• Un peu partout on a accueilli l’arrivée de Syriza au pouvoir comme une bouffée d’oxygène, et de fait si Syriza indiquait qu’il y a d’autres voies que celle tracée par l’Union européenne, il nous semble que cela serait une bonne chose. Mais la réussite de Syriza est très incertaine.

    Humilier la Grèce

     

    Les nouvelles en ce qui concerne la Grèce sont contradictoires et très difficiles à décrypter. Comme nous ne sommes introduits auprès d’aucun cercle où on entend bruisser les rumeurs des coulisses du pouvoir, il nous faut essayer d’y voir plus clair par nous-même, à partir des nouvelles que les journalistes diffusent, sachant que ceux ne comprennent pas toujours très bien de quoi ils parlent et que le plus souvent ils sont déterminés par des intérêts particuliers. Prenons les choses dans l’ordre. En Grèce il commence à y avoir un certain désenchantement qui se fait jour et on reproche assez généralement à Tsipras de s’être couché devant l’horrible Eurogroupe que les journalistes appellent les Européens comme s’ils représentaient autre chose que les intérêts de la bureaucratie et de la finance. Et d’ailleurs l’Eurogroupe claironne un peu partout que c’est bien ce qu’i s’est passé, que Tsipras a avalé toutes les couleuvres. On lui a fait refaire son projet de réformes jusqu’à ce qu’il accepte de privatiser le port du Pirée, de flexibiliser le marché du travail et de renoncer à embaucher des fonctionnaires. Cette humiliation permanente mise en scène par Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe et par Wolfgang Schaüble a un but avant tout politique : montrer qu’il n’est pas possible de désobéir et de prendre des chemins de traverse pour retrouver la croissance. L’idée est de faire un exemple, avant que d’autres pays soient tentés par l’émancipation politique. Pourtant il parait assez clair que si Tsipras et Syriza se pliaient aux oukases européistes, ils signeraient leur mort politique et plus encore ils ouvriraient une voie royale à l’extrême droite grecque. On comprend bien que dans ce jeu il ne peut pas y avoir deux gagnants : il y aura un gagnant et un perdant. Beaucoup ont parié que ce serait la Grèce, Tsipras et Syriza qui perdraient, les gouvernements européens faisant corps pour étouffer dans l’œuf toute idée de réforme qui divergerait du chemin tracé par Schaüble et Merkel. Par parenthèse on notera que le gouvernement soi-disant socialiste de Valls et Hollande n’a pas levé le petit doigt pour aider à ce que les négociations avancent. Le but étant de marginaliser et d’affaiblir le nouveau pouvoir grec. C’est ainsi qu’en dépit de toutes les rodomontades pour laisser croire que l’UE serait une démocratie, la BCE et le FMI tentent de couper les possibilités de refinancement de la Grèce, en espérant que ce chantage misérable aidera à faire plier les Grecs.

     

    Où en est Syriza ?

     

    Samaras, l’ancien premier ministre déchu, avançait que Tsipras et Varoufakis avaient conduit les négociations d’une manière maladroite, il a employé le mot d’amateur. Mais les choses paraissent aujourd’hui plus compliquées. Pour Romaric Godin, journaliste plutôt perspicace qui suit la question grecque pour La Tribune, prétend qu’en réalité Tsipras a mené les négociations de main de maître et se prépare à sortir de l’euro. Ce qui expliquerait son rapprochement avec la Russie. Le projet serait suffisamment avancé pour qu’il en ait fait part à l’Eurogroupe. Il s’apprêterait dans un premier temps à un contrôle des capitaux et à une émission de titres imprimés et cautionnés par l’Etat, premier pas vers le retour à la souveraineté monétaire. Sous cette hypothèse, il aurait simplement gagné du temps dans les négociations pour ménager l’opinion publique grecque qui jusqu’ici semble attachée à l’euro. Cela viendrait conforter l’idée que Varoufakis qui est hostile à une sortie de l’euro serait sur le départ. Nous ne sommes pas assez proche des cercles du pouvoir pour affirmer que cette hypothèse est juste. En tous les cas elle viendrait corroborer l’idée que nous avons toujours défendue selon laquelle la Grèce ne peut pas s’en sortir en restant dans la zone euro. Je fais remarquer par parenthèse que pour sortir de la zone euro, il faut d’abord utiliser l’article 50 et donc sortir de l’Union européenne.

    Conséquences

    A court terme il se pourrait qu’une sortie de la Grèce de l’euro soulage l’Allemagne où l’opinion est de plus en plus hostile à l’euro et à sa logique imbécile. Le parti eurosceptique AFD grimpe de plus en plus dans les sondages et ont des résultats encourageants qui ne peuvent qu’inquiéter Merkel sur sa droite. Mais évidemment à plus long terme il n’est pas sûr que l’Allemagne y gagne quelque chose, bien au contraire. D’abord parce que la sortie de la Grèce de la zone euro lui permettrait de répudier facilement une partie de sa dette, or les banques allemandes sont très impliquées. En outre l’Allemagne et la France sont aussi très lourdement impliquées dans le FESF – Fonds Européen de Solidarité Financière -  et qu’une répudiation de la dette grecque entraînerait sans aucun doute une crise financière dévastatrice qui en terminerait enfin avec l’euro cette monnaie tellement mal conçue qu’elle a plongé le continent européen dans une crise sans fin que plus personne ne maîtrise.

    Les deux autres risques d’une sortie de la Grèce de l’euro sont les suivants :

    - il est probable que l’euro serait de moins en moins crédible et que d’autres pays comme l’Espagne, le Portugal et l’Italie voudront en faire autant. Ces tendances fragiliseront l’unité monétaire de la zone, sans même parler de l’euro comme monnaie internationale. Et si nous devions aller jusqu’à un abandon de la monnaie unique, c’est bien l’Allemagne qui serait le plus pénalisée car c’est presque le seul pays européen qui en tire un bénéfice ;

    - mais il y a un autre risque c’est que la Grèce se rapproche de la Russie et cela serait une dislocation en bonne et due forme du front européen qui a déjà bien des difficultés à maintenir les sanctions pour le plus grand plaisir des Américains.

     

    Conclusion

     

    Syriza est à la croisée des chemins, et il n’est même pas sûr que Tsipras ait déjà décidé de ce qu’il ferait si l’Eurogroupe et les Allemands s’obstinent à lui pourrir la vie et à l’obliger à s’orienter vers un programme économique de droite classique. Nous en saurons un peu plus dans quelques semaines. En tous les cas une sortie de la Grèce de la zone euro porterait un coup fatal à la logique libérale parce que de fait on serait bien obligé de repenser le développement d’un pays en dehors de la logique mondialiste et erronée selon laquelle « les échanges tirent la croissance » et donc que la priorité des priorités est de libéraliser les échanges commerciaux aussi bien que financiers pour accélérer cette maudite croissance dont aiment à se repaître les libéraux mais que curieusement – comme l’Arlésienne – on ne voit jamais.

     

    Liens

     

    http://www.greekcrisis.fr/2015/04/Fr0421.html#deb

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-tsipras-a-renverse-la-situation-466309.html

    http://l-arene-nue.blogspot.fr/2015/04/grece-tsipras-se-tourne-t-il-vers-la.html

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  • On ne se lasse pas de souligner l'excellente initiative de l'UP d'Aubagne, ci-dessous, le programme d'avril

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    Punir le PS

     

    Comme prévu, le Parti Socialiste a subi un lourd revers lors des élections des 22 et 29 mars. Partant de très haut puisqu’il gérait 72 départements, il en perd une bonne trentaine. De l’avis de tous, il s’agit d’un vote sanction contre le pouvoir en place. Manuel Valls a souligné que la gauche avait été battue parce qu’elle était désunie. Il a raison, mais pouvait-elle être unie avec la politique que mène Hollande et son gouvernement ? La réponse est non. En effet, Hollande, Valls et Macron mènent une politique ouvertement de droite. On a d’ailleurs vu Macron faire l’éloge juste avant les élections départementales de Margaret Thatcher, icône de la droite libérale dure, briseuse de syndicats et personnage détesté par la gauche en général, ou encore Hollande embrassé Dassault. Il paraît que le petit Macron cherche une circonscription pour se faire élire député en 2017. On lui souhaite bien du plaisir, mais en dehors de Neuilly, on ne voit pas très bien où.

    De nombreux commentateurs ont souligné que les électeurs traditionnels du PS, non seulement s’étaient massivement abstenus, mais encore certains d’entre eux n’avaient pas hésité à franchir le pas et à voter pour le Front National, malgré un matraquage sans précédent contre ce parti. Il est vrais qu’en faisant campagne d’abord contre le FN, Manuel Valls finissait par donner une raison de voter pour ce parti. Etant donné sa position hégémonique à gauche, le PS entraîne forcément toute la gauche dans la catastrophe. Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, jusqu’ici avait lié son destin à une stratégie d’alliance avec le PS, au grand dam de Mélenchon. Il paye aujourd’hui cette stratégie schizophrène qui le fait s’allier aux élections avec le PS pour sauver quelques sièges, et qui le pousse à critiquer la politique très à droite du gouvernement.

     

    Résultats

      


     

    Ce qui est remarquable c’est que ce sont des élections locales, et donc l’implantation de longue date des socialistes aurait dû les protéger mieux que cela. Ce qui semble indiquer que le reflux du PS sera durable. Mais aussi cela annonce les défaites à venir, Valls et Hollande ont déjà annoncé qu’ils ne changeront pas leur politique qui, non seulement ne marche pas, les résultats économiques et sociaux n’y sont pas, mais qui en outre les entraîne directement vers la sortie. A mon avis les électeurs de gauche leur en veulent tout autant de mener une politique de droite que de les humilier en perdant élection après élection au profit de la canaille UMP.

    Donc on se retrouve dans la situation inverse, la droite décomplexée de Sarko et de sa clique va détenir les 2/3 des départements, et la gauche 1/3 seulement. L’UMP va crier au triomphe, mais on va voir que ce triomphe n’en est pas un.

    D’abord l’abstention très élevée – supérieure à 50% - indique manifestement un manque d’adhésion à un programme qu’on a bien du mal à distinguer de celui du PS. Ensuite, et c’est là le plus important probablement, c’est qu’aujourd’hui l’électorat se divise en trois blocs : 1/3 pour l’UMP et ses valets de l’UDI et du MODEM, 1/3 pour le PS et ses ennemis de gauche – PCF, PG et EELV, et un autre tiers pour le Front National. Si l’UMP gagne des départements, c’est surtout parce que la gauche est désunie, et parce que le FN est marginalisé et ne peut pas accéder au pouvoir faute de pouvoir passer des alliances. C’est là le point le plus important. Certains commentateurs ont commencé à parler à propos de Marine Le Pen d’une stratégie erronée. Mais elle n’a pas le choix. S’allier avec l’UMP la condamnerait à disparaître. Le FN n’existe que parce qu’il critique radicalement l’UMPS et parce qu’il n’a pas exercé le pouvoir. Cette curieuse position appelle deux remarques :

    - la première est que ce parti ne détient du fait du mode d’élection à deux tours et de la stratégie de front républicain, que très peu de sièges, et aucun département. Cela peut représenter aux yeux de ses électeurs une injustice fondamentale, mais en outre valider l’idée que l’UMPS est une sorte d’entente pour se partager le pouvoir. Car en effet, Sarko a beau fanfaronner, comme à son ordinaire, depuis 2008 le parti au pouvoir a perdu toutes les élections. Autrement dit, Hollande a été élu parce qu’on détestait Sarko, et probablement Sarko sera élu pour sanctionner Hollande.

    - la seconde est que l’implantation du FN au niveau national contrairement à ce qu’on dit simplifie le jeu électoral, puisqu’en effet, il n’est pas besoin d’engendrer un engouement majoritaire pour obtenir le pouvoir, mais faire 36% quand le bloc d’en face fait 34%.

    Mais il y a un autre résultat paradoxal à cela : sachant que le FN ne peut conquérir à court et moyen terme le pouvoir, le chantage à la montée du fascisme et au front républicain mis en scène par Valls n’opère plus. Non seulement Valls s’est fait renvoyer dans les cordes par Sarko qui a avancé le « ni-ni », sachant pertinemment qu’il n’aurait pas besoin du PS pour retrouver le pouvoir dans les départements, mais il a laissé les électeurs de gauche de marbre. On se rend compte enfin que l’épouvantail du FN non seulement ne fait plus peur, mais ne peut pas apparaître comme un programme électoral.

     

    Quelle stratégie pour la gauche ?

    Le congrès de juin du PS va être sanglant. Et il est probablement que la ligne très à droite de Hollande, Valls, Macron et Rebsamen sera battue et qu’on essaiera de faire émerger une ligne un peu plus à gauche, sans l’être tout à fait. Mais pourquoi faire ? En effet, l’expérience de Syriza démontre tous les jours que sans rupture fondamentale d’avec la logique libérale européiste, aucune politique de gauche ne peut émerger. Mais l’expérience de Syriza démontre aussi autre chose, les partis ne sont pas éternels, et le PASOK – le parti socialiste grec – est en voie de disparition.

    Les résultats des départementales et avant ceux des élections perdues par Hollande et son gang, seront sans doute avancés par les imbéciles de Terra Nova comme démontrant que les gens votant à droite, il faut s’adapter et leur fournir un programme de droite. Mais en vérité les majorités de droite se font par défaut essentiellement parce que le peuple de gauche ne vote plus, essentiellement parce qu’il se sent abandonné et trahi par ceux qui sont sensés le représenter. Mais si on tient compte que l’abstention est très élevée, et qu’en outre les électeurs du FN ne sont pas forcément des gens de droite, alors on comprend que ce ne sont pas les électeurs qui se droitisent, mais les caciques des partis de gauche qui sont lâchés par les électeurs pour cause de renoncement.

    De même le PS ne peut s’en prendre qu’à lui-même si la gauche est divisée. En 2012, ce parti détenait toutes les clés du pouvoir. Il n’a pas pu rassembler la gauche essentiellement parce qu’il a mené une politique de droite, une politique de l’offre. Le danger sera pour ce parti qu’en 2015 et 2016 il devrait y avoir une petite amélioration sur le front de la croissance et de l’emploi. Essentiellement parce que l’euro est en train de chuter lourdement, consécutivement à la politique de Quantitative Easing mené par la BCE contre l’avis des Allemands. Or cette accalmie conduira certainement Hollande et Valls à avancer que cela est le résultat de leur politique qui commence à porter ses fruits, et donc qu’il n’y a pas de raison de changer de politique.

    Si le PS est en première ligne, il est également important que le PCF ou le PG se posent aussi des questions. Malgré la crise de 2008 qui a disqualifié aussi bien la droite décomplexée à la Sarko que la droite complexée à la Hollande, ils ne sont pas apparus comme des partis crédibles porteurs d’un possible changement. Certes le PCF n’est plus ce qu’il était, il n’y a plus guère d’ouvriers, et le mur de Berlin est tombé. La Guerre froide a eu des effets à long terme qui ont décrédibilisé ce parti définitivement. Mais les progrès du PG ne sont pas probants. Ce parti est aussi l’objet de calomnies récurrentes : il est stigmatisé comme un parti de la gauche radicale – on ne sait d’ailleurs plus ce que veut dire ce mot – alors qu’il est plutôt rose pâle, à peine keynésien. Plus fondamentalement, le PCF et le PG payent aujourd’hui leurs inconséquences sur la question de l’Europe, tout le monde se rend compte aujourd’hui que la chimère d’une Europe sociale est à peine un chiffon rouge. L’Europe est détestée pour des raisons fort justes, c’est l’Europe des banquiers et des multinationales comme le disaient dans le temps le PCF et le PS, avant que la tête de celui-ci soit phagocytée par Jacques Delors et ses sbires, avant que François Mitterrand n’avalise le tournant de 1983.

    Il apparaît maintenant évident que toute stratégie de rupture avec les dogmes du libéralisme échevelé, la lutte pour un meilleur partage de la richesse et du travail, passe aujourd’hui par une rupture nette avec l’Europe et sa logique mortifère. 

    Trois scénarios

    Le premier serait que la gauche électorale prenne conscience de l’impasse dans laquelle elle se trouve et réoriente son modèle à gauche justement, rompe avec la théorie de l’offre et le dogme de la concurrence. Ce scénario me paraît peu probable, non pas parce que les électeurs potentiels du PS le refuseraient, mais parce que les « élites » de ce parti, le mode de fonctionnement de ce parti l’empêcheront de se développer.

    Le second scénario est celui d’une marginalisation du PS, comme le PASOK par exemple, et l’émergence d’un nouveau parti à l’image de Podemos ou de Syriza. Celui-là non plus ne me paraît pas devoir se concrétiser, essentiellement parce que le PG occupe le terrain, même si ses limites paraissent évidentes, il empêchera l’émergence d’un nouveau parti qui apparaîtra comme un nouveau diviseur.

    Le troisième scénario, selon moi le plus probable, est une pérennisation de la décomposition de la politique un peu à la manière de ce qui se passe aux Etats-Unis. Une forte abstention – les plus pauvres se détournant de la pratique électorale – et une vie politique scindée entre deux blocs qui ne se distinguent plus que par des débats insipides sur des phénomènes de société : le port du voile, les cantines scolaires, le mariage pour tous, et d‘autres sujets tout autant sans intérêt qui évitent d’aborder les questions fondamentales de la lutte contre les inégalités et des formes de l’économie. Dans ce cas de figure le FN apparaît encore comme le meilleure allié de la fausse alternance entre le PS et l’UMP, entre Hollande et Sarkozy !

    Il y aurait bien un quatrième scénario, celui d’une nouvelle crise bancaire qui balaiera cette fois le système dans ses fondements.

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  • MANIFESTATIONS DE LA « CRISE »

     

    Depuis maintenant une quarantaine d’années on parle de la crise, depuis le choc pétrolier de 1973. Mais évidemment c’est devenu d’autant plus prégnant depuis le grand plongeon de 2008. Et de plus en plus souvent on fait un parallèle avec la Grande crise de 1929. Pour les uns cette crise est encore plus grave que la précédente, pour les autres, elle est limitée dans ses effets négatifs par le filet de sécurité de l’Etat-Providence.

     

    Dans les années trente aux Etats-Unis la répression des manifestants était féroce 

    Crise il y assurément aujourd’hui, elle est visible à l’œil nu : ce sont les cohortes de chômeurs, la baisse des revenus et des retraites, le recul de l’Etat-Providence, ou encore la croissance zéro dans la zone euro. Les statistiques qu’on trouve, toutes contestables qu’elles soient montrent une rupture nette au moment de la crise des subprimes. Bien sûr les statistiques ne remplacent pas ce qu’on peut connaître et percevoir des vies qui seront brisées par la crise. Mais cela aide à cadrer un peu les choses. Dans le graphique suivant, on voit que le chômage en Europe est élevé et qu’après avoir connu une embellie entre 2005 et 2008, il est reparti à la hausse comme une conséquence de la crise  ou du manque de croissance.

     

    Evolution du chômage en Europe 

    Cependant les chiffres ne sont pas tout, il y a une manière de les percevoir. En premier lieu l’échelle de temps est déterminante. Regardons les deux graphiques ci-dessous. Dans le premier qui prend en considération les années 2000-2011, on a l’impression que la croissance est ascendante, et que le choc de 2008 est seulement un accident de parcours. Certes le choc est fort, mais il semble qu’il puisse être corrigé. Le second graphique présente toujours la croissance, mais sur la période 1950-2008. Là on se rend compte qu’il y a deux aspects : d’une part une évolution un peu chaotique, ça monte, ça baisse, et d’autre part une tendance matérialisée par le trend qui est orientée à la baisse. Le trend est cette ligne qui passe au plus près des points représentant les performances de la croissance. Dans cette nouvelle présentation, on se rend alors que le problème de la baisse de la croissance n’est pas conjoncturel, mais tendanciel. Ce premier élément incite donc à réfléchir sur les causes qui justement orientent la croissance à la baisse sur une longue durée.

    Les crises et les solutions de sortie de crise vont dépendre de la façon dont on explique la crise elle-même. Si on pense qu’elle est essentiellement financière et qu’elle est le produit des dérèglements de la finance, alors on réglementera ce secteur. Si au contraire on pense qu’il s’agit d’une crise de la demande – ou une crise de surproduction – alors on s’efforcera d’agir sur le partage de la valeur.

     

    LES CAUSES DES CRISES 

    Avant tout, si j’ai quelques idées sur les origines de la crise de 2008, je ne suis pas très sûr de moi, je veux dire par là que je n’ai pas une idée aussi claire que les marxistes qui pensent qu’il s’agit comme toujours d’une crise de réalisation de la valeur, ou du moins que cette explication n’est pas suffisante, même chose pour ce qui concerne les origines financières de la crise. Certains éléments incitent en ce sens, mais d’autres non.

    En gros, il y  a trois sortes d’approches de la crise.

    A. La crise comme résultant de trop d’entraves à la création de richesses

    Il y a d’abord l’analyse des idiots, de ceux qui croient aux lois du marché. Pour eux il est clair que :

    1. d’une part l’activité de destruction créatrice est normale et elle épure périodiquement le marché pour le rendre plus efficace ;

    2. le bon fonctionnement du marché est l’alpha et l’oméga de la prospérité. Il s’ensuit donc que pour sortir de la crise, il suffit d’améliorer la fluidité des échanges.  Donc on fera en sorte de développer des traités de libre-échange, de limiter les dépenses de l’Etat et de privatiser.

    C’est cette vision de la crise qui a gagné. C’est de ce type d’analyse que sont faites les fameuses réformes, celles que l’Union européenne veut imposer aux Grecs. Le plus curieux est que certains soutiens de cette imbécilité qui date d’avant Marx, se disent de gauche, comme le sinistre Macron ou le sournois Hollande. Au passage on fera remarquer qu’en adoptant ce point de vue archaïque les anciens partis socialistes européens sont en train de disparaitre du paysage politique : que ce soit le PASOK en Grèce, le Parti travailliste néerlandais de l’arrogant Jeroen Dijsselbloem, le Parti travailliste britannique, le PSOE  ou encore le PS. Tous ont vu, pour cause de trahison leur score divisé par deux. Plus encore il est curieux que cette vision fasse encore recette alors qu’il est facile de voir que la déréglementation n’est pas le remède mais la maladie, ou du moins un symptôme fort de celle-ci. Est-il possible de soigner brutalement le mal par le mal ? Peut-on d’un côté dénoncer le manque d’éthique des grands financiers, et de l’autre refuser de les réglementer ? En tous les cas on ne connait pas de crise qui se soit effacée par plus de marché. Ça n’existe tout simplement pas. En effet guérir une crise de la demande en relançant l’offre est un non-sens.

    B. La crise comme reflet d’une insuffisance de réglementation

    Il y a ensuite la vision qui est de loin la plus populaire et qui suppose que le mal vient de l’absence de règles dans le secteur financier. Les banquiers ayant toujours plus d’imagination créent en permanence des possibilités de crédit qui alimentent la spéculation et l’endettement. Vient le moment où la bulle spéculative éclate et entrainant une crise de liquidités qui bloque le circuit économique. C’est la thèse des deux Galbraith, le père et le fils. Le premier analysant la crise de 1929, le second celle de 2008. Au cœur de leur analyse ils mettent en scène l’appât du gain, la cupidité, la volonté de tricher qui apparente ainsi les banquiers à de vulgaires criminels. Ils ont effectivement de solides arguments pour soutenir leurs thèses, ils disposent d’exemples précis qui montrent comment les banquiers ont menti, maquillé les comptes pour générer des profits énormes et de court terme. Il est assez drôle de lire les deux livres à très peu de distance, car tous les deux mettent en haut de la pyramide de la délinquance bancaire la banque Goldman & Sachs !!  Cette banque était déjà accusée dans les années trente d’être à l’origine de la crise financière par ses pratiques douteuses. Quatre-vingts ans plus tard, elle est toujours là, toujours aussi nocive, elle nomme les dirigeants des banques centrales du monde entier, dans la zone euro, en Angleterre, au Canada. Mais soyons juste dans les années trente il y avait la banque J. P . Morgan qui était aussi sur la sellette comme elle le sera encore après 2008. 

    Cette thèse est celle des keynésiens qui ne se sont pas fourvoyés dans les élucubrations de la « synthèse ». Elle débouche directement sur un plaidoyer pour plus d’intervention étatique dans le contrôle de la production et de la distribution de la monnaie.

      

    Cette thèse n’est d’ailleurs pas incompatible avec la thèse de la sous-consommation. En effet, on peut penser que les excès de la finance accroissent les inégalités et que les hauts revenus ne trouvent plus qu’à s’employer dans la spéculation car l’investissement productif n’est plus rentable, ou du moins sa rentabilité semble moins bonne que la spéculation. C’est ce que résume d’un mot Mariner Eccles qui fut le président de la Fed sous les mandats de Roosevelt : « Trop de profit, tue le profit ». En tous les cas elle a amené dans les années trente à une séparation des activités bancaires – ce que les socialistes français nouvelle manière ont refusé en 2013 en faisant capoter la timide réforme initiée par l’Union européenne. Mais aussi la crise fut contournée essentiellement par une relance massive de la demande qui permit une transformation en profondeur du système, avec notamment le développement d’un Etat-Providence de plus en plus important. 

    C. L’approche marxiste

    Elle est un peu différente. Elle suppose que la sous-consommation n’est pas le déterminant essentiel. Certes la crise peut se manifester par une crise bancaire ou par une crise de la demande, mais ce qui déclenche la crise c’est plutôt le mouvement même de la concurrence. En effet, pour Marx la concurrence n’est pas l’essence du capitalisme, c’est l’accumulation des profits. Or cette accumulation des profits va se heurter à un moment donné à l’étroitesse des marchés, cela entraîne une concurrence féroce qui mécaniquement va éradiquer les entreprises les moins rentables. Il y a également que pour des raisons techniques le taux de profit a une tendance naturelle à baisser. Même si une crise financière déclenche les hostilités, il est clair que pour Marx la crise est avant tout réelle et non monétaire.

    Pour Marx il est clair que le système peut toujours se sauver au moins provisoirement en se transformant, ou par exemple en élargissant sa sphère d’intervention, en ouvrant de nouveaux marchés, en intégrant de nouvelles populations à sa logique. Mais il est clair que pour les marxistes, tôt ou tard une crise plus violente que les autres viendra balayer le système capitaliste et le socialisme pourra se construire sur des bases nouvelles et inédites. Pour les marxistes les moins sectaires les solutions de sortie de crise sont multiples, elles peuvent aller d’un capitalisme de type étatique comme dans l’ancienne URSS, à une guerre violente et barbare qui permettra à l’homme aux écus de se refaire encore pour longtemps une nouvelle santé. D’où le fameux slogan Socialisme ou barbarie qu’on attribue à Rosa Luxembourg et qui a guidé pendant des années Cornelius Castoriadis et ses camarades qui avaient formé un groupe de réflexion du même nom et qui voyaient toujours la venue d’une guerre probable si la révolution socialiste n’avait pas lieu. Ils déniaient donc toute forme de capitalisme régulée de type keynésien comme une impasse.

     

    D. Questions pendantes

    Le problème avec ce type d’analyse est qu’il ne correspond pas vraiment à la réalité de la crise de 2008. En effet, dans le graphique ci-dessus, on remarque que le taux de marge évolue à l’inverse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Ici il s’agit du cas français, mais c’est un peu la même chose dans les autres pays capitalistes développés. Il apparait qu’à partir de la fin des années soixante-dix, la part du travail dans la valeur ajoutée est en diminution sensible, une dizaine de points, et que par contre les profits, ici mesurés par le taux de marge ne cessent d’augmenter. C’est l’effet conjugué non seulement de l’accélération de déréglementation des marchés financiers, mais aussi des politiques fiscales qui commencent à être de plus en plus favorables au capital, aussi bien en ce qui concerne la taxation des entreprises que la taxation des hauts revenus. Egalement une autre mesure intervient dans cette hausse du taux de marge, c’est le blocage des salaires au motif de lutter contre l’inflation. Et donc si la productivité continue à augmenter vaille que vaille, elle est confisquée par le capital et pas ou peu redistribuée vers les salariés.

    Dans le graphique suivant, on remarque aussi qu’aux Etats-Unis, mais c’est un peu pareil dans les autres pays développés, les revenus médian, sont très en retard sur l’évolution de la productivité. Autrement dit ce sont bien les profits qui ont confisqué ces gains de productivité, et on retombe inévitablement sur le fait que cela engendre un défaut de consommation généralisé. Et cela semble contredire une fois encore la thèse de Marx selon laquelle la crise est d’abord une crise de réalisation de la valeur et non une crise de la demande. La hausse des revenus médian ralentit très fortement exactement au moment où se met en place la déréglementation des marchés financiers et que les syndicats sont vivement attaqués aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis.

      

    Bref l’idée qui est mise en avant est le théorème de Schmitt, l’idée imbécile selon laquelle « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain » n’a strictement aucune réalité. On peut la remplacer sans crainte de se tromper par « les profits d’aujourd’hui, font la spéculation de demain et la crise d’après demain ». Comme on le voit sur le graphique suivant, le taux de marge s’accroit très nettement à la fin des années soixante-dix, mais les investissements ne repartent pas. C’est normal puisque la demande est très faible. Le mouvement de mondialisation effréné qui s’empare alors du monde entier – tout le monde veut en être – aurait dû ouvrir des perspectives intéressantes, mais ça n’a pas été le cas parce que les économies capitalistes développés ne sont pas compétitives avec les pays émergents.

     

    L’explosion de l’écart entre le taux de marge et le taux d’investissement à trois raisons : le premier tient au tassement de la demande, le second vient ce qu’on appelle la financiarisation des entreprises. C’est cet écart qui, à travers la déréglementation des marchés financiers va alimenter la spéculation et les différentes bulles qui vont apparaître en Asie (1997-1998), dans le domaine du High Tech (2001) et ensuite dans l’immobilier dans le monde entier (2008). 

    SOLUTIONS

    Toutes les solutions de sortie de crise depuis une bonne quarantaine d’années n’ont fait qu’aggraver les problèmes. Mais ce n’est pas parce qu’on constate qu’il y a une crise de la demande que celle-ci peut se résoudre d’une manière simple, qu’on peut répéter les vieilles recettes du passé. Oublions les recettes avancées bêtement par ceux qui croient encore que le marché produit naturellement un équilibre et donc qu’il suffirait de s’y conformer pour revenir à un sentier de croissance sain et équilibré. En effet, ceux-ci font de l’équilibre budgétaire un objectif presqu’unique de leur détermination politique. Mais ils ne se préoccupent ni de l’équilibre commercial, ni de l’équilibre entre endettement des ménages et des entreprises et créances. Ils font comme si les dépenses de l’Etat sont improductives, mais celui-ci finance des infrastructures, l’éducation de base ou encore des dépenses de santé qui tant bien que mal appuient la « productivité globale des facteurs »

    Pour autant les recettes qui ont été celles du New Deal semblent également dépassées, non pas dans leur principe, mais dans leur exécution. En effet, en 1932 quand Roosevelt lançant son programme économique, il s’agissait de remettre des populations au travail, la pénurie de matières premières n’existait pas à un horizon perceptible. Les campagnes étaient encore importantes. La seule pénurie véritable était celle de l’argent.

    La situation d’aujourd’hui est différente, non seulement nous devons faire face à une crise de l’environnement, une crise de l’énergie, mais l’objectif de croissance n’est plus le bon critère. A mon sens le seul programme valable est celui d’une baisse des inégalités. C’est par cette voie que le chômage peut être combattu efficacement. Les outils sont bien connus, ce sont les outils de la fiscalité. Taxer les riches doit être le seul mot d’ordre. Pour ce qui concerne les pauvres c’est déjà fait : en effet, tandis que les hauts revenus et les entreprises voyaient leur niveau de taxation diminuer, les pauvres au contraire voyaient le leur s’accroître par une hausse spectaculaire des impôts indirects, TVA et TIPP. L’idée générale est que la sortie de la crise, c’est d’abord une volonté de modifier le partage de la valeur entre les riches et les pauvres. Mais on notera que cela n’est pas possible dans un monde où la concurrence entre les nations est le mode d’être. Ce qui veut dire clairement qu’il faut revenir en arrière et « démondialiser » l’économie, réinventer une forme de protectionnisme dans lequel l’Etat retrouve de sa puissance et où il puisse être le reflet des citoyens.

    La démocratie doit se reconstruire, mais elle est impossible dans un monde géré par des traités, dans un monde qui oublie l’opinion des citoyens et qui en viole en permanence l’opinion.

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    Depuis que François Hollande a été élu président de la République, le PS va de défaite en défaite et semble promis au sort de tous les autres partis anciennement sociaux-démocrates qui en Europe ont suivi la voie de ce qu’on appelle le « social-libéralisme ». On ne sait pas pourquoi d’ailleurs on accole encore le mot de social, alors que ces partis ont choisi délibérément au nom d’une soi-disant efficacité économique qui reste à prouver, de faire une politique de droite comme on en rêvait au XIXème siècle, dans la droite lignée anglo-saxonne, celle de Reagan-Thatcher que les socialistes de l’époque vouaient aux gémonies. C’est à la fois une erreur stratégique et une erreur tactique.

     

    Chiffres

      


     

    Il suffit de comparer les deux cartes pour se rendre compte de l’ampleur du recul de la gauche, et que ce recul va se transformer en Bérézina dimanche prochain. C’est seulement dans le Sud-Ouest que la gauche semble résister un peu.

    Les élections départementales de dimanche sanctionnent une nouvelle fois l’évolution du PS sous la houlette de Hollande, Valls et Macron. Le PS qui détenait la majorité des départements – un peu plus des deux tiers – n’en comptera plus probablement dimanche prochain qu’un quart. Quelques chiffres donnent une idée de l’évolution du rapport des forces. L’abstention est élevé – près de 50% - mais en recul de 5 points. L’UMP est à 31%, le FN à 26% et le PS à 21%. Etant donné la montée du FN, malgré l’incroyable campagne médiatique contre ce parti, à l’évidence c’est lui qui profite de la baisse très relative de l’abstention et de l’effondrement programmé du PS. Cet effondrement est pourtant légèrement masqué par le fait qu’en détenant les deux tiers des départements ils étaient fortement implantés et une sorte de prime au sortant, même réduite permet de masquer l’ampleur de la défaite. C’est d’ailleurs une élection où les socialistes excellaient, le fait qu’ils soient laminés et qu’ils ne puissent plus trouver d’alliés sur leur gauche, annoncent d’autres défaites plus cinglantes encore. Il faut donc qu’une partie de l’électorat de gauche ait voté pour le FN dans ses conditions.

    La perte va être très élevée dimanche prochain en termes de personnel politique. Ce sont des centaines d’apparatchiks qui vont payer le prix fort des turpitudes de la clique à Hollande, mais plus généralement c’est l’ensemble de la gauche qui va se retrouver sans boussole : tous les partis qui sont censés la représenter ne sont plus dans le coup. Ils sont tous devenus inaudibles. S’il est en effet facile comprendre pourquoi l’électeur de base n’a plus du tout envie de se déplacer pour élire des membres du PS, il faut rechercher encore pourquoi aucune alternative à gauche n’apparait vraiment. Les écologistes, le PCF ou encore le Parti de gauche n’arrivent pas à profiter de l’effondrement du PS.

     

    Mauvais choix stratégiques

     

    En y regardant de près, les chiffres donnent un même nombre de voix pour la droite et la gauche, aux alentours de 36%, et derrière viendrait le FN. C’est l’analyse que font les caciques du PS. Sauf que ces additions de voix, si elles sont naturelles entre la droite umpiste, le MODEM, l’UDI, n’ont pas de sens entre le PS, le PCF, le PG et les écolos qui se sont effondrés. En outre, il est probable qu’une partie des électeurs du FN proviennent directement d’une partie de la gauche. Le problème n’est donc pas que les idées de gauche disparaissent du paysage comme nous voudraient le faire croire les « penseurs » de Terra Nova, mais plutôt que les électeurs ne veulent plus voter pour le PS qu’ils ne reconnaissent plus comme un parti de gauche. Et en effet quand on se dit de gauche et qu’on mène une politique de droite la sanction est au bout du chemin.

    Le PS a fait le choix ouvert de l’Europe et du marché comme guide exclusif de sa politique économique et sociale. C’est l’idée colportée par Hollande VRP du libéralisme : produisons beaucoup et ensuite on redistribuera vers les plus pauvres. Il s’agit d’abord d’une ignorance des mécanismes de l’économie : la curieuse triplette Hollande-Valls-Macron ignore que même dans un monde dominé par les échanges marchands, c’est toujours la demande qui tire la production et non pas l’offre. C’est ce qu’avait compris intuitivement Roosevelt en 1932 et qui l’avait conduit à mettre en place le New Deal. Mais il est vrai que Roosevelt ne prenait pas ses ordres chez les banquiers et que son gouvernement avait la réputation d’être intègre.

    On l’a déjà répété ici : ce qui fait monter le FN a des niveaux très élevés et malgré la campagne médiatique permanent contre lui, c’est d’abord la critique de l’Europe. C’est parce que les partis de gauche ont abandonné la critique de l’Europe  - je rappelle qu’avant 1983 le PS comme le PCF étaient en matière d’Europe sur les positions actuelles du FN – qu’ils perdent régulièrement du terrain. Avant 1983 la position de Jacques Delors grand défenseur de l’Europe et de ses institutions étaient minoritaires au PS. Le renouvellement des cadres, la publicité permanente des médias pour l’UE, l’euro et le reste, l’a conduit à l’aveuglement complet.

    Du coup le PS n’a plus rien à défendre et se bat sur de vagues problèmes de société qui n’intéressent personne : car la question est d’abord économique et sociale. Si le gouvernement n’a pas de résultat dans ces domaines, il disparaît et ne peut compter revenir au pouvoir qu’en priant pour que celui qui le remplace fasse moins bien que lui.

    Mais le PS étant le poids lourd de la gauche, son effondrement entraîne presque naturellement celui de la gauche électorale. Le PCF est disqualifié depuis longtemps à cause probablement de ses racines staliniennes, mais il s’est disqualifié encore plus en devenant lui aussi le chantre d’une autre Europe, une Europe sociale, après avoir pendant des années combattu le projet européen comme un projet porté par les banques et les multinationales. Ayant perdu au fil des années sa base ouvrière, il n’est plus qu’un parti de retraités et d’intellectuels sans attaches dans le monde de la production.   

    Mélenchon et le Parti de Gauche ont raté le coche en 2011, quand ils ont laissé le combat contre l’Europe au FN. Cet abandon leur a coûté cher et a fini par les marginaliser.

     

    Tactique suicidaire

     

    De partout où les partis de gauche modérée – social-démocrate si on veut – ont fait le choix de soutenir des politiques de droite qui mènent à un accroissement des inégalités et au chômage, les résultats ont été catastrophiques. Songez qu’au début des années soixante-dix le SPD, le plus anciens des partis social-démocrate, obtenait des scores supérieurs à 45%, il est aujourd’hui vingt points en dessous et destiné à jouer seulement les supplétifs pour la CDU. Le PASOK est passé en quelques années de 44% des voix en 2009 à moins de 5% en 2015. C’est Syriza qui est le parti de gauche en tête en Grèce.

      

    Effondrement du SPD

     

    Résultats électoraux du SPD

     

     En Espagne, le PSOE a perdu le pouvoir après avoir lui aussi mené une politique libérale et européiste. Le nombre de ses sièges a été divisé par deux, et il est maintenant devancé très nettement par le nouveau parti Podemos.

    Comme on le voit l’erreur globale des socialistes est aussi tactique : leur « offre politique » ne correspond plus à ce que peut attendre même vaguement le peuple de gauche. Et en la matière ce divorce avec les électeurs va le marginaliser à la manière du MODEM de François Bayrou. Il est trop tard aujourd’hui pour que le PS se relève un jour. La tactique qu’il a choisi de suivre le rend inaudible et détestable pour le peuple de gauche. Et Hollande comme Valls, confondant « volonté » et « entêtement imbécile » ne sont pas capables de changer de chemin. Menant ouvertement une politique de droite, ils voudraient que ce qui reste de la gauche – PCF, PG, etc. – se rallie à ses choix économiques et sociaux douteux. Ce faisant, ils sont en train d’ouvrir un boulevard au retour de Nicolas Sarkozy et de l’UMP au pouvoir. Il est remarquable d’ailleurs qu’Hollande n’ait pas mis en mouvement une seule mesure de gauche, même symbolique, comme l’avait fait par exemple Lionel Jospin en relevant les minima sociaux, ou en faisant avancer la loi sur les 35 heures. 

    Conclusion 

    La gauche électorale aura du mal à se remettre de la déconfiture du PS. Le département symbolique de la Corrèze, acquis à Hollande, va passer à droite. Est-ce un bien ou un mal ? L’effondrement du PS libère de l’espace et annonce des recompositions à venir. Les imbéciles de Terra Nova y verront le déclin des idées de gauche, mais en réalité c’est une manière de fonctionnement qui est en question. Les partis n’apparaissent plus que comme des bureaucraties où on peut faire carrière même sans avoir aucune idée, la preuve par Hollande. Cette décomposition qui effare tant les cadres du PS pourrait aussi entraîner dans l’avenir des réactions populaires plus violentes étant donné qu’il n’y a guère à espérer aujourd’hui dans un parti de gauche au pouvoir et que l’UMP ne ferait certainement pas mieux que le PS.

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