• Faire la grève au printemps

     Faire la grève au printemps

    Macron aura au moins réussi une chose dans son quinquennat, redonner aux français le goût de faire grève. Bien que les médias dominants n’en parlent guère, sauf pour casser du sucre sur le dos des cheminots, il y a énormément de grèves en ce printemps 2018. Il y en a de partout. Dans transports, la SNCF, le transilien, ici l’enjeu n’est pas le statut des cheminots, mais bien la privatisation de la SNCF vendue à la découpe sans raison autre que de faire plaisir aux amis de la finance et à la Commission européenne. La grève des cheminots s’annonce dure et longue, et cela malgré la traitrise de FO et de la CFDT.

    Les facteurs de l’Ille-et-Vilaine sont en grève depuis le début de l’année 2018. Ils protestent contre la réorganisation du travail qui vise non seulement à accroître la productivité, mais aussi à supprimer des emplois[1]. Il s’agit là aussi d’une grève dure. Elle vient d’être reconduite. Mais le durcissement de la grève des postiers répond au durcissement de la direction, qui non seulement ne veut rien négocier, mais assigne son personnel en grève en justice pour « entrave à la liberté du travail ». La Poste a été d’ailleurs condamnée pour entrave au droit de grève. C’est une première victoire pour les postiers[2]. Les facteurs de la Gironde ont aussi emboîté le pas. Ils sont en grève depuis pratiquement un mois pour les mêmes motifs que ceux de Rennes[3]. Les postiers des Hauts-de-Seine également.  

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    Tous ces mouvements sont la conséquence de la conduite déraisonnable des affaires de l’Etat par Macron qui représente en effet une droite dure, revancharde, crispée sur l’obsession de faire baisser les salaires et de casser toute velléité de rébellion. Depuis presqu’un an que Macron a été élu, il s’est révélé comme le président le plus à droite depuis le Maréchal Pétain, prétendant aligner la France sur un modèle social et économique dont elle ne veut pas. L’anniversaire de son arrivée malheureuse à l’Elysée va coïncider avec le cinquantième anniversaire de Mai 68, mais aussi sûrement avec l’apogée du mouvement de grève. Macron voudrait bien avec son ami Cohn-Bendit nous persuader que Mai 68 se résumait à des revendications de type sociétales, plus de liberté de parole, plus de liberté sexuelle. Mais non, Mai 68 a été aussi et d’abord la plus grande grève ouvrière de toute l’histoire de la France. Pour les plus jeunes, il faut rappeler que quelques mois avant ce mouvement large et peu contrôlé, le gouvernement de Pompidou, un autre banquier qui rêvait d’ailleurs lui aussi de privatiser la Sécurité sociale, avançait qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires de 5% parce qu’on risquait de tuer la compétitivité de l’économie française – air connu. Et pourtant après la vaste mobilisation de Mai 68, les salaires augmenteront de 15 à 20 % et le SMIG – qui n’était pas encore le SMIC – augmenta quant à lui de 40%, ce qui par ailleurs donna un formidable coup de fouet à l’économie française. Certes Macron est bien trop jeune pour s’intéresser à tout cela. Avant qu’il n’y renonce, on lui prêtait l’intention de commémorer ce grand mouvement pourtant très à gauche de la gauche[4]. Le simple fait qu’il ait avancé cette idée stupide prouve d’ailleurs son degré de confusion[5]. Mais la jeunesse n’excuse pas l’ignorance. Cet homme pressé est en train de mettre la France à genoux avec ses réformes incessantes et sans but autre que de soutenir les revenus du capital. Les Français sont vraiment très las de l’activisme de Macron qui semble confondre volonté politique et entêtement imbécile[6] et qui croit que la France lui appartient au point qu’il veuille la vendre par morceaux aux Chinois, aux Allemands, aux Italiens, le capitalisme n’ayant pas de frontières. On lui prête des ambitions internationales, notamment celles de réformer l’Union européenne, pourtant c’est bien à l’intérieur de nos frontières qu’il va probablement échouer, parce que les réformes macroniennes ont plombé le pouvoir d’achat et qu’elles laissent les salariés de plus en plus démunis face aux transformations qui s’accélèrent dans le monde de l’entreprise. 

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    Les grève sont multiples dans leurs revendications. Déjà dans plusieurs villes, en Avignon, dans le Val de Marne, les éboueurs font des grèves dures depuis plusieurs mois, mais à partir du 3 avril, la grève des éboueurs va devenir une grève nationale illimitée[7]. Parmi les mouvements les plus spectaculaires il y a la grève chef Carrefour qui a démarrer officiellement le 31 mars et qui est très suivie, même Le monde s’en est aperçu[8]. Les motivations sont encore les questions de l’emploi, Carrefour veut se séparer de 2400 emplois, mais aussi la question des salaires. De très nombreux salariés de Carrefour n’ont pas un travail à plein temps. On voit que dans le cas de la Poste et de Carrefour, la modification du droit du travail voulue par Macron, lorsqu’elle s’ajoute à l’évolution technologique qui accroit la productivité des salariés, produit des déflagrations de grande ampleur. Il est très douteux que le chômage continue à baisser dans ces conditions. Le plus probable est au contraire que les mesures macroniennes vont engendré une récession au second semestre 2018, et donc une remontée du chômage.  

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    Les personnels gaziers et électriciens sont aussi appelés à faire grève à partir du 3 avril. Le mouvement est aussi annoncé comme illimité dans le temps. Ici les motifs sont un petit peu différents et ne portent pas sur les salaires, mais plutôt sur la défense du service public, et donc la question de la privatisation graduelle d’EDF. D’autres mouvements de grève sont annoncés : Air France par exemple, à partir du 3 avril, avec une grève reconduite le 7 avril, onze syndicats ont appelé à la mobilisation avec en ligne de mire une augmentation des salaires[9]. France Télévision où la reprise en main par les sbires de Macron est très incomplète, appelle également à la grève à partir du 4 avril.

    A cela s’ajoute l’idée dune grève nationale le 19 avril, avec l’idée de faire converger les luttes comme on dit. Les fonctionnaires qui sont, comme les retraités, les plus maltraités par les gouvernements successifs, se joindraient ainsi au mouvement d’ensemble, ainsi que les personnels du secteur de la santé qui souffrent beaucoup des successions de réformes ininterrompues depuis des années, mais la CGT espère bien aussi que les salariés du privé, notamment dans les banques et le BTP seront aussi présents. Comme c’est la CGT qui lance cette idée, Jean-Claude Mailly qui est devenu l’allié préféré de Macron maintenant, va sans doute décliner l’invitation, et il est très probable que Laurent Berger, habitué à voir son syndicat se coucher, fera de même. 

    Les responsabilités de Macron et de son gouvernement 

    La grève a un coût monétaire très élevé, les salariés qu’ils soient de Carrefour ou de la SNCF, ou encore éboueurs n’y vont pas de gaieté de cœur, il faut comprendre qu’ils se sentent acculés et méprisés par ce gouvernement. Pour l’ensemble de l’économie française ce sera plusieurs milliards de perdus, la faute ne saurait en être imputée aux salariés ou à leurs syndicats. Il faut regarder plutôt du côté de l’oligarchie et de ses représentants.

    Macron s’est lancé dans ses réformes tout azimut sans beaucoup de précautions, pensant assommer d’un seul coup d’un seul la révolte des gueux. Et si le mouvement de grève est aussi important en ce printemps, ce n’est pas seulement parce que celui-ci participe de la déflation salariale réclamée conjointement par le patronat et la Commission européenne, mais aussi parce qu’il est apparu rapidement comme le président des riches dont l’arrogance est aussi forte que son manque total de compassion pour les plus faibles et les plus démunis. Voir les ministres de Philippe, notamment la très riche Pénicaud[10], avancer qu’ils assument leurs réformes iniques renforcent évidemment l’idée d’un gouvernement et d’un président au service exclusif des riches et du patronat. Macron a parlé de « premiers de cordées » pour justifier les cadeaux – on peut parler de transferts de richesse des plus pauvres vers les plus riches – faits au 1% les plus riches, comme si seuls les très riches avaient une utilité véritable dans l’économie[11]. Il s’est même dit très fier de ce vocabulaire. Le cuistre aime à se donner des satisfécits, ça ne lui coûte rien, mais ça crispe un peu plus le peuple contre lui. Pour le ramener à la réalité rappelons lui que Premier de cordée est aussi un film, inspiré de l’œuvre de Frison-Roche, mais réalisée par un communiste, Louis Daquin ; il réalisera pour la CGT un documentaire sur la grande grève des mineurs de 1948[12]. Bien que Macron, Philippe et Pénicaud aiment à répéter jusqu’à la nausée la locution « j’assume », cela ne les rend pas plus sympathiques pour autant, c’est même l’inverse. Ils sont en train de ranimer clairement l’esprit de la lutte des classes dont ils pensent sortir vainqueurs. Leur méchanceté n’a d’égale que leur bêtise. Ils appartiennent déjà au passé comme des figures de cire du XIXème siècle, ils sont morts même s’ils ne le savent pas encore.

    Faire la grève au printemps   

    Mais critiquer Macron et ses sbires ne nous suffit pas, ne peut pas suffire. S’il se sent aussi sûr de lui c’est d’abord parce qu’il n’y a pas, en ce moment, d’opposition réelle à son entreprise de destruction massive de ce qu’il reste de la France et du modèle français. Alors que les trois quarts des Français se disent ouvertement hostile à la politique macronienne[13], il n’y a pas de parti d’opposition, ni même de coordination syndicale, capable de résumer cette colère. Sans doute est-ce la faute des Français qui attendent trop des partis et de leurs leaders pour incarner leurs luttes et qui tardent donc à se mettre en mouvement d’une manière autonome. Cette passivité est d’autant plus dommageable que ces fameux leaders ne savent pas très bien ce qu’ils doivent faire, et sont hésitants sur à peu près tout : par exemple, alors que Macron détruit le modèle social français au nom des directives européennes, les syndicats ne disent rien justement de l’Union européenne et des raisons qui poussent celle-ci à réclamer toujours plus d’austérité. Il faut sortir de ce cercle infernal de la déflation salariale. Mais pour cela il faut reprendre les choses en mains. La première étape est de retrouver une combattivité offensive et non plus seulement défensive. Les grèves doivent durer car c’est dans ces moments que les revendications se transforment et que le lien social se réinvente : la mondialisation est aujourd’hui à bout de souffle et ne produit plus rien d’autre que la misère un peu partout. La grève est le seul moyen de mettre en œuvre le principe de solidarité contre les débordements de l’individualisme. Et puis c’est la seule manière de faire reculer ce gouvernement ultra-droitier. Toutes les grèves doivent être soutenues et se fondre dans un mouvement commun qui puisse dépasser les simples revendications matérialistes et transformer la société dans un sens positif.  

    Faire la grève au printemps

    Les médias soutiens de la politique réactionnaire de Macron mettent, bien naturrellement, le paquet pour tenter de discréditer le mouvement. La une du Journal du dimanche tentait de présenter le mouvement non pas comme une coagulation de grèves diverses et variés dans tout le pays, mais comme répondant aux simples injonctions d’un chef séditieux et irresponsable, Philippe Martinez. C’est pourquoi le Journal du dimanche fait comme si seule la grève de la SNCF existait, le but étant de l’isoler des autres mouvements. Mais il ne pouvait pas cacher que les Français sont de plus en plus nombreux à soutenir une grève que Macron croyait sans doute plus impopulaire qu’elle n’est. Il faut s’attendre dans les jours qui viennent à une offensive très large des médias pour mettre l’accent sur les embarras que les populations rencontreront à cause du mouvement de grève dans les transports, et donc pour tenter de montrer que la grève de la SNCF est un mouvement à part, différent de tout ce qui se passe à La Poste, à Carrefour ou chez les éboueurs. Notre tâche à l’inverse est de montrer que toutes ces grèves sont de même nature, vont dans le même sens et doivent être soutenus sans exception. 

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    [1] https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/greve-des-facteurs-nouveau-rassemblement-prevu-le-20-fevrier-rennes-5561270

    [2] https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/rennes-face-aux-grevistes-poste-condamnee-2500-euros-1435275.html

    [3] http://www.sudouest.fr/2018/03/27/gironde-les-facteurs-en-greve-depuis-trois-semaines-recus-a-la-prefecture-4319111-2780.php

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/danielle-tartakowsky/pourquoi-emmanuel-macron-veut-celebrer-mai-68-et-pourquoi-cela-fait-tant-reagir_a_23264188/

    [5] http://lelab.europe1.fr/finalement-emmanuel-macron-ne-commemora-pas-mai-68-3483626

    [6] https://www.huffingtonpost.fr/isabelle-this-saint-jean/le-soi-disant-volontarisme-de-macron-un-an-apres-les-francais-nen-peuvent-plus_a_23398278/

    [7] https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/marseille-les-agents-de-la-collecte-et-du-traitement-des-dechets-appeles-a-la-greve-illimitee-des-le-3-avril-par-la-cgt_2680676.html#xtor=CS2-765-[facebook]-

    [8] http://www.lemonde.fr/emploi/article/2018/03/31/greve-a-carrefour-300-magasins-touches-selon-les-syndicats_5279143_1698637.html

    [9] https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/greve-des-transports/greve-a-air-france-de-nombreux-vols-annules_2681962.html

    [10] L’ignoble Pénicaud avançait que l’argent qu’elle allait gagner grâce à la réforme fiscale voulue par Macron, elle le réinvestirait pour le bien de tous. Mais on peut dire aussi que toutes les augmentations de salaires ou de retraite qu’on arrachera à ces gens d’en haut, on le réinvestira dans un fonds d’investissement pour améliorer l’état de l’économie. Et c’est vrai puisqu’en général les gains des petites retraite sou des petits salaires ne partent pas dans les paradis fiscaux, mais vont à la consommation, donc soutiennent l’économie. http://www.ledauphine.com/france-monde/2018/01/04/reforme-de-l-isf-muriel-penicaud-va-economiser-62-000-euros

    [11] https://www.marianne.net/politique/dans-le-vocabulaire-de-macron-riche-se-dit-premier-de-cordee-et-les-chomeurs-sont

    [12] Le documentaire s’intitule La grande lutte des mineurs et peut être vu à cette adresse : https://www.cinearchives.org/Catalogue-d-exploitation-494-149-0-0.html Le film est commenté par Roger Vailland, écrivain communiste et grand ami de Louis Daquin.

    [13] https://www.ouest-france.fr/politique/trois-francais-sur-quatre-jugent-injuste-la-politique-du-gouvernement-5637955

    « L’énorme faute du CRIFLes cheminots et le mouvement social »
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