• Fillon et la décomposition de la classe politique

     Fillon et la décomposition de la classe politique

    François Fillon n’en finit pas de descendre la pente du grotesque, à tel point qu’il nous ferait presque regretter l’ineffable Sarkozy. Convoqué pour être mis en examen le 15 mars prochain avec sa femme, la fameuse Pénélope, il a affirmé que tout cela était un complot tout ensemble des juges (forcément rouges et stipendiés par la Russie), des journalistes (il ne semblait pourtant jusqu’ici qu’il avait à se plaindre d’eux) et de la gauche, concept aussi vague que creux aujourd’hui. Sa conférence du 1er mars fut un long gémissement rappelant les racailles de quartier qui passent en correctionnelle et qui affirment n’avoir rien fait. Le sommet du ridicule a été atteint lorsqu’il a osé avancé que ce sombre complot visait non pas sa personne mais à empêcher les réformes nécessaires pour redresser la France – qui comme chacun sait est tordue[1].

    On remarque d’abord que :

    1. les juges qui vont le mettre en examen ont sûrement de quoi le faire, et d’ailleurs la demande des avocats de Fillon de sursoir à cette mise en examen a été rejetée par la Cour d’Appel. Il y a donc au moins deux niveaux de l’appareil judiciaire qui considèrent que la mise en examen est fondée en droit ;

    2. qu’en s’attaquant à l’institution judiciaire avec violence, non seulement il se situe en dehors du droit ordinaire, mais il se situe dans la même zone grise que les Bernard Tapie ou les Nicolas Sarkozy dans leur volonté de contester l’autorité judiciaire en disant que finalement le seul bon juge était le peuple à travers le suffrage universel. C’est presque du Balkany dans le texte.

    A le voir fanfaronner lors de sa conférence de presse, à cracher sur les juges, on avait l’impression d’un suicide en direct. On sait bien que les électeurs fillonnistes ne sont pas très regardant sur la morale, mais c’est vraiment les prendre pour des imbéciles que de croire qu’ils ne vont pas modifier leur avis sur leur candidat préféré. 

    Fillon et la décomposition de la classe politique 

    Ce qui fait le plus mauvais effet c’est que Fillon avait promis de renoncer à la campagne présidentielle s’il était mis en examen, c’était dans un journal télévisé sur TF1 le 26 janvier 2017[2]. Evidemment on voit qu’en quelques mois il a piétiné tous les avantages qu’il pensait tirer d’une posture d’homme peut-être un peu simple et couillon, mais probe et sans tâche. On s’est souvenu aussi qu’il avait raillé indirectement Sarkozy en disant « Qui imagine le général De Gaulle mis en examen ? ». il est vrai que quels que soient les défauts du général on le voit mal embauché en catimini Tante Yvonne comme attachée parlementaire[3]. Il faudrait aussi se souvenir pour mesurer la fourberie du bonhomme qu’il avait été pris la main dans le sac, s’en allant demander à Jouyet, alors secrétaire de l’Elysée, de faire accélérer les poursuites judiciaires contre Sarkozy afin d’avoir la voie libre[4]. 

    Fillon et la décomposition de la classe politique

    Réactions et défection en chaîne 

    La première conséquence importante de cette mise en examen et du refus obstiné de Fillon de poursuivre (en priant la Madone pour qu’il soit élu et puisse bénéficier d’une immunité présidentielle) c’est la démission de Bruno Le Maire, membre de son comité de campagne qui lui règle son compte dans un tweet ravageur[5]. Il entraine avec lui d’autres élus du parti Les Républicains dont la réputation de probité n’est plus à faire. Il est assez drôle d’ailleurs de voir que Les Républicains qui sont des gens qui ont du goût ont sélectionné dans l’ordre François Fillon, accusé non seulement d’avoir employé fictivement sa femme, mais aussi d’avoir à travers ses relations, touché de l’argent du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière. En second venait Alain Juppé condamné et un temps inéligible pour prise illégale d’intérêt et en troisième place on trouvait Nicolas Sarkozy qui a un calendrier judiciaire très chargé. Bref le parti Les Républicains ressemble de plus en plus à une amicale d’anciens repris de justice. On se souvient que Sarkozy a eu beaucoup de problèmes avec les juges, Fillon suit simplement son chemin, et on n’ose imaginer s’il était élu comment il ferait pour être, en tant que président pour être le garant de l’indépendance de la justice.

     Fillon et la décomposition de la classe politique 

    D’autres élus Les Républicains vont suivre. Plus grave peut-être l’UDI vient de suspendre sa participation à la campagne de François Fillon. Certes ce ne sont pas des gros bataillons, mais cela va forcément faire augmenter le score de Macron et de Marine Le Pen et donc renvoyer Fillon aux « poubelles de l’histoire ». Et il se pourrait bien que cela suscite une candidature issue de leur parti qui vienne plomber définitivement les chances de Fillon qui pour l’instant mise sur un noyau dur qui le mènerait en deuxième position derrière Marine Le Pen.

    Déjà que la candidature de Fillon était combattue ouvertement par Guaino et en douce par des Rachida Dati, les langues vont se délier, et beaucoup d’élus Républicains vont prendre le prétexte de cette mise en examen pour l’abandonner de façon définitive.

     

    Gagnants et perdants

     

    Fillon confond entêtement imbécile et volonté politique. Cette obstination de Fillon à vouloir continuer (est-ce parce qu’il a mis la main sur l’argent de la campagne des Républicains ?) profite mécaniquement à Macron et à Marine Le Pen. A l’inverse, un remplacement même inopiné de Fillon par Juppé aurait permis de redresser la barque au détriment de Macron. Ce dernier va apparaître ainsi, grâce aux soutiens engrangés chez les Républicains et à l’UDI, comme le seul candidat de la droite raisonnable. D’autres comme Jérôme Dubus n’ont pas attendu aujourd’hui pour s’émanciper[6]. Et justement c’est peut-être là que va se trouver le malheur de Macron car beaucoup d’électeurs de gauche (façon seconde gauche) qui s’apprêtaient à voter pour lui vont en être dissuadés quand ils vont voir la liste de ses soutiens s’allonger de plus en plus vers la droite et le patronat. Peut-être que cela permettra à Mélenchon de progresser, en effet Marine Le Pen est elle aussi empêtrée dans les affaires judiciaires à Paris et à Bruxelles, et le P « S » fait tout pour saboter la campagne du médiocre Hamon.

    A plus long terme ce sont les partis dits de gouvernement qui sont les grands perdants. On a vu que la candidature d’Hamon était contestée par l’aile droite du P « S » annonçant une crise durable pour ce parti après les législatives de 2017. Mais Les Républicains ne sont pas mieux lotis. D’un côté il y a ceux qui pensent qu’il faut en finir avec la clique affairiste trop voyante représentée par Sarkozy, Fillon et les Balkany, et de l’autre ceux qui se crispent sur leurs avantages acquis en quelque sorte. Cela signifie sans doute que quel que soit le président élu en mai, il lui sera difficile de trouver une majorité pour appliquer son programme. Toute cela sent la fin de régime.

     



    [1] http://www.lcp.fr/actualites/direct-suivez-la-conference-de-presse-de-francois-fillon

    [2] http://www.20minutes.fr/politique/2003699-20170126-video-affaire-penelope-fillon-mis-examen-francois-fillon-renoncera-presidentielle

    [3] http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Fillon-Qui-imagine-le-general-de-Gaulle-mis-en-examen-1047154

    [4] http://lelab.europe1.fr/selon-hollande-fillon-a-bien-demande-a-lelysee-daccelerer-les-procedures-judiciaires-contre-sarkozy-2870569

    [5] http://www.lefigaro.fr/politique/2017/03/01/01002-20170301ARTFIG00185-bruno-le-maire-demissionne-de-ses-fonctions-aupres-de-francois-fillon.php

    [6] http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170301.OBS5953/jerome-dubus-elu-lr-de-paris-celui-qui-est-capable-de-reformer-la-france-c-est-macron.html

    « Les enjeux européens de la présidentielle de 2017Serge Séménov, La faim, Editions Montaigne, 1927 »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :