• James Steuart (1712-1780)

     

    C’est un économiste oublié, un des premiers à avoir rédigé un traité d’économie politique, An Inquiry into the Principles of Political Oeconomy: Being an Essay on the Science of Domestic Policy in Free Nations en 1767. C’est un ouvrage très volumineux qui a été traduit en français et publié en 1789 par Didot L’Ainé. Son intérêt est évidemment très grand, ne serait-ce que parce qu’il a été plagié honteusement par Adam Smith pour l’écriture de Enquête sur les causes de la richesse des nations (en anglais An An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations). Sauf que Smith avait bien moins d’intelligence que Steuart et que le détournement qu’il opéra de ce livre ne donna qu’un traité insipide et sans grande dimension. On notera la similitude des titres des deux ouvrages. Joseph Schumpeter considérait Adam Smith comme un auteur mineur, alors que pour lui James Steuart était un auteur de première importance. C’est un avis que nous partageons. Mais il est vrai que peu d’économistes ont étudié l’histoire de leur discipline, et même quand il connaisse Smith, c’est plutôt à travers la lecture d’un abrégé pour étudiants paresseux.

    James Steuart était en relation avec G. W.F. Hegel, qu’il rencontrât, et c’est lui qui apportât les éléments nécessaires à la critique de Smith qu’on trouve par exemple dans Les principes de la philosophie du droit. En gros ce que dit Hegel, c’est que le marché n’est pas une finalité en soi, mais c’est seulement une étape pour le développement de l’Etat qui au contraire représente la logique collective d’un peuple.

      

    L’intérêt de Steuart réside en ce que sa méthodologie est différente de celle des économistes classiques : il n’y a pas de lois naturelles, et l’approche de l’économie se modifie avec le temps parce que le monde évolue. Marx avait lu évidemment Steuart et il s’en est aussi inspiré. Cette approche historique le conduit au pragmatisme, tout en affirmant que l’histoire est aussi le progrès de l’humanité. Ce qui veut dire en clair que le but de l’économie politique est d’améliorer le bien-être du peuple.

    Pourquoi parler de cet auteur aujourd’hui ? Parce qu’il analyse les formes économiques d’une manière très originale. Il se fonde pour cela sur l’évolution du commerce. C’est l’évolution du commerce qui dicte les formes sociales et économiques. Par exemple, il considère que le commerce international, le commerce au loin, le commerce avec l’étranger précède le commerce intérieur : le commerce intérieur est un progrès par rapport au commerce international. Il souligne que c’est d’abord l’étroitesse du marché intérieur qui justement engendre cette nécessité du commerce au loin. Mais tout de suite le développe de cette forme de commerce se heurte à une concurrence qui va en s’amplifiant au fil du temps, et la concurrence demande toujours plus de sacrifices aux populations. C’est pour cette raison que les peuples, lorsqu’ils sont trop fatigués de ces efforts se retournent vers le marché national. Or dans le cadre du développement du marché national qui est vu ici comme une étape ultérieure du développement, l’Etat intervient en contrôlant les exportations et les importations, en édictant des règles qui font diminuer le temps de travail et qui permettent l’amélioration du bien-être des populations. Au fond l’espace économique est comme un poumon qui se gonfle et qui se dégonfle suivant les nécessités de l’heure

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