• L’imposture économique

     L’imposture économique

    La théorie économique dominante, qu’on appelle « néo-classique », « marginaliste » ou libérale est accusé d’être en rupture par rapport à la réalité qu’elle est censée représenter.  Suite aux débats qui ont eu lieu aux rencontres Déconnomiques, j’ai trouvé un certain nombre de livres qui traitent de cette question. Leur titre en général dépréciatif insiste sur le caractère faux des fondements de la théorie économique dominante, celle qui sert à justifier l’injustifiable, les inégalités comme les politiques d’austérité. Les titres que j’ai rassemblés emploient le mot « imposteur » ou « imposture ». Ce qui veut dire que non seulement ils dénient une quelconque scientificité aux travaux du Main Stream, mais qu’en outre ils veulent en dénoncer le caractère délibérément mensonger.

    Les accusations de tromperie en ce qui concerne la théorie économique dominante reviennent constamment. C’est sans doute Marx qui le premier a mis l’accent sur le caractère idéologique d’une telle discipline. Quelle soit mathématisée ou non, elle persiste dans l’erreur et surtout elle a les moyens de s’imposer. Steve Keen dans un récent entretien dans Marianne avançait que cette théorie serait emportée par la prochaine crise bancaire qui ne tardera pas.

    Il n’est pas sûr qu’il ait raison. En 2008, je pensais la même chose : il me semblait qu’une théorie qui venait d’être violemment démentie par les faits ne pouvait pas continuer bien longtemps. Je me suis trompé. Mais en réalité si je me suis trompé sur ce point, c’est essentiellement parce que le système économique que soutient la théorie économique dominante a pu, grâce à l’appui des Etats, se reconstruire. Ça n’a pas été le cas en 1929. La crise a amené au pouvoir Roosevelt et une forme d’organisation sociale et économique qui ne faisait plus confiance au marché. Les économistes qui jusqu’ici étaient plutôt du côté d’une régulation par le marché – aux Etats-Unis la grande majorité des économistes était contre le New Deal – se sont convertis. Autrement dit s’ils ne l’ont pas fait en 2008, c’est parce que les structures du pouvoir n’ont pas changé.

      L’imposture économique

    Il est vrai que cette science obscure autant qu’austère est maintenant très dépréciée et que quasiment personne en dehors des hommes politiques qui paraissent encore plus bêtes et corrompus que les économistes de profession, ne leur fait plus confiance. Mais ils conservent un pouvoir de nuisance très grand. C’est le sens de la bataille de l’AFEP qui tente d’imposer une lisibilité des économistes hétérodoxes dont les travaux sont masqués par l’hégémonie des orthodoxes dans les médias, mais aussi dans les universités ou au CNRS.

    L’imposture économique

    Car la bonne question qu’on doit se poser est la suivante : pourquoi une forme de pensée en faillite a-t-elle encore la capacité d’imposer ses canons théoriques ? La réponse est assez simple, s’ils ont ce pouvoir c’est parce qu’ils se sont rangés du côté des puissants. Contrairement à ce qu’on peut croire, l’exercice de la profession d’économiste peut être lucratif. Marianne  dans son numéro 950 du 3 juillet 2015 révèle que Jean Tirole sait faire fructifier son allégeance aux forces de l’argent. Les sources d’enrichissement pour un économiste un peu déluré sont très vastes, ça va des « ménages » qu’on peut faire pour telle ou telle entreprise, à des études commandées par les grands organismes internationaux. La Commission européenne a distribué beaucoup d’argent pour s’assurer la fidélité de ses propagandistes. On l’oublie trop souvent mais la conversion de nombreux économistes français – plus facilement keynésiens et marxistes dans les années 70 – aux vertus de l’ordre libéral provient de ce qu’ils ont travaillé pour la Commission européenne. C’était souvent des universitaires proches ou membre du PS. Cela s’est passé comme si les forces de l’argent les avaient acheté un à un. Et comme dans  le même temps, ils se sont débrouillé pour gérer les carrières des réfractaires, on comprend que leur pouvoir se soit démultiplié.

    Peu importe finalement que ce qu’ils racontent soit vrai ou faux. En 1988, la Commission européenne avait commandé un rapport, douze volumes, des dizaines d’économistes y avaient participé. Le résultat de ce rapport était que l’intégration européenne, le grand marché et la monnaie unique amènerait :

    - une croissance réelle et régulière de 4,5% sur l’ensemble de l’Union ;

    - une hausse des salaires ;

    - un excédent budgétaire ;

    - bien sûr la fin du chômage structurel et la nécessité de faire venir des millions d’immigrés pour occuper tous ces merveilleux emplois qui se profilaient à l’horizon.

    Plus d’un quart de siècle après, les résultats observés n’ont rien à voir avec ces prévisions qui promettaient « un avenir radieux ». La dette publique a explosé, les salaires sont à la traîne, le chômage est au plus haut et la croissance est en berne. Mais comme ces économistes ne chient pas la honte, ça ne les empêchent pas de continuer dans le même sens. Ils ne sont pas assez fous pour se remettre en question et avouer qu’ils se sont plantés. Ils vont toujours invoquer une raison extérieure à cette déconvenue : les réformes structurelles n’ont pas été menées jusqu’au bout, la crise de 2008 est passée par là, etc. Au fond ils sont payés pour expliquer que l’oligarchie fait la meilleure politique possible et que d’essayer de s’en échapper nous conduirait à la misère. Mais même bien payé un domestique reste un domestique.

    Tout ce long détour pour faire bien comprendre pourquoi ils s’accrochent à leur position hégémonique dans l’université. C’est parce qu’ils la contrôle par l’intermédiaire de la gestion des carrières et des revues, qu’ils conservent leur position matérielle dans le circuit. On comprend bien que toutes ces compromissions à la gloire de l’économie de marché, demandent de s’emparer du fonctionnement des structures bureaucratiques ! Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir ces fonctionnaires corrompus faire l’apologie de l’économie de marché et des risques inhérents qui vont avec !

    Il faut noter aussi que ces « mandarins » sont la caution scientifique des commentateurs professionnels qui sévissent à la télévision et à la radio. C’est en quelque sorte une forme de théorie du ruissellement : les professeurs adeptes du libéralisme pondent des articles dans les revues dites scientifiques, sur la base de ces articles ils obtiennent des contrats de recherche. Leurs conclusions sont alors reprises dans les médias. Enfin les commentateurs articulent là-dessus un discours politique que les différents partis reprendront sur le mode du « Il n’y a pas d’alternative ». Ce ne sont pas les professeurs d’université qui sont responsables directement du développement d’une idéologie, ils n’en sont que la caution académique qui laisse entendre que leur discours est politiquement neutre.

     

    Liens 

     

    http://www.marianne.net/L-imposture-economique-ca-continue%20_a242530.html 

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