianne.net/politique/opposition-la-reforme-du-code-du-travail-le-ps-aimerait-faire-oublier-son-soutien-la-loi

    [7] https://francais.rt.com/france/42513-melenchon-appelle-peuple-combat-macron-23-septembre-paris

    [8] http://www.ladepeche.fr/article/2017/07/07/2608552-clementine-autain-etat-doit-anticiper-venue-migrants-trouver-solutions.html

    [9] http://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/07/01/le-debut-de-mandat-complique-de-daniele-obono_5154148_5126047.html

    [10] http://www.leparisien.fr/politique/methode-alinsky-comment-les-insoumis-veulent-reconquerir-les-quartiers-26-08-2017-7214763.php

    [11] http://russeurope.hypotheses.org/6232

    [12] http://www.telegraph.co.uk/news/0/donald-trump-latest-approval-rating-impeachment-odds/

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