• François Heisbourg, La fin du rêve européen, Stock, 2013

    Les élections européennes approchant, de nombreux livres pazraissent sur cette délicate question de l’Europe. Il en est de bons, et d’autres de mauvais. Ici nous considérons comme mauvais les ouvrages qui sont insuffisamment étayés, qui sont mal construits, et pas forcément les ouvrages qui vont à l’encontre de nos convictions profondes.

    François Heisbourg est typiquement l’intellectuel de salon sans grande culture qui ratiocine sur des objets qui manifestement le dépasse. Il nous prévient d’entrée, il a toujours été un bon européen convaincu, comme pour s'excuser des propos un peu hérétiques qui vont suivre. Tiens c’est curieux, me suis-je dit, moi c’est exactement l’iverse. Depuis tout petit je suis un anti-européen convaincu. Le thème de son livre est que pour sauver l’Europe, il faut se débarrasser de l’euro. Cette proposition est à double détente, certes il comprend bien que l’euro est affreux et entraîne le chaos, mais il laisse entendre aussi que paradoxalement il y aurait quelque chose à sauver dans la trajectoire européenne.

    Ça c’est toujours pareil avec les européistes, ils vont vous raconter que tout de même l’Union européenne a beaucoup apporté, qu’il y a des acquis et on cite pêle-mêle la paix qui a régné sur le continent européen depuis 1945, ou encore le développement des programmes Erasmus, ou encore la possibilité de franchir facilement les frontières pour apprendre des langues nouvelles. Quand ces arguments ne sont pas faux, ils sont de l’ordre de l’insignifiant. L’idée que la paix serait le résultat de la construction européenne n’est évidemment jamais démontrée, et je crois pour ma part que cette période de paix assez longue est d’abord le résultat de la prospérité économique des nations qui ont eu ensuite la malencontreuse idée de se lancer dans le projet baroque d’une Union.

     

    Heisbourg est un expert autoproclamé qui se pique d’analyse géostratégique. Il est connu pour s’être fait allumé au moment de la Guerre en Irak quand il soutenait que ce pays possédait des armes de destruction massive. Sa finesse d’esprit est semblable à celle d’un professeur de Sciences Politiques de province. Vite fait bien fait, il n’a guère le temps d’approfondir ses analyses et surtout sa méthode est défaillante. En particulier, il ne lui vient pas à l’esprit que la crise de 2008 est aussi pour partie le résultat même du libéralisme de l’Union européenne. Il est le militant d’une fuite en avant. L’Union européenne ne marche pas, faisons un grand bond en avant vers l’aventure fédérale. Le propos est aussi inepte qu’inconsidéré. Inepte parce qu’il ne veut pas voir que si les Etats-Unis ont réussi très relativement le fédéralisme, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont mis en place un Etat qui a redistribué la richesse, mais c’est d’abord parce que les Etats-Unis avaient une langue commune et surtout parce qu’il s’agissait d’un pays neuf. Or bien évidemment ces deux conditions ne seront jamais réunies pour l'Union européenne : les pays européens ont une très longue histoire et par suite des cultures très différentes.

    Heisbourg cependant reconnait que l’Europe est construite en dépis du bon sens et que d’avoir fait l’euro avant l’approfondissement fut une erreur. Evidemment je ne crois pas une minute que de faire l’euro fut une erreur. La monnaie unique fut en effet pensée avec deux objectifs : d’une part de substituer les lois du marché au pouvoir des Etats nationaux, et d’autre part d’empêcher tout retour en arrière qui modifierait par exemple les choix de société en faveur des intérêts collectifs. Parmi les buts intermédiaires il y a la volonté de détruire les services publics en les privatisant, et d’en finir avec les nationalisations toujours au nom de la concurrence pure et non faussée. Je passe sur le fait bien connu que les privatisations de par le monde, en France, comme en Russie ou ailleurs en Angleterre ont été à l’origine de la construction de vastes et scandaleuses fortunes privées.

    Mais maintenant il est très visible que la politique économique de l’Union est néfaste et atteint les buts inverses de ceux qu’elle s’était fixés. La croissance est faible, le chômage élevé, et contrairement à ce que laisse entendre Heisbourg, cela date d’avant la crise de 2008 et même d’avant la mise en place de l’euro. La monnaie unique n’a fait qu’aggraver les choses.

    A l’instar de Jacques Sapir, Heisbourg milite pour une dissolution de l’euro coordonnée. Mais en réalité il ne semble guère y croire. En effet, les intérêts sont tellement contradictoires qu’il n’y a aucune raison pour que des banquiers ou encore l’Allemagne appuie dans ce sens. Pour ce pays, ce n’est pas son intérêt car une sortie même ordonnée de l’euro engendrerait des dévaluations en cascade, mais aussi une réévaluation du mark, qui ferait fondre comme neige au soleil les excédents commerciaux de ce pays. 

    « Jean-Baptiste Malet, En Amazonie, infiltré dans le meilleurs des mondes, Fayard, 2013De la nation et de l’indépendance de l’Ecosse »
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