• L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français en général

     L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    La logique des réformes 

    Macron n’est pas le premier président à vouloir forcer le peuple français à disparaître dans le moule indistinct du mondialisme. La France ne lui plaît pas, il ne l’aime pas, et on s’en souvient, il avait eu ce cri du cœur durant la campagne des présidentielles : « il n'y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse »[1]. L’idée que des cultures diverses, comme une mosaïque, construise la France, est non seulement une contre-vérité, mais un aveu. En effet même si la culture française est évidemment diverse, elle possède un socle et des racines communs, ne serait que parce que la langue a construit ce ciment-là. Mais cette imbécilité cachait en réalité un programme que méthodiquement il met en place pour le plus grand profit de ses amis affairistes : détruire la spécificité de la France, que ce soit en s’attaquant aux conquêtes sociales qui avaient après la Seconde guerre mondiale donné un peu de décence à la vie des salariés, ou à la population elle-même en en accélérant le « grand remplacement ».

    Sur ce dernier point il faut lui reconnaitre la constance : par exemple, en septembre 2015, il affirme avec l’arrogance des semi-instruits qui ne savent rien sur rien et encore moins sur le reste, que « l’arrivée des réfugiés est une opportunité pour la France »[2]. C’est une vision commune aux européistes qui ont d’abord une mentalité étriquée de comptable : il ne dit pas il faut aider les réfugiés parce qu’ils sont dans le malheur, non il dit c’est bon pour l’économie, ce qui veut dire, si je traduis en langage un peu plus direct : « c’est bon pour les entreprises car cela fera baisser les salaires ». Une variante de cette imbécilité, sanctionné dimanche dernier par le vote des Italiens, est de dire qu’en faisant travailler les réfugiés pour pas très cher, on pourra continuer à financer les retraites.

    En mars 2017, il ajoutera : « l’immigration n’est pas quelque chose dont nous pourrions nous départir. De surcroît, l’immigration se révèle une chance d’un point économique, culturel, social (...) Les démocraties qui réussissent l’intégration bénéficient d’une croissance supérieure à la nôtre. »[3]. Cette assertion n’est jamais démontrée sur la durée, à supposer encore que la croissance soit un horizon indépassable dans notre monde fini. En effet, il y a un lien inverse entre croissance de la population et amélioration du bien-être, même si on mesure celui-ci grâce au PIB. Autrement dit, plus la croissance de la population est forte, et plus la croissance économique est faible, les inégalités augmentent.

    C’est ce que nous voyons dans les graphiques suivants : la corrélation entre PIB par tête et croissance démographique est clairement négative sur la longue durée. Il est facile de vérifier que les pays où la démographie est très forte ce sont les pays les plus pauvres aussi. La théorie économique orthodoxe explique très bien cela par l’arbitrage qu’on peut faire entre « quantité » et « qualité » des enfants[4]. Malthus avait déjà compris que la croissance de la population était directement une entrave pour le développement économique[5].

    L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général  

    En vérité si Macron avance que l’immigration et les réfugiés sont une chance, c’est essentiellement parce qu’il est obnubilé par la théorie de l’offre qui pourtant – depuis au moins le milieu des années 70 – a fait la preuve de son caractère erroné. En effet il suppose toujours que la croissance économique résulte de trois facteurs :

    - la baisse du salaire réel (direct et indirect) ;

    - la baisse des dépenses de l’Etat ;

    - les privatisations.

    Les faits démontrent pourtant depuis au moins deux siècles et demi que la croissance économique est d’autant plus soutenue que les salaires augmentent, que les dépenses de l’Etat augmentent et que les monopoles passent sous le contrôle de l’Etat. Il faut le répéter encore ici, si les dépenses publiques augmentent de partout sur le long terme, c’est parce que l’économie en a besoin, c’est ce qu’on appelle la loi de Wagner selon laquelle les investissements publics ont des rendements rapidement décroissants, et donc cela oblige à une croissance dépenses publiques plus rapide que la croissance du PIB[6]. Quant aux privatisations elles n’ont guère d’utilité que d’employer un capital surabondant qui trouve de moins en moins de raison de s’investir dans des secteurs productifs de valeur. Parmi les secteurs qui vont être privatisés dans les années qui viennent, il y aura sans doute la SNCF et la Sécurité sociale – du moins en partie.  

    L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    En vérité on ne sait pas trop à quoi il croit véritablement, on sait seulement qu’il dirige un gouvernement de lobbyistes (Philippe, Buzyn, Hulot, Pénicaud) qui en même temps qu’ils portent la parole patronale, font aussi plus ou moins discrètement des affaires. Pénicaud a ainsi gagné grâce aux modifications de la fiscalité 62 000 € par an[7]. Et il est probablement que les privatisations à venir vont rapporter beaucoup d’argent à Macron et sa clique.

    Les privatisations annoncées – la Française des Jeux, les Aéroports de Paris – et celles qui sont sous-entendues – la SNCF et la Sécurité sociale, poursuive l’idée d’une vente de la France à la découpe. Les affaires seront juteuses, sinon elles ne trouveraient pas preneur. Mais quand un gouvernement privatise, cela veut dire qu’il vend ce qui n’est pas à lui, il vend notre bien commun sans nous demander notre avis. Et pire encore, il prive l’Etat de futures recettes publiques : le bénéfice opérationnel de Aéroports de Paris est au-dessus du milliard d’euros[8], celui de la SNCF à 1,3 milliards en 2017[9], malgré le statu des cheminots ! L’autre argument contre les privatisations est bien entendu que l’argent qui va servir à racheter à bas prix les biens publics manquera pour investir dans le secteur concurrentiel et donc améliorer la productivité globale de l’économie française. On fait remarquer par parenthèse que si ADP et la SNCF font des bénéfices importants, cela veut dire que ces entreprises publiques sont très rentables et donc que leur privatisation ne serait pas un gage de meilleur fonctionnement de l’ensemble. Mais dans la logique des privatisations, il y a aussi que celles-ci aboutissent à une privatisation continue de l’Etat lui-même. Macron est ouvertement un ennemi de l’Etat, comme il est un ennemi de la nation. L’idée de nation ne lui plait pas, il lui préfère celle de marché, et comme tous les représentants de commerce qui confondent gestion privée et gestion publique, il ne comprend pas la différence entre micro-économie et macro-économie, et donc par suite la notion de service public qui fait qu’une entreprise publique même si elle n’est pas rentable – comme l’éducation par exemple – est non seulement utile, mais elle est nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble.

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    La doxa libérale et macronienne suppose que le travail n’est pas une nécessité, mais seulement un coût qui plombe la compétitivité mesurée par les profits. L’idée stupide autant que criminelle de faire débarquer en masse des immigrés en Europe où le chômage est très élevé, vise d’abord et avant tout à empêcher la formation d’une classe homogène et solidaire : on sait d’une manière précise que plus le degré d’hétérogénéité ethnique est élevé, et plus cela favorise le communautarisme et donc l’idée que les inégalités sont naturelles et dépendent plus des mauvaises dispositions de telle ou telle ethnie que d’un système économique particulièrement inique[10]. Et si Macron pense que l’immigration est une chance pour l’Europe, en bon petit soldat de la pensée économique orthodoxe, c’est parce qu’il suppose que cela fera baisser le prix du travail et donc permettra aux entreprises de relancer leurs offres pour conquérir de nouveaux marchés. Evidemment si tout le monde met en œuvre cette politique, l’objectif à atteindre devient impossible. Et c’est bien ce qui entretient la crise économique depuis 10 ans. 

    Des réformes tout azimut, l’assaut du « bloc bourgeois »[11] 

    D’un point de vue tactique, Macron qui n’a que peu de goût pour la démocratie et qui sait qu’il est très impopulaire[12] a choisi comme tactique de passer en force, sans dialogue avec ce qu’on appelle les corps intermédiaires. On l’a vu avec la réforme pourrie du droit du travail, on le voit encore avec le statut des cheminots qui est un leurre qui prépare la privatisation de ce qui est rentable dans la SNCF[13].

    Mais il y a autre chose. En s’inspirant de l’agitation sarkozienne, Macron propose des réformes tout azimut. Il ne se passe pas un jour sans qu’il ne veuille réformer quelque chose : un jour c’est l’éducation, un autre jour ce sont les prisons et les tribunaux, comme si la France ne fonctionnait pas du tout avant son élection. Il y a tellement de sujets auxquels il s’attaque que le peuple français n’a plus le temps de réfléchir au contenu véritable de ces réformes, ni à leur hiérarchie. Et encore, je ne parle pas ici des réformes institutionnelles à venir qui visent à entraver le travail d’amendement des parlementaires. C’est Serge Halimi qui faisait dans le dernier numéro du Monde diplomatique le rapprochement de cette tactique avec la stratégie du chaos[14].

    Mais si on regarde l’ensemble des réformes Macron avec un peu de recul, on se rend compte qu’elles sont tout à fait logiques et vont toutes dans le même sens : le but est de détruire la nation française, donc se débarrasser de sa souveraineté en matière de lois, de création monétaire (c’est fait) et d’autonomie budgétaire. Le profit ne connait pas de patrie.

    Cela m’amène à deux réflexions sur les limites de cet assaut du bloc bourgeois :

    1. la première est qu’il n’y a aucune chance pour que ces réformes amènent le plein emploi et la prospérité. Au contraire, on peut prévoir une récession dès le second trimestre de 2018. De nombreux plans de licenciements massifs sont annoncés, comme chez Carrefour où ce sont 10 000 emplois qui sont concernés[15]. On verra évidemment comment le petit peuple réagira à la dégradation continue de ses conditions de vie. Quand je parle de dégradation, je pense à l’aspect économique, mais aussi à l’aspect civilisationnel. L’exemple de l’Italie a montré à quel point le fait d’imposer des migrants en masse qui modifient le caractère profond de ce pays est rejeté[16].

    2. la seconde est que le monde bouge en même temps que Macron avance dans ses réformes pourries. Or, les pays européens ont tellement de problèmes divers et variés que les incantations macroniennes pour faire de l’Europe un Etat fédéraliste qui s’assiérait sur les identités des Etats n’a aucune chance d’aboutir. On l’a vu déjà avec la révolte des Etats de Višegrad, on le perçoit encore avec l’Italie qui récuse aussi bien les migrations massives que l’euro, et bien sûr avec le Brexit, sans parler de la Grèce qui se trouve mise sous tutelle. Déjà sur la question migratoire Macron a reculé sous la pression de l’opinion publique. Malgré l’aspect clownesque de la présidence de Trump, celle-ci pose directement la question du protectionnisme, et donc indirectement de la fin de la mondialisation[17]. Or c’est seulement en poursuivant la mondialisation à outrance, et l’objectif d’une « gouvernance » mondiale par les marchés plutôt que par des hommes, que les réformes de Macron ont un sens.

    Si l’échec de Macron et du bloc bourgeois est quasi certain à terme, en attendant les classes les plus pauvres vont payer un prix exorbitant à ces fantaisies. Ils le payent déjà avec une baisse du pouvoir d’achat radicale, mais aussi avec un nouveau partage de la valeur encore plus favorable aux très riches, même Le monde s’en est aperçu[18]. C’est même cette orientation ultra-droitière qui va amener presque certainement une récession économique rapide en France. Mais inverser le mouvement n’est pas facile. Macron profite en effet d’une situation assez inédite : il n’a pas d’opposition, ni politique, ni syndicale. Et cela malgré la grande colère qui secoue la population. Nous sommes encore en train de le voir avec son attaque perfide contre le statut des cheminots. Les syndicats ont commencé par dénoncer unanimement les attaques de Macron-Philippe. On a même vu la CFDT annoncé une grève reconductible à partir du 14 mars. Et puis rapidement tout s’est délité : FO a fait savoir par la voix du corrompu Jean-Claude Mailly qu’elle ne ferait pas un pas dans ce sens[19]. Et puis la CFDT de Laurent Berger a décidé de ne pas participer à la manifestation du 22 mars, il a été immédiatement contredit par la fédération CFDT des cheminots qui a appelé à la manifestation[20]. Les syndicats vont décider de la grève le 15 mars. Mais ils ont peur : FO et la CFDT ont peur d’être désavoués par leur base, la CGT que le mouvement ne soit pas un succès.

      L’offensive Macron contre la France, ses pauvres et les Français  en général

    On verra bien ce qui se passera et le mois de mars va se révéler décisif. Macron, comme jadis Sarkozy[21], parie sur le fait que le mouvement se délitera de lui-même et que les cheminots, ravalant leur rancœur, rentreront dans le rang, la division syndicale sera suffisamment démobilisatrice. Macron est sans doute le président le plus détesté de la Vème République, non seulement à cause de son arrogance gesticulatoire, mais aussi parce qu’il s’est attaqué à toutes les catégories sociales en même temps : les retraités, les cheminots, les étudiants, et les travailleurs dans leur ensemble. Mais notre problème est de coaguler ces populations dans un même mouvement. Seule une grève prolongée et massive pourra le réaliser. Exiger l’unité syndicale est un impératif, mais il faut également coordonner les manifestations de façon qu’elles soient massives. C’est le seul moyen de contrecarrer les plans douteux de ce gouvernement borné et sans âme.

    PS : C'est assez rare pour être signalé, un député - François Ruffin - a pris la défense des petites mains qui travaillent à l'Assemblée nationale pour le bien être des députés qui, dans leur ensemble sont des petits bourgeois arrogants.



    [1] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    [2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/09/07/25002-20150907ARTFIG00063-macron-l-arrivee-de-refugies-est-une-opportunite-economique.php

    [3] http://www.valeursactuelles.com/politique/pour-macron-limmigration-se-revele-une-chance-pour-la-france-70488

    [4] Becker G.S. [1991], A treatise on the family, éd. augmentée, Cambridge, Harvard University Press.

    [5] An Essay on the Principle of Population, as it affects the future improvement of society with remarks on the speculations of Mr. GodwinM. Condorcet, and other writers, la première edition anonyme date de 1798, mais il révisera ensuite largement son propos à partir de 1803.

    [6] Cette loi est attribuée à Adolph Wagner et donne une sorte de caution à l’avènement d’une certaine forme de socialisme par absorption de la propriété privée par des nationalisations.

    [7] http://www.ledauphine.com/france-monde/2018/01/04/reforme-de-l-isf-muriel-penicaud-va-economiser-62-000-euros

    [8] http://www.air-journal.fr/2018-02-23-groupe-adp-resultats-en-hausse-pour-2017-5194997.html

    [9] https://www.lci.fr/economie/les-benefices-de-la-sncf-ont-progresse-en-2017-grace-a-un-rebond-de-la-frequentation-2080030.html

    [10] Alberto Alesina and Edward Glaeser, Fighting Poverty in the US and Europe: A World of Difference, Oxford University Press, 2004. 

    [11] http://lvsl.fr/macron-represente-le-bloc-bourgeois-entretien-avec-romaric-godin

    [12] https://www.huffingtonpost.fr/2018/02/28/la-popularite-de-macron-seffondre-de-11-points-sondage-exclusif_a_23373233/

    [13] http://in-girum-imus.blogg.org/soutenir-la-greve-a-la-sncf-contre-les-mensonges-de-macron-et-de-son-g-a137921882

    [14] https://www.monde-diplomatique.fr/2018/03/HALIMI/58473 

    [15] http://www.syndicat-cgt-csc-saint-gilles.com/2018/01/nouveau-plan-de-licenciement-massif-carrefour-10-000-suppressions-d-emplois-selon-la-cgt.html

    [16] http://in-girum-imus.blogg.org/le-resultat-des-elections-en-italie-l-europe-et-les-migrants-a138322236

    [17] https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301394319360-mario-draghi-tacle-donald-trump-sur-le-protectionnisme-2159541.php

    [18] http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/01/15/en-2018-la-politique-de-macron-avantagera-d-abord-les-ultra-riches_5241787_1656968.html

    [19] http://www.sudouest.fr/2018/03/06/jean-claude-mailly-doute-de-la-mobilisation-des-cheminots-4256713-5458.php

    [20] http://portail.free.fr/actualites/monde/7484501_20180306_la-cfdt-participera-a-la-manifestation-des-cheminots-le-22mars.html

    [21] « Quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit » disait l’ancien président aujourd’hui bien oublié. http://www.rtl.fr/actu/nicolas-sarkozy-quand-il-y-a-une-greve-personne-ne-s-en-apercoit-678157

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