• L’impasse du quinquennat Macron

     

    L’impasse du quinquennat Macron

    La situation est inédite sous la cinquième république. D’un côté Macron et son mouvement croupion vont avoir un pouvoir large à l’Assemblée nationale, ce qui permettra sans doute toutes les infamies contre les travailleurs, mais de l’autre, Macron est le président le plus mal élu de la cinquième république et son assemblée ne représente rien du tout. Tout le monde a remarqué, même le journal Le monde, que seulement 15% des électeurs adhéraient à LREM, et que l’abstention avait atteint de tels records, que les élus de cette curieuse assemblée n’auront guère de légitimité. Les résultats de dimanche soir mettent en lumière le simulacre de démocratie dans lequel nous vivons.

    La première évidence est que Macron, candidat européiste et de la banque, a réussi à se faire élire par défaut, sans adhésion à son programme rétrograde – les sondages donnent tous entre 75% et 80% d’hostilité des Français aux mesures envisagées par Macron, que ce soit en ce qui concerne le droit du travail, la fiscalité ou les salaires. Les résultats nous donnent l’image d’une démocratie confisquée, réduite à un spectacle, comme Macron est le roi de l’image. L’Assemblée nationale va être confisquée par les représentants des « élites » autoproclamées et de leurs serviteurs. Certes c’était le cas avant, avec cette fausse gauche du P « S » qui n’avait plus aucun enracinement dans les classes populaires ou assimilées et qui ne faisait, quand elle était au pouvoir, que la politique dictée directement par Bruxelles. La vertu des élections de 2017 est de faire tomber les masques. La fausse gauche – celle qui gîtait dans les redents du P « S » – a rejoint massivement la droite extrême de type Macron, mais le nouveau parti de Macron, sponsorisé par tous les milliardaires de la place, ressemble à s’y méprendre à LR, jusque dans l’intitulé de ce rassemblement qui est LREM, les deux dernières lettres étant là pour bien mettre en place le culte de la personnalité du nouveau président. Pire encore les candidats de ce parti représentent d’abord une classe de nantis[1]. 

    L’échec de la gauche

     

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Evidemment il est facile de souligner l’appui éhonté de tous les médias à l’entreprise de Macron. Le matraquage quotidien des journaux les plus importants a forcément joué un rôle, de même que les attaques symétriques contre la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Mais cela ne saurait absoudre la gauche de ses errements. La gauche paye clairement son impréparation. En effet, tant la France insoumise que le PCF n’ont pas su se positionner correctement, alors même que le programme de Macron est un programme clairement antisocial. Ces errements qui se sont traduits par des querelles d’épicier et des disputes picrocholines, masquent en réalité un flottement programmatique important : la division n’est que le cache misère de ce vide[2]. Le succès très relatif de Macron c’est d’abord celui de l’immobilisme. Il nous propose seulement de reconduire et d’approfondir les dérives européistes de ces trente dernières années. Or c’est là que se trouve la véritable alternative. Compte tenu des institutions et de leur fonctionnement, présenter un programme de rupture à gauche ne peut se réaliser qu’en sortant de l’Union européenne et de l’euro. La gauche n’est pas crédible si elle prétend exercer le pouvoir en faveur des classes les plus défavorisées tout en renégociant les traités européens – ce qui prendrait au moins dix ans – ou en désobéissant aux traités européens. Seule la droite de type macronienne est compatible avec ces traités : son programme représente la continuité. Mais voilà, les représentants de la gauche n’ont pas eu suffisamment d’audace sur ce point. De même ils n’auraient jamais dû appeler à voter pour Macron pour le second tour des élections présidentielles : non seulement parce qu’il n’y avait aucun danger que Marine Le Pen soit élue, mais aussi parce que choisir la droite extrême contre l’extrême droite est un non-sens absolu. Avoir donné du corps à la fable d’un danger fasciste imminent c’est se laisser intimider par le discours de l’ennemi de classe : les gesticulations du journal L’humanité le montrent clairement[3]. Alors que la bataille va s’avérer très difficile contre les ordonnances Macron visant à détruire le droit du travail, à rabaisser les salaires et les retraites, l’appel de Philippe Martinez à voter Macron était très malvenu. Ce n’est pas comme ça qu’on se prépare à mobiliser ses troupes[4]. 

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Décomposition-recomposition 

    Le triomphe aux élections législatives de Macron est, au-delà du jeu particulier des institutions, le résultat d’une décomposition des anciens partis. Autrement dit, LREM qui va être une assemblée de godillots, est la synthèse de tout ce que la classe politique représente de plus moisi dans le système politique français, c’est clairement la synthèse UMPS avec de nouvelles têtes et un coup de peinture par-dessus. Ce parti présidentiel n’existe que parce que l’alternance traditionnelle depuis 1983 arrive à bout de souffle. Plus personne n’y croit, et donc LR et le P « S » sont en voie de décomposition rapide.  Mais le clivage, même s’il ne se voit pas encore, reste la gauche contre la droite. L’effondrement du P « S » explique pour partie pourquoi LREM est si haut : il s’agit d’un transfert de voix de la droite du P « S » vers la droite traditionnelle et archaïque. LR dans ce contexte doit disparaître d’abord, parce que son programme est aujourd’hui représenté par les hommes de Macron, il ne reste que la frange nationaliste. Mais la recomposition à gauche prendra forcément du temps, elle doit se structurer pour faire face à une droite arrogante et décomplexée, et en même temps renouveler son programme pour être crédible. Après tout, étant donné que 85% des électeurs n’ont pas voté pour les sbires de Macron et que l’abstention est si haute, il y a de quoi faire. Il va cependant être très difficile de transformer la France Insoumise en un véritable parti capable de gagner les élections qui vont venir et qui représenterait l’intérêt des classes populaires particulièrement maltraitées. 

    L’échec programmé de Macron 

    L’impasse du quinquennat Macron

    Beaucoup d’ennemis de classe de Macron sont aujourd’hui découragés. Il ne faut pas, on a survécu à Sarkozy et à Hollande on survivra aussi à la politique de droite extrême de Macron. Il n’est pas bien difficile de prévoir l’échec de Macron, non seulement parce qu’il est autoritaire et trop sûr de lui, mais parce qu’il va appliquer un programme anti-social[5]. En effet sa politique dite de l’offre qui n’a jamais marché nulle part, a déjà échoué, sous Hollande, comme sous Sarkozy. Du reste les recettes que lui-même à mises en route en tant que conseiller pour la politique économique de Hollande, puis en tant que ministre de l’économie, brillent clairement par leur absence de résultats. Cette politique ne sort pas de la réflexion et de l’imagination de Macron, mais des directives de Bruxelles. Dans le jargon de la Commission européenne, ce ne sont pas des directives, mais des « recommandations ». Ces directives mortifères sont le programme de Macron, et c’est ce qu’il se propose d’appliquer[6] : le cœur de ce programme est l’austérité budgétaire, et la déflation salariale en diminuant la protection sociale et en accélérant le creusement des inégalités. Or les organisations internationales, notamment le FMI, considèrent que ce programme est néfaste aussi bien pour l’emploi que pour la croissance[7]. Autrement dit, Macron est à contre-temps[8]. L’OCDE elle-même qui n’est pas une boutique particulièrement gauchiste, considère que l’élargissement des inégalités est un frein à la croissance et à l’emploi[9]. Mais de nombreuses autres études notamment émanant du FMI vont dans le même sens[10]. Macron va mettre en chantier la dix-huitième réforme du marché du travail depuis 1983, ces réformes ont toutes été dans le même sens : la flexibilité du marché du travail devait faire baisser le coût du travail et créer de l’emploi. Or si le coût du travail a bien baissé et les profits ont bien augmenté, le chômage n’est pas redescendu d’une manière significative, c’est même l’inverse, ainsi que le montre le graphique ci-après. Et puis, si la flexibilité du marché du travail été la baisse des salaires devaient créer de l’emploi et de la croissance, la Grèce et l’Espagne qui ont fait beaucoup dans ce sens devraient avoir des résultats resplendissants.

    La mondialisation et l’Union européenne plus la monnaie unique engendrent du chômage et des baisses de salaires. Ces formes institutionnalisées, figées de plus en plus dans des réformes du droit de partout dans le monde, sont même construites pour cela : augmenter les profits, soumettre les travailleurs au pouvoir du capital. 

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Macron va donc faire passer ses réformes pourries à la hussarde malgré l’hostilité des Français[11]. Puis il va prier pour qu’un peu de croissance revienne vers la fin de son quinquennat de façon à pouvoir se représenter. Mais de nombreux éléments montrent que les résultats économiques du programme Macron vont être mauvais et que les électeurs ne le lui pardonneront pas. D’abord parce que la conjoncture européenne va inévitablement se retourner : en effet, il est maintenu artificiellement bas parce que l’extraction tourne à plein régime et que nous sommes en surproduction[12]. Mais ce n’est pas le seul facteur. Mais il y a une crise bancaire qui se profile à l’horizon[13].  Je ne vais pas détailler les raisons de cette crise bancaire à venir, disons que les taux d’intérêt négatifs plombent la rentabilité des banques et que celles-ci ne survivent que grâce à l’injection massive des liquidités[14]. 

    Conclusion 

    Les trois chantiers auxquels un gouvernement français digne de ce nom devrait s’attaquer en priorité sont les suivants :

    - le chômage et le resserrement des inégalités de revenus ;

    - le changement de modèle de production vers un système qui serait plus respectueux de l’environnement ;

    - l’indépendance de la France sur le plan international.

    Or sur ces trois points Macron, comme la Commission européenne n’a strictement rien à dire de positif. Je passe évidemment sur la question lancinante du terrorisme et de l’immigration qui est vue très clairement comme un facteur d’abaissement des salaires via la concurrence des travailleurs étrangers. Ce ne sont pas les singeries de sa femme dans la presse people qui remplaceront des résultats sur le chômage. Mais la gauche ne devrait pas seulement attendre la chute programmée de Macron et de son gouvernement réactionnaire, elle doit aussi faire l’effort d’imaginer le futur. 

    L’impasse du quinquennat Macron 

    Jean-Luc Mélenchon n’a fait que la moitié du chemin, il lui reste à articuler son discours de gauche sur la nécessité de sortir de l’Europe. Il faut commencer par assumer une sortie de l’euro unilatérale et sans discussion, sinon aucun programme de gauche ne sera possible. Mais il faut aussi savoir comme l’assurer, et que cela paraisse crédible aux yeux des Français. En attendant, il faut se préparer à descendre dans la rue et à pousser au cul les syndicalistes frileux !

     

     


    [2] La division est une défaillance tactique, mais dans le cas des élections, législatives, elle est le reflet d’un mauvais positionnement stratégique. Sur ce point on ne suivra pas les analyses de Sapir qui au contraire la surestime http://russeurope.hypotheses.org/6081.

    [3] http://www.humanite.fr/pourquoi-finalement-il-faut-voter-macron-635658

    [4] http://www.leparisien.fr/economie/philippe-martinez-la-cgt-demande-de-voter-contre-le-front-national-30-04-2017-6902889.php

    [5] https://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article154301

    [6] http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/csr2016/csr2016_france_fr.pdf

    [7] http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2016/06/pdf/ostry.pdf

    [8] https://www.challenges.fr/economie/quand-deux-economistes-etrillent-la-vision-et-le-bilan-economique-de-macron_424743

    [9] https://www.oecd.org/fr/els/soc/Focus-Inegalites-et-croissance-2014.pdf

    [10] http://www.imf.org/external/pubs/ft/sdn/2015/sdn1513.pdf

    [11] http://www.lejdd.fr/Politique/SONDAGE-46-des-Francais-veulent-le-retrait-de-la-loi-Travail-787959

    [12] https://fr.sputniknews.com/economie/201610231028335569-petrole-prix-baisse/

    [13] http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/30/faut-il-craindre-une-crise-bancaire-en-europe_5006245_3234.html

    [14] http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/30/faut-il-craindre-une-crise-bancaire-en-europe_5006245_3234.html

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