• L’homme moderne est sans racine

      L’homme moderne est sans racine

    Le processus d’islamisation de l’Europe est maintenant visible, presque quantifiable, il ne se concentre pas sur quelques quartiers. Il engendre un conflit larvé, parfois violent, entre les autochtones et les immigrés. Mais pour les deux parties, le problème est le même : c’est le déracinement. Par nature les immigrés sont coupés de leurs racines, de leur histoire. La conséquence est qu’ils reconstruisent une histoire mythique et imaginaire. C’est pourquoi il est important pour les Algériens de revenir sans cesse sur la colonisation française. La volonté de recréer une histoire pour les immigrés est de renier le drapeau de leur pays d’accueil, en le brulant ou en exhibant de manière arrogante le drapeau de leur pays d’origine. Ils refusent d’insérer leur propre histoire dans celle du pays dont ils aspirent à la nationalité. Dans ce contexte l’Islam est un marqueur qui justement remplace l’histoire et comble le manque de culture de ces populations nomades. Il sert de référent culturel plus ou moins diffus, un référent qui ne demande aucune connaissance et aucun approfondissement. C’est bien pourquoi les énoncés des préceptes de l’Islam par des imams plus ou moins analphabètes ont du succès auprès d’une jeunesse sans mémoire et sans instruction. Une des manières de reconstruire une identité pour ces peuples en déshérence, c’est à travers une glorification de l’Islam de rejeter le système éducatif occidental. D’une manière agressive on critiquera l’histoire – au point qu’on se demande aujourd’hui si cette matière va pouvoir continuer à être enseignée dans les collèges de banlieue, mais aussi on exigera que les cantines offrent des repas compatibles avec une religion plus ou moins fantasmée. Alors qu’il y a encore quelques décennies, les immigrés calquaient leur trajectoire sociale sur celles des Français, ils sont aujourd’hui dans la situation de faire sécession d’avec la France. C’est un tournant historique qui a été jusqu’ici négligé et qui modifie les perspectives politiques, économiques et sociales à moyen et long terme.  Cette réinvention d’une histoire importée en France – ou dans n’importe quel pays européen – est la conséquence du déracinement. Elle est de fait la conséquence de la négation d’une conception holiste du lien social par la marchandise.

    Mais le déracinement ne touche pas les seuls immigrés. Les autochtones le subissent aussi et il ébranle la réalité française multiséculaire en faisant dévier le pays de sa trajectoire historique. Les ouvriers, les paysans, les petits employés, sentent bien que cette islamisation rapide de l’Europe détruit leurs racines et leur passé tout aussi bien que les raisons de leurs luttes. Le développement du communautarisme c’est aussi cela : éradiquer l’histoire des peuples en les empêchant de s’en réapproprier le contenu. Et c’est bien en cela que l’immigration est le complément naturel et indispensable du développement de la marchandisation du monde, l’islam n’en est qu’un aspect particulier et peut-être passager. Il est la conséquence de l’individualisation exacerbée produite par ce mouvement. On peut le voir aussi comme un refus de l’isolement. Mais cette forme de négation ne conduit pas à l’émancipation, elle en est l’exact inverse. Elle est donc d’emblée le refus de l’histoire pour les immigrés comme pour les autochtones qui connaissent un peu la leur et s’en sentent dépouillé. Car en se repliant sur une religion rétrograde, ils reproduisent à une échelle élargie la séparation. 

    « Ainsi la bourgeoisie a fait connaître et a imposé à la société un temps historique irréversible, mais lui en refuse l’usage. « Il y a eu de l’histoire, mais il n’y en a plus », parce que la classe des possesseurs de l’économie, qui ne peut pas rompre avec l’histoire économique, doit aussi refouler comme une menace immédiate tout autre emploi irrév

    ersible du temps ». Guy Debord, La société du spectacle, thèse 143. 

     

     L’homme moderne est sans racine 

    Mantes-la-Jolie, 1966, photo Robert Doisneau

     L’homme moderne est sans racine 

    Mantes-la-Jolie aujourd’hui 

    Ainsi si l’islamisation de l’Europe répond partiellement à l’attente des immigrés de produire des racines imaginaires dans une fausse conscience historique, elle produit aussi le déracinement matériel autant que spirituel des autochtones en même temps que leur colère. Le lieu de vie de leurs parents, celui où ils sont nés et où ils ont grandi, a été transformé au point de ne plus reconnaître des repères et des limites à l’espace social. Le PIR (Parti des Indigènes de la République) a très bien compris cette fonction d’éradication des mémoires et en joue parfaitement rejoignant les lubies de Jacques Attali sur le nomadisme sans fin comme morne critère de modernité. En ce désignant comme des indigènes, les membres de cette mouvance s’arrogent le droit de mettre à la porte de leur propre pays les autochtones dans un futur qu’ils pensent plus ou moins proche. Le tout étant couvert d’une vague logorrhée culpabilisante pour les crimes que les occidentaux auraient commis il y a des siècles.  

    Il fut un temps, vers la fin des années soixante, et jusqu’au milieu des années soixante-dix, où l’on marquait notre volonté de révolte par une réappropriation de l’histoire, en la regardant du côté populaire, de la Révolution française aux révolutions socialistes du XXème siècle en passant par la Commune de Paris. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La mondialisation a aussi réussi à détruire la mémoire des peuples, et la place qui est faite à la susceptibilité musulmane en Europe dans les institutions, comme dans les nouvelles formes d’enseigner l’histoire, contribue à cette éradication. L’acceptation du communautarisme et donc essentiellement de l’islamisation de la France, c’est aussi la destruction de la culture populaire. Cette dimension est peut-être encore plus importante pour comprendre pourquoi les ouvriers votent aujourd’hui massivement pour le Front National et se sont écartés du PCF. Car il faut bien le dire, contrairement à ce qu’affirme des penseurs petit-bourgeois comme Alain Badiou ou les frères Fassin et quelques autres, le développement communautariste qui passe par la lutte contre une islamophobie imaginaire autant que fantasmée, empêche la jonction des prolétaires d’origine immigrée et ceux d’origine autochtones. Tous les sondages le montrent, les peuples européens sont opposés à l’immigration massive, mais le bloc bourgeois qui va des bureaucrates de Bruxelles aux faux révolutionnaires du NPA, du PIR ou à la Badiou qui en font forcément partie, en ce sens qu’ils militent pour la séparation et l’individualisme portés par le système de la marchandise. Et plus encore ils dénient au peuple le droit de penser et de refuser son propre déracinement. Au niveau électoral, c’est la séparation des « intellectuels organiques » des classes populaires empêche l’émergence d’une gauche de gouvernement. 

    « C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. » Guy Debord, La société du specta

    cle, thèse 30. 

     

    L’homme moderne est sans racine

    Commerces en centre-ville dans la France périphérique 

    Christophe Guilluy a montré de manière assez convaincante par quelle mécanique les classes populaires, appauvries et sans appui sont rejetées à la périphérie, son ouvrage a été applaudi[1]. On a moins fait attention qu’il montrait aussi comment les immigrés, plus proches des grandes métropoles arrivaient à se saisir des opportunités d’une discrimination positive de laquelle les prolétaires autochtones sont exclus. Mais le pire n’est pas dans ce constat amer, car dans la logique mondialiste et l’exacerbation de la division internationale du travail, ce résultat est attendu. En vérité ce qui est nouveau c’est que ces prolétaires autochtones sont aussi privés de la parole. Aucun parti, aucun intellectuel – à quelques exceptions près – ne parle pour eux. Le bloc bourgeois préfère mettre en avant la lutte contre l’islamophobie, alors même que les actes anti-musulmans sont bien moins nombreux et moins sanglants que les actes antisémites, et que le principal des actes antisémites provient directement de la communauté musulmane. Considérés comme une population sans avenir, le bloc bourgeois préfère encourager l’immigration d’une manière ou d’une autre. Cet aveuglement est très bien représenté par les dérives et le lent suicide du P « S ». Cornaqué par Terra nova, ce parti s’est cru assez malin pour appuyer et revendiquer une islamisation rampante de la société. Il est aujourd’hui en voie de disparition[2]. En privant les pauvres autochtones de la parole, ces intellectuels en croisade contre la chimère d’une islamophobie ont posé que ce qu’ils disent de la société a plus de valeur que ce que les pauvres peuvent en dire. Georges Marchais qui venait de la classe ouvrière, avait bien compris cela il y a plus de trente ans. Mais la sphère médiatique s’est empressée de le dénigrer. Les gauchistes ont pris prétexte de son côté stalinien pour rejoindre le bloc bourgeois dans la promotion de l’immigration massive et de la mondialisation accélérée. Notons que la décomposition du PCF n’est pas une loi de la nature incontournable, mais c’est plutôt la conséquence d’une gentrification du parti qui a éloigné de ses instances dirigeantes les représentants de la classe ouvrière. Ce parti a pris le mauvais tournant à la suite de l’évolution du P « S », il est devenu en effet européiste – mettant en avant la fable d’une autre Europe, vieille rengaine de trente ans d’âge – et immigrationniste, avec son complément pro-palestinien. Peut être croyait il que ce virage lui ramènerait des troupes nouvelles, notamment les enfants de l’immigration. Mais comme le P « S », il s’est trompé lourdement, car plus il s’est porté au secours de l’Islam, et plus il a fait fuir les classes populaires sans rattraper de nouveaux électeurs. Car, comme on l’a dit, plus les formes de la vie sociale donne des droits au communautarisme, et plus celui-ci s’émancipe et se coupe des formes antérieures.  

    L’homme moderne est sans racine

     

     


    [1] La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014. La thèse de Guilluy a été critiquée évidemment par le think tank Telos, boutique pro-européenne proche de la sphère Macron et qui ne supporte pas qu’on mette en doute les bienfaits de la mondialisation et de l’Union européenne. https://www.telos-eu.com/fr/societe/christophe-guilluy-et-la-france-peripherique.html

    [2] https://www.marianne.net/politique/quand-la-gauche-dit-adieu-aux-ouvriers-et-employes

    « L’islamisation de l’Europe est-elle en marche ?Combattre les inégalités, le rapport Piketty-Chancel »
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