• Jean Claude Bilheran, Libelle de l’imbécillité, Sens&Tonka, 2011

     

    Il est assez facile de voir qu’on est cerné par les imbéciles que Bilheran se refuse de traiter de « con ». C’est son côté « féministe » si on veut. Mais le pire probablement est que cette engeance prolifère au point de nous rendre la vie impossible dans tous les sens du terme. Il y en a de partout, au gouvernement comme dans la vie courante. Il est impossible de ne pas en croiser sur son chemin, quel que soit notre destination.

    Il y a quelques années Frédéric Dard sous le nom de San-Antonio avait écrit un livre sur les Con. C’était un très bon livre qu’il est assez bon de relire. Il avait choisi d’en faire un nom propre, un peu comme si la connerie avait des racines génétiques. L’approche de Bilheran est inverse, il suggère que l’imbécile est en quelque sorte fabriqué par la société, en quelque sorte il seulement responsable de ne pas se révolter. Les objets, la pédagogie, les informations diffusées à la télévision, tout contribue à la formation de notre imbécillité. Et d’ailleurs il n’est pas sûr qu’on puisse en être épargné : on est toujours l’imbécile de quelqu’un.

    C’est un petit ouvrage assez drôle, divisé en thèses ou aphorismes. Avec cette supposition que l’ironie nous protège (un peu) de l’imbécilité. Jean-Claude Bilheran, qui parfois joue aux échecs, avait publié il y a quelques années un ouvrage sur Guy Debord, en relevant plutôt le côté révolutionnaire du bonhomme que son côté dandy ou homme de lettres[1]. C’est pourquoi ce livre est à la fois dans la continuation du combat contre le vieux monde et une sorte d’adieu à la possibilité d’en finir avec lui. Il distribue donc les jugements – notamment sur Houellebecq – et livre une manière de penser le monde. Modeste, il affiche cependant une certaine distance avec son sujet, comme s’il craignait à tout moment une contamination.

     

     

    Jean-Claude Bilheran jouant aux échecs

     

     

    Extraits

     

    L’imbécile croit à la nouveauté et en cela il persévère dans la sottise.

    -> Si les imbéciles un jour cessaient de croire à la nouveauté, voilà qui serait nouveau.

     

    L’imbécile croît aux leçons de l’histoire.

    -> L’histoire ne donne pas de leçon, elle apprend seulement à réfléchir.

    --> « L’histoire ne repasse pas les plats », a dit un imbécile[2], avant de servir la soupe aux nazis et de leur manger dans la main.

     

    Un imbécile avance toujours vers l’arrière, il recule vers l’avant.

    -> « Nous entrons dans l’avenir à reculons », disait Valéry, se rangeant ainsi avec urbanité, parmi les imbéciles.

     

    Pendant des siècles la lecture fut un moyen pour les intelligents de communiquer à l’écart des imbéciles.

    -> Récemment les imbéciles sont parvenus à les imiter en créant Internet.

     

    On a tort de déplorer que le pouvoir soit aux mains des imbéciles, c’est eux qui l’ont créé.

     

    On ne nait pas femme ni imbécile, on le devient.

    - > Généralement on le reste

     

     



    [1] Sous l’écorce de Guy Debord, le rudéral, Sens&Tonka, 2007

    [2] Ici c’est L.F Céline qui est visé.

    « Louis Janover, Surréalisme et situationnistes au rendez-vous des avant-gardes, Sens & Tonka, 2013Paul Mattick, La révolution fut une belle aventure, L’échappée, 2013 »
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