• Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

     Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    Pourquoi Mattarella a reculé 

    En Italie les compromis les plus surprenants peuvent advenir, et chaque fois cela nous surprend. L’Italie a donc un gouvernement depuis le 31 mai. Ce qui a mis en rage le quotidien Le monde qui devait penser que le clown Mattarella pouvait à lui tout seul empêcher sa formation[1]. Il est vrai que les choses pressaient. Alors que Mattarella avait engagé Monsieur Ciseaux – alias Carlo Cotarelli – pour former un gouvernement « neutre », la coalition Lega-M5S avait envisagé une grande manifestation le 2 juin à Rome, manifestation qui aurait certainement été massive, pointant l’isolement du président italien. Mais ce n’est pas tout, la direction allemande de l’Europe en avait un peu rajouter dans la volonté de contourner la démocratie en envoyant une sorte de brute épaisse, connue pour son arrogance, Günther Oettinger, commissaire européen au budget, expliquer « les yeux dans les yeux » comment les marchés allaient apprendre aux Italiens à bien voter[2]. Ce qui voulait dire clairement que « les marchés » allaient mener la vie dure aux récalcitrants, les taux d’intérêts sur la dette allaient s’envoler, resserrant le carcan sur ce malheureux pays. Le spectre de la reddition piteuse de Tsipras revenait sur le devant de la scène. Allait-on rejouer le scénario grec ? Cela risquait de renforcer le camp anti-européiste qui est de plus en plus fort dans ce pays. Les derniers sondages laissaient entendre qu’en cas de nouvelles élections, la Lega s’envolerait, rabotant le pouvoir de M5S, et le parti de Berlusconi, Forza Italia serait réduit à la portion congrue[3]. Or le plan des européistes est assez simple, comme une alliance Forza Italia – PD n’est plus possible, il reste à taper sur le maillon faible, M5S, et à le détacher de l’alliance avec la Lega, pour tenter d’ici quelques mois de renverser le gouvernement de Conte et de le remplacer par un gouvernement Di Maio – Renzi, plus compatible avec la logique bruxelloise.

    Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    On sait que le président Mattarella n’agissait pas seul en outrepassant les pouvoirs qui sont les siens, qu’il était poussé en sous-main par la Commission européenne et la BCE[4]. Le problème est que toutes ces pitreries sont ruineuses, et déjà les banques italiennes perdaient de leur valeur, entraînant la chute de la Bourse de Milan dans un contexte difficile pour le secteur bancaire européen : une grosse partie – presque la moitié – de la dette italienne est détenue par l’étranger, c’est-à-dire des banques étrangères, principalement la France et l’Allemagne, et le risque de défaut devenait de plus en plus réel. Les bourses européennes se tassaient aussi légèrement dans ce climat de confusion. Dès lors il fallait aussi mettre un terme à la velléité des autorités allemandes et européennes d’imposer un gouvernement « neutre ». C’était la seule manière de faire retomber la tension et de revenir aux affaires.

    Mattarella a donc cédé. Seule concession qu’on lui a accordée, le vieux Paolo Savona qui avait été pressenti à l’économie – ce qui avait été le prétexte du coup d’Etat de Mattarella[5] – change d’affection et passe aux affaires européennes, tandis que Guiseppe Tria prend le poste de ministre de l’économie. Pour le reste le gouvernement de Guiseppe Conte ne change pas fondamentalement. Salvini se retrouve à l’intérieur et devra gérer le dossier de l’immigration, et Di Maio sera ministre du travail, du développement économique et des politiques sociales. Il sera chargé d’introduire une sorte de revenu de citoyenneté[6]. Plus inquiétant pour nous anti-européistes convaincus, c’est la nomination d’Enzo Moavero aux affaires étrangères. C’est un vieil européiste, ancien ministre dans les gouvernements de Mario Monti et d’Enrico Letta. Donc a priori un homme qui ne fera pas peur à la Commission européenne. Cela laisse assez mal augurer du caractère révolutionnaire de cette coalition. Les marges de manœuvre du nouveau gouvernement italien nous paraissent très faibles. 

    Que peut faire ce gouvernement ? 

    Les Italiens sont devenus un peuple très anti-européiste, le second après la Grèce, et juste devant la France. En 2014 la Lega, le parti le plus souverainiste d’Italie, n’était créditée que de 6% des voix. Aujourd’hui elle tourne autour de 20%, après avoir obtenu 17% aux dernières élections. Comment traduire cette poussée continue d’ « euroscepticisme » dans l’action politique ?  Dès lors que le nouveau gouvernement italien renoncera à sortir de l’euro et de l’Union européenne, il ne peut pas grand-chose. Dans le cadre de la zone euro, les trajectoires économiques des différentes nations sont forcément divergentes, alors que les menteurs nous avaient vendu la monnaie unique en promettant une convergence des politiques économiques et des PIB par tête. C’est l’inverse qui s’est produit[7]. La malédiction de l’euro[8] est que cette monnaie unique en empêchant les dévaluations compétitives engendre trois effets :

    - une dégradation continue des balances commerciales des pays les moins compétitifs ;

    - une perte de parts de marché dans l’industrie ;

    - et enfin un recul de la croissance et donc une baisse relative du PIB. C’est ce que nous voyons dans le graphique suivant.

    Une des conséquences est un chômage toujours très élevé dans les pays latins de l’Union européenne. Le problème vient d’abord du fait que l’euro a les apparences d’une monnaie souveraine, mais qu’elle ne représente pas un pays ou une nation. Pour cela il faudrait qu’existe une Europe des transferts dont personne – et surtout pas les Allemands qui veulent garder leurs excédents excessifs pour asseoir leur domination sur l’Union européenne – ne veut.

      Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    L’Union européenne ne veut pas qu’on touche à sa monnaie, dès qu’on fait mine de vouloir sortir de l’euro, elle montre les dents et use d’un pouvoir violent, fasciste pour tout dire. Mais elle va sans doute laisser faire le nouveau gouvernement italien sur l’immigration. Les raisons sont assez simples :

    - d’abord parce que maintenant tous les gouvernements des pays européens, d’une manière ou d’une autre, ont reconnu les inconséquences des propositions de Merkel en 2015 d’accueillir massivement des millions de réfugiés. La Suède pays aussi naïf qu’accueillant pour les migrants a changé son fusil d’épaule[9]. Même l’ineffable Macron qui avait l’an dernier fait sa campagne présidentielle sur l’enrichissement culturel et politique d’une immigration massive en a rabattu et est rentré dans le rang ;

    - ensuite parce que les flots de migrants vers l’Italie se sont taris depuis un an[10]. Les raisons de ce tarissement sont très nombreuses, parmi elles, il y a une intervention du gouvernement directement en Lybie qui a obligé les Africains à modifier leur route ;

    - enfin parce que l’Union européenne a beaucoup à faire avec les pays de Visegrad pour ne pas se mettre à dos un nouveau pays.

    Donc l’Union européenne laissera faire, y compris une politique musclée de retour. Elle enverra pour la forme Dimitris Avramopoulos faire la leçon aux uns et autres, histoire de rappeler que l’Union européenne n’a pas de frontière ni d’identité à défendre, mais pour le reste elle ne fera rien. Et puis de toute façon la question de l’immigration a mis pour longtemps au rebut les partis de gauche en Italie – le score de Pietro Grasso, tête de liste de Liberi e Uguali qui voulait une autre Europe sociale et ouverte aux migrants, a dépassé à peine les 3%. Et c’est sans doute à cela que la gauche française est promise si elle continue ses imbécilités sur l’Islam, les migrations, l’Europe sociale ou la défense de la Palestine.

    L’immigration comme l’Islam sont massivement rejetés par les populations européennes, que ce soit en France, en Italie ou même en Allemagne. Tant que la gauche prétendra imposer les migrants et l’Islam à des peuples qui n’en veulent pas, elle s’obstinera à vouloir gouverner contre les peuples. Or la vocation de la gauche n’est pas de gouverner contre les peuples, mais plutôt de se faire le porte-voix du peuple face à la droite qui elle au contraire suppose que le peuple est stupide par définition et que son avis ne compte pas. C’est clairement le cas en Italie, pays où traditionnellement la gauche était très puissante et où elle s’est suicidée en adoptant le point de vue mondialiste, européiste et les lois du marché.

    Fin provisoire de la pantalonnade en Italie

    Fondapol, sondage publié dans Le figaro magazine, 29/30 septembre 2017


    [1] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/31/matteo-salvini-et-luigi-di-maio-les-deux-hommes-forts-du-nouveau-gouvernement-italien_5307820_3214.html

    [2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/29/la-gaffe-du-commissaire-allemand-gunther-oettinger-qui-enflamme-l-italie_5306622_3214.html

    [3] https://www.challenges.fr/top-news/un-sondage-confirme-une-poussee-de-la-ligue-en-italie_590584

    [4] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-coup-detat-du-president-mattarella-par-jacques-sapir/

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/coup-d-etat-en-italie-les-europeistes-relevent-la-tete-a144843610

    [6] http://www.liberation.fr/planete/2018/06/01/l-italie-a-un-gouvernement-eurosceptique-et-tres-a-droite_1655834. Dans cet article le journaliste de Libération pleurniche sur le fait qu’il n’y aurait pas assez de femmes dans ce gouvernement. Preuve indirecte selon la rhétorique de ce torchon que c’est bien un gouvernement fasciste. Il illustre le proverbe chinois selon lequel quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt

    [7] http://in-girum-imus.blogg.org/jacques-sapir-l-euro-contre-la-france-l-euro-contre-l-europe-cerf-2016-a127138414

    [8] Frédéric Lordon, La malfaçon : monnaie européenne et souveraineté démocratique, LLL, 2015.

    [9] http://www.lepoint.fr/monde/immigration-le-conseil-de-l-europe-tire-l-oreille-de-la-suede-16-02-2018-2195433_24.php

    [10] https://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/31/les-arrivees-de-migrants-en-italie-ont-baisse-d-un-tiers-en-2017_5236345_3214.html

     

    « Les sondages révèlent l’échec d’Emmanuel Macron et le rejet de sa personnalité « clivante »Jonathan Sperber, Marx, homme du XIXème siècle, Piranha, 2017 »
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