• Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

     Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    On ne sait pas si Pedro Sanchez a profité de la situation explosive en Europe sur la question des salaires pour annoncer une hausse spectaculaire du salaire minimum en Espagne, mais en tous les cas c’est une transformation radicale du paysage économique qui s’annonce et qui prend à contrepied la doctrine de Bruxelles[1]. Cette hausse spectaculaire intervient en France après l’annonce de Macron d’augmenter le SMIC en transférant des ressources étatiques vers les salaires les plus faibles, signifiant au passage la pingrerie proverbiale pour ne pas dire plus du MEDEF et de son porte-voix qui habite pour quelques temps encore à l’Elysée. On sait que la hausse du SMIC présentée par Macron est de l’enfumage pur et simple. Les Français s’en sont rendus compte, 60% n’ont pas été convaincus, ni de sa sincérité larmoyante, et 72% l’ont trouvé inquiétant[2]. Mieux encore une large majorité des Français souhaite la poursuit du mouvement des gilets jaunes[3]. La hausse misérable des 100 € par mois, compte tenu du retard que le SMIC a accumulé par rapport à la hausse de la productivité, on a compris rapidement qu’une partie serait payée par les Smicards eux-mêmes, et en aucun cas par les entreprises.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    Le motif est toujours le même qu’une hausse su SMIC tue l’emploi. Pénicaud qui a vu ses revenus augmenter considérablement avec la disparition de l’ISF, a répété cette idée stupide jamais démontrée. Certains travaux démontrent même le contraire. La dernière grande hausse du SMIC, celle de 1968 ne s’est absolument pas traduite par un recul de l’emploi, bien au contraire, et le coup de pouce au SMIC en 1997, a accompagné une relance de la croissance et donc de l’emploi. Regardons maintenant sur la longue période le cas des Etats-Unis. Si le salaire minimum en augmentant détruit de l’emploi, alors la courbe du chômage doit grimper quand le salaire augmente et baisser quand celui-ci diminue. Le graphique suivant montre qu’entre 1950 et 2013, soit 63 ans ce n’est pas le cas. Les deux courbes ne présentent aucune corrélation stable dans le temps, parfois ça marche dans un sens, et parfois dans un autre. La raison principale est que le coût du travail n’est qu’un déterminant parmi d’autres de l’embauche. Dans certaines circonstances, surtout lorsqu’une longue période de restriction des salaires a été observée, au contraire, une hausse du salaire minimum relance la demande et l’emploi. Observons la période entre 1965 et 1982, nous soyons que la baisse du salaire réel minimum, rongé par l’inflation, s’accompagne d’une hausse forte et soutenue du chômage. Entre 1953 et 1970, au contraire une hausse du salaire minimum s’accompagne d’une décrue continue du chômage.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    L’idée fausse selon laquelle une hausse du salaire minimum tue l’emploi provient toujours de l’erreur de croire – ou de faire semblant de croire – que c’est l’offre qui crée toujours la demande quelles que soient les circonstances. L’approche d’une relation globale entre salaire et chômage est également contredite par l’exemple de la zone euro. Voici ci-dessous un graphique qui met en relation l’évolution des salaires et le chômage entre 1998 et 2016. Il s’agit ici du salaire nominal. Les deux courbes évoluant là encore le plus souvent en sens contraire, nous devons conclure à tout le moins qu’il n’y a pas de relation positive entre hausse des salaires et chômage. Tous les modèles plus ou moins alambiqués pour faire tenir debout l’idée selon laquelle les hausses de salaire nuisent à la croissance et à l’emploi relève de l’idéologie, mais sûrement pas de l’observation des faits, une théorie qui oserait avancer qu’il y a une relation positive entre hausse du salaire minimum et hausse du chômage serait forcément contre-factuelle. Evidemment cette idéologie est là, supportée et défendue par des économistes de profession comme les ignobles Cahuc et Zylberberg ou par l’innommable Aghion, pour permettre à la classe dominante de justifier des lois qui augmente ses revenus, notamment en demandant des baisses d’impôts sur les hauts revenus et la disparition de l’ISF.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    Regardons le graphique suivant maintenant : il met en relation les taux de chômage en France et en Espagne. Depuis 2008, le chômage a explosé en Espagne, alors même que l’Espagne possède un modèle social moins performant que la France, un SMIC plus bas et des allocations chômage plus faibles. Entre 2008 et 2018, l’Espagne a procédé à une série de réformes voulues par Bruxelles pour flexibiliser son marché du travail, et les réformes ont été en effet bien plus loin qu’en France. L’idée étant que l’Espagne possède d’abord sur les marchés internationaux un avantage lié à son faible coût du travail. Le résultat n’a pas été à la hauteur. Le chômage est resté très largement au-dessus du chômage français dont Macron à la suite de la bureaucratie de la Commission européenne juge la rigidité trop élevée. Il est donc complètement erroné d’avancer qu’en baissant le coût du travail – salaire net plus cotisations sociales – on va créer des emplois.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    On pourrait du reste ajouter que si on doit créer des emplois pour que ceux-ci ne nourrissent même pas le travailleur pauvre, à tel point qu’il faut lui redistribuer des allocations sociales, alors on ne voit pas très bien à quoi cela peut bien servir de créer des emplois. Mais venons-en à l’essentiel. Le gouvernement espagnol en adoptant une mesure de gauche, étonnante pour le PSOE qui avait pris l’habitude de faire une politique de droite, a franchi deux lignes jaunes en même temps :

    - alors que l’Union est empêtrée dans le Brexit et dans la fronde de l’Italie qui a le culot de vouloir disposer de son budget sans demander l’autorisation à Moscovici, voilà que l’Espagne met en œuvre une politique de revalorisation des salaires qui inverse la tendance dominante en Europe. En effet celle-ci suppose que seule la politique de l’offre est bonne : on abaisse les coûts, on abaisse les prix, et le reste suit, or en redistribuant de la valeur ajoutée vers les travailleurs, on va favoriser au contraire la demande. Ça va de soi puisque par définition les salariés qui touchent un salaire minimum n’ont guère les moyens d’épargner ;

    - ce premier affront à la doxa bruxelloise ou berlinoise, comme on veut, est aussi un camouflet pour Macron. Pour suivre l’exemple espagnol, Macron aurait dû engager une hausse du SMIC qui l’aurait porté en brut à 1805,92 € en brut pour un temps plein et à 1401,84 € en net. Cela aurait été très bien perçu dans l’opinion, et sans doute qu’on n’aurait guère vu les gilets jaunes sur les ronds-points.

    Vous noterez que le président de l’OCDE a approuvé cette hausse espagnole, à la fois parce que les salaires ont pris partout du retard sur la hausse de la productivité, et parce que cela permet aux travailleurs pauvres de pouvoir vivre plus décemment avec leur travail. Implicitement la position de l’OCDE est une critique du gouvernement français qui apparait comme l’un des plus rétrograde qui ait existé depuis au moins Pétain. A force de vouloir apparaître comme le meilleur élève de l’Europe allemande, Macron apparait pour ce qu’il est, le simple défenseur des intérêts de court terme de la finance.

    Il y a quelques jours, j’avais recopié le graphique donné par Jacques Sapir[4]. Je le recopie à nouveau pour bien caler les idées. On voit que la France, mais ce n’est pas le seul pays qui se trouve dans ce cas, a mis la pression sur les bas salaires depuis plus de trente ans. L’écart de rémunération par rapport à la hausse de la productivité est d’environ 25%. Ce qui a engendré nécessairement une redistribution de la valeur vers les détenteurs de capitaux, au détriment des travailleurs les plus pauvres, sans même parler des impôts qu’on a tordu dans un sens injuste. Evidemment si on fait bouger les salaires, cela va faire baisser la rémunération du capital, c’est le risque que prend Pedro Sanchez. Cependant si cette hausse de 22% est bonne pour l’Espagne, pourquoi une hausse similaire ne serait-elle pas bonne pour la France et plus généralement pour les autres pays de la zone euro ? Cette démarche du gouvernement espagnol va sans doute inaugurer une année 2019 de luttes sociales et de hausse des salaires. Notez que ce changement intervient alors même que les Portugais ont rompus depuis quelques années avec la doctrine orthodoxe de resserrement des salaires, ils ont obtenu une croissance soutenue, une baisse du chômage et même un recul significatif de la dette publique[5]. La péninsule ibérique semble ainsi lancer un défi à Bruxelles, à Berlin, mais aussi à Paris où Macron se trouve de plus en plus isolé dans son entêtement imbécile et ses mensonges.  

    Hausse de 22% du salaire minimum en Espagne

    L’erreur – une de plus – de Macron a été de faire financer la pseudo hausse du SMIC sur des fonds publics, contrairement à la méthode du gouvernement espagnol qui parie sur une modification du partage de la valeur ajoutée non seulement des salariés, mais plus encore des salariés les plus pauvres. Au moins 1,3 millions de travailleurs seront concernés par cette hausse. Celle-ci agira non seulement pour la diminution du taux de pauvreté, mais aussi dans le sens d’un resserrement des inégalités : les salariés les plus mal-payés rattraperont un peu les autres, et en outre cette hausse du salaire minimum permettra aussi un rapprochement des rémunérations entre les hommes et les femmes, celles-ci étant plus souvent que les hommes rémunérées au salaire minimum.



    [1] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/13/en-espagne-pedro-sanchez-annonce-une-hausse-du-salaire-minimum-de-22_5396733_3234.html

    [2] https://www.letelegramme.fr/france/gilets-jaunes-les-annonces-de-macron-n-ont-pas-convaincu-les-francais-11-12-2018-12158523.php

    [3] https://www.ladepeche.fr/article/2018/12/11/2922861-emmanuel-macron-reussi-allocution-francais-59-sont-convaincus.html

    [4] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/la-question-du-pouvoir-dachat/1453292201467360/

    [5] https://information.tv5monde.com/info/portugal-un-redressement-economique-et-social-qui-prend-bruxelles-contre-pied-190588

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