•  Il est de plus en plus évident que l’Union européenne est une institution de type post-démocratique, une sorte de fascisme mou en apparence qui a remplacé sous la houlette de l’Allemagne les Panzer divisions par l’euro et ses règles. Le viol de la démocratie la plus élémentaire en Europe est permanent depuis au moins les référendums de 2005, et plus que la politique qu’elle mène c’est bien ça qu’on lui reproche. Un jour c’est le refus d’ouvrir une enquête sur les révélations à propos du rôle que Juncker le président de la Commission européenne a joué dans l’évasion fiscale des multinationale, un autre c’est une pétition pour demander un référendum sur le Traité Transatlantique qui est rejetée, bien qu’elle respecte les formes demandées par cette même Commission. C’est également les demandes incessantes de la Commission de traduire dans les lois nationales les règles qu’elle adopte en petit comité. C’est aussi et encore la Cour de Justice Européenne qui fabrique au jour le jour du droit sans aucune légitimité autre que celle qui la pousserait à nous faire respecter des traités compliqués aux objectifs masqués.

      

    Hollande embrassant Dassault, héritier d’une famille qui s’est enrichi grâce aux subventions de l’Etat 

    Nous avons changé de régime politique manifestement. Pour s’en rendre compte, il suffit d’examiner au jour le jour les audaces de François Hollande. Avant lui aucun autre président de la République n’a été aussi loin dans le reniement. Il gouverne contre le peuple sans état d’âme. Récemment, après avoir fait capoter les timides projets européens de régulation de la finance, il a été au Bourget comme on va à Canossa embrasser son nouvel ami Serge Dassault, pourtant sous le coup d’une enquête pour corruption et meurtre dans la ville dont il fut le maire. Mais s’il ose tout cela c’est parce qu’il se sent en quelque sorte protégé par l’Europe et ses institutions, parce qu’il n’a plus comptes à rendre au peuple qui l’a élu, et que son référent c’est d’abord Angela Merkel. Si tous les hommes politiques sont des menteurs et des sournois, je crois qu’avec Hollande et sa clique on a atteint des sommets. Mais cette forme de gouvernement post-démocratique est une régression complète, notamment parce qu’elle n’a que des mauvais résultats économiques, et parce qu’elle sème le chaos social et politique.

    Citations

    Je ne résiste pas au petit plaisir de recopier les citations des hiérarques du régime nazi et de ses alliés pour la défense de l’Europe en tant que dépassement de l’idée de nation. J’emprunte ses citations au blog La lettre volée, presqu’autant anti-européiste que moi. L’incroyable et ce sur quoi il faut insister, est que ces phrases auraient pu être écrites par les hiérarques de l’Europe d’aujourd’hui. On sait pourtant que les ambitions européennes allemandes de Hitler ont amené le chaos, le recul de la culture et de la civilisation.

     

    L’Europe nazie 

    1. Au-delà du concept d'état-nation, l'idée d'une nouvelle communauté transformera l'espace que nous partageons en une aire spirituelle... La nouvelle Europe faite de solidarité et de coopération entre ses peuples, sans chômage, sans crises monétaires, ... trouvera un socle solide et accroîtra ses perspectives de développement dès que les barrières économiques nationales seront abolies.

    Arthus Seyss-Inquart, Gauleiter de la Hollande

    2. Il faut parfois être prêt à subordonner ses intérêts à ceux de la communauté européenne.

    Walther Funk, ministre des finances de Hitler, 1942

    3. La solution de nos problèmes économiques... une union douanière, un marché libre, un système bancaire et des taux de change stables en Europe, vers une union monétaire européenne. 

    Hermann Göring, juillet 1940

    4. Chacun a pu constater les méfaits du nationalisme et des émiettements territoriaux. Il n'y a qu'un chemin pour parvenir à la paix en respectant les droits inaliénables des nations tout en les subordonnant à une politique continentale... Une union européenne ne peut pas être subordonnée aux fluctuations qui caractérisent les régimes libéraux.

    Alberto de Stefani, Ministre des finances de Mussolini, 1941

    5. Une nouvelle Europe : voilà notre but. Cela ne signifie pas que les Italiens, les Allemands ou toute autre nation européenne devra se transformer pour devenir méconnaissable, d'un jour à l'autre. Ce sera une nouvelle Europe du fait d'une nouvelle inspiration qui émergera d'entre les peuples... Plus de concurrence entre états ; du moins dans sa forme habituelle, quand nous aurons coupé la tête du dragon, c'est à dire la souveraineté nationale. De plus, cela n'a pas besoin d'être réalisé immédiatement mais cela découlera de voies indirectes comme la création d'organismes transnationaux européens pour gérer des problèmes communs (taux de change, télécommunications, commerce extérieur...) 

    Camillo Pellizi, éditeur de la revue Civilisation fasciste, dans un article titré "l'idée européenne".

    6. Ici je cite un document très bien reçu à l'époque, qui affirmait le besoin de "mettre en avant une Europe confédérale reposant sur la libre coopération entre ses membres", s'achevant dans une Europe unie, "sur une base fédérale" et j'ajoute que pour cela, il n'est besoin que de loyauté entre états européens, désireux de l'être, et de participation aux tâches communes. L'objet de la coopération étant de promouvoir la paix, la sécurité et le bien-être des populations".

    Cecil von Renthe-Fink, diplomate nazi, 1943. proposera une confédération européenne, avec Ribbentrop, la même année.

    7. "Nous devons former une Europe qui ne doit  pas se saigner en vain en querelles intestines, mais former un ensemble uni. Elle recouvrira ainsi son rang dans le monde, plus riche, plus forte et plus civilisée. Les tensions nationales et les égoïsmes perdront leur signification dans une Europe librement organisée sur une base fédérale. La globalisation au niveau politique consistera inéluctablement en la constitution d'ensembles économiques et politiques plus vastes".

    Vidkun Quisling, le Pétain norvégien, 1942

    8. Il n'est pas très malin d'imaginer que dans un espace aussi peuplé que l'Europe, un ensemble de peuples puisse conserver si longtemps des systèmes juridiques et des législations distinctes.

    Adolph Hitler, Reichstag, 1936

    9. De mon point de vue, la conception qu'une nation se fait de sa liberté doit être accordée avec la réalité d'aujourd'hui et les questions d'efficacité... Nous ne demandons aux états européens que d'être des membres enthousiastes de l'Europe. 

    Joseph Goebbels, ministre de la propagande de Hitler, 1940

    10. Les peuples de l'Europe doivent comprendre que les questions qui nous divisent aujourd'hui, lorsqu'elles seront comparées aux tensions qui règneront entre continents, ne sont que des petites querelles familiales... Dans cinquante ans, les européens ne penseront plus en termes de pays séparés. 

    Joseph Goebbels, ministre de la propagande de Hitler, 1940

     

    L’Allemagne, l’Europe et la Grèce

    L’Europe allemande d’aujourd’hui est plus avancée et en apparence plus unie du moins sur le plan des traités, de la discipline économique et de la monnaie. Elle s’appuie comme autrefois sur l’idée que les nations sont des réalités dépassées, qu’il faut bâtir une société ouverte sur le plan culturel, économique et politique. Cela flatte l’égo d’une certaine gauche qui confond l’internationalisme avec la disparition des nations et qui pense qu’en adhérent au moins à l’idée, elle se trouve dans le sens de l’histoire. En vérité l’idée d’une Europe plus ou moins unie est un vieux projet. Bien avant la mise en place d’un régime européiste nazi, c’était en quelque sorte celui de l’Empire romain, repris et modernisé par l’Allemagne. Pourquoi l’Allemagne est-elle au XXème siècle porteuse de ce projet ? C’est un peu un mystère, mais on peut avancer l’idée que c’est parce qu’elle craint son isolement, parce qu’elle sait qu’elle a été longtemps laissée sur le bord de la route du progrès de la civilisation.

      

    L’Union européenne aujourd’hui

    Dans la dernière livraison de son remarquable blog, Panagiotis Grigoriou rappelle le martyre de la Grèce aussi bien à l’époque du projet nazi, qu’aujourd’hui. En le faisant à travers la lecture de Yorgos Ioannou (1927-1985) qui fut un opposant farouche à l’adhésion de la Grèce au projet européen et qui en donnait une vision catastrophique prémonitoire, mais également à travers la lecture d’un ouvrage de Mark Mazower, Hitler's Empire. Nazi Rule in occupied Europe, paru en 2008, mais non disponible en français. Ces rapprochements entre un présent difficile et un passé douloureux que les Grecs n’ont pas oublié – les Grecs haïssent les Allemands à un point qu’on n’imagine même pas en France, permet à Panagiotis Grigoriou d’interroger la difficile position de Syriza. S’il voit bien que les hiérarques européistes emmenés par Merkel vont tout faire pour que Tsipras et Varoufakis échoue, il voit dans le nouveau pouvoir grec beaucoup d’ambiguïté. En effet celui-ci prétend poursuivre des réformes sociales, donc s’émanciper de la logique austéritaire allemande, mais en même temps il s’affirme comme « européen », militant en quelque sorte pour une autre Europe. Autrement dit tant que la Grèce ne sort pas de l’euro, il n’y a aucun espoir qu’elle échappe à son triste sort.

     

    L’Empire romain à son apogée 

    Ces derniers jours ont reparle de l’euro. En effet, celui-ci a beaucoup baissé par rapport au dollar, il est passé de 1,36$ à 1,09$ en moins d’un an. C’est la conséquence naturelle du Quantitative Easing de Mario Draghi. Beaucoup de commentateurs se sont réjouis, arguant que cela allait donner une bouffée d’oxygène aux exportations européennes et donc doper la croissance dans cette zone malade. Jacques Sapir souligne les contradictions de ce raisonnement. D’abord parce que ceux qui saluent la baisse de l’euro sont les même qui soulignaient l’importance d’avoir un euro fort pour réduire le coût des matières premières. Ensuite parce que si cette baisse de l’euro dope les exportations, elle ne règle en rien la question des rapports entre les pays européens. En effet certains pays comme l’Espagne travaillent principalement avec les pays de la zone euro. En restant dans la monnaie unique, ils ne peuvent rattraper leur retard de compétitivité notamment avec l’Allemagne. En outre, si on salue l’effet positif d’une dévaluation de la monnaie sur l’économie européenne, il faut aller au bout du raisonnement : la dévaluation des monnaies à l’intérieur de la zone euro ne pourra qu’être une bonne chose puisqu’elle ajustera la parité des monnaies à la compétitivité des pays. Et donc un tel argument ne peut que militer pour la dissolution de la zone euro et un retour aux monnaies nationales dont la valeur s’ajusterait à la compétitivité des pays ou plutôt à la valeur de leur solde commercial. C’est un argument supplémentaire pour que les Grecs sortent les premiers de ce système.

     

    L’euro contre le dollar 

    Evidemment les choses ne sont pas si simples. Et c’est probablement Varoufakis qui en donne l’explication : il craint en effet qu’une sortie de la Grèce de l’euro ne pénalise son pays qui verrait les investisseurs étrangers s’en détourner. Ce à quoi on pourra toujours rétorquer qu’il vaut mieux vivre libre et pauvre et compter sur ses propres forces plutôt que de se vendre au premier venu. Dans le même temps Varoufakis et Tsipras se préparent curieusement à une sortie de l’euro puisqu’en effet ils projettent de soumettre l’adhésion à un plan européen à un référendum si leurs propositions sont rejetées par l’Eurogroupe. On voit que la tactique joue ici un rôle important, aussi bien sur le plan interne, il faut maintenir le peuple grec soudé dans l’épreuve, que sur le plan externe, la menace de référendum pèse sur l’Allemagne qui est le pays qui a le plus à perdre dans une dissolution de l’euro. On remarque que les journaux ont parlé, à propos de l’idée de soumettre la politique économique grecque à un référendum de « menace » brandie par Varoufakis. On voit ici que l’exercice de la démocratie dans sa plus simple expression est vu pour ce qu’elle est, une « menace » pour les pouvoirs en place, quelque chose qui remet en cause le régime politique dominant.

    La tribune du 9 mars 2015 analyse les problèmes de paiement que la Grèce doit affronter tout le long du mois de mars. Elle doit tout simplement payer 1,5 milliards d’euros aux diverses institutions qui lui ont prêté de l’argent. Romaric Godin analyse le chantage des institutions européennes, il parle de nœud coulant. Pour lui il est clair que l’Europe ne veut pas laisser le temps à la Grèce de lancer ses réformes, elle pratique une sorte d’asphyxie. Le but est de refuser tout allongement des remboursements de façon à ce que le gouvernement grec passe son temps à boucler ses fins de mois et ne puisse s’occuper de ce pourquoi il a été élu démocratiquement : la mise en œuvre de réformes sociales. Car c’est bien ça qui fait peur à l’Allemagne et à la bureaucratie bruxelloise qui lui est inféodée. Dès lors le choix du gouvernement grec sera simple : soit il se soumet à la dictature de l’Europe et de ses différentes boutiques, soit il sort de l’euro et répudie une partie de sa dette. Le choix le plus difficile est en réalité de sortir de l’euro, essentiellement parce que cela demandera de nouveaux efforts au peuple grec, le pays se trouvera alors dans une sorte d’économie de guerre à lutter pour son indépendance nationale.

      

    Liens

     

    http://www.lesoir.be/724982/article/actualite/monde/2014-12-04/une-petition-contre-traite-transatlantique-ete-rejetee-par-commission-europeenne

    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20150306trib0d61918ae/dassault-et-l-incroyable-volte-face-de-francois-hollande.html

    http://www.lalettrevolee.net/article-dix-citations-la-solution-117019697.html

    http://www.greekcrisis.fr/2015/03/Fr0416.html#deb

    http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-feher/150215/v-pour-varoufakis-parce-quune-autre-speculation-est-possible

    http://russeurope.hypotheses.org/3556

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20150308trib49836d32b/grece-varoufakis-fait-planer-la-menace-d-un-referendum.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150309tribd88b3549d/pourquoi-la-grece-evoque-t-elle-un-referendum.html

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    2 commentaires
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    Cette affichette que j’emprunte à un site gauchiste est ambigüe, et il n’est pas certain que les masses qui ont besoin de lutter pour transformer leur quotidien comme le monde dans lequel ils vivent, puissent attendre de bien comprendre Marx pour agir.

    Qui lit Marx aujourd’hui ?

     

    La lecture de Marx a occupé et occupe toujours de nombreux intellectuels. Moi-même je n’y ai pas échappé et je continue cette besogne assez régulièrement. Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas une pensée aussi complexe que cela. Mais il y faut du temps et du courage. Il y a bien sûr des interprétations tellement délirantes de Marx qu’il semble important de devoir les corriger. Parmi ses interprétations erronées il y a d’abord celles qui viennent de ceux qui ne l’ont jamais lu et qui voit dans Marx un défenseur de l’étatisation croissante de la société. Et de fait on ne peut pas trouver la moindre ligne de Marx qui pourrait servir de justification à la mise en place et à la pérennisation d’Etats policiers comme l’URSS, la Chine ou Cuba. La droite s’est d’ailleurs longtemps servie des crimes commis dans ces pays pour disqualifier l’idée de socialisme. Keynes critiquait Marx dans ces termes : « Marx c’est mauvais, c’est pour cela que je ne l’ai jamais lu ! ». Bien qu’il se soit intéressé à l’histoire de la pensée économique, il était bien moins perspicace que Joseph Schumpeter.

    Mais il y a d’autres interprétations néfastes, celles par exemple qui confondent Marx et marxisme et qui font de ce dernier une doctrine « scientifique ». Je pense bien sûr ici aux analyses d’Althusser, Badiou et quelques autres qui, naturellement avec de telles idées, non seulement en sont venus à castrer la pensée de Marx – la fameuse coupure d’Althusser qui s’arrangeait comme elle pouvait d’une opposition stérile entre le jeune Marx et le vieux Marx – puis sans plus de précaution à se dire admirateurs de dictatures aberrantes, regrettant Staline et sa « pureté » originelle.

    Comme je l’ai dit dans d’autres billets, la lecture de Marx a avancé – au moins à l’université ! On est plus juste avec lui, on respecte un peu plus les textes originaux. Mais cela ne règle pas la question de savoir à quoi peut bien servir cette lecture. Il y a certes un renouveau des études marxiennes un peu partout dans le monde, principalement à l’Université. C’est un bon sujet de thèse aussi bien en économie qu’en philosophie ou en sociologie. Mais cette pensée irrigue-t-elle un public plus vaste ? Aide-t-elle à mieux comprendre le monde ? Les luttes sociales peuvent-elles s’en passer ? C’est pourtant bien à la pratique révolutionnaire que Marx la destinait, comme une arme permettant la transformation du monde.

     

    Ce sont des questions complexes. Il est vrai que si les gauchistes qui restent aujourd’hui avaient lu Marx correctement, ils ne seraient pas tombés dans le piège d’un soutien béat à des causes obscures et se seraient un peu plus concentré sur ce qui est important : le remplacement d’un capitalisme agonisant par une nouvelle forme de socialisation.

    Que reste-t-il de Marx ?

    C’est évidemment la première question qu’il faut se poser. A l’évidence Les temps ont changé. Le capitalisme s’il n’a pas changé de nature a au moins changé de formes. Nous sommes maintenant à l’ère de la robotisation, de la mondialisation et de la dérégulation monétaire. Bien plus fluide que le capitalisme du XIXème siècle, celui-ci s’appuie aujourd’hui sur la domination des multinationales sur les institutions politiques : il les domine et les utilise à son profit. Evidemment il n’avait guère insisté sur la question environnementale ou sur la démographie qui sont aussi deux problèmes majeurs à la limitation d’un modèle de croissance fondé sur le toujours plus. Quand Marx produit son œuvre, la population mondiale est inférieure à 1,5 milliards d’individus, de nombreuses parties de la planète ne sont pas encore colonisées par la marchandise et les matières premières restent surabondantes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec une population de 7 milliards d’individus.

      

    Pour ma part je retiens deux « invariants » de la pensée de Marx : d’abord l’impossibilité pour le capitalisme de se reproduire sans crise, ensuite les remarquables anticipations qu’il avait données du devenir financier et monétaire du capitalisme dans les Grundrisse. A cela on pourra rajouter une critique radicale des rapports sociaux dominés par les relations monétaires – le fétiche de la monnaie si on veut.

    C’est déjà beaucoup. Il y a à l’évidence une contemporanéité de Marx. Mais la question pendante est celle de savoir si les nécessaires luttes sociales sont dépendantes d’une compréhension toujours plus fine des mécanismes du capitalisme. Ce n’est pas le cas. Et du reste cela n’a jamais été le cas. Il y a en effet une sorte de spontanéité dans les révolutions qui si elle n’échappe pas à l’analyse ne se développe pas indépendamment d’elle. Les révolutions et plus généralement les mouvements sociaux sont plus terre à terre. Et lorsque les masses agissent et renversent des institutions obsolètes elles n’en ont évidemment pas une claire conscience. La raison essentielle est que les masses sont diverses, constituées de niveaux de compréhension divergents. Un des points aveugles de Marx est justement celui-là : il mise à la fois sur la spontanéité des masses et en même temps sur une élévation continue de leur niveau de conscience. Elles ne présentent pas cette homogénéité qu’on a pu décrire à travers la figure de l’ouvrier d’usine.

    Du reste, comme je l’ai dit ailleurs, Marx n’était pas de son vivant, et malgré une activité militante importante, un leader charismatique à la manière de Blanqui, Proudhon ou Lasalle. Dans la mouvance révolutionnaire, il était assez peu connu. Il s’est aussi souvent trompé dans ses prédictions récurrentes d’une révolution qui devait nécessairement advenir. Lénine avait tenté de palier à cela en construisant un parti fortement centralisé, ce qui ne l’empêchait pas d’être à la remorque du mouvement révolutionnaire qui se produisit en 1905 puis en 1917. Le rôle du parti bolchévique fut plutôt de confisquer la révolution à son profit plutôt que de la déclencher. En quelque sorte il remit de l’ordre dans le chaos que la révolution avait engendré.

    En mai 1968 la lecture de Marx est devenue la référence dominante. Mais il est clair que les millions de personnes qui agissaient contre l’ordre dominant, restaient à l’écart. Dans cette époque la pensée de Marx a irrigué effectivement le petit peuple intellectuel, notamment les enseignants, et même quelques économistes, elle a peu touché les prolétaires. Marx était la référence du PCF, mais aussi du PS de François Mitterrand avant que celui-ci ne se convertisse au libéralisme européen. Jacques Attali dans ses écrits le citait abondamment, par exemple dans L’anti-économique qu’il publia avec Marc Guillaume en 1975. Il justifiait d’ailleurs l’arrivée imminente du PS comme une nécessaire transition vers le socialisme ! Comme quoi la mode a toujours fait des ravages en matière de politique politicienne ! Attali est maintenant seulement le mentor du malheureux Macron.

    Conclusion

    Dans la grande misère de la pensée progressiste aujourd’hui, alors même que le modèle capitaliste bat de l’aile comme jamais, il manque quelques petits principes unificateurs simples qui donneraient un sens à la révolte sous-jacente ici et là. Je connais des petits groupes militants révolutionnaires notamment dans la mouvance d’ultra-gauche qui se sont épuisés durant des décennies dans l’étude de Marx, sans que cela ne fasse avancer quoi que ce soit sur le plan des luttes. De tels groupes, notamment autour de Paul Mattick, existaient et existent encore aux Etats-Unis, mais ils n’ont strictement aucune influence. Au-delà de la lecture de Marx qui est toujours intéressante, et si on ne veut pas rester des éternels étudiants passifs des mouvements sociaux, notre tâche est bien de trouver une clé qui allie la détermination de changement avec une unification des luttes.

     

    Liens

    http://philitt.fr/2015/03/03/entretien-avec-gerard-bensussan-le-mode-dexistence-du-capitalisme-cest-la-revolution/

    https://bataillesocialiste.wordpress.com/

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  • L’accord signé entre la Grèce et l’Eurogroupe est instable, Tsipras semble maintenant le regretter, c’est pourquoi resurgit l’idée maintenant d’une sortie rapide de la Grèce de la zone euro.

     

    Du peu de succès des politiques austéritaires

    Tout le monde se rend bien compte que nous nous trouvons à un tournant avec la question de la Grèce, non seulement en ce qui concerne ce pays, mais aussi pour ce qui est de l’avenir de l’Union européenne, de l’euro et en général des politiques libérales. Certes celles-ci continuent d’avancer comme si de rien n’était, par exemple en France le travail du sinistre Macron réalise clairement ce que Sarkozy n’avait pas osé faire avec beaucoup de cynisme. Il est d’ailleurs remarquable que la crise s’étant manifestée clairement depuis 7 ans, on poursuive une politique qui ne relance ni l’emploi ni la croissance, faisant de cette période 2008-2015, et probablement plus loin, la plus longue récession de toute l’histoire de l’économie. Le coût de la crise pour l’économie peut s’assimiler à ceux d’une guerre. Et les victimes sont nombreuses.

    En Europe on présente souvent l’Allemagne comme un modèle de réussite. Passons sur le fait que cette réussite apparente se réalise sur le compte de ses voisins, glissons aussi sur le fait que sa décroissance démographique lui permet d’éviter une longue discussion sur le chômage – en outre les « jeunes » n’existant quasiment plus dans ce malheureux pays, on comprend bien qu’ils n’aient pas le droit à la parole. Mais malgré ses « avantages », le taux de croissance de l’Allemagne reste très faible si on le compare aux Etats-Unis, à la Suède, et même au Royaume Uni, pays qui ne se trouvent pas handicapés par l’absurdité de la monnaie unique.

    Les Thénardier de l’Europe

    C’est d’ailleurs ce peu de succès des politiques austéritaires en Europe qui explique la montée en puissance des partis comme Podemos ou Syriza. Si les résultats sont si mauvais en Europe c’est que ces politiques en s’appuyant sur le dogme de la défense de la monnaie unique viole une « loi » bien connu de l’économie classique : la valeur d’une monnaie doit refléter la « compétitivité » de l’économie d’une nation. Elle est un résultat. Mais la monnaie unique fonctionne à l’envers : elle met en place une « valeur » fixe de la monnaie entre les partenaires européens, et ensuite ceux-ci doivent y adapter leur économie. C’est la mise en place de cette absurdité qui est à la fois la cause de la perte de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, et du « succès » mercantiliste de l’Allemagne. Mais cela commence à se voir et à se savoir, et cela entraîne une situation inédite : l’Allemagne n’a jamais été autant détestée en Europe qu’aujourd’hui depuis la fin de la guerre. L’Union européenne qui prétend souvent à tort être le grand artisan de la longue paix en Europe, a réussi ce miracle de faire renaître de ses cendres la haine de l’Allemand ! En effet, en imposant à toute l’Europe ses propres objectifs, l’Allemagne du sinistre couple Schaüble-Merkel montre aux yeux de tous que nous sommes sortis de la démocratie bourgeoise et parlementaire. Mais toute les victoires de de l’Allemagne ne sont que des victoires provisoires et le nez dans le guidon, assis sur son tas d’or, ce peuple de petits boutiquiers ne voit pas venir la fin de ce système.

    Le retour du Grexit

     

    Kostas Lapavitsas, économiste et élu de Syriza, a dénoncé les accords permettant à la Grèce d’obtenir une rallonge de prêt comme un abandon face au chantage de l’Eurogroupe, en disant que Syriza avait été élu pour dissocier la discussion sur la dette de la politique économique destinée à relancer l’économie et restaurer une protection sociale particulièrement abimée par la Troïka. Tsipras s’est presqu’excusé d’avoir signé un accord honteux en disant qu’il n’avait eu aucun soutien en Europe – et surtout pas de la part du cynique Hollande – mais qu’en outre le Portugal et l’Espagne l’avaient enfoncé. On voit bien que l’erreur majeure de Tsipras c’est de ne pas avoir prévu une sortie directe de l’euro, d’en être resté comme toute la gauche de gouvernement à l’idée qu’il faut et qu’on peut réformer l’Europe. C’est l’antienne répétée ad nauseam par ATTAC, le Parti de Gauche ou encore le PCF[1].

    Une fois encaissé le recul de Tsipras et Varoufakis face à l’Eurogroupe, on en est aux questions. La première question est posée par Krugman : pourquoi l’Allemagne, moderne Thénardier de l’Europe, impose-t-elle une politique aussi stupide qui va étrangler la Grèce ? Pour Krugman qui ne croît pas à la stupidité des dirigeants allemands, cela est clair : ils veulent faire un exemple non seulement en montrant que l’alternative à la politique austéritaire ne marche pas, mais qu’en outre elle conduit à une expulsion manu militari de la zone euro. L’idée selon laquelle la sortie de la Grèce de l’euro est proche mais aussi nécessaire, fait donc maintenant son chemin.

    La seconde question est celle que pose Jacques Sapir : comment réaliser cette sortie ? Si un temps il a cru possible une sortie négociée de l’euro, il admet maintenant que cette sortie ne peut être que conflictuelle, donc unilatérale. C’est d’ailleurs là que se trouve sans doute la clé des négociations de marchands de tapis entre la Grèce et l’Allemagne – à travers l’Eurogroupe – personne ne veut prendre le risque d’être celui qui déclenche cette sortie car cette sortie sera effectivement le début de la fin de l’euro.  Mais nécessité fait loi. Et il apparaît maintenant clairement que Syriza ne pourra pas générer une politique économique significativement différente de celle de Samaras en acceptant les conditions draconiennes de l’Eurogroupe.  

    On voit que dans le cas d’une sortie désordonnée de l’euro, le pays considéré doit d’abord mettre la main sur l’outil de création de la monnaie, et contrôler les mouvements de capitaux. Evidemment si Sapir dit qu’il ne faut pas revenir à un contrôle des changes, c’est parce que la monnaie doit s’ajuster progressivement à la compétitivité du pays. C’est le raisonnement inverse de la BCE et de son cortège de malheurs.

    Beaucoup veulent le Grexit. En Grèce bien sûr où l’adhésion à un retour à la drachme est soutenue et souhaitée par 52% de la population. L’aile gauche de Syriza y est favorable, le KKE aussi. A l’extérieur aussi, outre les économistes qui savent que la monnaie unique n’est pas viable sans une transformation radicale du fonctionnement de la zone euro – par exemple par des transferts massifs de l’Allemagne vers le reste de la zone. Une partie de l’opinion allemande, de gauche et de droite, est également favorable au Grexit. Et donc on pourrait penser que cela peut se faire. Oui, cela peut se faire si Tsipras et Varoufakis le décident ! Car les Allemands n’ont aucune raison de voir la disparition de l’euro. En effet, cela renchérirait le coût des produits allemands sur les marchés extérieurs d’environ 18%. Or les Allemands ont une conception mercantiliste – au mauvais sens du terme – de l’économie : leur croissance, pourtant faible, n’est tirée que par les exportations, le jour où ces exportations s’effondrent, leur modèle se désagrègera. L’Allemagne ne peut d’ailleurs être une puissance politique dominante qu’en pillant le reste de ses voisins, pays vieillissant, sans armée puissante, elle ne peut compter que sur l’euro pour exister politiquement.

    On dira bien sûr que la sortie de la Grèce de l’euro n’est pas la fin de l’euro, mais c’est faux car en effet, si la sortie de l’euro profitait à la Grèce, cela donnerait des idées aux Espagnols ou aux Portugais, ou encore aux Italiens. Je n’ai pas parlé de la France parce que la classe politique française est trop arrogante et trop européiste pour faire son mea culpa. C‘est pourquoi la classe au pouvoir en Allemagne retardera le plus possible la sortie de la Grèce de l’euro. Dans le cas d’un retour au Mark, il va de soi que les rentiers allemands devraient partager leur rente avec les pauvres de leur pays, soit relancer le marché intérieur pour maintenir la croissance et l’emploi.

    C’est pourquoi la décision finale appartiendra forcément à Tsipras. Soit lui et son ministre de l’économie sont convaincus qu’il ne peut y avoir d’arrangement sérieux avec l’Eurogroupe et ils sortiront la Grèce de la zone, soit ils croient encore à la possibilité de réformer cette triste institution. Dans ce dernier cas, ils connaitront bien évidemment le sort du PASOK du PSOE ou du PS et du PCF français. Ils disparaîtront et leurs électeurs leur en voudront de leur avoir fait croire qu’il existait une possibilité de contourner, la rigueur bruxelloise et de retrouver une forme de vie sociale « normale ». Bien évidemment une sortie réussie de l’euro non seulement rendrait service à toute l’Europe, mais en outre elle désignerait Tsipras comme « un grand homme », celui qui a su s’opposer à une Allemagne revancharde et honnie.

     

    Conclusion

      

    Le nouveau siège de la BCE a coûté 1,2 milliards d’euros 

    Pendant que nous suivons ces difficultés, nous apprenons que la BCE vient de prendre livraison de ses nouveaux locaux pour un coût de 1,2 milliards d’euros ! Le chantier a eu trois ans de retard et sur surcoût – comme il est de règle dans ce type de contrat – de 40% de ce qui était prévu. Preuve évidemment que cette boutique est mal gérée et coûte beaucoup trop d’argent au contribuable européen ! Mais rien n’est trop beau pour les 2600 fonctionnaires de ce bateau ivre. Il va de soi que cette boutique a tout à perdre avec une dissolution de la zone euro, ses privilèges, ses locaux, ses secrétaires parfumées et ses frais de mission. Il ne faudra donc pas compter sur elle pour hâter une dissolution de l’euro. Bien au contraire il est à prévoir que Draghi va rapidement s’opposer à l’Eurogroupe et à Merkel en réclamant de nouveaux « avantages » pour la Grèce afin de maintenir celle-ci dans la zone.

     

    Liens

    http://www.okeanews.fr/20150224-k-lapavitsas-economiste-et-depute-syriza-pose-5-questions-au-gouvernement

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150225trib12bafc0cd/projet-de-reformes-en-grece-un-adieu-a-la-logique-de-la-troika.html

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/02/16/athenae-delenda-est/?module=BlogPost-Title&version=Blog%20Main&contentCollection=Opinion&action=Click&pgtype=Blogs&region=Body

    http://russeurope.hypotheses.org/3516

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/03/02/l-europe-doit-abandonner-l-euro_4585513_3232.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20150304trib6950e46fb/l-economie-allemande-affronte-aussi-des-problemes.html

    http://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/poursuite-de-lausterite-et-liberalisation-en-grece-traduction-de-la-lettre-de-varoufakis-a-la-troika-eurogroupe-communique-du-kke/



    [1] Il existe cependant un collectif « communiste » en France qui dénonce cette sorte de collaboration de classe et qui comme le KKE en Grèce pense que la sortie de l(‘euro et de l’Europe est un préalable nécessaire : http://www.initiative-communiste.fr/

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    A gauche, et particulièrement en France, on n’ose pas discuter des relations sexuelles des hommes politiques, on a toujours peur de tomber dans la morale ordinaire, une forme de puritanisme hérité de quelque obscurantisme religieux. Pourtant c’est très révélateur d’un comportement de classe.

    De la vie privée à la vie publique

    DSK a sa sortie du tribunal 

    Les gens riches, les gens de pouvoir, ont de drôles de mœurs, ce n’est pas nouveau. Marx déjà dans Les manuscrit de 1844 dénonçait la bourgeoisie qui s’accommodait très bien de la prostitution, étendant le règne de l’argent aux rapports amoureux, tout en faisant la morale par ailleurs. C’est ce qu’on voit encore aujourd’hui. D’un côté les hommes politiques nous racontent qu’il faut travailler plus pour gagner plus, ou pour payer la dette de l’Etat – une chose très abstraite dont on ne connait pas très bien l’origine. Mais de l’autre ils étalent leurs turpitudes. Un jour c’est l’abominable Sarkozy qui se flatte de gagner de l’argent à la pelle en rendant des services très obscurs aux riches propriétaires d’Etats pétroliers, dont le seul et unique mérite est d’être assis sur une réserve d’or noir. Un autre jour, c’est le président de la Commission européenne qui est pointé du doigt pour avoir arrangé la fiscalité des multinationales qui travaillent en Europe du temps qu’il était premier ministre du Luxembourg. Au centre, c’est toujours d’argent dont il est question.

    Le procès de DSK, accusé de proxénétisme aggravé, révèle une partie de cette dégénérescence. On connaissait depuis très longtemps les penchants un peu glauques de DSK en matière de « sexualité rude »[1]. Spécialiste des amours tarifés et des soirées échangistes, il profitait largement de son argent pour se payer des fantaisies hors d’atteinte du prolo de base.

    Lors de son audition il a joué une partition assez convenue : « certes, a-t-il dit j’ai une sexualité « rude », mais je pensais que je participais à des partouzes entre personnes consentantes et adultes, sans qu’il y soit mêlé des questions assez laides d’argent ». Il ne veut pas qu’on le juge sur ses pratiques sexuelles. Il compte sur l’évolution des mœurs qui indique que toutes les pratiques sexuelles ne sauraient relever de la morale, seulement des inclinaisons sexuelles des uns et des autres. Et bien sûr il ne peut être accusé de proxénétisme puisqu’il représente le client, le miché, qui a pour fonction de payer.

    Dodo la saumure spécialiste des relations sexuelles tarifées

    En vérité sa défense est des plus lamentables. Justement parce que la sexualité dénote la vérité de ce qu’est un homme. C’est seulement parce qu’on a pris cette habitude de ne plus discuter de rien en s’abritant derrière l’idée que « les goûts et les couleurs ne se discutent pas » qu’on en vient à regarder le délitement de la société comme un simple fait de nature. Mais au cœur de la prostitution il y a des rapports de classes, et vendre son cul n’est pas un travail anodin, un travail comme un autre, c’est quelque chose de destructeur qui s’attaque à l’intégrité morale et physique de ceux et celles qui s’y livrent[2]. DSK évidemment a menti devant le tribunal en prétendant qu’il ne savait pas que les relations sexuelles auxquelles il se livrait étaient tarifées. Que croit-il ? Que c’est pour ses beaux yeux que des femmes se livrent à des ébats crapuleux avec lui ? Son physique ne peut pas faire illusion. Qu’il ait payé lui-même ou non ne change rien. Et si c’est quelqu’un qui a arrangé ces partouzes, c’est probablement parce que ce quelqu’un attendait quelque chose en échange.

    Il est probable que l’ignoble DSK ne sera pas condamné pour proxénétisme. En effet, il était un simple client du maquereau Dodo la Saumure. Mais ses pratiques nous ont révélé bien ce qu’il était : un vieux bourgeois qui utilise son fric pour s’acheter l’usage passager et trompeur de jeunes corps qu’il aime à martyriser dans des pratiques qu’il qualifie lui-même et de manière stupide de rudes. Pour dire les choses autrement, il a confondu « liberté sexuelle » et sexualité dégénérée où les rapports d’argent ôte aux rapports sexuels toute forme de poésie et ramènent ceux-ci à une bestialité primitive. Ce sont des rapports de classe et de domination qu’il introduit dans sa misérable vie sexuelle, des rapports parfois violents comme en ont témoigné les victimes. Cela lui a déjà coûté 1,5 million de dollars à propos de la tentative de viol du Sofitel – il faut avoir les moyens tout de même ! Sa vie est jalonnée de turpitudes, quand il ne se fait pas coincé par la police avec des travestis au bois de Boulogne, il est impliqué dans des affaires sordides visant à forcer une employée du FMI à se soumettre à ses fantasmes ou avec Tristane Banon qu’il avait essayé de séduire après avoir séduit sa mère.

    DSK économiste en carton

    Le plus important n’est sans doute pas là, mais dans le fait qu’on sépare ce qu’est un homme. Certains font semblant de penser que d’un côté il y a le DSK, économiste, compétent qui aurait pu faire un bon président, meilleur que Hollande, et que de l’autre il y a la bête brute qui décompresse dans des pratiques douteuses que seule la morale religieuse dépassée condamnerait. Cette approche est erronée. Un homme s’appréhende dans son unité. Les mœurs dégénérées de DSK expliquent aussi la médiocrité de l’homme politique. Ce n’est pas parce qu’il est devenu le président du FMI qu’il a une quelconque compétence, c’est même sans doute le contraire. Je vais donner quelques exemples.

    DSK est ou était – dans ce milieu on ne sait pas très bien – l’ami de Denis Kessler avec qui il a travaillé – si on peut dire que DSK a un jour travaillé. Ils ont commis un livre sur le passage d’une retraite par répartition à une retraite par capitalisation[3]. Ils ont donné des gages de soumission aux forces du capital. L’idée d’un financement des retraites par capitalisation est en effet un des chevaux de bataille de la droite libérale qui y voit d’une part la possibilité de gagner de l’argent en gérant elle-même les retraites,  et d’autre part le bien-fondé de sa culture individualiste qui suppose que les risques de la vie sociale ne doivent pas être mutualisés. Denis Kessler après avoir été un maoïste un peu allumé s’est reconverti au libéralisme échevelé, il deviendra le numéro deux du MEDEF, son idéologue. On voit que c’est le même milieu d’origine que DSK, un milieu où l’argent est l’horizon indépassable de la vie sociale.

    Le second exemple est le passage à l’euro. C’est en effet DSK qui conduisit le passage de la France à l’abandon de la monnaie nationale. Certes c’était la conséquence du vote malheureux de Maastricht, mais DSK avait une marge de manœuvre importante pour fixer la valeur du franc par rapport à celle de l’euro. Pour résumer, il avait le choix disons entre 3 valeurs, une valeur basse, 1 € = 15 francs, une valeur moyenne 1€ = 10 francs et enfin une valeur haute 1€ = 6,557 francs. La valeur basse aurait préservé un peu les positions de la France par rapport à l’Allemagne en matière d’industrie puisqu’elle dévalorisait les produits français à l’exportation et renchérissait les produits allemands à l’importation. La valeur haute au contraire plombait les exportations françaises dans la zone euro et notamment sur le marché allemand : ce qui veut dire qu’elle accélérait la transformation du capitalisme français vers un capitalisme financier.

    Les deux graphiques suivants le montrent : d’une part le solde commercial français s’est dégradé fortement et régulièrement avec l’entrée en vigueur de l’euro, et d’autre part l’emploi dans le secteur de l’industrie s’est effondré après le passage à l’euro, alors qu’il avait été stabilisé pendant la gestion de Lionel Jospin. Evidemment tout cela a un rapport avec le chômage d’aujourd’hui puisque comme on le sait le multiplicateur d’emplois est plus fort dans l’industrie que dans les services[4]. Il va de soi que si nous avions conservé un peu d’industrie non seulement notre commerce extérieur serait moins déséquilibré, mais le chômage beaucoup moins élevé aussi.

    Je me souviens également que DSK faisait l’apologie du TCE en 2005, avec des arguments économiques particulièrement pauvres et qui se sont révélés faux à l’usage. Il défendait, dans un débat télévisé avec Jean-Pierre Chevènement, évidemment « la concurrence libre et non faussée », ce qui est l’arme de la droite la plus conservatrice. Mais surtout il promettait que l’intégration européenne – avec la Turquie en prime – apporterait une prospérité jamais vue auparavant, le plein emploi et l’excédent budgétaire. On connait la suite, et pas seulement en Grèce. Bref, homme sans imagination aucune, il répétait fidèlement le catéchisme qu’on lui avait appris à Bruxelles, ce catéchisme qui lui a permis ensuite et grâce à un étonnant carnet d’adresses d’intégrer le FMI où il a pu poursuivre de ses assiduités le petit personnel[5].

    DSK est le plus flamboyant représentant de ce qu’on appelle la « deuxième gauche » et qui en fait n’est que – de Rocard à Hollande – la « droite complexée » comme le dit Lordon. C’est une partie de la bourgeoisie qui ne croît plus au peuple depuis bien longtemps. Mais surtout elle a fait sienne cette idée selon laquelle l’argent et le marché sont des horizons politiques indépassables. En 1992 Gary S. Becker reçut le prix Nobel pour ses travaux en économie. Ceux-ci avaient été remarqués parce qu’il étendait la logique de la rationalité des choix individuels – le calcul coût-avantage – à l’ensemble de la vie sociale des individus. L’homme était vu comme un capital humain à valoriser, la famille et les relations amoureuses un simple marché où la logique monétaire était suffisante pour expliquer les comportements individuels. Cette approche avait fait hurler en France dans les années soixante-et-dix. Mais n’est-ce pas celle-ci qui est le guide de l’ignoble DSK ?

     

    Conclusion

    La vie privée et publique de DSK est laide, même pas montrable, désespérément sordide. Or bien entendu si nous voulons transformer la société dans un sens positif, ce n’est pas seulement pour améliorer l’état de l’économie, mais pour rendre les hommes plus humains en quelque sorte. Mon but n’est évidemment pas de contrôler la vie sexuelle de Pierre, Paul ou Jacques, ni même de le condamner devant un tribunal. C’est seulement de dénoncer des mœurs dégénérés comme l’autre face du capitalisme en voie de décomposition. On notera d’ailleurs que si DSK est le représentant le plus flamboyant de ces turpitudes sexuelles communes chez les hommes politiques, qui sont d’abord des hommes d’autorité, il est loin d’être le seul à alimenter la rubrique des scandales sexuels. Bon à rien mauvais à tout, DSK n’a même pas eu un comportement professionnel sur le plan politique, et il a été éliminé piteusement de la course à l’Elysée sans même avoir livré de combat.



    [1] Voir par exemple, Christophe Deloire et Christophe Dubois, Sexus politicus, Albin Michel, 2006.

    [2] Pour ceux que cela intéresse, je signale l’ouvrage très intéressant de Max Chaleil, Prostitution, le désir mystifié, Parangon, 2002.

    [3] L’épargne et la retraite, Economica, 1982.

    [4] Pour aller vite le multiplicateur d’emplois mesure la relation qu’il y a entre la création d’un emploi dans un secteur particulier et son incidence sur les autres secteurs. On calcule ainsi les emplois directs, indirects et induits. Par exemple dans l’industrie lourde – sidérurgie, charbonnage, chantiers navals, ce multiplicateur est compris entre 7 et 10. Dans le secteur des services informatiques, il est seulement de 1,1.

    [5] La relation entre DSK et Piroska Nagy a été prouvée et fait l’objet d’une enquête interne du FMI, il semble que cette relation avait comme contrepartie une récompense sous la forme d’une promotion au sein du FMI. Mais il y a eu d’autres affaires qui ont été plus ou moins bien étouffées.

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    Marchandages

      

    Varoufakis discutant avec l’arrogant Jeroen Dijsselbloem

     

    J’ai souvent annoncé ici que la Grèce ne s’en sortirait jamais si elle s’obstinait à rester dans l’Union européenne et dans l’euro. Les autres pays d’ailleurs non plus, mais ils sont dans une situation moins dramatique. Curieusement Valéry Giscard d’Estaing me rejoint sur ce point. Pour lui aussi la Grèce doit sortir de l’euro et dévaluer sa monnaie. Cet avis est important, non pas parce qu’il est de VGE, mais parce qu’il vient d’un européiste convaincu qui, en son temps milita au contraire pour l’entrée de la Grèce dans la zone euro, pensant qu’une politique économique et monétaire commune suffirait à amener la convergence de tous les pays européens. J’ai par ailleurs beaucoup insisté avant l’arrivée de Syriza au pouvoir sur l’ambiguïté de ce parti puisqu’en effet il veut en même temps rester dans l’Union européenne, utiliser l’euro et mener une politique sociale.

    L’accord intervenu entre la Grèce et l’Eurogroupe le 20 février porte sur une prolongation des prêts jusqu’au  mois de juin. C’est un compromis qui ne semble guère être intéressant pour la Grèce. Beaucoup de commentateurs y ont vu une victoire de l’Allemagne et de l’abominable Wolfgang Schaüble qui finalement en repoussant la date de quatre mois maintiennent ses exigences fondamentales. A savoir que la Troïka reste omniprésente, même si elle ne conduit pas « les réformes », elle laisse se soin à Tsipras. Ensuite que les Grecs reconnaissent la légitimité des dettes accumulées et s’engagent à les rembourser intégralement. Pour cela ils acceptent de générer dans un contexte pourtant très difficile un excédent primaire (c’est-à-dire un excédent budgétaire) de 3% par rapport au PIB et de 4,5% en 2016. Cet excédent primaire supposé permettre de rembourser la dette grecque rentre dans une vision orthodoxe de l’équilibre budgétaire.

    A part cela qu’ont obtenu les Grecs ? Rien, si ce n’est qu’ils ont quatre mois pour trouver une solution à leurs problèmes. En effet l’accord stipule que Tsipras et ses ministres peuvent réaliser des réformes sociales, à condition qu’elles ne débordent pas du cadre fixé. Autrement dit il rend impossible une politique sociale et de relance de grande ampleur.

    On sait que dans ce type de négociation entre un petit pays comme la Grèce et un pays aux habitudes autoritaires comme l’Allemagne le premier qui cède est perdu. Certes les choses seraient plus faciles pour la Grèce si des pays comme le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande la rejoignait dans sa lutte contre la bureaucratie bruxelloise. Cependant dans cette guerre larvée, rien n’est jamais sûr. En effet les quatre mois de sursis donnés à la Grèce pourraient être mis à profit pour organiser sa sortie de l’euro.

     

    Retour à la drachme

      

    Dans un article récent, Dany Rodrick, économiste hétérodoxe soulignait combien il était difficile de sortir de l’euro, cette peur de l’inconnu bloquant l’initiative. Mais en réalité c’est bien plus simple que cela : on sait à quoi a mené l’entrée de la Grèce dans l’euro, à son effondrement économique, social et politique. Il y a bien peu d’argument en faveur de son maintien. En attendant, tout le monde anticipe une sortie de la Grèce de l’euro, et pas seulement VGE. La BCE s’y prépare et s’apprête à demander à la Grèce un blocage des sorties de capitaux. En effet, elles se font en ce moment à un rythme élevé d’un milliard d’euros par jour. Mais si ce blocage des sorties de capitaux est une nécessité vitale pour la Grèce, c’est aussi l’étape essentielle avant une sortie de l’euro et un retour à la drachme.

      

    Le retour à une monnaie nationale permettra à la Grèce ou à n’importe quel autre pays qui en fait de même, d’ajuster la valeur de sa monnaie à la réalité de sa balance commerciale. Pour parler comme les économistes, c’est une vieille règle d’équilibre que de faire dépendre la valeur de sa monnaie de l’excédent ou du déficit commercial. On sait cela depuis William Petty. Dans l’Union européenne, on a prétendu faire l’inverse, donner une valeur fixe à la monnaie – fixe entre les pays qui l’utilisent – et ensuite produire un ajustement par les coûts – c’est-à-dire par une baisse des salaires et des prestations sociales. C’est un peu de ce problème que traite l’ouvrage de Flassbeck et Lapavitsas – ouvrage à paraître mais signalé par Jacques Sapir. L’euro, mais maintenant ça se voit, ne profite comme je l’ai dit depuis des années qu’à la seule Allemagne. Or, il est évident qu’un retour à la monnaie nationale permettrait à la Grèce, mais aussi à n’importe quel autre pays de retrouver sa compétitivité, dans ce cas-là, cela reviendrait à dévaluer la monnaie grecque d’environ 40% par rapport à la monnaie allemande. Comme on le voit la sortie de l’euro n’est pas un programme nationaliste, mais une nécessité économique, politique et sociale.

     

    Le maintien de l’euro

     

    Evidemment les bonnes âmes d’Attac penseront qu’il y a une autre solution. Ce serait d’aller vers plus de fédéralisme, de faire en sorte qu’un gouvernement européen émerge, dispose d’un budget et mutualise l’ensemble des dettes publiques. Si sur le papier cette solution est tout à fait possible, elle est par contre impossible sur le plan politique. L’Allemagne n’en veut pas, mais aussi les pays comme la Pologne ou la Finlande. Leurs raisons sont diverses, les uns – les Polonais – pensent que le maintien de l’euro sans un Etat pour en garantir l’identité est un atout pour leurs exportations, les autres – les Allemands – ne veulent pas payer pour « ces fainéants de Grecs » qui ont vécu au-dessus de leurs moyens. Le fédéralisme européen est un rêve impossible, les différentes nations possèdent une histoire, une culture et une économie particulière. Nier cela c’est nier le passé au nom d’une course folle vers un progrès assez peu défini d’ailleurs.

    L’expérience de Syriza est à ce titre exemplaire, elle va bien plus loin qu’une confrontation ente un pays au gouvernement démocratiquement élu et la dictature de traités européens pensés et mis en œuvre pour le bonheur de l’Allemagne. Elle oppose une culture et une histoire à une logique hors sol décidée par une oligarchie informe et sans avenir.

    Syriza a donc maintenant quatre mois pour penser son avenir. La question est double. La Grèce doit-elle rester dans l’euro ? Quelles seront les conséquences  à court et à moyen terme ? Mais derrière cette question, il y en a une autre : en restant dans l’euro la Grèce accepterait le modèle dominant libérale et mondialiste et sa logique sociale qui va avec.

    Je souhaite évidemment que Syriza réussisse non seulement pour le peuple grec, mais aussi pour le reste des peuples européens qui en ont plus qu’assez de ce modèle économique mortifère. Mais je pense que Syriza, après avoir obtenu quelques concessions de façade, rentrera dans le rang et la longue descente aux enfers de l’euro reprendra son cheminement vers un monde de plus en plus régi par les lois du marché, c’est-à-dire celles de la finance et des multinationales. Je veux dire par là que si la dissolution de l’euro me semble inéluctable, ce n’est pas pour tout de suite, pas avant que les choses ne se soient encore plus dégradées. Je souhaite me tromper et voir cette année une rupture nette qui viendrait donner l’exemple depuis la Grèce.

     

    Manolis Glezos et Alexis Tsipras

    En attendant le front constitué autour de Tsipras est en train de s’effriter : Manolis Glezos, figure héroïque de la résistance à l’Allemagne et qui a renforcé la position de Tsipras à gauche, a dénoncé le compromis et a appelé à manifester contre. Reste à savoir si les quatre mois qui viennent permettront à Tsipras de prendre les bonnes résolutions. Je pense, mais je peux me tromper, que Varoufakis est plutôt timide et qu’il se sert de sa « compétence » économique pour œuvrer dans le sens de l’Allemagne. Mais il va de soi que les choses ne sont pas figées et que Schaüble a peut-être obtenu une victoire à la Pyrrhus, quatre mois peuvent permettre aussi de peaufiner les conditions d’une sortie de l’euro. C’est un peu l’avis de Jacques Sapir qui pense que c’est vers cela qu’on se dirige. J’espère avoir tort et qu’il ait raison.

     

    Liens

     

    http://www.challenges.fr/politique/20150219.CHA3211/vge-la-grece-doit-sortir-de-l-euro.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150219tribf1d4a4d20/grece-berlin-veut-pousser-son-avantage.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150220trib73620a4fa/accord-sur-la-grece-a-l-eurogroupe-sur-un-financement-de-quatre-mois.html

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/comment-la-bce-se-prepare-a-une-sortie-de-la-grece-de-la-zone-euro-864931.html

    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20150218trib13088f1f1/grece-les-donnees-du-marchandage.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3462

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150222trib582b866fb/le-heros-de-la-gauche-grecque-manolis-glezos-critique-le-compromis-de-l-eurogroupe.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3482

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