• L’avenir de l’Europe

     

    Disons un peu de mal de l’Europe ! La crise sur l’euro semble s’être calmée, je dis semble parce qu’à mon avis on va avoir des surprises sous peu. Mais les résultats plus que décevants pour les européistes des élections de ce printemps interrogent sur la possibilité de continuer cette sinistre farce.

     

    Discussions désenchantées

      

    Evidemment c’est une question très importante. Le journal Le Nouvel Observateur ancien journal de gauche qui s’est rebaptisé L’Obs avait réuni tout ce que l’Europe compte dans la bureaucratie libérale et européiste pour nous expliquer combien le projet européen était un grand et beau projet. Rien que les noms qui étaient mis en avant, donnaient le ton : Minc, Attali, Pascal Lamy, tout ce que la canaille libérale compte dans ce marais à mi-chemin entre la bureaucratie, la politique et la finance. Evidemment quand on voit ces vieux bureaucrates défendre l’Union européenne, ça donne plutôt envie de prendre les jambes à son cou.

    On a vu ainsi les intervenants vanter la démocratie européenne, ou encore l’inénarrable Pascal Lamy nous expliquer qu’à l’échelle de la planète le système social européen était de loin le meilleur. Il oubliait juste de dire

    1. que la comparaison ne signifiait rien si le système tendait à disparaître,

    2. que ce système social tant vanté, non seulement n’existe pas dans tous les pays de l’Union, mais qu’en outre il n’a pas été mis en place par l’UE, sous l’impulsion de l’UE, mais par les Etats nations, et que Bruxelles nous presse tous les jours de détruire… pour le sauver bien sûr.

    Cependant on notait bien que les discours n’étaient pas triomphalistes. Certes ils comportaient les lots habituels de mensonges sur un peu tous les sujets, notamment en affirmant que l’Europe était la région la plus démocratique du monde, alors qu’elle bafoue les résultats des votes qui lui sont contraires, que la participation aux élections européennes est très faible, et que ses bureaucrates négocient dans l’opacité la plus ténébreuse le Traité transatlantique.

    Les thèmes abordés montrent que cette oligarchie hors sol est déconnectée des problèmes du peuple. Ainsi on a parlé de l’immigration, sans même se rendre compte que dans les périodes de crise celle-ci est vécue comme un drame par les citoyens. Elle est vécue en effet comme un partage forcé de la misère entre les autochtones et les nouveaux arrivants, avec les problèmes de violence qui l’accompagne. Ce qui dominait cependant c’est le désenchantement. Mais si on ne se faisait guère d’illusion sur celui-ci, on oubliait de rappeler l’absence de résultat concret de l’Union européenne et que ce désenchantement provient d’un triple échec :

    1. en matière économique, la croissance diminue au fur et à mesure que l’Union progresse, le chômage augmente et les salaires sont orientés nettement à la baisse ;

    2. en matière de démocratie, les citoyens sont ouvertement traités comme quantité négligeable ;

    3 et enfin en matière politique, on le voit dès qu’il s’agit de traiter une question internationale, que ce soit la Palestine ou l’Ukraine, les divergences sont tellement fortes qu’elles menacent tout de suite l’unité.

     

    L’éclatement de l’Europe

      

    Des sujets de discussion sérieux, il y en a pourtant beaucoup. A commencer par l’effet délétère que l’Europe a sur les nations en les amenant peu à peu vers la partition. Si le Royaume Uni a évité de très peu l’éclatement, la dislocation menace l’Espagne puisque la Catalogne veut son indépendance, revendiquant une langue, une culture et une histoire singulière, et qu’elle pourrait être suivie ensuite sur ce chemin par le Pays Basque. C’est en effet l’Europe des régions qui a poussé à ce jeu, croyant qu’ainsi en divisant les nations elle règnerait plus facilement. Mais en réalité en enclenchant ce mouvement, elle a ouvert la boîte de Pandore, parce que si une nation existe vraiment, elle finira tôt ou tard par se retourner contre l’Union européenne fédérale ou pas.

    Du reste les prémisses de l’éclatement de l’Union européenne se trouvent dans le fait même qu’elle est dans l’impossibilité de réaliser le fédéralisme. En règle générale les européistes de tout poil avancent l’argument de la durée. Selon eux la patience aura raison de la volonté populaire bien trop recroquevillée sur ses petits horizons bornés. Les petits pas finiront par payer. On trouve ça par exemple chez Attali justement qui pense que le fédéralisme commence par l’économie et par la mise en commun des dettes de l’ensemble des pays de la zone euro. Il en voit les débuts dans l’action de la BCE qui a racheté une petite partie des dettes souveraines. Mais d’ici à ce que ce rêve de bureaucrate se concrétise, il ne faut pas que la révolte des peuples soit trop forte et qu’elle n’oblige les Etats à revenir à une indépendance de fait vis-à-vis de l’Europe. Rappelons-nous qu’avant la crise de 2008, les Espagnols apparaissaient comme le peuple le plus europhile, aujourd’hui il doute et cela rejailli entre autre sur ce désir d’autonomie de la Catalogne.

     

    Le Luxembourg est-il un Etat-voyou ? Juncker est-il corrompu ?

      

    Le président de la Commission européenne est aujourd’hui un vieux cheval de retour, bien connu dans le milieu de la bureaucratie européiste. Jean-Claude Juncker a succédé à l’ayatollah libéral José Manuel Barroso. Ancien premier ministre et ancien ministre des finances du Luxembourg, c’est en réalité lui qui a encouragé les entreprises multinationales à pratiquer secrètement l’évasion fiscale au profit de son petit pays. Ce qui veut dire clairement que ce petit paradis fiscal comptait justement sur les possibilités de l’Union européenne pour jouer de sa différence fiscale. En effet dans un système d’Etats-nations, non intégré, avec un contrôle sur les mouvements de capitaux, ce type d’évasion fiscale n’est pas possible et les firmes comme Amazon, Ikea, Apple et quelques autres seraient dans l’obligation de payer des impôts dans les pays où elles exercent leurs activités. Ce sont des centaines de milliards d’euros qui se sont soustraits aux Etats nationaux qui sont pourtant en grande difficulté. Il est possible au Luxembourg de payer 1% d’impôt sur les bénéfices, à condition évidemment d’être une multinationale. Juncker et le Luxembourg ont inventé l’impôt dégressif. Dans le même temps qu’on aide les multinationales à dégager encore un peu plus de bénéfice, on exhorte les pauvres à être moins dépensiers et à repousser l’âge du départ à la retraite. Evidemment les sommes en jeu étant colossales, et les bénéfices des multinationales dans ce type de pratique tout autant importants, qu’il est impossible que cela se soit fait sans corruption sans que Juncker ait reçu quelques contreparties sonnantes et trébuchantes. Ces bureaucrates savent compter, il n’y a aucune raison pour que leur service soit gratuit. C’est un aspect souvent négligé de la question.

    Je crois que si on veut démontrer à quel point l’Union européenne est une entreprise malsaine et un instrument de corruption, il suffit de jeter un coup d’œil rapide sur le curriculum vitae de Jean-Claude Juncker. Ce n’est pas la première fois qu’il est pris la main dans le sac. Cela fait des années que sa malhonnêteté a été dévoilée, notamment par Le canard enchaîné. Il faut donc se poser les bonnes questions : pourquoi l’Europe a-t-elle besoin d’un garçon comme lui à sa tête ?

    Le pire n’est pas que ces sociétés utilisent cette possibilité offerte par l’Etat luxembourgeois[1], mais plutôt que cette possibilité s’appuie sur des accords secrets entre le gouvernement luxembourgeois et des centaines de firmes multinationales. Le fait justement que ces accords soient secrets suffit à montrer que l’Europe n’est pas un espace démocratique, mais aussi que ceux qui mettent en œuvre de tels accords savent qu’ils font quelque chose de mauvais. En pendant ce temps les gouvernements européens s’amusent à torturer leurs peuples afin que les plus pauvres remboursent les dettes des Etats qui ont été largement concoctées pour soutenir le secteur bancaire privé en faillite en 2008.

     

    Le monde journal de droite un peu mou et ultra-libéral, avançait que ce scandale majeur – qui selon moi va être rapidement enterré – démontrait qu’il fallait aller vers plus de fédéralisme et unifier les conditions d’imposition entre les différents pays de l’Union européenne. Mais ce journal qui brille aujourd’hui par l’étroitesse de vue de ses journalistes, oublie de dire deux choses :

    1. que les fantaisies luxembourgeoises n’existent que parce qu’il y a l’Union européenne. Et on peut même ajouter que cette Union européenne prône la concurrence fiscale car elle y voit une possibilité de détruire à long terme l’Etat-providence. C’est même pour cela qu’elle a été construite. On rappelle que la logique libérale de l’Europe se trouve d’abord dans la volonté d’élargissement tout azimut, en effet, si on avait pensé cette Europe comme un futur Etat fédéral on aurait commencé par approfondir les règles quand cette Europe ne comportait que 6 membres.

    2. que de l’uniformisation des règles fiscales, personne n’en veut. Soit parce que dans des pays comme la France cela amènerait une révolution – car on voit mal les autres pays européens s’aligner sur la fiscalité française, soit parce que beaucoup de pays veulent continuer de profiter de leur avantage en matière fiscale.

     

    La sortie de l’euro

     

    Dans un nouveau billet Jacques Sapir enfonce le clou de la nécessité de sortir de l’euro. Mais cette fois il travaille la question de savoir si on peut dire que cette sortie serait une catastrophe comme l’a annoncé François Hollande lors de sa malheureuse intervention télévisée. Je ne vais pas revenir dans le détail du raisonnement de Sapir. C’est chiffré, c’est bien, incontournable. Il démontre que les prévisions catastrophiques des défenseurs de l’euro ne sont fondées sur rien. Je voudrais juste revenir sur la façon que nous avons de raisonner.

    En effet, les défenseurs de l’euro nous avaient promis, je le rappelle, que grâce à la monnaie unique et à la dynamique du grand marché, l’Europe connaitrait une période de prospérité durable : une croissance régulière de 4,5% par an, le plein emploi, la hausse des salaires et l’excédent budgétaire. Le boom serait tellement considérable que nous serions dans l’obligation d’aller chercher de la main d’œuvre à l’étranger pour occuper ces emplois si abondants. C’était en 1988. En 2000 l’Union européenne récidivait en pariant que grâce à sa politique l’Europe serait le premier pays en matière de recherche et d’éducation. Le moins qu’on puisse dire est que ces objectifs sont loin d’avoir été atteints. Mieux encore, dans tous les domaines l’Europe a reculé depuis 1988. C’est un échec total. Dès lors on ne voit pas pourquoi les prévisions catastrophiques de ces experts qui se sont régulièrement trompés pourraient être pour une fois plus justes.

    Mais il y a un autre défaut dans le raisonnement. En effet pour dire qu’un retour aux monnaies nationales serait une catastrophe, il faudrait démonter d’abord :

    1. que l’entrée dans l’euro a été un vrai succès ;

    2. qu’avant la monnaie unique nous vivions un cauchemar, la misère.

    Quand on regarde l’histoire récente de l’Europe, on se rend compte qu’il a été assez facile de mettre en place la monnaie unique. Cela s’est fait sans heurts, pourquoi un retour en arrière serait-il aussi catastrophique ? Cette volonté de faire peur montre à quel point les bureaucrates européistes sont bien peu sûrs du succès de leur entreprise pour essayer d’agiter des fantômes et de jouer ainsi sur des peurs irraisonnées.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/journees-de-bruxelles/20141108.OBS4492/journees-de-l-obs-l-existence-de-l-union-europeenne-est-menacee.html

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/11/08/catalogne-rajoy-affirme-que-personne-ne-brisera-l-unite-de-l-espagne_4520720_3214.html

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/08/luxleaks-jean-claude-juncker-et-la-guerre-fiscale_4520699_3234.html?xtmc=le_luxembourg&xtcr=1

    http://www.humanite.fr/cest-confirme-lue-est-dirigee-par-un-patron-de-paradis-fiscal-557006

    http://russeurope.hypotheses.org/3006



    [1] Je rappelle que c’est au Luxembourg que s’est  développée l’affaire Clearstream. Clearstream a depuis changé de nom, c’était la grande lessiveuse de l’argent sale de la planète, on y trouvait des fonds venant aussi bien du Vatican, de la mafia sicilienne, de la mafia russe, du cartel de Medelin que des grandes multinationales. Sur ce thème on peut lire les ouvrages excellent de Denis Robert publiés aux Arènes dans les années 2000. 

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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Dimanche 9 Novembre 2014 à 16:46
    Avenir
    L'erreur fondamentale été pour les européistes de croire qu'il serait possible de fédérer des pays aussi différents à l'est-ouest ou au sud-nord.Pensez aux religions dont l'attitude en rapport avec l'argent sont dissemblables. Et ce à marche forcée, de peur qu'on y réfléchisse trop. A la rigueur, et à condition de prendre son temps on aurait pu essayer une confédération. Mais pas non plus évident. En fait c'est le marché commun qui était viable, sans aller plus loin.Formule espérée par l'Allemagne pour contrer les U.S.A Et encore on voit ce que ce type d'alliance donne avec l'OMC. La G.B en sortira. Et les pays du Sud suivront.
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