• Journal de campagne

     

    Journal de campagne

    La campagne pour les élections présidentielles commence à prendre tournure. Certes c’est un peu inédit parce que pour la première fois un candidat à la présidence est mis en examen avec sa famille pour détournements de fonds publics, abus de bien sociaux, emplois fictifs et également pour faux et usage de faux. Les ennemis de François Fillon, et Dieu sait s’il a dans son propre camp, ne devraient pas se réjouir. Car cette situation inédite est le résultat d’une réforme initiée par François Hollande : la création du PNF (Parquet National Financier) en 2013. La rapidité avec laquelle la turpitude fillonesque a été traitée en est le résultat, mais aussi la démission de Bruno Le Roux, pris lui aussi les doigts dans le pot de confiture. Il se pourrait d’ailleurs que Macron finisse par y être également convoqué. Mais dans l’avenir, ce sont tous les politiques indélicats qui risquent d’être inquiétés, et ça fait beaucoup de monde. Cette moralisation de la vie politique irait, si elle continue, dans le sens déjà emprunté par les pays anglo-saxons. Bien évidemment c’est la moindre des choses que de sanctionner de tels comportements.

    Beaucoup ont justifié les turpitudes fillonesques par le fait que les hommes politiques faisaient tous la même chose ! On a vu l’ubuesque Charles de Courson venir nous expliquer que si les députés étaient mieux payés, ils ne voleraient pas car ils n’en auraient pas le besoin[1] ! Ce chantage éhonté vient d’un député qui n’a jamais travaillé de sa vie – comme Fillon – et il ne se pose pas trop de question de savoir comment un député aussi mal payé comme Fillon a-t-il pu amassé une belle fortune dont le clou est un manoir entouré de près de 15 hectares de terres agricoles ! Ce sont évidemment les mêmes hypocrites qui s’en vont répétant qu’on ne peut pas augmenter le SMIC vu les risques que cela ferait peser sur la compétitivité de l’économie. Pour contrer ce type de discours, on pourrait à l’inverse proposer de payer les députés en fonction des résultats : tant pour la baisse du chômage, tant pour le redressement de l’équilibre commercial et encore tant pour la croissance. Sur les trente dernières années, il est assez clair que Fillon et de Courson n’auraient pas gagné lourd ! Personnellement je pense que les peines pour les emplois fictifs, les détournements de fonds et la prévarication, doivent être lourdes, avec à la clé l’inéligibilité à vie.

     

    La main sur le cœur 

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    Les hommes politiques dont la médiocrité se révèle de plus en plus facilement au grand jour via les réseaux sociaux, ont pris cette sinistre habitude de recopier les Américains et de terminer leurs discours en mettant la main sur le cœur, un peu pour nous dire qu’ils sont honnêtes quoi. Mais on sait ce que peut valoir une telle profession de foi. Un homme honnête n’a pas besoin de l’affirmer. La similitude des attitudes de Fillon, Macron ou Hamon laisse penser que cette mode est véhiculée par des cabinets de conseil en communication qui tentent de justifier leurs émoluments en proposant des postures qu’ils pensent novatrices. Mais cet effet de répétition lasse rapidement et amalgame les candidats dans une seule et même catégorie où le programme importe peu.   

    Des histoires de costume 

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    Fillon pense qu’avec un costume à 13000 € il sera plus séduisant. Mais auprès de qui ? De ses maîtresses ? Des électeurs ou des SMICARDS ? On reconnait les hommes de droite à leur costume. Macron et Fillon possèdent le même type d’outil. Macron se drapait dans son costume pour montrer sa supériorité vis-à-vis du bas peuple avec une arrogance qui aurait pourtant mérité une gifle[2]. Fillon jouait lui aussi l’arrogance : « Un ami m’a offert des costumes et alors ? »[3]. Comme une coquette entretenue par des vieux messieurs, il fait semblant de croire que c’est normal d’avoir des riches amis qui vous offrent des costumes aussi chers. Mais il oublie deux choses, la         première est qu’un riche entremetteur comme Robert Bourgi n’offre pas des costumes sans contrepartie directe ou indirecte. Je passe sur le fait que ces cadeaux doivent être déclarés. La deuxième chose c’est que Bourgi a dénoncé son « ami » Fillon en avouant qu’il lui avait bien offert ces fringues réputées ! On peut avoir de meilleurs amis !

    On notera que les costumes lui ont été offerts alors même que Fillon était déjà impliqué dans des salades judiciaires pour ses emplois fictifs. A tout le moins François Fillon ne maitrise plus ses actes et se laisse aller à la rapacité sans en mesurer les conséquences. Ce serait très certainement un très mauvais président pour ces raisons-là : non seulement il ne sait pas dire non aux vieux messieurs fortunés, mais il est incapable d’anticiper les conséquences de ses actes.

    Regardons les costumes de Macron et de Fillon, comme je l’ai dit ils sont soutenus tous les deux par l’Institut Montaigne[4]. Certes on peut supposer qu’au sein de cette officine du patronat financier il y ait des oppositions (le clan des assureurs versus celui de la banque). Vous remarquerez qu’ils ont la même double poche à droite ! C’est quelque chose d’assez laid qui ne se fait plus depuis longtemps. Cette mode avait été lancée par Valéry Giscard d’Estaing il y a plus de quarante ans ! Mais VGE y est resté fidèle comme on le voit dans la photo ci-dessous. Je me suis posé la question suivante : que veut dire cette double poche si laide ? Peut-être une volonté de dissimulation. En tous les cas on constate qu’elle est la marque des parvenus. Macron aimait à fréquenter les banquiers en espérant récolter des miettes de leur pouvoir, Fillon paradait devant son manoir pour laisser croire à quelque ascendance noble, été VGE, on le sait, devant sa particule à l’argent de son père ! 

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    Les fillonistes rêvent 

    Revenons à des analyses plus courantes et moins tarabiscotées. Les fillonistes sont passés à l’offensive en disant que les sondages ça vaut rien et que malgré la dégringolade de leur champion, ils termineront en tête du premier tour et gagneront le deuxième. Ils invoquent pour justifier leur « analyse » d’abord le fait que Fillon n’était pas le favori des sondages pour la primaire et qu’il l’a emporté haut la main, et ensuite que les analyse « big data » sont très fiables et montrent que Fillon est devant. Faisons d’abord pièce à la première partie de cette analyse : lors de la primaire, Fillon se présentait comme l’homme honnête et sans tâche, ce qu’il ne peut plus faire évidemment, et si la primaire était rejouée aujourd’hui, Fillon serait bon dernier, mais en outre il avait très bien travaillé les élus avec la complicité de Larcher. Or le parti et Larcher l’ont lâché et ne font plus que mollement campagne pour lui.

    Le deuxième aspect est celui des analyses de Filteris qui se penche sur les traces numériques ! Ils donnent Fillon deuxième[5]. Et les fillonistes avancent que Filteris ne s’est jamais trompé ! Ce qui est faux bien entendu. En vérité les analyses de Filteris mettent en avant l’activité des candidats et de leurs soutiens sur la toile. Tout au plus cela signifie que Fillon comme Marine Le Pen possèdent un noyau dur important que rien ne peut atteindre, des sortes de fanatiques prêts à se faire brûler pour leur candidat quoi qu’il ait fait. 

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    La méthode Filteris (développée par une société canadienne) qui ne repose pas sur des questions directes aux électeurs potentiels, n’a pas eu que des bons résultats et s’est même méchamment plantée, y compris pour la primaire des Les Républicains[6], puisque Filteris voyait Sarkozy au deuxième tour !! bref cette méthode ne peut en aucun cas remplacer les bons vieux sondages d’opinion. Or que voit-on dans les derniers mouvements sondagiers ? D’abord qu’il y ait une assez forte instabilité et que l’abstention risque d’être très forte. Ensuite que Fillon est en passe d’être rattrapé par Mélenchon, car celui-ci bénéficie maintenant de l’effondrement de Benoît Hamon : l’un monte et l’autre descend. Hamon paye deux choses, d’abord les mauvais coups des caciques de la tendance droitière du P « S », la trahison de Valls, celle de Le Drian, et j’en passe. Certes il n’est pas certain que cela suscite beaucoup de voix pour Macron, bien que ce soit le but de la manœuvre, mais cela va inciter les électeurs de gauche à prendre leur distance avec un parti dont le candidat n’arrive même pas à tenir les rênes. Si on ajoute ça à la faiblesse intrinsèque de Hamon, et ses errements sur le revenu universel, on comprend que le candidat du P « S » ne pourra finir qu’aux alentours des 5%.

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    La dynamique de la campagne étant ce qu’elle est, il semble bien que la première place soit promise à Marine Le Pen, même s’il paraît évident qu’elle n’a aucune chance d’être élue au 2ème tour. Macron lesté du soutien de Manuel Valls et de ses affaires de patrimoine – sans parler de ses méconnaissances en géographie – semble devoir reculer. Mélenchon doit progresser encore pour accéder au deuxième tour. Ce sera difficile, mais ce n’est pas tout à fait impossible. 

    Et l’Europe ? 

    L’autre information de ces sondages : c’est que les candidats souverainistes sont au nombre de 5 et représentent aujourd’hui près de la moitié des intentions de vote[7]. Ce qui confirme qu’un référendum pour le Frexit serait sûrement gagné pour ceux qui veulent sortir de l’Union européenne, pour peu qu’on laisse du temps à la campagne. C’est un jalon posé dans l’histoire de la déconfiture de la construction européenne. Pour l’instant ce qui maintient encore la France dans l’Union européenne et l’euro, c’est seulement le fait que les candidats souverainistes appartiennent à la gauche et à la droite. Mais on peut imaginer une sorte d’union nationale pour sortir de l’Europe sur le thème suivant : quels que soient les désaccords entre ces 5 candidats, il y a un accord central sur le fait que sans une sortie du carcan aucune politique n’est possible autre que celle impulsée par Bruxelles et sa bureaucratie mortifère. Il ne s’agirait pas d’une alliance, mais d’un simple constat : le débat politique entre la droite, la gauche et l’extrême droite ne peut pas exister dans le contexte actuel. Après tout, on a vu par le passé des hommes d’extrême droite s’unir à des hommes de gauche et d’extrême gauche : c’était pendant l’occupation, parce que chasser l’occupant était la condition nécessaire au débat politique. Et bien c’est le cas encore aujourd’hui. On ne peut plus faire de politique parce que Bruxelles a confisqué les éléments de la politique économique, le budget et la monnaie.

    Par contraste on remarque que les deux candidats du système, Fillon et Macron, sont entièrement d’accord sur l’Europe : pour eux, sortir de l’euro serait une catastrophe, pour eux il faut une défense européenne unifiée, et un super ministère de l’économie pour la zone euro. Toutes choses aussi illusoires que l’Europe sociale d’Hamon qui a été cherché lui aussi une onction à Bruxelles auprès de Martin Schulz dont le parti a été défait dans la Sarre. Comme si un homme politique français se devait d’être       adoubé par l’Allemagne pour être élu[8] ! 

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    [1] http://www.leparisien.fr/elections/legislatives/le-debat-faut-il-mieux-payer-nos-parlementaires-10-03-2017-6749670.php

    [2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/05/27/25001-20160527ARTFIG00392-emmanuel-macron-le-meilleur-moyen-de-se-payer-un-costard-c-est-de-travailler.php

    [3] http://www.lepoint.fr/presidentielle/fillon-un-ami-m-a-offert-des-costumes-et-alors-12-03-2017-2111313_3121.php

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [5] http://www.media-web.fr/presidentielle-2017-mesure-filteris-euromediations-du-30-mars-macron-amorce-sa-decrue-78-104-2501.html

    [6] http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-filteris-lalgorithme-prefere-des-fillonistes-est-il-fiable-3215336

    [7] Jacques Sapir a remarqué aussi ce phénomène nouveau. http://russeurope.hypotheses.org/5864

    [8] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/28/a-berlin-benoit-hamon-rencontre-angela-merkel-et-recoit-le-soutien-de-martin-schulz_5102085_4854003.html

    « Charles Bowden, Orchidée de sang, une histoire pas naturelle de l’Amérique, Armand Colin, 2013.Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Céline, la race, le juif, Fayard 2017. »
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