• François Fillon : la guerre sociale est déclarée

     François Fillon : la guerre sociale est déclarée

    On a beau avoir le charisme d’une huitre malade, on soigne tout de même son image. François Fillon est content, la main sur le cœur il fête sa victoire, sans doute a-t-il copié cette pose destinée à faire image sur Trump. Sans doute se croit-il promis au même avenir. Il faut reconnaître cependant que d’un point de vue tactique il a mené très bien son affaire pour arriver aussi bien devant le candidat du parti – Nicolas Sarkozy – que devant le candidat des médias – Alain Juppé. Cette victoire signifie beaucoup, d’abord qu’il est le candidat de la droite la plus réactionnaire, bien plus réactionnaire que le FN, ensuite qu’il possédait des appuis de longue date pour arriver à s’imposer dans cette course au moins disant social. Mais avant tout, il ne faut pas oublier que dimanche 27 novembre ce sont seulement un peu plus de 4 millions de Français qui ont voté, et que sur ces 4 millions seulement 2,8 ont voté pour Fillon. Ne l’oublions pas c’est moins de 10% du corps électoral qui s’est déplacé pour adoubé la candidature de Fillon. C’est en somme la droite des beaux quartiers qui s’est déplacée pour promouvoir son champion[1]. Mais s’il est sans doute en phase avec son parti, il ne l’est pas du tout avec le pays, et cela dans quelque domaine que ce soit. 

    Les ressorts d’une victoire 

    François Fillon surfe sur une victoire inattendue autant qu’improbable. C’était d’ailleurs assez prévisible au vu des résultats du 20 novembre. Il est plutôt incroyable qu’un individu aussi terne et médiocre soit choisi comme le champion du peuple de droite. Certes il a déjoué les pronostics, démontrant qu’il est toujours payant de faire une campagne longue et de proximité, plutôt que de se fier aux sondages. Cependant c’est essentiellement la droite affairiste qui a porté Fillon en avant. Les unes de journaux de droite ont cependant tenté de montrer à travers cette victoire d’un candidat de droite qui gagne une primaire de droite – quel exploit – qu’il s’agissait d’un engouement de la France entière pour cet individu au demeurant très terne. C’est évidemment faux. Et si Par malheur Fillon gagne au deuxième tour contre Marine Le Pen, il ne s’agira en rien d’un vote d’adhésion.

     

    François Fillon : la guerre sociale est déclarée  

    La victoire de Fillon s’est construite en deux temps : d’abord il a su très bien manœuvrer pour trouver des très larges appuis auprès des élus des Républicains. En effet, c’est lui qui en avait le plus grand nombre, aussi bien au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. Sarkozy qui avait parié sur son propre charisme et sa popularité dans le parti, s’est trompé. Mais il est vrai que les cadres du parti le déteste. Fillon c’est d’abord un homme d’appareil, un peu comme Hollande en son temps. N’ayant jamais eu d’idée particulière sur rien, passant sans vergogne du gaullisme social à la Philippe Séguin au Thatchérisme revanchard débridé, il a en réalité épousé les dérives d’un parti qu’Hollande a privé d’un discours plus consensuel en appliquant une politique libérale et droitière. Autrement dit la dérive droitière des Républicains c’est d’abord le résultat de la politique de Hollande. En effet comment se démarquer de la « gauche » dite de gouvernement sans faire de la surenchère à droite ? Fillon n’est que l’incarnation de cette tendance. 

    Le programme Fillon 

    Le programme de Fillon présenté à grands coups de trompettes sent le moisi. Comme on l’a dit, il est déjà rejeté par la grande majorité des Français, notamment en ce qui concerne la casse de la sécurité sociale. Alors même que les grands organismes internationaux, peu suspects de gauchisme, saluent les performances excellentes du système de couverture sociale de la France[2], alors même que ce système est aujorud’hui en équilibre, le réactionnaire Fillon qui travaille pour les lobbies des assurances privées veut le mettre en pièces : séparer les gros risques qui seraient couverts par la solidarité – cotisations sociales – et les petits risques qui seraient financés par les mutuelles et donc par des types de financement individuels. Ces mesures seront aussi mauvaises que coûteuses pour la France qui travaille dans la mesure où les compagnies d’assurances privées devront payer des frais de gestion très supérieurs aux 6% de la sécurité sociale d’aujorud’hui, et aussi rémunérer les actionnaires goulus[3].

    Développant un programme d’abord destiné à satisfaire les plus riches : baisse de l’impôt sur les revenus des plus aisés, suppression de l’ISF, mais qui pénalisera les plus pauvres avec la hausse de la TVA, il est assez admis que ce programme de relance de l’économie de l’offre engendrera une baisse de la croissance et de l’emploi. Et ce d’autant plus que Fillon veut supprimer 500 000 fonctionnaires et allonger la durée du travail. Cette baisse est évaluée à 0,7% du PIB. C’est-à-dire la moitié à peu près de la croissance actuelle qui est pourtant déjà assez faible[4]. La raison est toujours la même : dans une économie mondialisée qui est en excès d’offre, ce n’est pas la bonne manière de résorber cet excès en bridant la demande. Je ne me poserai pas ici de question sur les raisons psychologiques qui ont poussé François Fillon – fils de notaire qui n’a jamais travaillé de sa vie – a déclaré la guerre au monde du travail.

    La diminution du nombre des fonctionnaires programmée est du même tonneau. Tout le monde sait parfaitement que la France n’emploie pas trop de monde dans la fonction publique. On ne diminuera pas ce nombre. Comme le montre le graphique ci-après, le Danemark et la Suède – qui ne sont pas dans l’Euro, et qui ont des performances économiques très satisfaisantes – la France n’est pas championne du nombre de fonctionnaires. Mais par contre ce qui est prévu c’est de faire changer de statut les fonctionnaires, instaurer la précarité. Il n’est absolument pas prouvé que cela permettra que la France soit plus efficiente. Ce sera une manière de sous-traiter une partie des services publics au secteur privé. Toujours le même affairisme qui travaille Fillon. En effet, en faisant changer de statut les fonctionnaires, on va permettre aui secteur privé de ponctionner indirectement les ressources publiques. Le schéma est le suivant : l’Etat sous-traite et assure un volume d’affaires par exemple sous la forme d’un Partenariat Public-Privé, les coûts en général s’envolent, les salariés qui font le boulot sont moins payés que des fonctionnaires, et les actionnaires empochent la différence.

     François Fillon : la guerre sociale est déclarée 

    Je ne vais pas rentrer dans tout le détail du programme de purge de Fillon, on aura l’occasion de revenir sur ses mensonges et ses insuffisances. Ces quelques points décisifs montrent non seulement que le peuple n’a rien à attendre du porte-parole de la partie la plus réactionnaire du patronat, mais que l’économie et l’emploi ne se relèveront pas de cette manière. On remarque évidemment que Fillon n’a jamais rien dit de l’Europe. On comprend bien qu’il ne la remettra pas en question, quoique par ailleurs il joue les souverainistes de comédie, bien au contraire les directives européennes seront une aubaine pour lui car elles justifient par avance le démantèlement de tout ce qui allait dans le sens de la solidarité nationale et qui avait été mis en place sous la houlette du général De Gaulle en 1945.

    Des incertitudes pour la présidentielles de 2017

     

    A l’évidence Fillon a pris une option sur la présidentielle de 2017, mais cependant, elle apparait bien plus ouverte qu’une alternance traditionnelle. La lassitude des électeurs face à des institutions qui, dans le monde entier, ne semblent plus garantir la démocratie, risque de transformer le paysage politique. Certes il serait osé que de qualifier Fillon de candidat anti-système, mais la volonté de voir bouger le paysage politique  peut ouvrir des portes inattendues.

    La structure du vote de la primaire de la droite rend les choses plutôt compliquées. Mais en tous les cas elle désigne déjà Fillon comme le candidat le plus à droite et le plus réactionnaire. Il sera facile pour un candidat de gauche – même modéré – de dénoncer son programme mortifère. Cependant, Fillon rend déjà la candidature de Macron très difficile, ce sera la première victime collatérale, car Fillon montre que le libéralisme débridé est bien le programme de la droite décomplexée et autoritaire, en aucun cas il ne peut représenter une gauche même réformiste.

    Le second enjeu est de savoir si les excès du programme Fillon vont susciter des vocations modérées. Bayrou a déjà critiqué les orientations du fils de notaire. Va-t-il se présenter ? On n’en sait rien, en tous les cas il laisse planer le doute. Déjà une partie de la droite critique ouvertement Fillon, par exemple Guaino[5], mais Juppé a laissé entendre à mots couverts lorsqu’il a acté sa défaite que ce programme manquait d’ambition et de générosité[6]. Il est donc difficile de savoir si le peu charismatique Fillon va être capable de mobiliser son propre camp. Si la gauche est divisée, la droite ne l’est pas moins.

    Le troisième point est bien sûr la gauche. Celle-ci aura plus de facilité à critiquer et à attaquer férocement Fillon que Juppé, non seulement parce que le programme de Fillon est scandaleusement réactionnaire, mais aussi parce qu’elle rappellera que Fillon n’a pas brillé lors de son passage à Matignon. Dans tous les domaines (croissance, emploi, dette) il a obtenu des résultats plus médiocres encore que Hollande et ses gouvernements. Il va être rapidement attaqué non seulement sur son programme semi-débile, mais aussi sur son bilan du temps où il était le « collaborateur » de Sarkozy. 

    François Fillon : la guerre sociale est déclarée 

    La victoire de Fillon peut donc accélérer la candidature de Hollande qui pourra se placer en père protecteur des acquis du monde du travail. Il entamerait alors le refrain auquel les socialistes commencent à nous habituer : « d’accord je suis mauvais et de droite, mais Fillon est encore pire que moi ». Il n’est pas certain que cela marche, d’autant que la candidature de Mélenchon, avec le ralliement des communistes commence à avoir de la consistance[7], au point d’être en passe de valider mes prédictions d’il y a quelques mois selon lesquelles Mélenchon arriverait devant le candidat du P « S ». Les soutiens de Mélenchon pensent que le second tour de l’élection présidentielle pourrait amener un duel avec Marine Le Pen. Cela ne peut passer que par deux conditions :

    - d’une part une multiplication des candidatures de droite – donc que Macron aille jusqu’au bout et que Bayrou se présente ;

    - et d’autre part que Hollande soit choisi par le P « S » et qu’il fasse un score minable au 1er tour, par exemple 5%.

    On voit que ces deux conditions seront très difficiles à réunir. Par ailleurs il appartiendra à Marine Le Pen de conjurer l’hémorragie de son électorat vers François Fillon. On sait qu’une partie du succès de celui-ci à la primaire de la droite est le résultat de la mobilisation de l’extrême droite pour éliminer Juppé.

     

     


    [1] http://www.marianne.net/fillon-est-tigre-papier-100248217.html

    [2] http://www.latribune.fr/economie/france/sante-quels-sont-les-points-forts-de-la-france-618674.html

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/la-sociale-gilles-perret-2016-a127265540

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/presidentielle-primaire-droite/20161121.OBS1532/le-programme-de-francois-fillon-couterait-de-l-ordre-de-0-7-point-de-croissance-a-la-france.html

    [5] http://www.marianne.net/henri-guaino-programme-fillon-purge-jamais-proposee-seconde-guerre-mondiale-100248221.html

    [6] http://www.marianne.net/juppe-retourne-bordeaux-laissant-testament-anti-fillon-100248218.html

    [7] http://www.francetvinfo.fr/politique/front-de-gauche/tout-peut-arriver-a-la-presidentielle-apres-le-ralliement-du-parti-communiste-a-jean-luc-melenchon_1940687.html

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