• L’OCDE critique la politique de l’Union européenne

     

    Des critiques de plus en plus vives adressées à l’Union européenne

     

    Pendant que le très orthodoxe Jean Pisany-Ferry continue à inspirer la politique de l’offre de François Hollande, l’OCDE, pourtant organisme international très libéral – c’est même un des fers de lance de cette doctrine – critique l’entêtement imbécile des dirigeants européens qui les mènent à torturer au-delà de l’imaginable leurs citoyens sans résultats autres que négatifs sur l’emploi et la croissance au moins depuis 6 ans maintenant.

    Cette fois le coup est venu de Catherine Mann, économiste en chef de l’OCDE – c’est elle qui définit la doctrine de la boutique. Nommée au mois de septembre dernier à ce poste, elle n’a pas mis bien longtemps – contrairement à Macron et Hollande – pour se rendre compte que le problème principal de l’Union européenne était d’abord un problème de demande. C’est une analyse assez facile à faire, si la demande est en chute libre, c’est bien parce que les différents plans d’austérité, de la Grèce au Portugal, de la France à l’Espagne, ont agi comme une baisse des salaires, baisse des salaires à laquelle s’ajoute évidemment l’accroissement du chômage.

    Cette critique rejoint évidemment celle du FMI qui court dans les officines internationales depuis un an maintenant. Le FMI par la voix d’Olivier Blanchard, directeur des études, signalait en effet que le multiplicateur des dépenses publiques était bien positif : ce qui concrètement veut dire que lorsqu’on baisse les dépenses publiques, cela entraîne mécaniquement une baisse de la croissance.

    La différence de trajectoire entre la zone euro et les Etats-Unis en matière de croissance s’amplifie au fil des années comme le montre le graphique ci-dessous. Si on tient compte de la croissance de la population, on peut dire que la zone euro, 6 ans après le déclenchement de la crise, n’a pas retrouvé son niveau de 2008.

      

    Deux divergences dans les politiques expliquent les écarts de croissance entre les Etats-Unis et l’Europe : d’une part les premiers ne se préoccupent pas de l’endettement, ni de l’endettement public, ni de l’endettement privé d’ailleurs, et d’autre part, ils pratiquent une politique monétaire expansionniste qu’on appelle aujourd’hui « quantitative easing », qui permet d’offrir des liquidités non seulement pour les entreprises, mais aussi pour les ménages qui peuvent s’endetter autant qu’ils le veulent pour consommer toujours plus.

    On l’oublie trop souvent, l’économie du Royaume-Uni qui en théorie est libérale dope son activité aussi bien par la dévaluation de la Livre que par le déficit public, plus important que celui de la France. Il en résulte évidemment que la croissance du Royaume-Uni et des Etats-Unis sera plus soutenue que celle de la zone euro et de la France.

     

    Cependant, il serait naïf de croire que tout peut se régler par le laisser aller dans la gestion des déficits publics et par l’endettement. Disons que c’est au moins une politique qui obtient des résultats à court terme en termes de croissance et d’emploi. A moyen et à long terme, les problèmes du partage de la valeur, de la pauvreté et de la limite physique de la croissance se poseront toujours de toute façon. Mais en attendant, dans ce contexte de mondialisation où la concurrence est féroce, les pays à la traîne vont se trouver laminés, et leur appareil productif partiellement détruit.

     

    Quelles conséquences ?

     

    Ce que raconte l’OCDE est évidemment une critique directe non seulement de la logique allemande de la politique de la BCE, mais aussi des traités qui ont été signés afin de contraindre les Etats à viser l’équilibre des comptes publics, même si cela doit entraîner l’effondrement de l’économie et le chaos social. Il est à peu près certain que ces critiques ne changeront rien, et que l’Europe, malgré son soi-disant plan de relance, continuera suivant la même logique mortifère, et qu’Hollande et le jeune clown qui lui sert de ministre de l’économie poursuivront dans le sens de donner toujours plus de gages à la logique libérale qui règne sans partage à Bruxelles.

    Mais alors comment justifier que l’on persiste dans cette voie ? On voit bien qu’en effet, l’austérité plombe la croissance, entraîne de nouveaux manques de recettes fiscales et accroît encore le fardeau de la dette publique. L’inefficacité de cette politique pour enrayer la croissance de la dette publique est démontrée clairement par le graphique ci-dessous.

     

    Toutes ces choses sont bien connues des économistes – sauf peut-être de Pisany-Ferry qui fait l’âne pour avoir du son – il faut donc chercher les causes qui font qu’on persiste dans l’erreur. A mon sens il y en a trois :

    - la première est que cette situation est favorable aux prédateurs qui ont hâte de mettre la main sur des biens publics que les gouvernements sont obligés de brader pour satisfaire aux traités. On sait très bien ce qui s’est passé en Grèce, et j’annonçais il y a quelques jours que les « socialistes » façon Hollande allaient poursuivre ce travail.

    - la seconde raison est que dans le cadre de la monnaie unique, la relance par la demande ne peut que favoriser les pays qui exportent et qui ont donc des excédents commerciaux conséquents. Bien sûr l’Allemagne est dans ce cas. Elle verrait baisser ses excédents si on sortait du cadre de la monnaie unique.

    - la troisième raison est que derrière toutes les grimaces des bureaucrates européens, il y a un plan aussi clair que diabolique : en finir avec l’Etat. Pour cela il faut le dépouiller de ses attributs, le déconsidérer et faire en sorte qu’il ne puisse plus agir. C’est d’ailleurs pour cette raison que les bureaucrates européens sont pressés de signer les accords transatlantiques, s’imaginant bêtement qu’il ne sera plus jamais possible de revenir en arrière.

     

    Le gauleiter Schaüble donne de la voix

      

    Le très réactionnaire Wolfgang Schaüble, ministre de l’économie allemand, se fait remarquer cette semaine en menaçant les pays récalcitrants, c’est-à-dire ceux qui n’arrivent pas à respecter la discipline budgétaire imposée par Berlin au reste de l’Europe. Je rappelle que les règles initiées par le TSCG – traité de stabilité, de convergence et de gouvernance – signé par la France, stipule que la dette publique doit être impérativement ramenée en dessous des 60% du PIB et le déficit public  en dessous des 3%. Ce sont les critères dits de Maastricht. Mais la nouveauté du TSCG est que si les Etats contreviennent à ces règles, si on ne voit pas le début d’un recul de la dette publique et du déficit, non seulement par le biais d’un mécanisme adéquat, l’Europe a le droit d’imposer de lourdes amendes qui mécaniquement alourdiront la dette, mais aussi de contrôler et d’imposer des révisions au budget qui dérape.

    A moins d’être un crétin, ou un conservateur allemand, on savait dès l’adoption de ces mesures stupides qui plongent l’Union européenne dans le marasme, qu’elles seraient impossibles à tenir. En effet, avant même leur mise en œuvre, aucun pays, même pas l’Allemagne n’étaient arrivés à tenir sur rythme sur une durée de plusieurs années avant la crise de 2008, et on, se demande bien comment avec la nécessité d’éponger les dégâts de cette crise bancaire, cela serait possible. Seul le Luxembourg, petit paradis fiscal qui vit du recyclage de l’argent sale de toute la planète, arrivait à tenir cet objectif. En regardant le graphique ci-dessus, on se rend compte que les mesures d’austérité ont renforcé le mal qu’elles disaient combattre. C’est toujours la même chanson, l’austérité tue la croissance, les recettes fiscales ne rentrent pas et la dette s’accroit encore.

    Donc Schaüble menace en disant que si le traité a été voté, il doit être appliqué. Mais cette canaille majuscule ne nous dit pas pourquoi lorsque nous avons voté contre le TCE, par une voie détournée on nous l’a imposé. Bien entendu ses propos renforce le camp europhobe, car pour les Français ce type de déclaration autoritaire est inacceptable et rappelle d’étranges souvenirs. On note que cette déclaration intempestive si elle est en contradiction avec les analyses de l’OCDE, a été approuvée par Pierre Moscovici, nouvellement nommé commissaire européen, qui a assuré qu’il n’hésiterait pas à sanctionner la France, s’avouant ainsi comme un collaborateur zélé de la grande Allemagne et de ses prétentions exorbitantes.

     

    S’il n’est pas certain qu’une politique de relance par la demande soit efficace pour relancer la croissance et l’emploi, il est à l’inverse certain que l’austérité est une voie sans issue dont il faudra bien sortir un jour.

     

    Liens

     http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2014/11/26/croissance-l-europe-decroche-des-etats-unis_4529522_1656941.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/25/zone-euro-l-ocde-reitere-son-appel-a-un-soutien-monetaire-accru_4528948_3234.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20141129trib863e87d34/tout-le-monde-en-europe-n-a-pas-integre-qu-il-est-logique-de-respecter-les-regles-schauble.html

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  • Commentaires

    1
    vergoby
    Lundi 1er Décembre 2014 à 10:58
    ocde critique
    Malgré de fortes réticences dans la région toulousaine, l'état s'apprête à privatiser à 50% l'aéroport de Toulouse Blagnac.
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