• L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    Avoir deux fers au feu est la bonne tactique 

    Les présidentielles sont un moment fort de la vie politique, nous l’avons vu encore avec les embarras domestiques de François Fillon. L’effondrement de Fillon dans l’opinion a entraîné mécaniquement une montée en puissance d’Emmanuel Macron. En réalité les deux hommes politiques, comme les deux faces d’une même pièce, sont soutenus par la même boutique : l’Institut Montaigne. Que ce soit Macron ou Fillon, c’est l’Institut Montaigne qui va gagner. Cet institut est une sorte de think tank[1] qui dispose de moyens très importants et qui regroupe la crème du capitalisme financier français : les banques et les assurances. Leur but est de financer la propagande libérale à partir de quelques idées simples :

    1. faire baisser les dépenses de l’Etat ;

    2. privatiser la Sécurité sociale ;

    3. baisser les impôts des plus riches ;

    4. augmenter les impôts des plus pauvres via la TVA, les dépenses sociales seraient alors financées par une TVA « sociale », une hausse de deux points est proposée ;

    5. Evidemment tous les deux sont pour une destruction accélérée du code du travail au motif d’une simplification quia améliorerait la fluidité du marché du travail et donc permettrait l’embauche ;

    6. renforcer le carcan européiste en construisant une défense européenne et en nommant un ministre de l’économie pour la zone euro. 

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

     

    Sur ces points principaux, il y a une convergence très nette entre Macron et Fillon. Il faut avoir cela bien en tête, sur le plan économique et social, Macron et Fillon c’est très exactement la même chose : déréglementer et abaisser l’Etat pour laisser jouer les forces du marché. C’est la vieille idée de la droite depuis 1800 : la régulation est mauvaise. Evidemment ils n’ont pas encore intégré que la crise de 2008 était d’abord la conséquence de la déréglementation, ou de la mondialisation, si vous voulez. Ils partent tous les deux de l’idée – fournie par l’Institut Montaigne bien entendu[2] – que la France doit être compétitive et donc  abaisser ses coûts pour conquérir de nouveaux marchés. C’est la théorie de l’offre, celle que Fillon en tant que premier ministre de Sarkozy et Macron, en tant que conseiller puis ministre de l’économie de Hollande, ont mis en œuvre ces dix dernières années avec les résultats très mauvais que l’on sait : la croissance est restée faible, et le chômage est devenu structurellement élevé. Ainsi que nous le voyons dans le graphique ci-dessus, Sarkozy-Fillon et Hollande-Macron ont obtenu des résultats assez similaires en matière de chômage. Le simple exposé des échecs de la politique Fillon ou de la politique Macron devrait disqualifier ces deux individus pour la présidentielle, tout comme Hollande, Valls et Sarkozy ont été disqualifiés. Dans ce contexte dire que Macron serait de gauche et Fillon de droite ne repose sur rien de sérieux.

     L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Les hommes forts de l’Institut Montaigne se nomment Claude Bébéar – grand ponte de l’assurance privée – Henri de Castries, lui aussi grand ponte pressé de l’assurance privée et Laurent BIgorgne. Ce dernier, dont la femme est directement liée à Macron, est en quelque sorte la petite main de l’équipe qui organise les « études », donc c’est celui qui va produire les éléments de langage. Macron a un avantage dans les médias, il est impossible de l’éviter tant les médias qui sont comme on le sait possédés à 95% par l’oligarchie, s’évertuent de parler de lui en toute circonstance, y compris pour raconter des bêtises sur la vie privée de leur poulain[3]. 

    La presse derrière Macron  

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Les tribulations de Fillon, semblent indiquer cette fois que l’oligarchie mise plus sérieusement sur Macron qu’elle tente de transformer en un homme nouveau. Au début on ne l’a pas vu venir, et on se demandait comment Macron ferait pour apparaître comme un candidat de rupture « anti-système » quoi. Mais en réalité on commence à le comprendre avec la déferlante des articles qui jour après jour nous disent que Macron est un homme neuf – certes il n’a pas de programme, mais ça va venir. Le site Le vent se lève nous explique en long en large et en travers comment les médias ont fabriqué Macron. C’est vrai, mais c’est parce que ces médias sont la propriété privée de ceux qui veulent voir Macron au pouvoir pour s’en servir évidemment. Ce site a donc fait le compte des articles publiés. En moyenne Macron a été célébré plus de trois fois plus que Mélenchon par exemple.  

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    Evidemment celui dont on parle le moins est Mélenchon, même  si ses meetings sont très suivis. Le fait que Macron soit célébré trois fois plus que Mélenchon suffit à ringardiser celui-ci. On comprend bien que ce n’est pas un candidat à la mode. Macron a bien l’air un peu fou quand il hurle à la mort dans ses meetings, on s’en moque, il est celui pour qui il faut voter si on est jeune et dynamique, ouvert et enthousiaste, européen et cosmopolite. Mélenchon est finalement bien trop sérieux, après tout qu’on soit d’accord ou non avec lui, il a un vrai programme[4]. Si on comprend bien comment Macron a été fabriqué par l’oligarchie, on a plus de mal à admettre pourquoi il semble tenir la corde pour devenir le prochain président. Il joue en réalité une partition assez connue et qui avait réussi aussi bien à Giscard d’Estaing qu’à Sarkozy, se poser comme le candidat moderne de la rupture. Peu importe qu’il en soit à célébrer les vieilles idées de Margaret Thatcher, ou qu’il en reste à des idées complètement ringardes en ce qui concerne l’Europe et qu’il célèbre la monarchie[5]. Il fait jeune et dynamique, alors on lui passe ces bêtises. 

    Les soutiens de Macron 

     L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles 

    Plus intéressant est de voir qui soutient Macron. Si on comprend bien le noyau dur de la mise sur orbite de ce candidat est le fait de l’Institut Montaigne et de Jean-Pierre Jouyet ci devant homme gris, ami d’Hollande, ayant travaillé pour Sarkozy et impliqué avec Fillon dans la mise en cause de Sarkozy. Ce qui veut dire en clair que l’importance de ces think tanks qui apportent programme et argent pour financer la campagne est bien plus grande que les partis politiques. En effet, que ce soit LR avec les déboires de la famille Fillon, ou le P « S » avec son impossible unité – une partie de son encadrement va soutenir Macron – l’élection présidentielle se fera sans eux. Il ne faut pas cependant surestimer l’importance de ces think tanks. En effet, ils sont forts parce que les partis sont faibles. La décomposition des partis politiques a commencé bien avant 2017. Tout le monde s’est réjoui de l’effondrement du PCF, sans voir que cette maladie allait se répandre. Une des raisons à ce phénomène est bien sûr le rapprochement des programmes de la droite et de la gauche de gouvernement, et surtout le fait que leur gestion commune n’obtient aucun résultat promis. Mais ce n’est pas la seule. La maladie qui touche la politique c’est aussi la professionnalisation de celle-ci. C’est cela qui laisse de la place aux think tanks pour manœuvrer comme ils l’entendent et faire passer leurs idées. Dès lors que Fillon ou Macron soit président peu importe. Par exemple dans les années cinquante le PCF fixait 25% de l’électorat et souvent ses élus venaient de la classe ouvrière. Aujourd’hui, ce n’est même pas 5% et ce n’est pas près de remonter. Quand le général De Gaulle s’est présenté aux élections présidentielles en 1965, il faisait 45% des suffrages exprimés au premier tour. Aujourd’hui on pense qu’on peut être qualifié pour le second tour avec un peu plus de 20% des suffrages. Cet éclatement du paysage électoral rend les prévisions assez difficiles. Il faut donc trouver des manières de se distinguer.

    Les deux candidats de l’Institut Montaigne ne se distinguent en rien dans leur programme économique[6]. Il semblerait qu’on assiste avec le développement des affaires Fillon à un abandon de celui-ci par les gros donateurs de la droite libérale qui se tournent maintenant vers Macron[7]. Ce simple fait suffirait sans doute à le disqualifier comme candidat de gauche, fut-elle une gauche « réformiste ». D’ailleurs très rapidement maintenant que le compte de Fillon est à peu près réglé, on va sans doute s’intéresser justement aux donateurs de Macron, et sans doute cela décillera les égarés de gauche qui sont partis vers lui, et pour peu que Bayrou se présente, on risque de s’amuser.

    Les « valeurs » 

    Alors oui il y a des différences entre Macron et Fillon, le premier est un vrai libéral, en tous les cas plus cohérent. Mondialiste, il est également communautariste, il n’est pas étonnant que Cohn-Bendit le rejoigne sur ce terrain mouvant. Tandis que Fillon s’était cru malin de jouer la carte de l’anti-islam, Macron lui joue ouvertement la partition du communautarisme et de la diversité à l’image d’un Julien Trudeau, il  considère que l’islam ne pose aucun problème. Cela ne gêne pas l’Institut Montaigne. Les médias ont d’ailleurs pudiquement masqué les bêtises qu’il a dites à Lyon ce dernier week-end. En gros il niait l’existence d’une culture française. « Il n'y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse», a-t-il dit [8]. Mais pour les hommes d’affaires, ces différences comptent peu, l’important ça reste le profit. Pendant ce temps Fillon fait le grand écart entre une position libérale en économie et étatiste et autoritaire en matière de « valeurs ». Mais il semble que maintenant on doive parler de Fillon au passé car le candidat de la finance, c’est bien Macron aujourd’hui ! Aura-t-il la capacité de masquer cela jusqu’à l’élection présidentielle ? C’est de cela que va dépendra l’issue. 

    L’Institut Montaigne au cœur des présidentielles

    Liens

     

    https://www.mediapart.fr/journal/france/070416/le-patronat-heberge-discretement-emmanuel-macron?onglet=full

    https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/un-think-tank-liberal-se-cache-t-il-derriere-les-candidatures-macron-et-fillon_441901

    http://lvsl.fr/medias-ont-fabrique-candidat-macron

     


    [1] Think tank : nom imbécile donné par l’oligarchie à l’instrument de propagande pour ses intérêts.

    [2] Il y a bien d’autres boutiques riches et bien financées qui développent aussi ces idées moisies, on peut citer Terra Nova, Concorde ou encore Fondapol. Ces think tanks fabriquent les idées à la fois pour les hommes politiques et pour les journalistes, ils se trouvent en amont de la formation de l’opinion publique.

    [3] Malgré la mise en scène de sa relation avec son ancien professeur de français, Macron est dénoncé comme menant une double vie : la rumeur lui attribuant avec insistance des relations homosexuelles avec Mathieu Gallet PDG de Rdaio France. http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/qui_est_mathieu_gallet_pdg_de_radio_france_et_suppose_amant_d_emmanuel_macron_385937

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    [5] http://lelab.europe1.fr/pour-emmanuel-macron-il-manque-un-roi-a-la-france-1365792

    [6] Macron n’en a toujours pas, même si on connait les grandes lignes de son programme, il a chargé un imbécile Jean Pisani-Ferry de lui en faire un acceptable. Or Jean Pisani-Ferry est un économiste ouvertement pro-européen qui milite pour le fédéralisme. Bon à rien, mauvais à tout, il gagne des sommes folles en s’impliquant dans tous les réseaux bruxellois possibles et en travaillant à la gloire de l’Union européenne.

    [7] http://www.le100.fr/2017/02/donateurs-droite-sarkozy-financent-macron.html#

    [8] https://francais.rt.com/france/33569-il-n-a-pas-culture-francaise-macron-attire-foudres-droite

    « François Fillon s’enfonce, bientôt éliminéLe programme de Macron existe, nous l’avons rencontré »
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