• L’amateurisme de Monsieur Macron

     L’amateurisme de Monsieur Macron

    Tout est dit dans la couverture du Point : Macron n’est pas sérieux. On assiste avec l’affaire Benalla à quelque chose de nouveau qu’on pressentait en fait depuis quelques semaines et qui m’avait sauté aux yeux quand j’ai vu que l’obséquieux Gérard Courtois journaliste au Monde arrêtait ses chroniques quotidiennes dithyrambiques sur le président de la République. Les journalistes qui l’avaient porté à bout de bras, lâchent Macron et sont en train de lui faire payer leur propre veulerie. Il n’y a plus au Monde que l’ignoble Françoise Fressoz pour le soutenir encore. Dans une chronique qui sent la commande de dernière heure, elle nous explique que les parlementaires se vengent de Macron et de « son audace ». Sous entendant qu’il est pourchassé non pas pour ce qu’il a fait mais plutôt pour avoir bousculé le confort des élus. Comme d’habitude, Françoise Fressoz a tort[1], c’est assez commun d’ailleurs chez les éditorialistes qui commentent la politique intérieure. Mais là, cette femme dont la ligne de conduite oscille entre obséquiosité et paresse intellectuelle, elle rame à contrecourant. La tendance du jour est au contraire de taper à bras raccourcis sur Macron. Et c’est ce retournement qui est intéressant.

    Les fautes commises par Macron sont très nombreuses. La première est sans doute que l’ivresse du pouvoir lui ait monté à la tête et l’a amené à croire qu’il pouvait privatiser la sécurité à l’Elysée en montant sa propre milice avec des éléments importés directement des bas quartiers. Mais une fois qu’il a été démontré que Benalla – qui sans doute ne s’appelle pas Benalla – a lui aussi sombré à l’ivresse du pouvoir en allant taper sur les passants dans les rues, Macron a incité les détenteurs d’autorité à mentir, que ce soit Collomb, Patrick Strzoda qui a fini par avouer que Benalla n’a pas été suspendu de traitement, ou même le préfet de police. Egalement on a appris que le dénommé Benalla disposait de privilèges exorbitants : non seulement il était logé gratuitement quai de Branly, mais que son appartement devait être refait pour un devis estimé de 180 000 €[2]. Son salaire tournait autour de 10 000 € par mois, et il disposait d’un chauffeur et d’une voiture de fonction. Bref d’une manière ou d’une autre Benalla nous « coûtait un pognon de dingue ». Mais le pire était à venir. On a appris que Macron avait décidé de lui confier la refonte de la sécurité de l’Elysée. On n’est plus dans la gabegie financière, mais dans l’incompétence définitivve, en effet, Benalla n’avait aucune qualification pour s’occuper de ce travail très épineux. Un spécialiste sérieux de la sécurité à l’Elysée irait-il perdre un temps précieux à frapper des passants aux abords d’une manifestation ? La liste des manquements à la déontologie la plus élémentaire est longue, et elle a été faite par la plupart des journaux.  

    L’amateurisme de Monsieur Macron

    Qu’un tel personnage ait pu s’imposer au président de la République pose la question du manque de discernement de celui-ci. C’est à ce même Benalla qu’il confiait les clés de sa villa du Touquet. Il semble en effet que depuis son élection miraculeuse, Macron ait perdu totalement le sens des réalités. Cela se voit à l’arrogance avec laquelle il crache ne permanence sur les Français, mais cela se voit aussi dans la manière de gérer cette histoire de Benalla qui peut-être ne s’appelle ni Benalla, ni même Alexandre. Il a en effet commencé par mettre une sourdine, pensant que celle-ci ne serait qu’un feu de paille. Et lorsque l’article du Monde qui a déclenché cette salade est paru, il a envoyé l’ex-journaliste, mais vrai cireur de pompe, Bruno Roger-Petit mentir en direct à la télévision en avançant que Benalla avait été beaucoup puni d’une suspension de salaire de 15 jours !! Cette suspension de salaire en fait n’a même pas eu lieu, alors qu’elle était présentée par l’ineffable Bruno Roger-Tout-Petit comme une sanction éminemment féroce[3].

    Il faut être vraiment stupide comme l’est Macron pour croire que cela allait calmer la meute. La ficelle était bien grossière. Pendant plusieurs semaines le petit président s’est muré dans un silence hautain – enfin qu’il aurait voulu hautain – ce qui a incité les journalistes qui lui en veulent à mort de les avoir entrainés dans son sillage, à poursuivre leurs investigations. Finalement en voulant protéger Benalla, Macron a dû s’en séparer et se séparer aussi de son acolyte, le louche Vincent Crase, ex-gendarme, plus ou moins employé par le parti En Marche, mais qui avait une position officieuse à l’Elysée et qui lui aussi allait casser du manifestant le 1er mai.

    Cette difficulté de Macron à reculer quand il est pris en tort est sans doute son pire défaut, confondant volonté politique et entêtement imbécile, il court au-devant des ennuis comme s’il cherchait inconsciemment à être sanctionné par une France qui l’a si mal élu. Si les larges appuis qu’il avait dans la presse mainstream laissaient entendre qu’il maitrisait la communication, l’exercice du pouvoir et sa liberté de parole montre qu’il n’en est rien. Il est difficile en effet de faire plus amateur que lui dans la fonction présidentielle. Il s’est sarkozysé très rapidement et encore plus profondément que son prédécesseur : il semble que les déconvenues de l’ancien président ne lui aient pas servi de leçon. Au moins Sarkozy ne se faisait pas balancé par les flics, car ce sont bien eux qui ont donné les informations au Monde, agacés qu’ils étaient de la bouffonnerie de Benalla qui prétendait leur imposer sa loi au nom de sa proximité avec le président de la République[4] !

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    Macron a toujours été arrogant, c’était déjà le cas quand il était ministre de l’économie du malheureux Hollande, mais son arrogance vire aujourd’hui à la bouffonnerie. Il ne semble plus rien maitriser. Déjà on a constaté à travers les sondages qu’il n’y avait pas eu d’effet Coupe du Monde en sa faveur. Au contraire, il a dégouté tous les Français par cette maniaquerie de se mettre en avant. Son manque de discrétion a été très critiqué, alors que les Français dans leur ensemble sont très fiers de leur équipe nationale de football. Mais l’affaire Benalla – qui ne s’appelle peut-être pas Benalla – l’a ramené à la triste réalité. Son comportement d’amateur le fait plonger en dessous du tiers des soutiens[5]. L’affaire Benalla lui aurait fait perdre 4 points entre juin et juillet 2018. Ce manque de retenue dans sa conduite personnelle est sans doute son plus grave défaut. N’ayant jamais eu à fréquenter l’opinion publique, il croit qu’il peut la mépriser et lui pisser contre. Ses prédécesseurs n’avaient pas tout à fait ce genre d’écart de conduite : président hors-sol, il ne comprend rien au peuple qu’il prétend gouverner. C’est pourquoi nous parlons d’amateurisme.

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    La démonstration de cette cuistrerie nous a été donnée encore avec son intervention devant les misérables députés LREM qui s’étaient réunis pour fêter la fin d’une longue session parlementaire[6]. Son caractère a repris le dessus, il s’est mis à bouffonner comme jamais, balançant des blagues de garçon de bains sur Benalla son supposé amant (ah ! ah ! ah !). En gros il a dit deux choses : qu’il assumait l’affaire Benalla, se désignant comme le coupable – on s’en était douté – mais ensuite pour avancer qu’il allait se battre contre la presse qui est selon lui son ennemie. « Qu’ils viennent me chercher ! » a-t-il lancé. Ça nous rappelle une fois de plus Sarkozy qui lançait à un pêcheur qui le critiquait « Descend ici qu’on s’explique ». Conseil que le pêcheur n’avait sagement pas suivi arguant des gros bras qui entouraient le président de l’époque[7]. Lorsque Macron apostrophe ainsi ses contradicteurs, il commet de nouvelles fautes ainsi que le résume Jacques Sapir[8]. D’abord il se comporte en chef de parti alors qu’il est sensé être le président de tous les Français et donc aussi le premier magistrat. Ensuite il sait pertinemment que son statut de chef de l’Etat lui octroie une immunité très large, et donc que Quand il revendique la responsabilité des dérives de l’Elysée, c’est complètement gratuit. Mais sans doute le plus dangereux sur le long terme est qu’il s’oppose complètement au peuple sachant très bien que les deux tiers des Français ont une opinion très négative de cette affaire dite Benalla et qui devient une affaire Macron.

    L’amateurisme de Macron se reconnait au fait que :

    - s’il se tait son silence l’enfonce,

    - et s’il parle sa parole le condamne encore un peu plus. 

    Un amateurisme politiquement ruineux 

    La presse étrangère qui il y a un an avait suivi le mouvement en saluant l’élection de Macron comme celle du futur leader de l’Union européenne, se rend compte que l’agitation du président français est plutôt factice et que des résultats, il n’en obtient pas. Il est vrai qu’entre temps les déconvenues en matière de politique étrangère se sont accumulés sur lui, le montrant comme complètement isolé aussi bien en Europe qu’ailleurs en Russie ou aux Etats-Unis. Elle le fait apparaître aujourd’hui comme ce qu’il est : un amateur, impréparé à la conduite d’un pays comme la France, complètement déconnecté de la réalité du pays qu’il prétend gouverner[9]. Mais surtout la presse étrangère souligne que l’image de marque de Macron va rester durablement « écornée ». Arrogant, menteur et bouffon, dépensier aussi, il n’est pas sérieux de penser qu’il s’en remettra. En outre, cette affaire a montré que lorsque l’opposition était unie, Macron reculait : il a été ainsi obligé de licencier Benalla et Vincent Crase, et sans doute va-t-il devoir encore se séparer de Strzoda, et donc pendant quelques semaines l’Elysée va être encore un peu plus désorganisé que d’ordinaire. Et qu’on ne vienne pas m’opposer les fascistes du FN et leurs bandes armées comme des dangers imminents, on a vu qu’avec l’affaire Benalla ce n’était pas l’extrême-droite qui utilisait des milices, mais plutôt la droite extrême façon MEDEF. Il est en effet très significatif que ce soit le jour même de la fête du travail, le 1er mai, que Macron ait envoyé ses gros bras casser des manifestants dans la rue, comme au bon vieux temps des milices patronales. Il est exclu de penser que les gros bras de Macron aient décidés par eux-mêmes d’aller taper sur les manifestants : ils étaient là forcément en service commandé. Pour quelle raison obscure ? On ne le saura pas.

      L’amateurisme de Monsieur Macron

    Avec Macron plus aucun service de l’Etat ne fonctionne correctement : ni la police, ni les hôpitaux, encore moins l’école, et bien sûr l’Assemblée nationale. Cette affaire aux ramifications nombreuses a déjà eu comme conséquence de repousser l’examen de la loi sur la révision de la Constitution à l’automne… si tout va bien. Mais il semble que maintenant cette réforme qui nécessite au moins l’approbation du Congrès ou un référendum, ait du plomb dans l’aile, tout le monde pensant que Macron tente de produire une réforme qui lui permettrait de mieux gouverner, de gouverner à sa guise[10]. Qu’un personnage aussi nocif qu’insignifiant tel que Benalla oblige le gouvernement à repousser une réforme de la plus haute importance en dit long sur la fragilité du pouvoir de Macron et des députés-godillots à son service. La commission d’enquête dirigée par Yael Braun-Pivet, s’est du même coup couverte d’indignité en tentant d’évacuer les témoignages gênants et contradictoires, même Le monde s’en rend compte[11]. En même temps que le président se discrédite, sans doute définitivement, ses soutiens à l’Assemblée sombrent dans la honte la plus totale. Quelques députés macroniens ont commencé à prendre des distances avec les pratiques de leur chef, il s’agit de Sonia Krimi et Paul Molac. Est-ce qu’ils vont faire école ? On n’en sait rien. Pour prévenir toute idée d’émancipation, Macron les a menacés lourdement : « Les tireurs couchés d'un jour finissent abattus avec les autres quand ils décident de tirer sur les camarades », a-t-il dit[12]. Peut être va-t-il leur envoyé Benalla qui n’a plus rien à faire officiellement ? On verra bien, mais ceux qui comptaient passer de LR à En Marche risquent d’en être dissuadés et au contraire pour mieux exister vont renforcer leur critique à l’instar de Christian Jacob qui parait comme le plus déterminé. Les députés LR ont déposé une motion de censure qui, si elle n’aura aucun effet concret direct, va sans doute démontrer qu’une opposition unie peut avoir la peau de Macron et de son parti croupion.[13]

    Mais cette affaire a aussi semé la zizanie au sommet de l’Etat, ni Collomb, ni Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, ne sont près à endosser les retombées de l’affaire Benalla, ils se sont tous les deux défaussés sur l’Elysée – ce qui explique pour partie la diatribe aigre de Macron affirmant qu’il était le seul responsable. Il va donc y avoir assez rapidement un remaniement ministériel, Collomb a fait son temps, mais aussi un difficile remplacement de Michel Delpuech. On ne voit pas comment celui-ci pourrait rester après avoir contredit la version officielle de l’Elysée. N’a-t-il pas parlé à propos du rôle de Benalla de « copinage malsain » ?

    Cette affaire qui aurait été relativement mineure si elle avait été bien gérée : par exemple en écartant dès le 2 mai 2018 Benalla et Crase, est devenu un boulet par ce qu’elle démontre d’incompétence en Macronie en ce qui concerne les affaires de l’Etat en général. A l’évidence Macron n’est pas à sa place, il est à peine un gestionnaire de portefeuille sans envergure et sans qualité autre que d’embobeliner les naïfs par sa faconde de marchand de voitures d’occasion. Il y a un peu plus d’un an, certains justifiaient d’avoir voté pour Macron au motif que Marine Le Pen n’avait pas les compétences requises pour gérer un pays comme la France, c’est peut-être vrai. Mais Macron a démontré quant à lui qu’il était « vraiment » incompétent au poste qu’il prétend occuper. Comment en effet un homme qui fait confiance à une crapule de bas étage comme Benalla pour sa propre sécurité peut-il avoir le discernement suffisant pour le reste des affaires de la France ?



    [1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/les-parlementaires-font-payer-a-macron-son-insolente-audace-ils-ne-le-lacheront-plus_5335152_823448.html Françoise Fressoz qui se dispute au Monde le premier rôle de lèche-cul avec Gérard Courtois, est la fille de Roger Fressoz, l’ancien directeur du Canard enchainé. Elle ne semble avoir rien appris du parcours de son père te représente très bien la dégénérescence d’un métier qui n’en est pas un

    [2] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/alexandre-benalla-les-secrets-du-m-securite-du-president_2027183.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1532357448#xtor=CS3-5083

    [3] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/07/25/25001-20180725ARTFIG00290-malgre-sa-suspension-de-15-jours-benalla-a-percu-l-integralite-de-son-salaire-en-mai.php

    [4] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-au-senat-les-syndicats-policiers-denoncent-la-confusion-des-roles_2865213.html

    [5] http://www.europe1.fr/politique/la-popularite-de-macron-au-plus-bas-apres-laffaire-benalla-3718142

    [6] http://www.lepoint.fr/politique/affaire-benalla-buzyn-juge-normal-que-macron-s-exprime-devant-les-deputes-lrem-25-07-2018-2238915_20.php

    [7] http://www.liberation.fr/france/2007/11/06/video-sarkozy-a-un-pecheur-toi-si-tu-as-quelque-chose-a-dire-tu-as-qu-a-venir-ici_8809

    [8] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/les-trois-fautes-demmanuel-macron/1338889326240982/

    [9] https://www.lesinrocks.com/2018/07/25/actualite/laffaire-benalla-emmanuel-macron-etrille-par-la-presse-etrangere-111108883/

    [10] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/07/23/97001-20180723FILWWW00125-la-fin-de-l-examen-de-la-reforme-constitutionnelle-reportee-a-la-rentree-a-cause-de-l-affaire-benalla.php

    [11] https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/25/la-commission-d-enquete-sur-l-affaire-benalla-se-dechire-a-l-assemblee-nationale_5335948_823448.html

    [12] https://www.marianne.net/politique/affaire-benalla-il-reste-deux-deputes-lrem-courageux-et-macron-les-menace

    [13] http://www.europe1.fr/politique/affaire-benalla-les-deputes-lr-vont-deposer-une-motion-de-censure-annonce-christian-jacob-3718124

    « Croissance économique, vers l’effondrement ?L’offensive médiatique et mensongère du couple Benalla-Macron »
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