• Guy Debord, Lettres à Marcel Marïen, La Nerthe, 2015

     

    Le XXème siècle a été le siècle des avant-gardes où se sont mêlées les passions révolutionnaires dans les formes artistiques comme dans l’action politique. Du mouvement Dada à l’Internationale situationniste, en passant par les surréalistes d’André Breton. Les surréalistes belges sont un peu le chaînon manquant justement entre les lettristes et le mouvement situationniste. Ils ont joué un rôle important par leur radicalisation, et ils ont été in tremplin important dans la formation de la pensée de Debord.

    Lorsque Guy Debord rompt avec le mouvement lettriste d’Isou et qu’il crée l’Internationale lettriste, il se trouve très isolé. Il est encore très jeune et n’a pratiquement rien publié. S’il a manifesté des intuitions fortes aussi bien à travers la brochure de L’internationale lettriste qui aura quatre numéros, et réalisé un film Hurlements en faveur du marquis de Sade, il est à la recherche d’une voie qui lui permettra de s’affirmer sur le terrain du négatif. En vérité le programme de l’IL est proche de celui des surréalistes français d’avant la guerre : une volonté de vivre d’une manière poétique en participant à la transformation sociale, en agissant dans la lutte des classes. Mais le mouvement d’André Breton après la guerre n’est plus ce qu’il était. Il s’est en quelque sorte embourgeoisé. Sous l’effet d’une critique nécessaire du stalinisme il en est venu à défendre l’Art pour l’Art et à se mettre en retrait de la lutte des classes. Et de fait Breton va faire l’objet de critiques féroces, aussi bien sur la question d’une production poétique « consolante » coupée du reste de la vie, que sur l’usage de la psychanalyse ou des sciences paranormales. Roger Vailland qui à ce moment-là est encarté au PCF, mais qui a été compagnon de route des surréalistes d’avant-guerre avant de se faire excommunier par Aragon et les siens, se charge d’en dresser un réquisitoire que Guy Debord pourrait pratiquement faire sien à cette époque.

    C’est parce qu’avec ses amis il édite un petit bulletin, Potlatch, qu’il va avoir l’opportunité de rentrer en contact avec les surréalistes belges par l’intermédiaire de Paul Nougé. Celui-ci est déjà un surréaliste très aguerri. Avec Magritte et surtout Marcel Marien, il a développé une critique dure des dérives du surréalisme français à la Breton. En outre Marcel Marien et Paul Nougé ont été parmi les fondateurs du Parti communiste belge qui soutient l’URSS… malgré tout. On note que Nougé, Magritte et Marïen ont approuvé l’attitude des lettristes ionternationaux dans le scandale initié contre Charles Chaplin. Mais c’est surtout avec Marcel Marïen que Debord va être en contact, Nougé restant toujours fidèle à ses habitudes en retrait. Dès lors il va y avoir des échanges incessants entre les deux groupes, les surréalistes belges aident à la diffusion de Potlatch et les lettristes internationaux à celle des Lèvres nues. Mais ces échanges vont déboucher sur une collaboration plus profonde à travers la revue des Lèvres nues. C’est en effet dans cette revue que Debord va publier ses premiers véritables articles. Il sollicite aussi un effort de participation à cette revue de la part de ses amis lettristes internatioanux plutôt nonchalands en la matière. Jusque là ce sont plutôt des notes dans un bulletin ronéotypé. En même temps que ces publications lui ouvrent la voie d’une reconnaissance plus large, il fait aussi un bond qualitatif.

      

    Il se retrouve très bien dans les attitudes de Marïen, Nougé et Scutenaire qu’il se plait à citer. Il est en plein accord avec l’idée de détournement qu’il va d’ailleurs théoriser dans la revue des Lèvres nues. Et c’est là qu’il va développer avec Wolman et Bernstein ses idées sur la psychogéographie et la dérive. Plus encore Debord adoptera une nouvelle approche du cinéma directement issue de celle de Marïen et cela se verra dans les deux cours métrage qu’il réalisera grâce au financement d’Asger Jorn. En quelque sorte la fréquentation de Marïen et des Lèvres nues est une étape de transition sur le chemin de la création de l’Internationale situationniste.

    Les raisons pour lesquelles les relations entre Debord et Marïen vont cesser sont restées assez obscures. En tous les cas Le groupe des Lèvres nues ne sera pas sollicité pour participer à la création de l’IS. Les raisons avancées ne sont pas des raisons théoriques, mais pratiques, Marïen et ses amis ayant moins de goût pour la pratique de l’exclusion que Debord et les siens, mais également parce que Debord et ses amis vont se fixer finalement pour but, dans le début de l’IS, de porter le fer contre le milieu artistique, chose qui n’intéresse pas les surréalistes belges, mais qui est au cœur de la démarche d’Asger Jorn le nouvel ami de Guy Debord qui commence à avoir une reconnaissance en tant que peintre et théoricien de la peinture. Et lui aussi vient du Parti communiste… mais du Parti communiste danois, et il avance les fonds pour soutenir le projet de l’Internationale situationniste. 

     

    Les lettres publiées ici sont celles que Guy Debord envoya à Marïen, malheureusement on n’a pas celles de Marïen à Debord. Il y en a 59, et si la plupart ont déjà été publiées chez Fayard dans le volume « 0 » de la correspondance de Guy Debord, il y en a une demi-douzaine d’inédites. On y remarquera le style assez déférent de Debord avec Marïen, et surtout son empressement à lui apporter une aide concrète dans la diffusion des revues, des tracts et des affiches. La présentation et les notes de François Coadou sont très éclairantes sur l’importance de cette relation entre les deux hommes, mais au-delà dans l’évolution plus générale des avant-gardes.

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  • Commentaires

    1
    Alex Terror
    Mardi 24 Mars 2015 à 13:05
    Debord et Mariën
    Ouaip! La grosse question est posée : pourquoi Debord n'a-t-il pas embarqué avec les gars du surréalisme révolutionnaire belge dans le bateau IS, en particulier Marcel Mariën? La réponse me paraît évidente, crénom : manque de conscience révolutionnaire du côté de Mariën. Trop de compromis avec la petite bande de fumistes grouillant autour d'André Blavier. Y a qu'à lire les lettres. C'était pas du monde sérieux, ces gens-là. (Bruit de bâillement non pré-enregistré).‬‬‬‬‬‬‬ Quand on veut s'imposer, faut placer ses marques au plus vite. Ainsi, moi, Alex Terror, je serai le cinéaste le plus grand du monde, quand j'aurai la chance de tourner mon premier film. C'est pourquoi j'affirme sur ma page Facebook que Luc Besson ou Christopher Nolan, c'est des bons à rien. Je veux me démarquer de tous ces médiocres, pas vrai Stéphane Hilltop Birdey? Et même Kubrick, à qui fait-il encore illusion, avec ses faux raccords et ses cadrages imprecis? Je vais faire mieux que tous ces tâcherons, mes 3000 admirateurs de Facebook en sont convaincus. Et je parle pas de Dona Libellule, meu amor, qui m'admire au quotidien... Oui, je sais, je me fais un peu cabot en ce moment. Mon côté "grande tragédienne".‬‬ Quant aux autres, ceux qui me prennent pour un raté, qu'ils craignent encore la Terreur des Bauge et des cochons. J'ai que 43 ans, crénom, donnez-moi le temps de prouver mon génie. Et prout... =^..^=‬‬‬‬‬‬
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