• Hollande à Florange et les chiffres de l’emploi

     

    Discutons un peu d’économie. Ce n’est pas très drôle, mais c’est sans doute nécessaire.

    François Hollande est venu le 26 septembre 2013 à Florange, alors même que les ouvriers et les syndicalistes sont plus que déçus, car depuis son élection le président de la république n’a rien fait pour la sidérurgie française. Les journalistes ont salué son courage, sachant qu’il n’allait pas être bien accueilli. Il a été copieusement sifflé. Il a fait un discours genre langue de bois, « je ne vous abandonnerais pas », « l’Etat sera derrière vous », « je reviendrais tous les ans ». Du baratin qui sert à masquer évidemment la démission de l’Etat. La seule chose qu’il a annoncé est la création d’un centre de recherche doté d’une petite enveloppe de 20 millions d’euros. C’est bien sûr dérisoire puisque la création d’un centre de recherches sur la sidérurgie ne peut pas remplacer la sidérurgie elle-même et les emplois qui vont avec. Que faire d’un centre de recherche sur la sidérurgie si les hauts fourneaux sont arrêtés ?

    Certes de bons esprits feront remarquer qu’à l’ère de la décroissance, défendre la sidérurgie est une attitude passéiste. Sauf que dans la mesure où nous consommons les produits de la sidérurgie, il vaut mieux les produire sur notre territoire. Les raisons sont multiples, d’abord parce que la sidérurgie possède un multiplicateur d’emplois très élevé : lorsqu’on crée un emploi dans ce secteur, c’est 8 ou 9 emplois induits ou indirects que l’on crée. La seconde raison c’est que quant à consommer des produits de la sidérurgie, il vaut mieux les produire sur place puisque cela diminue les coûts de franchissement de l’espace et donc les nuisances qui vont avec. Il ne faut surtout pas confondre la décroissance assumée parce qu’on a la volonté de changer de modèle de production et de consommation, et la décroissance subie parce que l’économie s’effondre.

     

    Enfin, il y a le fait qu’il est bien meilleur de ne pas être dépendant de la production des autres pays : sur le long terme cela coûte cher. C’était déjà la leçon des auteurs du XVIème et XVIIIème siècle qu’on nomma à la suite d’Adam Smith et d’une manière très péjorative les mercantilistes.

    Le problème est que dans le contexte des institutions européennes, il est interdit, pour des raisons purement idéologiques qui supposent que le marché est plus efficace que l’Etat dans la gestion de l’économie, que l’Etat intervienne, par exemple en nationalisant Florange. C’est la raison européenne qui s’impose. Un cas comme celui de Florange aurait été réglé à l’avantage de la France et de ses ouvriers si elle n’était pas engluée dans la logique de l’Union européenne : on aurait nationalisé. Mais les « socialistes » actuels, de par leur origine sociale, ont beaucoup de mépris pour le travail ouvrier et pour toute la culture qui va avec, aussi ils pensent tout à fait que la disparition de la sidérurgie n’est pas un problème : il suffirait de recréer des emplois par exemple dans le secteur de la domesticité, la restauration, le tourisme, etc. Et puis ils ont tellement bien intégré maintenant la logique libérale qu’ils sont persuadés de l’efficacité du marché, même si l’exemple récent de la crise montre évidemment le contraire. Et donc pour eux le mot même de nationalisation leur apparaît comme une grossièreté.

    Ces jours-ci ont été publiés les chiffres de l’emploi. Il ressort que le chômage a reculé. La baisse est selon les catégories qu’on retient, comprise entre 50 000 et 70 000 unités. Les socialistes, tout en faisant semblant de rester prudents, se sont réjouis, arguant qu’on était dans la bonne voie. Mais la plus grande partie de la population reste sceptique.


    Comment analyser ces chiffres ? Certains ont cru bon de dire que cela était le résultat d’un  gonflement des radiations. Personnellement je ne pense pas que cela soit le seul effet de tripatouillage des chiffres. Il y a une petite reprise économique dans l’Union européenne, le Royaume Uni connait une embellie, et donc par effets de proximité, cela se traduit sur l’économie française.

    Les questions qu’il faut se poser aujourd’hui sont :

    - est-ce que cette baisse est suffisante ?

    - est-ce qu’elle annonce une inversion de la courbe, inversion promise par Hollande un petit peu imprudemment ?

    La réponse est non aux deux questions. Le chômage, quel que soit le critère retenu reste installé à des niveaux records. Mais le plus inquiétant est que l’industrie ne redémarre pas. Or, comme je l’ai dit plus haut, c’est là que le multiplicateur d’emplois est le plus fort. Pour donner un exemple, le multiplicateur d’emplois est de 8 ou 9 dans la sidérurgie, mais seulement de 1,1 dans le secteur de l’informatique. Si le chômage recule plus fortement au Royaume Uni, c’est essentiellement parce qu’il n’est pas englué dans la zone euro, et qu’en jouant sur la valeur de la livre sterling, il peut modifier à son avantage le taux de change qui détermine sa compétitivité sur les marchés extérieurs. Le taux de chômage dans ce pays se situe en dessous des 8% de la population active. Parallèlement on remarque que s’il y a encore quelques années la part de l’industrie était beaucoup plus forte en France qu’en Grande-Bretagne, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tant que l’industrie ne redémarre pas, la courbe du chômage ne s’inversera pas, même si on réforme le marché du travail pour faire baisser les coûts de production.

    Hollande s’est félicité de ces bons chiffres, mais a dit que pour que la courbe s’inverse véritablement, il fallait accroître la compétitivité de l’économie française. Or pour améliorer la compétitivité – j’ai de la peine à employer ce mot affreux – il n’y a que deux façons :

    - la première est de faire chuter la valeur de la monnaie, dévaluer – ce que font les britanniques – mais comme nous sommes dans l’euro ce n’est pas possible ;

    - la seconde est de faire chuter le coût du travail, ce qu’on nomme la déflation salariale et qui se traduit par une baisse du salaire direct ou du salaire indirect, par exemple en diminuant le coût de la protection sociale.

    C’est manifestement cette seconde voie qu’Hollande a choisi. C’est une voie sans issue parce que pour faire chuter les salaires suffisamment afin d’être de nouveau compétitif, il faudrait que la baisse soit tellement forte que cela massacrerait la demande intérieure et plomberait le retour de la croissance. L’exemple de la Grèce doit être médité.

     

    « Quand l’acier fut rompu, Marcel Marïen, Les lèvres nues, 1957Les idées reçues en économie Trop d’impôts tue l’impôt »
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 26 Septembre 2013 à 23:39
    Adam Smith ou Kasparov ?
    René, arrête tes conneries économiques et reviens jouer aux échecs !
    2
    Samedi 28 Septembre 2013 à 11:52
    Réponse
    oui tout de même c'est mieux Kasparov que cet imbécile de smith. Mais pour l'instant je ne peux pas jouer aux échecs. >Ce n'est évidemment pas l'envie qui me manque. Ceci l'économie c'est pas des conneries, c'est tout de même ce qui rend nos vies misérables
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