• François Denord & Antoine Schwartz, L’europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’Agir, 2009.

     

    Un petit livre déjà un peu ancien, mais ce n’est pas grave parce qu’il retrace les origines de ce projet tortueux qu’est la construction européenne. S’il est connu maintenant que le projet européen fut dès les origines soutenu financièrement par les Etats-Unis dans le but de contrecarrer l’avancée des communistes en Europe, il est moins souvent mis en avant que d’emblée le projet européen était essentiellement un projet économique libéral, c’est-à-dire destiné sur le long terme à démanteler la puissance étatique et par suite à laisser la place aux règles définies par le marché.

    Bien évidemment dès le départ les hommes qui menèrent à bien ce projet, Jean Monnet en tête, étaient d’abord des hommes de l’ombre qui avait principalement en horreur la logique démocratique. Ils étaient les prémices de ce gouvernement des experts qu’on nomme bêtement « gouvernance » et qui laisse entendre qu’il n’y a pas le choix, qu’il n’y a pas d’alternative. Ils rencontrèrent peu d’opposition finalement. Bien sûr les communistes s’opposèrent à ce projet, à la fois parce qu’ils soutenaient le bloc de l’Est, et parce qu’ils avaient aussi compris qu’il s’agissait seulement de construire une Europe libérale. Mais le général De Gaulle aussi se battait pour une « autre » Europe, une Europe qui ne serait ni influencée par les Américains, ni qui serait la destruction des Etats nationaux. En Angleterre c’est dans les années cinquante le Parti travailliste qui s’y opposa, justement au nom de la justice sociale. C’était un temps où ce parti était à gauche.

    Dans cet ouvrage, il est bien mis en avant comment les « socialistes » se sont plus que fourvoyés en pensant qu’une fois mise en place l’Union européenne, on pourrait en modifier le contenu et lui donner un caractère social. Les errements d’une canaille comme Pascal Lamy, bras droit de Delors, sont là pour montrer jusqu’où le reniement peut aller.

    Mais les libéraux ont la patience de l’araignée, ils ont usé des générations d’opposants, jusqu’à ce que les gens ne se souviennent plus de la génèse de cette horreur. Ils ne s’en souviennent que dans les moment difficiles, quand l’Union européenne s’effondre sur sous les coups répétés de son imbécilité, car en effet, quel résultat positif reste-t-il de la construction anti-démocratique – contre la volonté des peuples – de cette Europe qui n’a plus ni queue ni tête, ni horizon géographique déterminé.  C’est pour moi très curieux que de voir que maintenant les militants du PCF se sont rangés du côté d’une démarche européiste. Mais les sirènes de l’Europe n’ont pas séduit seulement des « communistes » en mal de projet après la chute du mur de Berlin, les syndicalistes s’y sont fait piéger aussi. Car s’il est facile pour le patronat de former une entente au niveau international, c’est quasiment impossible pour les syndicats.

    Les auteurs insistent sur un point fondamental, dans le cadre des traités actuels il est absolument impossible que l’Europe aille dans le sens d’une meilleure socialisation de l’économie. Dès les origines elle est faite justement pour combattre toute les velléités de développer l'Etat-Providence. C’est au fond l’option allemande – l’ordolibéralisme – qui a prévalu sur l’option française, issue de la Libération.

    L’ouvrage est indispensable pour qui veut se remémorer les différentes étapes de l’évolution de ce projet scabreux. La seule limite à cette ouvrage est qu’on n’y trouve pas clairement indiquer la seule voie qui s’impose : pour en finir avec le libéralisme sauvage, sortons de l’Union européenne. Il y a un point important sur lequel il faut insister : aujourd’hui on se mobilise contre le fameux traite transatlantique (TAFTA), mais on ne veut pas voir que celui-ci est déjà programmé dans l’ADN de l’Union européenne dès le début des années cinquante. Or la seule et unique façon de s’opposer à ce traité qui ravagera un peu plus le continent est encore de sortir de l’Union européenne. Pourquoi ne pas le dire franchement ? Pourquoi perdre encore son temps à gauche à essayer de rafistoler les débris d’un bateau ivre construit par et pour l’oligarchie internationale ?

    Liens

    http://bouillaud.wordpress.com/2009/07/02/francois-denord-antoine-schwartz-leurope-sociale-naura-pas-lieu/

     

    Liste des ouvrages à lire sur l’Europe

    C’est bientôt le temps des élections européennes. Personnellement je n’irais pas déposer de bulletin dans l’urne. Car voter à ces élections ce serait convenir que l’Union européenne nous intéresse, ou qu’on peut la changer. Or moi je voudrais m’en débarrasser et avec elle de l’euro. Les livres ci-dessous peuvent vous aider dans votre réflexion sur l’Europe, aussi bien pour comprendre qui l’a faite, que pour évaluer clairement ses résultats.

     

    1. Belén Balanya, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma’anit et Eric Wesselius, Europe Inc., comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale, Agone, 2005

    2. Raoul Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, Fayard, 2004.

    3. François Denord & Antoine Schwartz, L’europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’Agir, 2009.

    4. Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ?, Le seuil, 2011.

    5. Cédric Durand, En finir avec l'Europe, La fabrique éditions, 2013

    6. Aurélien Bernier, La gauche radicale et ses tabous, Le seuil, 2013 

    7. Coralie Delaume, Europe les Etats désunis, Michalmon, 2014

    8. Frédéric Lordon, La malfaçon, Monnaie et souveraineté démocratique, LLL, 2014

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