• L’élection présidentielle et le cas Marine Le Pen

     L’élection présidentielle  et le cas Marine Le Pen

    Le monde qui soutient ardemment depuis le début, le candidat de la finance internationale s’alarme du fait qu’il n’y a pas de mobilisation antifasciste contre Marine Le Pen[1]. C’est embêtant pour l’establishment parce que cela veut dire au moins trois choses :

    - que Macron qui apparaît comme le candidat de la finance, fait pour certains au moins autant l’effet d’un repoussoir que Marine Le Pen, notamment pour les électeurs de Mélenchon ;

    - que l’image de Marine Le Pen s’est clairement améliorée par rapport à son père ;

    - enfin que si sa victoire est étriquée pour Macron, et à mon avis elle le sera, alors il n’aura pas beaucoup de légitimité pour travailler par ordonnances à la mise ne place de ses réformes antisociales.

    Il y a donc une pression de la part des médias et de certaines personnes un peu angoissées pour que nous votions tout de même contre Marine Le Pen, même s’il est admis que Macron est un personnage détestable, arrogant et sans dimension intellectuelle. J’ai dit dans mon billet précédent tout le mal que nous devions penser de lui[2]. Mais nous ne devons pas nous dérober et préciser d’une manière sans ambiguïté ce que nous pensons de Marine Le Pen qui sera, nous le savons, le vote majoritaire des ouvriers. 

    L’élection présidentielle  et le cas Marine Le Pen

     

    Les candidats à Whirlpool 

    Par un concours de circonstances plutôt curieux, les deux candidats pour la présidentielle se sont retrouvés à Amiens devant des ouvriers de Whirlpool. Cette usine doit être fermée et délocalisée au nom de la sacro-sainte compétitivité. Marine Le Pen a reçu un accueil très chaleureux qui lui a permis de faire des photos où elle manifestait son soutien aux prolétaires. Une aubaine pour qui veut se présenter comme le candidat du petit peuple. La différence était sidérante avec l’accueil réservé au contraire à Emmanuel Macron qui a été fort justement copieusement sifflé[3]. Sans doute ces salariés se souviennent-ils que Macron a été ministre de l’économie sous la présidence de Hollande et qu’il n’a fait par son action qu’accélérer la désindustrialisation de la France. C’est dans ce genre de contexte qu’on comprend mieux pourquoi l’idée de démondialisation, de sortie de l’Europe est très prisée chez les prolétaires. Dans ce contexte, elle apparaissait comme l’ultime rempart contre la goinfrerie du capital international représenté par Macron. 

     

    Marine Le Pen drague les électeurs de Mélenchon 

    Profitant des hésitations de Jean-Luc Mélenchon à appeler à voter Macron, Marine Le Pen et son parti ont commencé à mettre l’accent sur ce qui peut rapprocher le programme de la France insoumise et celui du FN. Certains s’en sont offusqué, arguant qu’il était honteux de rappeler cette proximité. Mais pourtant, c’est bien une réalité qui explique pourquoi Mélenchon et Marine Le Pen ont recueillis ensemble la quasi-totalité du vote ouvrier. Nier cette proximité est stupide. Evidemment si l’on s’en tenait au seul programme économique et social des uns et des autres, on voterait très facilement pour Marine Le Pen dont le programme est très à gauche par rapport à celui de Macron. Quand elle s’en prend aux traités de libre-échange, quand elle attaque les dégâts de la mondialisation, on ne peut que l’approuver. De même lorsqu’elle dit vouloir défendre la Sécurité Sociale que Macron veut démanteler, ou quand elle veut revaloriser les bas salaires. Mais malheureusement, le FN ce n’est pas que ça.

     L’élection présidentielle  et le cas Marine Le Pen 

     

    Le FN est-il un parti fasciste ? 

    Pour nous faire bien voter pour le jeune blanc bec qui s’appréterait selon la rumeur à nommer Laurence Parisot, ancienne patronne du MEDEF, premier ministre[4], on tente de raviver le danger du fascisme qui vient. Cette assertion simplificatrice revient à prendre les gens pour des cons. Le contexte historique – nous ne sommes pas dans les années trente – et l’état des forces politiques en présence indique clairement que le FN n’a ni la volonté, ni les moyens de mettre en place une dictature sur le territoire français : quelles que soient ses intentions, ce parti n’aura pas la possibilité d’instaurer un régime fasciste. Certains ont rappelé le putsch des généraux d’Alger. Mais le contexte était bien différent, et le FN ne peut compter sur aucune milice, ni sur aucun régiment de parachutiste. J’ajouterais que la majeure parti de l’électorat de Marine Le Pen n’est pas concernée par ces débats et ne la suit que parce qu’elle prétend défendre la France et ses emplois contre la mondialisation et les abus du libéralisme de l’Union européenne. Ce que j’avance peut facilement être vérifié comme l’a fait Jacques Sapir par l’analyse géographique du vote pour Marine Le Pen[5]. Le vote pour la candidate du FN recoupe la carte de la désindustrialisation de la France. C’est d’ailleurs ce vote qui non seulement a fait du FN le premier parti ouvrier, mais aussi qui a amené ce parti à cette hauteur.

    Mais tout cela ne fait pas pour autant du FN un parti respectable, malgré le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan[6]. Il semble bien que non. Nous avons déjà noté la faute de Marine Le Pen sur la question de la rafle du Vel’d’Hiv[7].  Elle vient de se mettre en congé de la présidence de son parti, histoire de montrer qu’elle n’est plus la candidate d’un parti, mais de l’ensemble des Français. La nature ayant horreur du vide, elle a nommé à sa place Jean-François Jalkh[8]. Or celui-ci est un négationniste impénitent, une sorte de compagnon de route de Robert Faurisson[9]. Il va de soi que tant que ce parti n’aura pas été purgé de la frange révisionniste qui recèle encore dans ses flancs, on ne pourra pas voter pour lui, quel que soit par ailleurs la pertinence de son programme économique et social.  Si à l’évidence le FN n’est plus le parti néo-pétainiste du père, une grande partie de ses cadres reste encore attachée à une vraie idéologie d’extrême droite. C’est d’ailleurs pour cette raison que Florian Philippot qui a été l’artisan de la dédiabolisation du FN, est si souvent contesté par les FN historiques. En attendant, devant le tollé que la nomination de Jalkh a engendré, Il a fallu revenir en arrière et remplacé tout de suite ce Jalkh là par Steeve Briois, ce qui fait tout à fait mauvais genre.

     

    Conclusion 

    Elle s’impose d’elle-même, et bien que je considère toujours que la sortie de l’Union européenne est la mère de toutes les batailles, l’abstention est la seule solution moralement acceptable. L’idée qu’il y aurait un risque fasciste en France relève de l’imposture, non seulement parce que la probabilité que Marine Le Pen devienne présidente est égale à zéro, mais ensuite parce que son parti ne peut pas être qualifié de fasciste ou alors les mots n’ont plus aucun sens. Quant à Macron, non merci, il est tout autant antidémocratique que Marine Le Pen, n’a-t-il pas avancé l’idée que gouverner par ordonnances dès cet été pour détruire ce qu’il reste du droit du travail, le CDI et les 35 heures ?[10]

     


    [1] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/27/presidentielle-pourquoi-la-presence-du-fn-au-second-tour-ne-mobilise-pas-comme-en-2002_5118698_4854003.html

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/pourquoi-on-ne-peut-pas-voter-pour-emmanuel-macron-pour-faire-barrage--a130007038

    [3] http://www.europe1.fr/politique/emmanuel-macron-siffle-et-bouscule-a-lusine-whirlpool-damiens-3312338

    [4] https://www.lesechos.fr/elections/emmanuel-macron/0212019761760-laurence-parisot-se-dit-prete-a-etre-le-premier-ministre-de-macron-2083008.php

    [5] http://russeurope.hypotheses.org/5937

    [6] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/29/si-elle-est-elue-presidente-marine-le-pen-annonce-qu-elle-nommera-nicolas-dupont-aignan-premier-ministre_5119973_4854003.html

    [7] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [8] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/04/27/le-nouveau-president-du-fn-jean-francois-jalkh-rattrape-par-des-declarations-negationnistes_5118476_823448.html

    [9] http://www.ipolitique.fr/archive/2017/04/26/jean-francois-jalkh-negationnisme.html

    [10] http://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-pourquoi-macron-veut-dorenavant-gouverner-par-ordonnance-7788076139

    « Pourquoi on ne peut pas voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le PenL’abstention, sinon rien ! »
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