• L’amateurisme de Monsieur Macron

     L’amateurisme de Monsieur Macron

    Plus les jours passent, et plus le nouveau président qui confond communication, propagande et action politique, démontre que manifestement il n’était absolument pas prêt à assumer cette charge, contrairement à Hollande ou à Sarkozy qui avaient certes une politique des plus critiquable, mais qui, élevés dans le sérail, savaient naviguer au cœur des institutions de la république. J’ai déjà souligné le caractère incertain et hésitant de Macron[1], mais ces derniers jours, il a apporté de nouvelles preuves accablantes de son amateurisme. C’est en réalité assez difficile à comprendre parce que l’assise politique de son parti est étroite et que sa cote de popularité est plutôt faible pour un président fraîchement élu. 

    L’armée contre Macron 

    Le fonds de l’affrontement entre l’armée et Macron vient de la misérable gestion des déficits par le médiocre Darmanin, ministre du budget. Celui-ci a en effet proposé une coupe de 850 millions d’euros dans les dépenses militaires si l’armée voulait continuer à assumer les opérations extérieures. Le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers a dénoncé un revirement brutal : en effet Macron avait assuré qu’il augmenterait au contraire le budget des armées pour le porter à 2% du PIB[2]. C’est donc le mensonge politicien plus que la philosophie sous-jacente qui est en cause. Le général de Villiers a bien entendu pris la mouche en tant que garant de l’efficacité militaire et l’a fait savoir. Le président a mal pris qu’on remette en question son expertise aussi bien que sa stature de chef des armées. Mais au lieu d’étouffer cette querelle d’épicier, il l’a montée en épingle, en faisant un sujet de communication. Il est rapidement apparu que le chef de l’Etat avait menti. Il a voulu cependant tiré de cet incident une satisfaction, il a fait une phrase bouffonne et la diffusée : 

    « Je considère pour ma part qu'il n'est pas digne d'étaler des débats sur la place publique. J'ai pris des engagements, je suis votre chef. Les engagements que je prends devant les concitoyens, devant les armées, je sais les tenir et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression, de nul commentaire. » 

    Evidemment quand on est obligé de rappeler qui est le chef, c’est ceci n’est pas vraiment évident pour celui qui le dit. Mais pour Macron, trop jeune et trop tendre par rapport au général de Villiers, c’était une manière de se rassurer comme il peut. Cette démonstration d’autoritarisme infantile engendre un divorce quasi-total entre Macron et l’armée. Le limogeage de de Villiers risque dans ces conditions d’apparaître comme un aveu de faiblesse, et une attaque inconsidérée contre un des derniers piliers qui restent encore debout de la souveraineté nationale. Il faut dire que les deux nominations au poste de ministre des armées ont été reçues très fraichement par les militaires. D’abord Sylvie Goulard qui n’est restée à ce poste que quelques jours avant de démissionner pour cause de future mise en examen, passait son temps à se revendiquer européenne et ne parlait jamais de la France. Ensuite Florence Parly, ancienne militante du P « S », elle est surtout connue pour avoir pantouflé dans le privé, et donc elle a fait craindre aux militaires un excès de technique managériale dans leurs affaires. Mais elle ne dit rien, c’est à peine si on a remarqué sa silhouette au défilé du 14 juillet. La querelle entre de Villiers et Macron lui passe manifestement au-dessus de la tête. Déjà au moment de sa nomination elle n’était guère appréciée, mais le fait qu’elle n’ait pas défendu le budget des armées face à Damarnin, laissant faire le boulot par de Villiers n’a pas arrangé les choses. Bref, comme dit Le monde qui de temps en temps se pose des questions sur le président qu’il a pourtant soutenu, on se dirige vers une crise majeure 

    L’amateurisme de Monsieur Macron 

    La diplomatie bredouillante de Macron 

    Officiellement Macron affiche un européisme au-dessus de tout soupçon et affirme qu’il marche la main dans la main avec Merkel pour recréer un couple aussi solide que celui de Mitterrand et Kohl en leur temps.  Il a donné une interview assez bouffonne qui va dans ce sens[3]. Le monde considère que Macron mène une « diplomatie créative »[4]. On ne sait pas très bien en quoi, mais notre président serait, pour un très vague plumitif de L’Obs une sorte de nouveau Machiavel[5]. Et pourtant le jeu en triangle que Macron parait mené avec Trump et Merkel, ne convainc pas vraiment. Le premier point est que dans un premier temps Macron s’est opposé symboliquement à Trump, en se flattant d’une poignée de main virile, mais surtout en dénonçant l’immobilisme du président américain sur la question du réchauffement climatique[6]. 

    L’amateurisme de Monsieur Macron 

    C’était au mois de juin. Revirement spectaculaire, le 14 juillet Macron invite Trump en grande pompe pour le défilé, il met en scène un diner entre son couple et celui du président américain. A cette occasion il a tenté de faire oublier la désastreuse promotion de son idée loufoque selon laquelle il y aurait un lien entre terrorisme et réchauffement climatique[7], en avançant que Trump partageait cette idée. Il saute tout de suite aux yeux que pour Macron c’est une façon misérable de détourner la question : quel est le rôle de l’Islam dans le développement du terrorisme ? On doit donc nécessairement se demander pourquoi Macron a invité un président en perdition aux Etats-Unis, alors qu’il est menacé d’une destitution et que sa cote de popularité est au plus bas[8], pour lui offrir une telle promotion ? Il semble qu’à travers ce rapprochement avec Trump, Macron vise à « tordre le bras » de Merkel pour lui faire accepter l’idée que l’Allemagne travaille avec lui à une réforme de l’Union européenne et plus particulièrement de la zone euro, et aussi qu’elle accepte de relancer l’économie européenne languissante en « dépensant plus ». Il y a en effet depuis plusieurs mois une campagne intense contre la logique d’accumulation des excédents commerciaux allemands – on a parlé d’excédents excessifs. Le FMI, l’OCDE, mais aussi Martin Schulz le candidat social-démocrate à la chancellerie[9], tous vont dans le même sens. Macron essaie manifestement de surfer sur cette ligne anti-allemande, renforcée par les annonces sur les profits que l’Allemagne a engrangés sur le compte de la Grèce : le chiffre de plus d’1,3 milliards d’euros a été avancé[10].

    En vérité la position de Macron sur l’Europe risque au contraire de crisper encore un peu plus les Allemands. Contrairement à notre exécutif, Merkel et Schaüble sont très attachés à la souveraineté de leur pays. Or les avancées vers plus d’intégration auxquelles prétend Macron, sont des deux côtés du Rhin des abandons de souveraineté. Une des raisons qui font que Macron n’obtiendra rien de Merkel, c’est qu’il n’a rien à offrir, il n’a ni l’envie, ni le courage pour imposer ses vues en menaçant de sortir de l’Union européenne. Il n’est même pas Tsipras qui déjà n’est pas grand-chose. La seule chose qui pourrait remettre en question l’hégémonie de l’Allemagne, c’est une dissolution de fait de la zone euro. Tant que cette arme n’est pas utilisée, l’Allemagne n’a rien à craindre. 

    Du mauvais usage de la Shoah à des fins publicitaires 

    L’amateurisme de Monsieur Macron 

    Cette diplomatie de Gribouille a été encore plus mise en évidence avec la venue du Premier ministre israélien. Je ne suis pas de ceux qui vont critiquer le fait que Macron prenne langue avec Netanyahu. En effet quel que soit l’avis qu’on a sur ce personnage, une diplomatie digne de ce nom et qui vise à faire avancer la paix, passe nécessairement par des discussions avec les belligérants. Il est donc normal de recevoir le Premier ministre israélien, comme pour moi il était normal de recevoir Arafat en son temps, malgré tout le sang qu’il pouvait avoir sur les mains. Par contre la pompe dans laquelle il a été reçu, et les excès de langage, sont très discutables[11].

    Le comble a été atteint lorsque le jeune Macron y est allé de sa leçon d’histoire, lui qui ne sait rien sur rien, et encore moins sur le reste. Dans son étrange discours, il y a deux fautes majeures. La première est de s’inscrire dans la lignée des discours de repentance, quand ce n’est pas en ce qui concerne la colonisation, c’est en ce qui concerne la Shoah. Cette logique est odieuse, d’abord parce qu’elle fait litière du fait que les nouvelles générations ne peuvent pas être comptables de ce qui s’est passé dans le processus de rafle des Juifs en France. Mais ensuite, elle suppose contre les analyses du général De Gaulle, que Vichy c’était la France. Or le combat de la Résistance fondait sa légitimité justement sur l’idée contraire : Vichy, ce n’est pas la France, c’est juste le gouvernement mis en place sous la tutelle de l’armée d’occupation allemande[12]. Que des Français aient participé à cette ignominie est un fait. Mais si Macron avait été un peu instruit, il aurait su qu’au moment de la Rafle du Vel’d’Hiv, et selon des analyses des autorités allemandes, Vichy n’avait plus d’assise populaire, s’il en a jamais eu. 

    L’amateurisme de Monsieur Macron 

    Rafle des Juifs à Marseille en 1943 

    Disons les choses d’une manière plus claire : si ce sont bien des Français qui ont participé à la rafle des Juifs à Paris comme à Marseille, et si cela est bien un crime, il est évident que cela n’aurait pas pu se faire sans l’approbation des autorités d’occupation, or il n’est pas venu à l’idée du malheureux Macron de mettre en cause l’Allemagne. Il fait comme si la rafle des Juifs et leur déportation n’avait pas de rapport avec la défaite de 1940 et donc avec l’agression de la France par l’Allemagne. Là où se situe l’ignominie macronienne c’est dans ce grand écart qu’il tente de réaliser entre une allégeance prononcée à l’hégémonie de l’Allemagne, et une détestation sans fin de la France. Ce discours honteux de Macron à propos de la Rafle du Vel’d’Hiv doit être rapproché de ce qu’il a dit de la colonisation qu’il a qualifié de « crime contre l’humanité »[13]. Il avait fait cette déclaration un peu légère somme toute lors d’un voyage en Algérie au moment de sa campagne présidentielle. Tout cela donne l’impression d’une détermination sans force : il n’y a pas de ligne claire sur la position de la France sur tous les dossiers internationaux, il y a juste des déclarations intempestives et mal calibrées qui cherchent à se mettre l’interlocuteur dans la poche. Mais il ne semble pas que cela sera suffisant, et si les succès sont inexistants, il est presque certain que les déconvenues seront nombreuses.

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/macron-l-americain-un-homme-peu-sur-de-lui-a130677760

    [2] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/17/une-crise-majeure-ouverte-entre-macron-et-l-armee_5161378_823448.html

    [3] http://www.lejdd.fr/politique/exclusif-ce-quemmanuel-macron-a-dit-a-donald-trump-3390056

    [4] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/07/17/la-diplomatie-creative-du-president-macron_5161483_3232.html

    [5] http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20170712.OBS2012/ce-que-macron-doit-a-machiavel-par-patrick-boucheron.html

    [6] http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/macron-n-aurait-pas-du-se-vanter-de-sa-poignee-de-main-virile-avec-trump_1914119.html

    [7] http://www.20minutes.fr/politique/2102423-20170710-rechauffement-climatique-terrorisme-impossible-faire-lien

    [8] http://www.telegraph.co.uk/news/0/donald-trump-latest-approval-rating-impeachment-odds/

    [9] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/07/16/en-allemagne-les-sociaux-democrates-promettent-que-l-etat-continuera-de-depenser_5161168_3214.html

    [10] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/030443643863-lallemagne-a-engrange-plus-dun-milliard-de-profits-sur-la-grece-2101705.php

    [11] http://www.sudouest.fr/2017/07/16/un-geste-tres-fort-ce-qu-il-faut-retenir-de-la-rencontre-entre-macron-et-netanyahu-3622092-4803.php

    [12] https://russeurope.hypotheses.org/6148

    [13] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/16/pour-macron-la-colonisation-fut-un-crime-contre-l-humanite_5080621_4854003.html

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