• François Hollande et le sabordage de la gauche française

     

    On attendait la percée du Front National pour les élections européennes, et la déculottée promise au PS aussi pour cette date. Beaucoup pensaient que l’implantation locale du PS les protégeraient un minimum. Il n’en est rien, le calendrier est en avance. Il est probable d’ailleurs que c’est la conversion de Hollande au libéralisme à tout crin de la Commission européenne qui a accéléré cette débandade.

    Des résultats assez spectaculaires, il y en a eu pas mal dimanche dernier. Sans revenir à l’élection dès le premier tour du FN à Hénin Beaumont où le sortant était un socialiste, on remarquera le cas emblématique de Marseille. Voilà une ville qui semblait promise à une maire de gauche. Jean-Claude Gaudin est en effet vieux et son bilan municipal est mauvais dans tous les domaines. Or, il fait exactement le double de son adversaire : 40% contre 20%. Pire encore, le FN est passé devant le PS et devient la deuxième force électorale à Marseille.

     

    On pourra s’étonner aussi de la réelection de Patrick Balkany à Levallois- Perret, escroc notoire, de multiple fois condamné, il est pourtant redevenu maire dès le premier tour. La nouveauté de ce scrutin municipale, c’est d’abord qu’il a été une claire sanction de la politique erratique de François Hollande.

    Moralité, Hollande n’arrive pas à séduire la droite en se raliant au programme économique de la droite – il semble trop libéral sur le plan des mœurs – et bien sûr les gens de gauche ne sont pas contents de ses orientations économiques et sociales, le chômage augmente, les inégalités aussi, la durée de la vie active s’allonge et les droits sociaux sont rognés – les mesures libérales sur le plan des mœurs ne les intéressent guère.

    Deux tendances lourdes sont à retenir : d’abord le fait que les électeurs ayant une sensibilité de gauche se sont massivement abstenus, ensuite que le FN est maintenant implanté dans toutes les régions de France, il fait par exemple une percée significative dans le Sud Ouest.

    Tout cela annonce un effondrement du PS pour les élections européennes où là encore l’abstention profitera au FN. Mon prononstic est que le FN va être à ce moment-là le premier parti de France, probablement à 35%, loin devant l’UMP, aux alentours de 20% et du PS aux environ de 15%, soit la base presqu’irréductible du soutien des Français à François Hollande.

    Le FN, maître du jeu

    La crédibilité du PS est vraiment en cause. Durablement ringardisé, il apparait comme un parti éloigné de toute réalité sociale. Et Hollande est vraiment coupable d’avoir avalisé l’idée d’un Etat UMPS. Ce qui laisse apparaître le FN comme seule force d’opposition véritable au « système ».

    Il est probable qu’Hollande va produire un remaniement ministériel, avec l’antienne selon laquelle il a entendu le message du peuple. IL est probable aussi qu’il va dès la semaine prochaine resserrer le gouvernement en éliminant quelques ministres gênants. Mais peut-il changer fondamentalement de politique ? Personnellement je ne le pense pas. Il n’a déjà plus le choix : soit en effet on continue à s’égarer dans la rigueur mortifère européiste, soit on commence par sortir de l’euro. Or Hollande est, contrairement à l’image qu’on en répand, un homme politique plutôt ferme,  issu de la deuxième gauche, cette fraction pourrie de la droite qui se prétend parfois de gauche, qui croit aux lois du marché comme immanente, et qui pense en terme de compétitivité. Même s’il n’a pas l’arrogance enfantine de son prédécesseur, il confond entêtement imbécile et volonté. Donc il va continuer la même politique, qui est d’ailleurs celle de son prédéésseur, n’en corrigeant que les effets les plus négatifs à la marge. Comme les imbéciles de Bruxelles, il ne doit pas croire qu’il ait besoin de l’assentiment du peuple pour en faire le bonheur.

    Mais au-delà du PS, qui est probablement promis à l’éclatement rapidempent après les élections de 2017, Hollande a entraîné avec lui toute la gauche. Car c’est la gauche qui se trouve ringardisée dans son sillage. Mélenchon, du fait d’un positionnement peu ferme sur l’Europe est inaudible, même quand il avance quelques idées de bon sens. Le PCF, maintenant coupé des syndiocats, n’a plus d’importance dans le jeu électoral.

    A droite le dilemme de l’UMP est le suivant, en s’alliant avec le FN, elle passera sous sa coupe. Plus homogène et mieux structuré, le FN sera facilement dominant, d’autant qu’en avalidant un tel choix l’UMP donnerait l’occasion à ses électeurs de la fuir ! Mais si à l’inverse l’UMP ne s’allie pas avec le FN ils vont finir par se marginaliser, d’autant que cette UMP est déjà mal calibrée avec des centristes qui refuseront de toute façon toute alliance avec le FN et des nouvelles droites qui sont dans le fond encore plus fachos que le FN.

    A plus long terme

    Comme il est probable que la situation économique se dégrade de plus en plus en France, mais aussi de partout en Europe, sous l’effet conjugué des problèmes bancaires qui se profilent et de la difficile résolution de l’affaire ukrainienne, les affaires du PS ne vont pas s’arranger.

    Réfléchir à un nouveau programme pour la gauche doit partir de l’idée que c’est d’abord la question économique qui est fondamentale. La crise sociale, politique et économique dans laquelle nous nous vautrons est le résultat de la contre-révolution libérale du début des années quatre-vingts et du développement de la logique de l’Union européenne qui y a adhéré en bloc, sans demander son avis au peuple, y soumettant au passage tous les partis qui se prétendent sociaux-démocrates et qui pour cela sont maintenant en voie de disparition un peu partout.

    Rompre avec la logique libérale c’est d’abord rompre avec la mondialisation. Puisque c’est en effet seulement dans un cadre national qu’on peut en finir avec la logique destructrice de l’austérité et de la course à la compétitivité. En outre c’est seulement de cette manière que nous pouvons réfléchir à un nouveau modèle orienté vers le partage aussi bien de la richesse que du travail. Pour moi la conclusion logique est que la mère des batailles est de sortir de l’Europe et de l’euro pour retrouver une autonomie politique. 

     

    « Les dangers de la mondialisation et le retour des nationsDominique Mazuet, Critique de la raison numérique, Editions Delga, 2014 »
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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Mercredi 26 Mars 2014 à 12:03
    voiescitoyennes.fr
    Oui. D'autant plus qu'il est possible de le faire en douceur contrairement aux libéraux qui crient au catastrophisme, en pensant au fric qu'ils vont perdre. Ce qui est un peu vrai.
    2
    FERMAUD
    Mercredi 26 Mars 2014 à 15:44
    François Hollande et le sabordage de la gauche française | 26 mars 2014
    Comment peut on avoir un tel discours alarmiste defaitiste c'est ce même discours qui génère les électeurs du FN Refuser la mondialisation mais la mondialisation existe de fait comment peut on faire pour en sortir !!! fermer nos frontières rester dans notre paradigme franco français et cet autre ineptie : sortir de l'euro l'europe c'est la voie à prendre et c'est notre seule chance de peser dans ce monde vivement que nous soyons européens et plus français j en ai marre de votre neurasthénie chronique
    3
    AUBERT
    Mercredi 26 Mars 2014 à 16:56
    la gauche
    Article interessant car permettant le débat. Pas alarmiste, mais réaliste du niveau politique où nous sommes. La mondialisation n'est pas un fait qui s'impose à nous, mais un e construction politique imposée aux peuples à partir du début des années 80. Je ne sais pas si sortir de l'euro est la solution, tout le monde veut sortir de quelque chose (du nucléaire, de l'euro etc...) sans jamais voir que la racine carrée de tout ca porte un nom : le capitalisme. Il faut donc sortir du capitalisme en inventant les nouveaux jours heureux. Pour se faire, il faut se réapproprier la souveraineté, c'est à dire la monnaie (le crédit). La gauche de ce fait n'a aucun sens, seul compte l'Emancipation Progressiste.
    4
    Jeudi 27 Mars 2014 à 11:44
    mondialisation et européisme
    Merci pour vos commentaires. Je suis évidemment d'accord avec Fabrice : l'important est de contrecarrer les pouvoirs exorbitants du capitalisme sauvage. Je pense par contre que cela est plus facile dans un cadre national que dans un cadre mondialisé. A Fermaud je dirais seulement que les conditions ne sont pas réunies et de loin pour que l'Europe devienne une nation, elle n'a pas été conçue pour cela, mais seulement pour fabriquer une société où la loi est d'abord celle du marché. Les traités sont écrits de telle sorte qu'il est impossible que cette boutique évolue dans le sens positif d'une diminution des inégalités sociales et d'une baisse du chômage, ce qui est vous en conviendrez les deux problèmes les plus importants du moment. Même des défenseurs de l'Europe comme Heisbourg admettent que si on veut sauver l'Europe il faut en finir avec l'euro. Par ailleurs il me semble qu'avant que la construction européenne n'existe on n'était pas forcément replié sur nous mêmes. Sortir du paradigme franco-français, n'est-ce pas se soumettre plutôt au diktat du marché ? Le protectionnisme n'est pas équivalent à une fermeture des frontières, il permet plutôt le contrôle politique de l'évolution économique et sociale. Je ne suis pas défaitiste, ni même neurasthénique, mais la défaite est plutôt dans le camp de la gauche de gouvernement qui n'a plus de gauche que le nom et qui a ouvert un boulevard au Front National. J'essaie seulement d'évaluer les chances qu'une Europe rêvée harmonieuse et sociale advienne un jour. Et pour l'instant, il me semble qu'elle va dans l'autre sens.
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