• Fin de campagne et incertitudes

     La campagne présidentielle est en train de s’achever et les scénarios pour le second tour ont de la peine à s’écrire. Quatre candidats seraient assez proches pour être qualifiés pour le second tour : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Tous les quatre semblent pouvoir participer au second tour dans des duels assez inédits qui pourraient même exclure les partis de gouvernement traditionnel, par exemple si on avait un second tour Marine Le Pen contre Mélenchon.  

    Fin de campagne et incertitudes 

    Mélenchon à Toulouse le 16 avril 2017 

    Il y a encore quelques semaines personnes ne voyait Mélenchon au second tour, et maintenant on sent comme un affolement. On a vu rapidement refleurir les vieux thèmes de la Guerre froide. Le monde s’est fendu d’un article de l’incroyable Thierry Wolton pour construire des parallèles douteux entre les années trente et aujourd’hui, mélangeant à la va comme je te pousse le péril rouge et le péril brun qui ne seraient au fond qu’une seule et même chose. Ce malheureux folliculaire n’a pas encore intégré que les temps avaient changé et que quoi qu’on puisse en penser Mélenchon et Marine Le Pen sont des produits de notre temps[1].  Mais ce n’est pas tout dans cette campagne de dénigrement systématique, Hollande est sorti de sa soi-disant réserve pour jouer les sages et nous mettre en garde contre Mélenchon dont il fustige « le simplisme » [2]. Sur les réseaux sociaux on voit fleurir les caricatures qui peignent Mélenchon comme une sorte de nouveau Staline. Est-ce que cela peut avoir un impact ? Sans doute cela vise-t-il à faire passer les autres candidats pour plus à gauche qu’ils ne sont et donc laisser croire que Macron allierait lui une sorte de rigueur économique – respecter les lois du marché – à des idées de solidarité de gauche.

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    Image de propagande anti-Mélenchon 

    La campagne de Mélenchon est un vrai succès populaire, et c’est un des rares candidat à développer un programme audible. Certes on peut lui reprocher ici et là des bévues sur l’analyse qu’il fait de la situation en Amérique latine, ou sur les marges de manœuvre qu’il posséderait, s’il était élu, face à la bureaucratie européenne. Son programme ne manque pas d’ambiguïté. Mais n’est-ce pas le lot de tous les candidats à ce genre d’élection ?

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    Fillon à Toulouse devant une salle à moitié vide 

    Fillon tente de faire croire qu’il remonte dans les sondages et qu’il pourrait être lui aussi au second tour, bien que les sondages le donnent maintenant avec régularité à la quatrième place. Sa campagne est en effet désastreuse. Et contrairement à ce que laissent voir les images diffusées par les agences de presse, il n’arrive pas à remplir les salles. Ainsi alors que Mélenchon rassemblait en plein air 70 000 personnes à Toulouse[3], Fillon tentait de remplir une salle de 5000 places, mais elle n’était remplie qu’à moitié. Le même genre de déconvenue l’attendait aussi à Marseille le 11 avril. Les fillonnistes avaient – selon leurs affirmations mêmes – loué 3000 chaises pour remplir le Parc Chanot. Mais seulement la moitié étaient occupées.

    Cette désaffection du public montre que malgré les rodomontades, il ne remonte pas vraiment dans l’opinion. Sans doute est-ce cela qui explique sa nouvelle tentative de mobilisation de l’extrême-droite non FN. Alors qu’il n’a rien du soutien des gens très douteux comme Henry de Lesquen ou Charles Millon, le voilà qu’il nous annonce qu’il ferait rentrer au gouvernement – s’il était élu – des gens de Sens commun dans son gouvernement[4]. Commencée sous l’égide du général De Gaulle, la campagne de Fillon s’achève sous celle du maréchal Pétain. Je rappelle que de Lesquen ou Millon sont des gens qui trouvent que le programme de Marine Le Pen est un peu trop à gauche. Fillon est de tous les candidats celui qui a été le plus loin dans la voie du déshonneur, se révélant à la fois cupide, menteur et renégat, il s’accroche à un noyau dur d’inconditionnels qui ne veulent pas admettre s’être trompés dans leur choix au moment des primaires de la droite. Mais il semble bien qu’il ne sera pas présent au second tour.  

    Fin de campagne et incertitudes

    On croyait Marine Le Pen plus solide nerveusement, forte qu’elle était d’un noyau dur très fort. Mais sa campagne n’est pas très bonne, elle perd du terrain et n’est plus certaine de se retrouver au second tour, même pour perdre ! Elle est donc venue se faire remarquer sur le thème de l’antisémitisme en affirmant que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel’ d’hiv[5]. Evidemment ce genre de propos rappelle ceux de son père qui se laissait aller à un négationnisme pépère et perlé. On ne sait pas vraiment pourquoi elle est entrée dans ce genre de polémique. Pour certains commentateurs hâtifs, ce serait l’ADN du FN qui parle. Pour d’autres elle aurait voulu critiquer la tendance française à la repentance. C’est ainsi qu’elle se justifiera en avançant que le régime de Vichy étant illégal, il ne représentait pas la France – une sorte de vision gaulliste. Plus raisonnablement, il semble plutôt qu’elle ait droitisé son discours si je puis dire sentant que la droite de tendance plutôt pétainiste était très fortement attirée par François Fillon. Dans une sorte de vases communicants, le candidat de LR empêtré dans des affaires crasseuses doit recharger ses accus sur la droite la plus radicale, clientèle jusqu’alors captive de Marine Le Pen. C’est sans doute ce qui l’a poussé à la faute et qui peut-être la privera du second tour. 

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    A la Réunion Macron ne remplit pas la salle (25 mars 2017) 

    Si Macron avait bien réussi contre toute attente la première partie de sa campagne, il peine clairement sur la fin. Les salles ne se remplissent plus et il a dû annuler plusieurs de ses meetings, à Amiens, mais aussi dans les Ardennes[6]. Cela s’est traduit dans une baisse remarquable et remarquée dans les sondages. Peut-être que le soutien tonitruant des caciques du P « S » à sa candidature, Valls, Le Drian, voire indirectement Hollande, ne lui rend pas service, car immédiatement ce soutien le rattache directement au quinquennat raté de Hollande dont il a conduit la politique économique depuis le début. Or cette politique économique qu’il se propose de prolonger a eu de tellement mauvais résultats en tout et sur tout, que le pusillanime Hollande n’a même pas osé venir le défendre devant les électeurs.

    Mais il y a autre chose, Macron s’est présenté comme le candidat de l’Allemagne. D’abord en allant à Berlin faire allégeance à Merkeln avançant qu’il ferait les réformes nécessaires pour se faire adouber par la chancelière[7]. Et plus récemment, Wolfgang Schaüble a annoncé qu’il soutient Macron[8]. Ce qui devait passer pour un gage de sérieux dans cette campagne allemande, est devenu un boulet, tout le monde moque Macron sur les réseaux sociaux pour ses tendances collaborationnistes, ses tendances à la soumission. En recherchant la caution allemande Macron a montré que non seulement il ne connaissait rien en économie, rien en géographie, mais qu’il ne connaissait rien non plus à l’histoire. L’Europe comme l’Allemagne ont mauvaise presse en France. Et pas seulement à cause des vieilles rancœurs liées au pillage de notre pays, mais aussi parce que nous sommes au courant que l’Allemagne a pris un malin plaisir à torturer la Grèce, mais qu’elle impose aussi une sorte de dictature sur l’Union européenne. Il faut intégrer cette nouveauté : en 2017 le corps électoral est largement anti-européiste. Et si on n’est pas encore sorti de l’Europe, c’est seulement parce que les institutions nous empêchent de procéder à un référendum sur ce sujet. Beaucoup ont reproché à Macron de n’avoir pas de programme, d’être creux. Ce n’est pas mon cas. Macron a un programme : libéral et européiste, il vise à une intégration plus rapide de la zone euro notamment en détruisant le droit du travail et une partie de la protection sociale. Et sans doute s’il baisse dans les intentions de vote, c’est que cela commence à se savoir.

     

    Conclusion

     

    Jacques Sapir a rédigé il y a quelques jours un billet sur la sortie de l’euro et ses conditions[9]. Manifestement aucun candidat, hormis sans doute François Asselineau qui n’a aucune chance de passer la barre du premier tour, n’est prêt pour ce grand saut. Or il va de soi que la sortie de l’euro et donc de l’Union européenne est la condition nécessaire mais non suffisante pour que les choses changent dans un sens un peu positif. En effet, une politique de relance de la demande telle que la propose Mélenchon n’est pas possible dans un univers concurrentiel, elle se doit d’être accompagnée d’un minimum de protectionnisme. Dès lors il nous reste seulement deux options : soit on reste chez soi et on ne vote pas, soit on vote pour Mélenchon malgré les réserves qu’on peut faire sur son programme[10], en espérant que cela l’encouragera à aller dans le bon sens puisqu’après tout depuis 2012 il a beaucoup progressé sur la question.

     


    [1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/15/thierry-wolton-les-deux-extremes-rouge-et-brun-nous-menacent_5111640_3232.html

    [2] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/16/35003-20170416ARTFIG00194-francois-hollande-critique-le-simplisme-de-melenchon.php

    [3] http://www.ladepeche.fr/article/2017/04/17/2557766-devant-70-000-personnes-toulouse-melenchon-pose-candidat-liberte.html

    [4] http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/fillon-pret-a-faire-entrer-des-membres-de-la-manif-pour-tous-dans-son-gouvernement-688434.html

    [5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/10/rafle-du-vel-d-hiv-la-faute-de-le-pen_5108861_3232.html

    [6] http://www.radio8fm.com/infos/article/7983

    [7] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/15/emmanuel-macron-recu-a-berlin-par-angela-merkel_5094689_4854003.html

    [8] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/13/en-allemagne-le-conservateur-schauble-lache-fillon-pour-macron_5110589_4854003.html

    [9] http://russeurope.hypotheses.org/5906

    [10] http://in-girum-imus.blogg.org/le-programme-de-jean-luc-melenchon-a127810542

    « Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Céline, la race, le juif, Fayard 2017.Présidentielles, dernière ligne droite »
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