• L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut

    L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    La sociologie comme art de tricher avec les faits 

    Éric Fassin est devenu ces derniers temps le sociologue de complaisance que les médias aiment à inviter à longueur de temps. La plupart d’entre nous ne savent pas qui il est. Ce n’est d’ailleurs pas par ses ouvrages au tirage confidentiel qu’il s’est fait connaître : il a fait le chemin inverse, grâce à ses livres il peut poser comme le professeur, le spécialiste, le sociologue, qui vient nous dire quoi penser des turpitudes de notre temps, et il se voit ainsi ouvrir les colonnes de quotidiens nationaux ou des émissions de télévision.

    Fassin est le spécialiste des montages théoriques alambiqués pour nous expliquer que ce que nous voyons n’est pas ce que nous voyons, mais bien autre chose. Et ce faisant, il fait preuve de sa suprématie : il veut dire que nous avons besoins des experts pour nous faire une opinion, il est notre guide. On va prendre quelques exemples de cette manière de faire de la propagande avec un investissement théorique pour le moins paresseux. C’est un grand bourgeois[1], professeur à Sciences Po, cette boutique où l’on apprend d’abord le politiquement correct.

    Il s’était déjà fait remarquer par son analyse imbécile de la mort d’un jeune rom qui avait été pris en flagrant délit de cambriolage. Il s’en était alors pris à Samia Ghali, maire du 8ème secteur de Marseille qui selon lui ne voulait pas qualifier cette mort de raciste, parce qu’elle disait que les gens étaient excédés par les cambriolages à répétition[2]. Pour Fassin, tout cela n’avait rien à voir avec le climat d’insécurité qui se développe, mais ressortait d’une campagne de presse contre les roms, comme si les Marseillais qui s’en prennent aux roms avaient besoin de lire la presse comme Valeurs actuelles  ou Le point pour se faire une opinion sur les cambriolages ! Selon Fassin, ce ne sont pas les faits de délinquances qui font réagir les riverains[3], mais les politiques municipales de stigmatisation ou encore les discours que les médias développent. Certes je comprends qu’on puisse défendre les roms et qu’on les considère comme des pauvres gens, mais cela empêche-t-il de comprendre ce que ceux qui s’y frottent endurent ? On retrouve le genre de dérive intellectuelle qui nous explique que la violence n’augmente pas, mais c’est seulement le discours qui la met en scène[4].

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    Des Roms campent à Marseille, à la Porte d’Aix 

    Plus récemment Fassin s’est fendu d’une analyse qu’il croit subtile de la tuerie d’Orlando. Il nous explique en long, en large et en travers que cet attentat n’est pas un attentat islamiste, ça n’a rien à voir avec la religion[5]. C’est un crime homophobe. Cette idée est fausse pour deux raisons principales :

    1. la première est que l’homophobie – ou plutôt ce qu’il conviendrait d’appeler l’éradication des homosexuels – est inscrite au programme de l’islamisme radical, de par le monde les prêches des imams contre les homosexuels, les appels au meurtre sont récurrents[6]. C’est un peu comme si on désignait la tuerie du Bataclan comme un attentat musicophobe ;

    2. parce que Fassin n’a pas les qualités, n’étant pas Imam lui-même de dire ce qui est ou non le vrai Islam. Autrement dit si Omar Mateen dit qu’il a fait cet acte au nom de l’Islam en conformité avec le projet de l’EI, il est tout autant compétent pour en juger que Fassin. Car Fassin ne se contente pas de dire que les attentats sont le fait d’islamistes radicaux, ce qui est évident, mais il définit tout seul et unilatéralement ce qui est ou non l’islamisme radical. Autrement dit il parle à la place de Daech comme s’il connaissait de près la cuisine intime de cette boutique. 

    Méthode 

    Que cherche Fassin ? On se le demande, tant la confusion est grande. Il en est même arrivé à décider que Finkielkraut et Elisabeth Lévy étaient antisémites ! Il faut tout de même le faire[7] ! On sait par ailleurs que Fassin est un soutien des BDS, et donc il se définit comme antisioniste… évidemment.

    Bref le portrait composite que Fassin compose de lui-même à travers ses interventions intempestives est celui de quelqu’un qui cherche avant tout à se faire remarquer en niant la réalité des faits, en effet cela fait réagir et si on est assez habile pour construire un discours qui a l’apparence de la logique, on peut même passer pour novateur. Ce sont des vieilles ficelles, un peu comme les cartes de Todd qui tentaient de faire croire que la haine que ce dernier manifestait envers les soutiens de Charlie était fondée sur une analyse scientifique[8]. En 2010, Fassin avait pris position sur la polygamie, à propos d’un rapport de Sonia Imloul sur la polygamie[9]. Déjà il utilisait le même argument : la polygamie n’existe pas dans les populations immigrées, c’est juste une construction médiatique[10] ! 

     L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    Autrement dit tout ce que Fassin ne connait pas – et il ne connait pas grand-chose – ou tout ce qui ne cadre pas avec son analyse, c’est du discours, de la construction médiatique. Mais cette manière de nier les faits et la réalité immédiate, si elle est dommageable pour faire avancer l’analyse de situations souvent compliquées, elle est en fait une méthode systématique d’intervention. Fassin n’existe que parce qu’il peut s’opposer à la réalité factuelle d’un évènement ! Il ne pourrait lui venir à l’idée d’être en accord sur tel ou tel point avec la majorité de la population. Diable c’est que le peuple est stupide, manipulable par les médias. Seul Fassin possède l’intelligence voulue pour voir ce qu’il y a à  voir derrière les faits bruts, pour dénoncer l’impérialisme des médias. Il est une sorte de messie qui apporte la bonne parole. Mais en réalité il est dans cette mouvance qui gravite autour de Médiapart et qui rassemble des gauchistes recyclés, passés par les écoles. Ils ressemblent comme deux gouttes d’eau à ces personnages qui dans Soumission travaillent à la construction d’un autre monde[11]. Ce sont des gens qu’on ne voit jamais prendre la défense des opprimés dans les pays arabes, par exemple les femmes, ou  les Arabes athées. 

    L’extravagant Éric Fassin en recherche d’un statut 

    Au mois d’avril dernier, dans une chronique sur le blog qu’il tient sur Médiapart[12], voilà le malheureux Fassin qui s’en prend à Kamel Daoud parce que celui-ci a osé dire qu’entre la religion musulmane et les événements de Cologne il pouvait bien y avoir un rapport. La logique de Fassin se déploie en deux temps. D’abord il va affirmer que Daoud se planque derrière le fait que lui-même est originaire d’un pays de culture musulmane pour dire que ce n’est pas une raison pour qu’il parle – sous-entendant par-là que Fassin étant éloigné de tout, il est plus qualifié pour le faire. Dans un deuxième temps, il utilise un raisonnement alambiqué pour dire que les catégories dont se sert Daoud ne sont pas bonnes et relève du culturalisme qui pour lui est un gros mot. N’ayant qu’une mauvaise approche de la sociologie, il n’imagine même pas que la culture puisse aussi être un angle de lecture. Mais passons. En vérité l’article contre Daoud est une leçon que le professeur Fassin pense infliger à un élève un peu dissipé[13]. Le pire dans cette affaire est que non seulement il parle à la place de ceux qui sont concernés : Daoud veut transformer la société algérienne dans laquelle il vit – et probablement les sociétés musulmanes – dans un sens positif, c’est-à-dire promouvoir l’émancipation. Mais Fassin en vrai réactionnaire le lui interdit car il ne veut pas tomber dans « le piège des conflits de civilisations » ! Par ailleurs rapprocher comme Fassin le fait Daoud et Marine le Pen est plus que faux, c’est carrément dégueulasse, et aucun de ses diplômes ne peut le justifier. Daoud a une fatwa sur sa tête – Fassin non – et attaquer Daoud avec des arguments aussi minables disqualifie son auteur. Comme disait Roberto Saviano, à quoi ça peut bien servir d’écrire si on ne risque pas sa vie[14] ?

    Fassin est juste le représentant d’une gauche en décomposition, coupée du peuple qu’elle prétend représenter. Comme le P « S », mais sur son côté gauche si on peut dire, cette tendance est l’image d’un effondrement moral et intellectuel.

     

     


    [1] Fils d’ingénieur, lui et son frère ont fait des études aux Etats-Unis.

    [2] http://www.liberation.fr/societe/2014/06/24/rien-a-voir-d-ilan-a-darius_1049462

    [3] FASSIN É., FOUTEAU C., GUICHARD S., WINDELS A., 2014, Roms et riverains. Une politique municipale de la race,  La Fabrique éditions

    [4] Voir par exemple Laurent Mucchielli, L’invention de la  violence, Fayard, 2011.

    [5] http://www.liberation.fr/debats/2016/06/15/la-tuerie-d-orlando-releve-du-terrorisme-sexuel_1459629

    [7] http://www.liberation.fr/chroniques/2014/08/01/antisemite-pour-la-bonne-cause_1074224

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/emmanuel-todd-et-les-anti-charlie-a117572792

    [9] https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/041010/polygamie-le-point-et-la-fabrication-sociologico-mediatique-d-une-paniq

    [10] http://www.marianne.net/Pour-voir-des-polygames-Eric-Fassin-n-a-qu-a-venir-chez-nous_a198773.html

    [11] http://in-girum-imus.blogg.org/michel-houellebecq-soumission-flammarion-2014-a117198346

    [12] https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/010416/apres-cologne-le-piege-culturaliste

    [13] https://blogs.mediapart.fr/bernard-leon/blog/030416/eric-fassin-de-la-police-des-idees-menotte-kamel-daoud

    [14] Roberto Saviano, La beauté et l’enfer, Robert Laffont, 2010.

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