• Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015

    Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015

    A l’automne, comme les prix littéraires, reviennent les ouvrages sur les situationnistes et sur Guy Debord. Il y a plus de vingt ans que ce dernier a disparu, mais on s’intéresse toujours à lui et à son parcours dans le siècle dernier. La raison en est sans doute aussi bien que l’époque a besoin d’une secousse de grande ampleur pour retrouver un sens, et aussi qu’il fut un intellectuel et un penseur exceptionnel dans le siècle dernier. Pour beaucoup il reste un modèle en ce qui concerne le combat contre le vieux monde, et en tous les cas La société du spectacle reste le grand ouvrage théorique de la révolution au XXème siècle.

    Dans son premier ouvrage sur Guy Debord, Apostolidès[1] s’était souvent avancé avec un certain manque de précaution et d’arguments sur les raisons du comportement singulier de Guy Debord. Il disait cependant qu’il y avait bien trop de lacunes dans ce qu’on connaissait de sa vie et de son enfance pour vraiment être sûr et comprendre l’homme. Il a donc enquêté, fouillant ici et là les correspondances, rencontrant des témoins encore vivants. Entre temps il avait fait un travail très important sur des compagnons de route de Debord, Patrick Straram ou Ivan Chtchglov, dont il avait exhumé des textes tout à fait passionnants.

     Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015 

    Devant la galerie du Double Doute, passage Molière à Paris, de gauche à droite : Gil J Wolman, Mohamed Dahou, Guy Debord, Ivan Chtcheglov, juin 1954

    Ce n’est pas la première biographie de Debord, c’est la 4ème, après celles de Bourseiller, Hussey et Kauffman, mais c’est maintenant la plus complète. Elle prend le contrepied complet de l’hagiographie de Kaufmann. Son principe est que l’œuvre dépend du caractère, qui lui-même dépend de l’environnement social et familial. Ce faisant il met en scène un Debord très intelligent et fragile qui absorbe tout ce qui passe à sa portée et le recycle à son profit. Il montre les difficultés qu’il rencontre à se situer, ses hésitations, le besoin qu’il a de se rattacher à un groupe structuré et organisé, voire de se mettre sous la tutelle de personnes plus âgées comme Isou par exemple à qui il accorde une confiance un peu naïve tout de même.

     Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015 

    Guy Debord à son arrivée à Paris 

    Evidemment les principes de lecture de la trajectoire de Debord mis en avant par Apostolidès sont très discutables, ou du moins ils peuvent paraître insuffisants parce qu’ils donnent trop d’importance au caractère et pas assez à l’environnement social et culturel. Prenons l’exemple des exclusions sur lesquelles Apostolidès s’attarde longuement. On sait bien qu’elles ont été très souvent marquées par la mauvaise foi et qu’elles permirent à Debord de consolider son pouvoir dans les groupes qu’il avait créé. Mais pour Apostolidès elles reflètent d’abord un caractère particulier, violent et fragile, alors que de telles pratiques étaient en vigueur aussi bien dans les groupes surréalistes qu’au parti communiste. Quelles que soient d’ailleurs les raisons intimes de cette attitude de Debord à vouloir exclure tout le monde y compris lui-même en se suicidant, il va de soi que c’est cela qui lui a permis d’avancer en jouant de l’idée que l’IS devait rester « pure » il en a renforcé l’audience.

     Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015 

    Une image des maquettes de New Babylon par Constant 

    Apostolidès détaille la transformation de l’IS en une organisation politique révolutionnaire. Mais il n’en donne pas les raisons. C’est un point qu’il faudrait développer. Les premiers succès de l’IS passent par le développement de l’Urbanisme Unitaire qui va devenir la chose de Constant à travers le projet New Babylon. Mais leur idée est alors que la technique libérera les individus et leur permettra une vie centrée sur le temps libre : c’est en ce sens que l’IS peut être considéré comme à la pointe de la modernité. Le retournement vers le politique et la révolution sociale, prolétarienne, vers les conseils ouvriers est en réalité un retour vers le passé et marque l’abandon de plus en plus évident de l’idée de progrès technique. Cette tendance Debord la développera un peu plus après la fin de l’IS avec une attention plus forte donnée à la destruction de la planète par le capitalisme. Ce n’est pas un hasard s’il s’est séparé de Constant. Certes il y avait comme toujours des problèmes d’ego. En réalité il refuse le modernisme porté par la réflexion architecturale de Constant. Peu à peu il va se tourner vers la passé et se lamenter de la destruction des villes et particulièrement de Paris par l’envahissement de la logique de la marchandise.

     Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015 

    La révolution espagnole comme modèle 

    Le passage de la logique d’une avant-garde artistique vers une organisation politique révolutionnaire est un grand bond en arrière. Un retour au XIXème siècle. Elle a été vécue comme ça d’ailleurs par les acteurs de Mai 68 qui refusaient le modernisme imposé par les Trente Glorieuses. Ce n’est pas pour rien que sa lecture de Marx est centrale dans le développement de la pensée de Debord. Le reniement de la fraction artistique de l’IS s’inscrit aussi bien dans la critique du nouveau mode de socialisation qui se met en place en France : la société de consommation de masse. C’est d’ailleurs ce refus qui va être la particularité première de l’IS nouvelle manière, la solution n’est pas dans l’accroissement des biens matériels qui amélioreraient le confort, au contraire ces biens de consommation construisent une prison. Et c’est pourquoi l’IS sera si bien reçu dans les années suivant Mai 68 : elle est sans trop le savoir le prémisse de la décroissance.

     

    Malgré ses grandes qualités qui s’appuient sur une documentation importante et souvent inédite[2], on peut reprocher plusieurs choses à l’approche construite par Apostolidès. D’abord cette volonté de rapprocher en permanence la forme dans laquelle se déploie l’IS des formes religieuses et de transformer Debord en gourou d’une sorte de secte. Malgré tout ce qu’on peut reprocher à Debord dans sa volonté évidente de conserver le pouvoir sur l’IS, c’est un rapprochement selon moi trop hâtif qui ne tient pas compte de la nécessité d’imposer un projet, une formule face au reste de l’extrême-gauche. Certes toute biographie ressort de la subjectivité du biographe. Mais cet a priori d’Apostolidès l’amène à faire des erreurs : par exemple, il regarde le développement de la théorie des conseils ouvriers comme émanant d’une volonté messianique de Debord. Or c’est oublier la spécificité même de Mai 68, c’est le moment où se conteste  la forme centralisé et léniniste de la Révolution. En réalité le développement de la théorie des conseils se fait indépendamment de Debord et de l’IS qui n’étaient absolument pas connus à ce moment-là, elle est dans l’air du temps, tant elle correspond à cette volonté de démocratie directe de prise de parole qui déborde tous les partis et les syndicats. C’est d’ailleurs pour cette raison que Mai 68 fut un grand moment.

    Mais il y a aussi des lacunes assez incompréhensibles. Par exemple Apostolidès qui traque le louche comportement de Debord dans la mise en œuvre des exclusions, fait l’impasse sur le déroulement et les conséquences de l’affaire de Strasbourg. Il y a d’ailleurs un trou dans la chronologie, comme s’il manquait un chapitre entre 1966 et 1967. A la suite du scandale de Strasbourg, l’IS attire à elle une poignée de jeunes étudiants, mais ceux-ci vont être exclus très rapidement pour des motifs très étranges, ils sont entre autres accusés d’avoir menti. Cette exclusion des garnaultins anticipe de ce que sera l’exclusion lamentable de René Riesel qui fit étalage d’une grande vulgarité de la part du créateur de l’IS. Or les garnaultins comme Riésel sont des jeunes gens qui ne se laissent pas faire et qui résisteront aux pressions de Debord. Ce sont d’ailleurs les garnaultins qui les premiers théoriseront la manière de Debord de vouloir tout contrôler, dans une brochure intitulée L’unique et sa propriété. En rapprochant l’exclusion des garnaultins et celle de Riesel on se dit que Debord avait à la fois la volonté d’attirer à lui des plus jeunes, mais qu’en même temps il s’en méfiait.

     Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, 2015 

    Métagraphie de Guy Debord 

    Par ailleurs Apostolidès montre bien combien Debord est hésitant, et il a du mal à choisir entre une action dans l’avant-garde artistique et dans l’avant-garde révolutionnaire. Il entreprend donc de produire des œuvres d’art qu’il appelle à la suite des lettristes métagraphies. Personne ne s’intéresse à la production plastique de Guy Debord, pas même Apostolidès. Elle est pourtant fort intéressante, non seulement parce qu’on y trouve des collages passionnants comme celui suscité par le suicide de Jacqueline Harispe dite Kaki, mais aussi parce qu’elles mettent en scène une conception particulière de l’espace. Ce qui est d’ailleurs corroboré par ce que dit Apostolidès d’une insertion spatiale plutôt que temporelle de la pensée de Guy Debord. 

    Il est à parier que l’ouvrage sera fort critiqué par les admirateurs de Guy Debord  car il le présente plus comme un manipulateur et un menteur qu’un penseur original et novateur. Apostolidès envoie des coups de griffes à des rigolos comme Sollers ou Zagdanski, et le portrait qu’il trace de la veuve de Guy Debord est acéré. Plutôt que de ressasser des analyses psychologisantes, Apostolidès qui mêle sans toujours beaucoup de rigueur l’étude des écrits de Debord aux éléments souvent crasseux de sa vie quotidienne, il aurait pu essayer de comprendre pourquoi en réalité le déclin de Debord commence juste après la publication de La société du spectacle  et qu’en 1978 après la réalisation d’In Girumimus Nocte… il se met de lui-même à la retraite. 

    Mais ça ne fait rien, même si on ne partage pas tout de ses hypothèses et de ses analyses, l’ouvrage est fort intéressant, même pour ceux qui connaissent déjà Debord, sa vie, son œuvre. L’ensemble est très bien écrit, bien qu’il n’évite pas toujours les répétitions et qu’il ait laissé passer quelques petites coquilles. 

     


    [1] Tombeaux pour Guy Debord, Exils, 1999.

    [2] Il se sert de beaucoup de lettres qu’on ne trouve pas dans la correspondance éditée par la veuve de Guy Debord, correspondance qui a par ailleurs été très critiquée pour ses lacunes. 

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  • Commentaires

    1
    Tenret Yves
    Lundi 26 Octobre 2015 à 10:37

    Pour ce qui est de la lacune Strasbourg, 1967/1968, l'auteur répond ici : http://aligrefm.org/programmes/les-emissions/la-vie-est-un-roman/emission-du-20-octobre-2015.html

     

    2
    Lundi 26 Octobre 2015 à 13:37

    merci pour ce lien

    au passage vous avez noté que Jean-Pierre Voyer en prend pour son grade comme on disait dans le temps
    3
    Alex Terror
    Samedi 31 Octobre 2015 à 08:13

    Cet article a l'air de critiquer le bouquin d'Apostolidès mais il est trop complaisant et ça mérite un commentaire. Apostolidès ne connaît rien à Debord et le prouve encore une fois. Yop! Je l'ai dit ailleurs, en me cachant derrière un pseudo, je le redis ici à découvert : «Une biographie "intime" qui se targue sans vergogne de passer une vie entière à la moulinette psychanalytique est une abomination.»

    Apostolidès se vante d'être prof d'université. En fait, il grenouille dans une obscure institution américaine dont personne n'a jamais entendu parler, Stanford (?), et qui a sans doute bien du mal à recruter des tâcherons de son espèce pour enseigner le B.A. BA de la langue française aux gamins illettrés des États-Unis. Apostolidès se mêle aussi d'écrire mais tous ses bouquins sont pitoyables. Être un tintinologue, voilà son ambition! Rions, mes frères! Certes, j'ai jamais lu un seul de ses livres mais y a-t-il besoin de plonger dans cette prose pour en connaître l'odeur ? Pouah, ça pue la connerie à plein nez.

     Moi, Alexandre Bauge, dit Alex Terror, dit encore Alex, dit également Alexis Renoir (j'en passe, j'ai tellement de pseudos que je m'y perds parfois), j'ai pas besoin d'avoir fait d'études (je suis quand même bac + 2) pour juger pareille râclure de bidet. Debord est un penseur révolutionnaire, je sors pas de là. Quant à ceux qui me reprochent de rien faire de ma journée et de m'exposer chaque jour sur FaceBook, je répondrai ceci : d'abord, j'ai un vrai travail, je suis DJ à Montpellier. C'est pas ma faute si je ne trouve pas d'emploi dans une région qui grouille de DJ plus talentueux que moi. Je pense sérieusement à arrêter de mixer. Ça fait plus de quinze ans que je me fais payer en bières, j'en ai marre. Je me sens juste ridicule. Je sais ensuite que certains me trouvent super tendu, du style à démarrer au quart de tour. Mais... bordel... ça fait bientôt 45 balais que j'essaie de me plier à des règles sociétales qui m'encombrent, à des envies qui ne viennent pas de moi, juste pour être sympa, dans le pacte social. mais... bordel... vous avez vu l'état de notre société? de l'humanité, plus globalement? Comment ne pas vouloir remettre de l'ordre, au moins à mon niveau? Debord est le seul penseur à m'aider dans cette tâche surhumaine. C'est un vrai dieu, je m'agenouille devant lui. Alors, à quiconque tentera de le critiquer comme cet Apostolidès, je lance ce défi : craignez la colère d'Alex, la terreur des bauges et des cochons. =^..^=

    4
    Samedi 31 Octobre 2015 à 11:02

    Cher Alex, c'est un peu vrai que le bouquin d'Apostolidès est à charge. Mais il est vrai que pendant trop longtemps Debord fut un homme admiré au-delà du raisonnable. Pour ma part je considère qu'au-delà de ses contradictions, Debord est effectivement un grand penseur, même s'il s'est trompé sur beaucoup de points. Il y avait chez lui tout de même quelque chose de bourgeois qui est assez gênant. ler reconnaître n'est pas forcément ne pas trouver pertinentes ses analyses. 

    5
    Ben
    Jeudi 5 Novembre 2015 à 16:36

    Rappelons quand même que Gianfranco Sanguinetti, dans une lettre adressée à Mustapha khayati datée de décembre 2012 (consultez le site Jules Bonnot de la Bande  pour la lire), ridiculisait Apostolides quand celui-ci avait osé affirmer que le véridique rapport avait été entièrement l'œuvre de Debord sans aucun apport de Sanguinetti. J'ai lu cet ouvrage paru en 1999 et aussi un autre du même auteur, que j'ai jeté depuis, intitulé "l'affaire Unabomber" sur l'histoire de ce fameux terroriste technophobe.

    Bien m'en a pris, car j'ai lu quelques années plus tard, en lisant en passant la préface à la réédition aux éditions Xénia de son manifeste que Kaczynski, du fond de sa prison,  réfutait lui aussi point par point toutes  les analyses qu'Apostolides avait pu fourbir dans son ouvrage. Le peu que j'ai pu lire sur Books Google de son nouveau livre avec ses propos psychologisants à la mord-moi le nœud à peu près toutes les deux pages n'augure rien de bon  surtout quand on apprend dans le même temps que les éditions de l'échappée s'apprêtent à publier des textes inédits de Debord, autrement plus excitant. Après tout ça, s'il y a encore des gens pour vouloir gaspiller 28 euros dans l'oeuvrette indigente de cet énergumène...

    6
    Vendredi 6 Novembre 2015 à 08:13

    il y a quelque chose de bizarre chez Apostolidès. Dans le dernier "Causeur",  il dit que Debord est passé d'une position technophile à une position technophobe après la dissolution de l'IS. Cela est vrai, mais rarement discuté. Or évidemment le retournement de l'IS et de Debord sur cette question vient du fait qu'on s'est rendu compte (l'Ecole de Francfort par exemple) que le progrès technique n'est pas neutre. Problème que ne soulève pas le tintinologue en chef qui considère que la progrès technique est toujours bon. Or justement on peut savoir gré à Debord au moins d'avoir abandonné les vieilles lunes progressistes et les conneries de l'IS avec les déplacements en hélicoptère ou encore la New Babylon

    7
    Ben
    Samedi 7 Novembre 2015 à 02:55

    Encore lu une "louchée" du nouveau livre d'Apostolides sur Books Google et c'est toujours aussi mauvais. A son crédit, on peut lui reconnaître de faire lire  pour la première fois quelques lettres envoyées à debord, ce qui donne un tout autre point de vue que celui de la correspondance à une seule voix éditée par Fayard (dont notamment une réponse de Riesel pas piquée des hannetons). Et puis c'est tout. Au lieu de conter avec humilité le parcours en ajoutant ces nouveaux éléments, Apostolides ne peut pas s'empêcher de reconstruire un Debord à sa sauce tout droit sorti de son imagination  en l'enrobant dans son discours psychologisant vraiment casse-burne à la longue. Non seulement son portrait à la lumière de la psychologie s'avère extrêmement pauvre mais le rendu social culturel et politique de l'époque est quasiment absent quand il ne dénote pas une incompréhension complète du projet de l'IS (à un moment, par exemple, Apostolides reproche à celle-ci ne pas avoir eu, contrairement aux autres groupes gauchistes de l'époque, de stratégie de prise pouvoir. Ce con n'a jamais dû lire les excellentes analyses de Jean-Franklin Narodetzki, notamment un article dans la revue le débat en 1988, pour comprendre ce que doivent être les objectifs A MINIMA d'une organisation révolutionnaire à la lumière des tragiques erreurs qui ont ensanglanté le XX siècle).

    A lire Apostolides, notamment sur 68, on croirait que Debord était complètement à côté de la plaque sur son analyse des "évènements" quand chacun sait, maintenant, avec toutes les livres véridiques (je veux dire pas ceux publiés par les anciens trotskards recyclés dans les meubles du pouvoir par la suite) publiés depuis que, si la révolution n'a pas eu lieue, les conditions objectives de la révolution, elles, étaient bien réunies, ce qui n'est pas une mince affaire quand on mesure les quarante-sept ans de politique lamentable qui ont suivi. Pascal Dumontier dans son livre avait été beaucoup plus juste, puisque tout en reconnaissant la part subjective que l'IS avait mise dans son interprétation, il montrait l'extrême pertinence des développements "à chaud" que l'IS a donné du déroulement des évènements.  Ce qui est aussi très énervant c'est aussi cette volonté systématique de décrire l'IS comme une secte religieuse jusqu'aux explications abracadabrantesques de la dissolution de l'IS comparée à un acte manqué comme son film "hurlements en faveur de Sade" quand, dans le même temps, Vaneigem dans son livre d'entretiens avec Berreby, soutient, lui, que l'IS aurait du se dissoudre encore plus tôt. Bref, au lieu de s'emmerder avec ce genre de livre, mieux vaut, à mon avis, plonger directement à la source avec les témoignages d'Yves Raynaud, par exemple. 

    8
    Jeudi 7 Janvier 2016 à 11:55

    Bonjour,

    En suivant le lien ci-après, vous trouverez sous l'article "Marc Dachy est mort, mais l’esprit Dada est toujours présent" 2 messages dont l'un, une photo en noir et blanc, montre un tract faire-part qui circule actuellement.

    C'est assez amusant…


    http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1654

    9
    Jeudi 7 Janvier 2016 à 19:17

    Merci pour ce lien. Je ne savais pas que Dachy était décédé, comme quoi...

    10
    Ben
    Vendredi 15 Janvier 2016 à 17:20
    Lu sur Amazon : "Il ne s'agit pas ici d'une biographie "courageuse" de Debord mais plutôt d'une vision de Debord par un psychologue qui n'y a rien compris depuis 40 ans. Un détail (mais qui va loin) de la vie d'Apostolides fera mieux comprendre à qui et à quoi nous avons affaire : Apostolides, qui alors étudiait la psychologie à Nanterre, n'a rien vu des troubles qui se produisirent là en 1967-1968 (troubles qui débouchèrent, comme on sait, sur Mai 68). Par ce fait, on ne saurait mieux toucher du doigt l'aveuglement de cet auteur. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Apostolides" Signé Hugues. Par ailleurs, ne pas manquer la critique savoureuse de Gianfranco Sanguinetti sur Médiapart : "argent, sexe et pouvoir : à propos d'une fausse biographie de Guy Debord.
    11
    Samedi 16 Janvier 2016 à 08:33

    Merci pour cette référence à Sanguinetti qui a l'air ravageuse pour Apostolidès

    12
    apost
    Samedi 16 Janvier 2016 à 12:25

    La critique fort bien enlevée de l'ouvrage infâme d'Apostolidès par Gianfranco Sanguinetti montre aussi ce qu'est une vraie biographie écrite par un vrai biographe – qui n'a rien à voir avec cette fausse biographie écrite par un psychologue policier.

     

    https://blogs.mediapart.fr/lechatetlasouris/blog/150116/argent-sexe-et-pouvoir-propos-d-une-fausse-biographie-de-guy-debord

    13
    Samedi 16 Janvier 2016 à 14:14

    je ne sais pas trop ce qu'est une vraie biographie, je ne suis pas sûr de suivre Sanguinetti sur ce terrain, ni même que cela soit important, par contre je vois bien les problèmes posées par celle d'Apostolidès. Il est amusant qu'Apostolidès se fasse allumer par celui dont il se revendique pour faire semblant qu'il a apporté quelque chose de neuf. En effet, il considère notre tintinologue que c'est l'exploration des archives de Sanguinetti qui est le clou de son livre. 

      • apost
        Dimanche 17 Janvier 2016 à 01:03

        Eh oui, Apostolidès est contredit  par un témoin de première importance, qui peut d'autant mieux le contredire qu'Apostolidès à fouiller dans ses archives dans l'unique but de salir Debord et d'assouvir ses obsessions à propos d'argent, de sexe et de pouvoir : « Mes archives de Yale deviennent, pour ce nouveau Erostrate, rien de plus que l’un des trous de la serrure à travers lequel regarder, avec un œil de policier, car il n’y voit que ce qu’il y cherche, tout le reste lui échappe, et ce qu’il cherche n’a rien à voir avec la liberté, la critique, la lutte, ni la poésie, ni rien d’autre que sa petite furie infamante. »

    14
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 09:28

    Sanguinetti a raison sur beaucoup de points, et la société du spectacle est un grand livre. Ceci dit on a découvert après coup que le personnage de Debord avait un côté un peu grand-bourgeois qui joue à la révolution. Il y a des mensonges chez Debord qui sont assez difficiles à supporter, surtout parce qu'il dit que sa vie a été exemplaire et qu'elle est un modèle. D'ailleurs dans les courriers entre Sanguinetti et Khayati, il y a des critiques très fortes sur ce point.

    15
    apost
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 09:54

    Je ne pense pas que Debord ait dit que sa vie était un modèle car comme on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve qui pourrait modeler sa vie sur cet exemple ?

    Quant aux mensonges de Debord, pouvez-vous être plus précis ?

      • Dimanche 17 Janvier 2016 à 21:05

        Il y a des mensonges de toute sorte : par exemple cette fable longtemps colportée selon laquelle il a vécu sans travailler. Evidemment si on se fait entretenir c'est plus facile. C'est un demi-mensonge, parce qu'il a seulement menti par omission en ne disant pas de quoi il avait vécu. L'autre mensonge c'est sa relation avec Lebovici : il troque Sanguinetti pour Lebovici, mais ce n'est évidemment pas le même niveau, or il fait comme si. L'affaire de Strasbourg est particulièrement louche quant à la façon dont Debord s'est débarrassé des garnaultins. Vaneigem n'est pas dupe de cela, et c'est bien ce qu'il sous-entend dans son dialogue avec Berreby. ça n'empêche que malgré ce qu'on perçoit de son caractère, j'aime bien Debord pour quelques uns de ses films et pour la Société du spectacle, pour son intelligence bien sûr, mais je crois qu'il s'est trompé sur beaucoup de chose, à commencer par la tactique et son idée d'avant-garde. 

      • apost
        Lundi 18 Janvier 2016 à 21:51

        Debord s'est « fait entretenir » ? comme une fille, une cocotte, une poule de luxe ? vous êtes sûr de votre vocabulaire ?

        Et les artistes ? ils se font aussi entretenir par leurs mécènes, d'après vous ?

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 09:47

        Sans doute suis je de la vieille école, et j'ai toujours été dans l'impossibilité d'attendre de l'argent de quelqu'un d'autre que de moi. A fortiori d'une femme.Mais bon... Il y a également cette obstination de Debord à dire qu'il a rédigé la fameuse phrase "ne travaillez jamais" alors même que tout montre que c'est Mension qui l'a tracée. Mais je ne veux pas relancer les polémiques sur le "mauvais" caractère de Debord. Il y a bien trop de choses intéressantes qui ne sont pas prises en considération chez lui, à commencer par les métagraphies que tyout le monde néglige. Pour résumer ce que je pense de Debord : il a beaucoup fait, mais il s'est aussi beaucoup trompé. Si en tant qu'analyste son travail a été des plus pertinents, sur le plan tactique il n'a compris que tardivement la nocivité de la nation d'avant-garde, disons après 68. Je l'aimais bien, mais je n'en ferais pas un surhomme quoi

    16
    Ben
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 11:48

    In girum, ce que vous dîtes à propos du courrier entre Khayati et Sanguinetti est assez juste. Quand on voit la capacité de nuisance à  l'époque  la loge p2 ( voir par exemple l'affaire autour de la banque d'Italie), on  a sûrement du mal à se rendre compte avec le recul des années à quelle force considérable Sanguinetti, Debord et les autres avaient à faire ( Sanguinetti évoque  le fait que sa phrase en latin dans le rapport Censor ait pu être identifié par les hommes au pouvoir comme une menace  ainsi que le fait que le fiancée d'une  des filles de Gelli était à ses trousses, les incendies dans sa maison de campagne...). Aussi toutes les histoires de brouille entre Debord et Sanguinetti notamment autour de Mignoli sont assez incompréhensibles, quand on considère le contexte hautement dangereux de cette époque. Il y avait des assassinats quasi quotidiens de militants, de magistrats, de journalistes (peccoreli pour n'en citer qu'un)  ce qui aurait dû valoir du côté français un soutien sans faille à Sanguinetti.

    Mais c'est ce qui rend aussi le livre d'Apostolides d'autant plus misérable, lui qui, non seulement, n'a jamais rien combattu mais n'a rien absolument rien compris de l'époque qu'il aura traversé en aveugle. Une note inédite de Debord pourrait s'appliquer à tous les Apostolides de la terre  et à tous ces pseudo-intellectuels  qui polluent le monde de l'édition depuis des décennies :

     "comment le français s'est perdu : après la génération de la libération du langage (Appolinaire-Dali) suit la première époque de l'effondrement (Malraux-Céline-Sartre). Parce qu'ils n'ont pas su penser, le langage s'est dégradé. Et ce qu'ils n'ont pas su penser, d'abord, c'est le communisme. Ultérieurement, ce qu'ils ne surent pas penser, ce fut le spectacle. Chaque moment aggrava le même processus, après-guerre, modernisation du capitalisme vers 1960 le mouvement de mai 68 (et pour le "communisme avant, ceux qui prétendaient être pour son mensonge, plus que ceux qui affirmaient être sa vérité), la génération sous Giscard et celle sous Mitterrand (le style Lang-Fabius). Mais enfin c'est un mécanisme en plus [...] qui a imposé universellement, en plus du langage du faux, le faux langage (à une vitesse catastrophique égale à celle de la construction des "immeubles"). Et qui a chassé tout le reste, l'école y prenant sa part."

    17
    Mercredi 20 Janvier 2016 à 00:03

    Une version cette fois-ci illustrée de la critique ravageuse de l'ouvrage d'Apostolidès par Gianfranco Sanguinetti, avec entre autres une photo de Debord prise à Florence en 1972 (la légende à elle seule vaut le détour).

    http://www.photoceros.com/17-01-2016-gianfranco-sanguinetti-sinsurge-argent-sexe-et-pouvoir-a-propos-dune-fausse-biographie-de-guy-debord/#more-6621

     

    18
    Ben
    Mercredi 20 Janvier 2016 à 20:13

    Sur le site de Yale, y'a une autre photo provenant du fonds Sanguinetti datant à peu près de la même époque où l'on peut voir Debord photographié avec Céleste  pour ceux que ce genre de documents intéressent.

    19
    Bob
    Vendredi 29 Janvier 2016 à 17:25

    Allez un petit coup de gomme et de censure ! Ça vous va bien.

      • Vendredi 29 Janvier 2016 à 20:52

        c'est pas de la censure, mais cette logorrhée sous-situ qui consiste a distribuer les bons points et les jugements sur des gens dont on ne sait rien  de ce qu'ils ont fait ou pas fait, me gonfle beaucoup. Les gens qui perdent leur temps comme ça sont sans intérêt. Cette stratégie de l'isolement qui voudrait qu'un tel ou un autre tel ait raison envers et contre tout est lamentable. 

        Voilà ce message je te le laisse pour que tu puisses t'y référer, et je laisse même le tien. Et voilà !

         

    20
    Bob
    Vendredi 29 Janvier 2016 à 21:22

    C'est pas de la censure mais auparavant tu as supprimé ce qui était écrit là…

    En revanche, quand tu écris « Quelles que soient d’ailleurs les raisons intimes de cette attitude de Debord à vouloir exclure tout le monde y compris lui-même en se suicidant » c'est quoi sinon une connerie ?

     

      • Samedi 30 Janvier 2016 à 09:37

        Oui, j'ai supprimé les bêtises que tu as écrites en me comparant à Sollers. Comme si j'avais la coupe d'un salonnard ancien mao et visiteur du Pape ! Je te rends service en supprimant cela car comme ça les gens ne verront pas que tu as déconné. Mais je le réécrit ici pour bien montrer que ce n'est pas une question de censure.

        C'est complètement dingue que dès que quelqu'un parle de Debord ça rend fou tout le monde. Hystérique pour tout dire. Et vas y que te lance la fatwa contre Pierre Paul ou Jacques qui selon tel ou tel thuriféraire n'aurait rien compris, eut été un grave petit bourgeois, j'en passe et des meilleures. Debord n'est ni votre frère, ni votre père pour que vous défendiez ce que vous croyez être son honneur comme ça.Il y a déjà sa veuve qui veille au grain. Prenez un peu du recul. 

        Je l'aime bien figure toi, mais ça ne m’empêche pas de me poser des questions sur ce qu'il a voulu représenter en livrant sa vie à la publicité.J'ai toujours aimé son analyse du capitalisme, son sens de l'humour, sa finesse d'esprit, bien moins ce qu'on appelle sa "tactique". Ce n'était pas vraiment un homme d'action, même si ici et là il a su faire preuve d'une belle initiative. 

        Pour ce qui est du suicide, on sait aussi que c'est une question qui l'a intéressé très jeune et très tôt, qu'il avait fait au moins une tentative de suicide au début des années cinquante. Tout le monde sait très bien que le suicide est une affaire grave et compliquée. Maintenant libre à toi de croire à la légende qui voudrait que vieux et malade Debord ai choisi d'en finit avec la vie. 

        Et je persiste à dire que la façon dont il a exclu un tel et un tel et encore un tel n'est pas très claire. Tiens par exemple Sanguinetti ! On ne me fera pas croire que celui-là a été exclu pour des raisons de divergences théoriques. Parce que pour les chercher, il faut prendre une loupe, n'est-ce pas. 

        Je t'en donne une autre pour t'éclairer : pourquoi a-t-il persisté à dire que c'était lui qui a écrit "Ne travaillez jamais" ? Alors qu'on sait bien que c'est Mension. 

        Mais enfin, ce n'est plus l'heure de se quereller sur des détails aussi inintéressants, sauf pour des intellectuels. Même si on est vieux on a quelque chose d'autre à faire me semble-t-il. Or les pro-situs ont toujours eu cet art de diviser, de se mettre en retrait, d'exclure pour finalement ne pas faire grand-chose. Ce qui me différencie sans doute de Debord et des situs, et depuis 50 ans je dirais, c'est que je n'ai jamais cru à l'idée d'avant garde, quelle que soit la manière dont on la présente. 

      • Bob
        Samedi 30 Janvier 2016 à 17:46

        L'attitude qui consiste à censurer les propos qui déplaisent pour ensuite les présenter à ta sauce en les déformant et comme cela t'arrange n'est ni honnête ni respectable, quoi que tu prétendes.

        Quant à Mension, il a fermé sa gueule du vivant de Debord. À ton avis, pourquoi ? 

    21
    Ben
    Samedi 30 Janvier 2016 à 12:30

    "Je sais qu' y a un mensonge, c'est "ne travaillez jamais" Jean-Michel Mension dans "Nuits Magnétiques", France Culture, mai 1996. A l'époque, j'avais pas compris ce qu'il voulait dire par là, je connaissais encore assez peu le parcours de Debord. Ensuite, faut pas cracher sur la notion d'avant-garde, ça a été une tentative spécifique au XX siècle (de Dada en passant par le futurisme, le surréalisme jusqu'à l'Is) de répondre  aux défis de ce que l'art du XIX avait eu de plus radical et qui a malheureusement échoué comme le reste (voir ce qu'en disait Ralph Rumney dans "le consul"). C'est quelque chose qui est devenu complètement obsolète avec la fin de l'Is, l'arrivée du postmodernisme surtout à partir des années 80 ... en fait, c'est la marchandise qui a effectué la tabula rasa :  "Un certain élan a été brisé parce que, entre-temps, il y a eu l'avènement de l'économie totalitaire, comme seule rationalité possible, et destruction de tout ce qui entravait sa progression " (Lorenzo Valentin).

      • Samedi 30 Janvier 2016 à 13:02

        Etant tout jeune tombé dans le surréalisme, je ne crache pas sur la notion d'avant-garde, je pense juste qu'elle est erronée et conduit à des impasses stratégiques autant que tactique. Cette notion a handicapé longtemps Debord, c'est seulement en 68 qu'il commence à réviser son positionnement, justement parce que le mouvement s'est passé d'une avant-garde. Mais en même temps tout attendre d'un retour d'un mouvement spontané comme celui-là, c'était se condamner à l'impuissance. 

        Cette notion d'avant-garde a conduit inévitablement l'IS à l'isolement et ensuite à disparaître. C''est en réalité une question difficile quand on prétend faire la révolution avec le peuple mais qu'en même temps on suppose que le peuple n'est pas à notre niveau, qu'au mieux il nous rejoindra un jour. C'est bien cela qui m'a toujours séparé des situationnistes... et des surréalistes. Ce qui ne veut pas dire que je les méprise, mais je ne suis pas d'accord avec eux, c'est tout. 

    22
    Bob
    Samedi 30 Janvier 2016 à 15:24

    Bon, on voit pourquoi t'es pas d'accord avec les surréalistes puis avec les situationnistes mais qu'as-tu fait, toi, personnellement, qui montre que ta critique est autre chose qu'une posture sur internet ?

    23
    Samedi 30 Janvier 2016 à 18:02

    Ben justement tu ne sais pas ce que j'ai fait ou pas fait. Mais tu te doutes bien que je ne vais pas exposer ma vie passé présente et à venir sur le net. En tous les cas je n'ai jamais voulu être un personnage public vois-tu, et je n'en suis tenu là. Je ne suis pas sûr que tu aies compris mes accords et désaccords avec les surréalistes et Debord. Mais tu gagnerais beaucoup à ne pas chercher querelle à des gens que tu ne connais pas, parce que ça pour le coup c'est une posture que de me déclarer la guerre !

      • Bob
        Samedi 30 Janvier 2016 à 22:19

        Bouh, j'ai peur ! mais c'est qu'il est terrible ce bonhomme-là, il suffit juste de ne pas être d'accord avec lui et ça y est, c'est une déclaration de guerre. Ce doit être l'état d'urgence actuel qui pousse à de telles déclarations martiales… j'en tremble !

         

    24
    Ben
    Samedi 30 Janvier 2016 à 20:51

    Ouais je comprends ton point de vue mais ce qui m'énerve un peu c'est qu'on puisse penser que les idées de l'Is soient seulement liées au mai français. En fait il a pas fallu un an pour que le mai français soit dépassé en l'occurrence en Italie en 1969 d'abord par le mai rampant puis par l'automne chaud, des "évènements" eux-mêmes sans doute influencés par ce qui venait de se passer en France,  et ensuite seulement stoppé par le terrorisme téléguidé. Quid alors de l'extraordinaire tract de l'Is "il reichstag brucia ?" qui, non seulement, désignait avant tout le monde l'Etat italien  comme le responsable n°1 du massacre (pour être complètement honnête il faudrait citer aussi le groupe Ludd) mais qui annonçait aussi par avance que le pays serait incapable de verser dans une dictature à la mode grecque, ce qui sera confirmé un an plus tard avec le pseudo-coup d'état  du prince Borghèse. Bien des années après, la gauche officieuse reconnaîtra du bout des lèvres la réalité de cette manipulation mais en désignant seulement, comble de l'hypocrisie, l'extrême droite qui, on s'en rend compte maintenant notamment avec les témoignages de Stefano delle Chiaie et Vincenzo Vinciguerra, était elle même manipulée par des personnes plus haut placées qu'elle dans la hiérarchie. Seulement aucun de ces évènements n'aura eu le rayonnement mondial du mois de mai français, pas même  la révolution des œillets au Portugal qui, là aussi, à bien des égards, aura dépassé le mois français dans la radicalité.  Je suis bien d'accord qu'à ce moment-là, l'Is n'existait plus, n'empêche que beaucoup, et pas seulement Debord, y ont vu la théorie en actes que les situs  préconisaient depuis des années et qu'un type comme Labro prenait pour de simples paroles dans le vide. C'est là que la notion d'avant-garde prend tout son sens ("L'I.S. n'a pas seulement vu venir la subversion prolétarienne moderne ; elle est venue avec elle (...) Nous n'avons pas mis "dans toutes les têtes" nos idées, par une influence étrangère, comme seul peut le faire, sans succès durable, le spectacle bourgeois ou bureaucratique-totalitaire. Nous avons dit les idées qui étaient forcément déjà dans ces têtes prolétariennes, et en les disant nous avons contribué à rendre actives de telles idées, ainsi qu'à rendre la critique en actes plus théoricienne, et décidée à faire du temps son temps"). J'avais lu un article du monde assez pervers sur Debord il y a quelques années où on avait essayé de façon assez tordue de l'enfermer dans la subjectivité individuelle de l'artiste pour lui dénier le fait que cette subjectivité ait  pu être ressentie par des millions de gens dans ces années-là, c'est-à-dire pour l'enfermer dans un ressenti individuel qu'il aurait au fond été le seul à partager. A mon avis, c'était tout le sens des recommendations que Debord avait fait à Martos pour raconter l'histoire de l'Is, expliquer pourquoi et comment l'Is avait su être de son temps, mieux que d'autres. Tu t'étonnes que ce con d'apostolides fasse l'impasse sur Strasbourg mais c'est exprès, un autre exemple frappant  de sa foncière malhonnêteté  juste pour arriver à ses misérables objectifs : démontrer coûte que coûte que l'Is n'a eu aucun rôle déclencheur dans les évènements, effacer carrément les traces de la subversion qui part de Strasbourg pour passer par Nantes et arriver à Nanterre à la rentrée universitaire de 1967. Après sur la notion d'avant-garde je suis d'accord, à partir du moment où le modèle keyneso-fordiste va se gripper et que va s'imposer le néolibéralisme,  rien ne sera jamais plus comme avant. Bon, allez, j'arrête là.

    25
    Raoul
    Dimanche 31 Juillet 2016 à 15:39

    http://julesbonnotdelabande.blogspot.fr/2016/04/papillons-de-paris.html

     

    https://situationnisteblog.wordpress.com/2016/07/30/papillons-de-paris-quinze-papillons-autocollants-a-decouper-2016/

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